Les câbles sous-marins à l’aube du siècle numérique : une guerre géoéconomique

par Clément Barnier.

Si le XXe siècle fut celui du pétrole, le XXIe est incontestablement celui du digital et proclame l’avènement de « l’homo numericus ». Au cœur de cette ossature de l’Internet, les satellites assurent 5% des télécommunications mondiales tandis que les 95% restants sont opérés par les câbles transocéaniques. Or le contrôle de ces flux est un enjeu de puissance de premier ordre dans la guerre géoéconomique que se livrent les États-Unis et l’empire du Milieu, et, à travers eux, les fleurons du numérique.

20 000 câbles sous les mers : Une « Via Numerica » convoitée

Essentiels dans l’architecture des réseaux, les câbles sous-marins – comprendre des tuyaux de fibre optique – constituent pour tout acteur international ou agent économique d’influence des infrastructures stratégiques. La maîtrise de ces « autoroutes numériques » répond à deux objectifs concomitants et complémentaires. Contrôler d’une part les informations privées ou publiques, qui y transitent, afin de s’assurer d’autre part une totale souveraineté numérique, car il est, in fine, bien question de cela.

Éléments conventionnels des connexions câblières au début des années 1990, les États, par négligence ou mauvais calcul, ont pourtant délaissé ce segment désormais porteur de l’économie et des relations internationales stricto sensu. Le marché a d’abord été délégué à des firmes télécoms dont ils étaient actionnaires historiques (Orange, Alcatel-Lucent, TE SubTelecom, Huawei Subware etc.), qui, pour des raisons de partage des coûts, se sont constituées en consortiums de parties prenantes. Le développement d’un projet nécessite en effet plusieurs centaines de millions d’euros d’investissements, tant à cause des composantes technologiques avancées que des techniques de pose sur la couche océanique. C’est ainsi que de nouveaux acteurs ont émergé dans ce secteur sous-marin.

Le Far-West sous-marin : un duel entre hyperpuissances étatiques et géants de l’industrie numérique

Évincés peu ou prou, les États ont assisté dans ce domaine à la montée en puissance des titans américains Gafam supportés par Washington, et des géants chinois Batx soutenus par Pékin. C’est en ce sens que Facebook investit massivement ses avoirs dans ce marché fécond et faiblement régulé afin d’en prendre un contrôle, sinon absolu, pour le moins prépondérant. L’ambiguïté des relations avec les principaux opérateurs télécoms, à la fois partenaires pour la pose des câbles et rivaux pour leur contrôle est cependant vecteur de risques de conflits commerciaux dans le prolongement de ceux entre les nations dont elles sont le fer de lance numérique. Une orientation compréhensible mais alarmante au regard de l’évincement des acteurs dits conventionnels du secteur au profit de ces nouveaux géants, pour lesquels les données privées sont moins celles de citoyens à défendre que de consommateurs à inciter.

Ainsi, Facebook emploie actuellement au sein de son siège une division de 250 employés dont l’unique objectif est le développement de son maillage sous-marin. La démarche est le fruit d’un syllogisme imparable : plus de câbles transocéaniques assureront la mise en réseau des espaces en marge de la mondialisation ; plus les populations auront accès à Internet ; plus les parts de marché seront importantes avec une augmentation du nombre d’usagers et donc de clients potentiels. Une évolution quantifiée par Jean-Luc Vuillemin, directeur des réseaux internationaux d’Orange : « Il y a dix ans, 5% des câbles sous-marins étaient contrôlés par les Gafam. Aujourd’hui c’est 50% et ce sera 95% d’ici trois ans ». Cependant la volonté d’investir des Gafam et leur solide trésorerie ne garantissent pas l’aboutissement de tous les projets tant la variable géopolitique engendre des écueils. Le naufrage du projet de Pacific Light Cable Network, cofinancé à 300 millions de dollars par Facebook et Google, est en ce sens édifiant. Les 13 000 km de câbles entre la Californie, centre névralgique de l’intelligence artificielle américaine et Hong-Kong, pré-carré chinois et zone de turbulences, ne seront pas déployés suite à un changement d’actionnariat impliquant l’arrivée d’un consortium chinois dans le projet et, par conséquent, la suspension de la FFC (Federal Communications Commission) américaine, par crainte de data espionnage de Pékin.

L’Europe, un espace en voie de colonisation numérique ?

Prise en tenaille entre les hyperpuissances digitales américaines et chinoises, l’Union européenne, faute de champion en la matière, fait le choix d’ériger une muraille immatérielle face à la pression sino-américaine et au risque de dépendance qu’elle induit. Dans cette colonisation inversée du numérique, l’enjeu est pour l’Europe de monétiser l’accès à son marché de 500 millions de consommateurs aux revenus élevés – essentiels pour les géants américains –, taxer de manière efficace et proportionnelle aux revenus qu’il dégage, et protéger les données qui en sont issues. En somme de limiter les ingérences étrangères en matière de souveraineté de l’information par carence d’un fleuron continental. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) remplit ainsi la fonction de bouclier normatif selon le commissaire européen pour le marché de l’intérieur Thierry Breton et la chargée de l’Europe à l’Ère du Numérique et commissaire à la Concurrence, Margrethe Vestager. Mais pour l’Union européenne la prise en main de son destin numérique ne pourra s’effectuer sans la maîtrise des infrastructures d’Internet.

Ainsi, parfois réduits par les ingénieurs commerciaux à un simple moyen technique de diffusion de la donnée avec une finalité financière, la négligence de l’aspect géopolitique des câbles sous-marins s’avère une impardonnable omission. En effet, l’accès à ces nouvelles autoroutes numériques pourrait faire l’objet de « marchandages » à toutes les échelles, touchant aussi bien les entreprises de moyenne et de grande taille que les États. Aux risques accidentels (ancres de bateau, morsure de requin etc.) et naturels (tremblement de terre, érosion, etc.), s’agrègent pour ces infrastructures sous-marines ceux d’une destruction partielle en cas de conflit de haute intensité (canal de communication de l’ennemi devant être coupé), de cyberattaque étatique ou organisationnelle, d’ingérence étrangère (extraterritorialité du Cloud Act américain), ou intérieure (scandale du Cambridge Analytica en marge des élections américaines de 2016). Ces câbles sous-marins font de fait apparaître une nouvelle géographie du pouvoir sous l’écume des mers.

source : https://portail-ie.fr/analysis


            Algérie / Le numérique, nouvel horizon du système sociétal d’éducation

Par le Pr Baddari Kamel(*)

Quel avenir pour notre système éducatif et qu’attend-il à court et moyen terme? Sera-t-il adapté à «l’ère numérique» ? Les transformations numériques du système éducatif seront-elles importantes pour notre société ? Quel type d’éducation recevront nos jeunes ? Quels sont les axes de développement à anticiper pour accompagner notre éducation vers une transformation numérique efficace et efficiente ? Quels avantages apporte le numérique dans notre système sociétal d’éducation ? Va-t-il rendre notre éducation plus  efficace et plus égalitaire ? Autant de questions occupent aujourd’hui les esprits des acteurs du monde de l’éducation ; une chose est sûre, les écoles, les centres de formation, les lycées et les établissements d’enseignement supérieur du monde moderne passent des méthodes traditionnelles à des méthodes plus interactives.

L’ordinateur et internet sont deux outils et services que les technologies modernes offrent à l’éducation. Pris ensemble, ils cassent les codes de l’apprentissage et laissent place à la coéducation, au travail collaboratif, aux interactions connectées et au transfert intergénérationnel. Subséquemment, les livres et les cahiers en papier sont remplacés par des livres électroniques, des cahiers de texte numérique, et les tableaux noirs traditionnels cèdent la place aux tableaux numériques interactifs, aux bornes digitales et aux tablettes tactiles,… Enfin, l’apparition des nouvelles innovations inhérentes aux technologies de l’information et de la communication (TIC) s’est ostensiblement imposée dans les usages, les «habitus»  des individus et les établissements d’éducation ne sont pas épargnés non plus.

Les grands pays accélèrent le pas
Comme l’écrivait Nicholas Carr dans son livre The Shallows : what the internet is doing to our brains ? : «L’avenir de la connaissance et de la culture n’est plus dans les livres… ni dans les enregistrements sonores ou les CD… Il est enfermé dans des fichiers numériques, se dispersant dans notre installation de communication mondiale à la vitesse de la lumière.» Les technologies numériques deviennent indispensables dans les systèmes éducatifs des grandes nations. Elles se sont avérées être l’une des garanties de la modernisation du processus éducatif, devenant un moyen puissant de l’auto-éducation, augmentant le contenu de l’information, et renforçant la formation. Pour cette culture disruptive, du partage et ouverte, le monde a déjà dépensé, selon diverses estimations, environ 200 milliards de dollars. Un ensemble de technologies numériques se développe rapidement et devient accessible à tous, dont certaines sapent, rendent insensées les méthodes et les structures traditionnelles du système éducatif, qui ont souvent pris forme au cours des XVIIe-XVIIIe siècles. Les principaux domaines de développement en Europe occidentale, USA, Inde, Chine, Japon, Corée du Sud, Singapour sont la création d’un environnement éducatif numérique, la révision du contenu de l’éducation, la création d’un système de gestion scolaire flexible et un processus éducatif personnalisé, l’introduction de nouvelles formes de pratiques, de méthodes et de technologies éducatives. La transformation numérique de l’école est un préalable au développement de l’espace éducatif national dans le contexte de la transition vers l’économie numérique.
Aujourd’hui, l’informatisation de l’école américaine est globale. Les autorités font don d’ordinateurs personnels aux enseignants afin qu’ils puissent maîtriser les dernières technologies et devenir des instructeurs qualifiés pour les élèves. L’école est largement équipée en ordinateurs et programmes d’enseignement.
Les cours d’informatique sont dispensés dès la première année primaire. Au début, les écoliers ne font que jouer, puis ils passent à résoudre des exercices de plus en plus difficiles et à utiliser des programmes plus complexes. Leur objectif est d’établir un lien entre jeu et réflexion et de s’acheminer vers la structure : lire, écrire, compter et programmer. Les élèves font leurs devoirs sur des ordinateurs portables personnels, qu’ils utilisent en toute confiance à partir de dix-douze ans. Le programme des mathématiques à l’école primaire implique l’apprentissage par l’élève des performances d’un programmeur. Par exemple, on lui pose une question : «Quelles sont les différences entre les nombres onze et six ?» L’élève a l’opportunité de donner une réponse multi-variée : «Onze est un chiffre plus grand que six», «six est plus petit que onze», «onze est égal à cinq plus six», et ainsi de suite.
Du côté de l’Inde, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, le Singapour, la Finlande, et la Grande-Bretagne, on observe que l’enseignement de l’informatique depuis le milieu de l’école primaire jusqu’à la terminale est rendu obligatoire depuis longtemps.
En Corée par exemple le ratio élèves et ordinateurs dans les écoles est de 2-3 : 1.
La plupart des écoles ont des vitesses internet supérieure à 100 Mb/s. Le ratio d’élèves et d’appareils qu’ils utilisent est ramené à 1 : 1 au Singapour.
Toutefois, la révolution scientifique et technologique des systèmes éducatifs en Occident ne se déroule pas sans risque. De nouveaux défis émergent. Les livres sont exclus de la vie des élèves et des étudiants. Il y a des signes d’utilisation excessive d’internet. Aucune réponse claire n’est donnée à la question de savoir si les derniers développements des TIC consolident le savoir, le savoir-faire, le savoir-être et que la motivation pédagogique soit renforcée lorsque l’on travaille sur un ordinateur. Il n’y a pas de réponse précise et définitive à la question de savoir si un jeu survient dans le but d’acquérir des compétences. La question de la santé mentale et de la santé des écoliers et des étudiants reste posée.
Une maladie de dépendance informatique des étudiants est apparue, entraînant des troubles mentaux. On craint que les jeux informatiques ne soient une voie directe vers la dégradation des apprenants qui développent seuls les sections du cerveau responsables de la motricité, tandis que le reste des régions reste en état de stagnation.

Quelle stratégie pour un Grenelle d’un système éducatif numérique en Algérie ?
Le projet national d’éducation a pour références d’assurer, d’une part, la qualité de l’enseignement algérien et, d’autre part, une éducation des générations sur la base des valeurs spirituelles et morales et des traditions historiques et nationales et culturelles du peuple algérien. Les lois d’orientation du système éducatif algérien à tous les niveaux, consacrant le droit à une éducation, une formation et un apprentissage de qualité, visent la mise à jour de son contenu, la création de l’infrastructure moderne nécessaire, la formation du personnel pédagogique concerné, leur recyclage et leur formation avancée ainsi que la création des mécanismes les plus efficaces pour la gouvernance. Pour finaliser ces objectifs, il s’agit de transformer graduellement notre système éducatif et permettre aux écoles et aux enseignants d’utiliser les ressources numériques, de développer de nouvelles performances, stimuler l’innovation et utiliser au mieux la technologie numérique. Nous disons que nous préparons les étudiants de nos écoles et universités à une vie digitale où ils utiliseront ces ressources et leurs futures modifications.
La mise en œuvre d’un tel projet de système national d’éducation numérique passe par la création de conditions de nature institutionnelle et infrastructurelle, l’élimination des obstacles et la création et le développement d’entreprises fonctionnant avec succès dans le domaine de la création de technologies numériques et de la fourniture de services. Ainsi, le Grenelle d’une éducation numérique peut comprendre quatre lignes directrices : investissement dans les ressources humaines pour une éducation numérique, investissement dans les infrastructures de numérisation de l’enseignement à tous les niveaux, création d’un système national d’information sur l’éducation (Snie), création d’un organe d’évaluation des pratiques numériques dans le système éducatif. Le déploiement des infrastructures techniques (tablettes et réseaux) et des manuels numériques peut se dérouler par étapes, en commençant par quelques dizaines d’écoles, de centres de formation et d’universités, puis s’étendre pour être généralisé à toutes les institutions éducatives d’ici la fin 2026. L’acquisition des compétences numériques doit commencer dès l’école primaire et se poursuivre tout au long de la vie. Un plan national d’éducation numérique facilite l’accès et l’utilisation des manuels numérisés, promouvoir l’apprentissage assisté par l’informatique, le développement professionnel des enseignants, l’utilisation des ressources du Cloud et d’autres activités.
L’émergence d’une éducation numérique en Algérie ne signifie pas que les enseignants seront remplacés par une tablette ou un smartphone, et n’implique pas non plus la suppression des classes traditionnelles et des laboratoires.
Nous signifions l’inclusion d’éléments d’apprentissage en ligne, des simulateurs, des classes virtuelles, etc., dans les programmes d’enseignement. Elle est basée sur le principe d’apprentissage mixte, les TIC permettent d’augmenter l’efficacité de l’enseignement grâce à une meilleure visibilité des ressources, et au développement des qualités personnelles des étudiants en motivation, capacité à planifier, autodiscipline et sens des responsabilités.

Des difficultés d’accessibilité numérique ? 
La question de l’accessibilité aux ressources par les outils reste posée à différents niveaux et lieux. Pour qu’il y ait accès à la société numérique, le premier obstacle à rencontrer c’est bien l’interface de dialogue, c’est-à-dire l’ordinateur, la tablette ou le smartphone. Même si l’effort financier de l’État est important et s’est accru tout au long des dernières années, le nombre moyen d’élèves/étudiants par terminal de travail individuel reste élevé.
Les établissements situés dans les zones rurales, les zones défavorisées et dans les petites villes sont à la traîne.
Outre les problèmes de support technique, tels que le manque de plateformes numériques nationales, la faible et instable vitesse de connexion internet et une couverture faible et partielle wifi aux établissements, les enseignants attirent l’attention sur le manque de formateurs qualifiés dans les TIC appliquées aux pratiques pédagogiques, la qualité des ressources sur les plates-formes, ainsi que des manuels adaptés pour les enfants/étudiants handicapés.
Dans certains établissements, les enseignants d’informatique enseignent internet en théorie. Pour organiser le processus éducatif, le déploiement du haut et du très haut débit pour favoriser l’intégration sociale et la compétitivité est exigé.
Faire entrer notre système éducatif dans l’ère du numérique intègre responsabilisé et conviction qui incombent désormais aux éléments constitutifs de l’acte pédagogique, aux services de l’État, aux opérateurs téléphoniques, aux fournisseurs de services internet et aux institutions du numérique.

Et pour ne pas conclure 
La construction d’un système éducatif numérique en Algérie ne peut être saisissable qu’à travers un sensemaking organisationnel dans une démarche bottum-up, lequel entraîne les acteurs dans une dynamique de réformes cohérentes, de planification stratégique, de concentration sur l’enseignement et l’apprentissage, d’investissement dans les infrastructures numériques, de modernisation des règles sur les droits d’auteur, de recherche fondamentale dans les sciences cognitives et de réponse rapide aux changements technologiques. Il faudrait, de plus, mobiliser la société vers une transformation numérique, à condition, toutefois, de répondre à la fracture numérique, avec l’ambition de renforcer sa résilience et de tirer le meilleur d’un monde hyperconnecté.
B. K.

(*) Professeur des universités. Expert en stratégie de l’ESRS et conduite de changement, Université de M’sila.


          La langue arabe à l’ère de la révolution numérique

La Faculté de langue et littérature arabes et langues orientales avait organisé les 11 et 12 mars 2020 à l’université 2 Abou Al Kacem Saâdallah de Bouzaréah un colloque sous le thème : «La langue arabe à l’ère du numérique» sous la présidence du professeur Amar Manaâ ,
recteur de l’Université 2 et du professeur Abdelhamid Allaoui, doyen de la faculté de langue et littérature arabes et langues orientales.

En tant que présidente des travaux de ce colloque auxquels participait une pléiade de spécialistes de la linguistique, parmi lesquels le professeur Abdelmadjid Selmi, président du département des sciences de la langue, directeur du laboratoire de linguistique et phonétique, des professeurs Fatiha Lalaoui, Mohamed Laïd Rétima, président du comité scientifique et le Dr Ali Kechroud.

Je saisis cette occasion en tant que linguiste pour apporter succinctement quelques éclairages sur le sujet qui traduit personnellement mon point de vue dans la trame de la thématique proposée. Je veux dire que la langue arabe est la quatrième des langues retenues dans le concert des Nations, dont l’Unesco avait pris la décision, lors de la session 190 de son conseil exécutif en 2012, sur proposition de l’Assemblée.

Depuis, nous remarquons son évolution et sa place à travers les mutations sociétales au regard de la révolution numérique qui imprime sa marche vers les horizons d’une langue des sciences et des technologies, elle qui fut la langue par laquelle la renaissance européenne en est inspirée. La langue arabe reprend ses lettres de noblesse.

LES LINGUISTES DANS LA NANOTECHNOLOGIE

La langue arabe inscrit sa démarche dans l’esprit de la rigueur et de la rationalité. Classée quatrième, la langue arabe est parmi les dix langues officielles de travail dans les instances onusiennes et les centres d’études des différents laboratoires des grandes universités dans le monde.
A l’aube de cette révolution numérique, cette langue du Coran est devenue une langue de partage à travers les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram, WhatsApp, Viber) dans le vaste mouvement des idées cognitives.

La langue arabe, de par son passé florissant de la période abbasside, de l’Andalousie arabe, où jadis poètes, mathématiciens, astronomes, médecins, linguistes ont permis à la Renaissance européenne de connaître les progrès fulgurants dans les domaines des technologies et de l’innovation.
Aujourd’hui, le courrier électronique est le moyen de communication le plus simple, rapide et fiable. Il est reçu par chaque internaute et peut être sauvegardé, supprimé ou renvoyé à un tiers. Il est possible de l’imprimer ou de l’afficher sur écran. Il est un message numérique facile à copier, à envoyer ou à associer à d’autres applications.

L’AROBASE @, CE MARQUEUR SYMBOLE DE L’INTERNET

L’inventeur de la boîte e-mail en 1972 Ray Tomlison a utilisé un signe graphique que l’on nomme «arobas» @ qui est le nom d’une mesure qui vient de la langue arabe (ar roub’, c’est-à-dire le quart.

L’arobase @ a été choisi par les informaticiens comme langage, un marqueur logique. Il deviendra le symbole mondial de l’internet. Le mot «chat», qui signifie en anglais «bavarder», est utilisé par les internautes dans leurs discussions à plusieurs sur internet en temps réel grâce à un logiciel approprié. Quant au «blog», c’est la contraction de web et de log. Il s’agit d’un minisite mettant facilement en ligne des textes, des images ou des vidéos.

Ces blogs étaient destinés à permettre aux internautes de commenter l’actualité. Sa particularité par rapport à un site web est la possibilité pour les lecteurs de réagir aux informations publiées. Les liens d’un blog vers un autre blog sont appelés les rétro-liens ou en anglais «trackback» qui peuvent constituer selon un système appelé «blogosphère».

L’ÈRE NUMÉRIQUE ET LA NOUVELLE SOCIÉTÉ DE L’INFORMATION

L’internet est devenu un média avec un nouveau langage, une nouvelle écriture. La langue arabe étant au rendez-vous en entrant dans l’ère numérique qui bouscule les frontières traditionnelles entre l’écrit, les données, du son et de l’image sous forme de fichiers informatiques. Nous rentrons dans la nouvelle société de l’information. C’est l’ère des médias personnalisés.

Yahoo, qui est un moteur de recherche généraliste d’internet, a été fondé en 1994 par deux étudiants de l’université de Stanford, et Google, fondé en 1998 par deux autres étudiants en mathématiques de l’université de Stanford auteurs du moteur de recherche.

Ces deux moteurs fournissent gratuitement les informations à leurs publics et se rémunèrent par la publicité et leurs chiffres d’affaires.
Alors le Skype en est une application informatique, une technologie de téléphonie sur internet selon le logiciel de deux fondateurs propriétaires de l’entreprise «Skype technology» en août 2003. Il existe aussi ce que les internautes appellent YouTube, le plus célèbre des sites de partage de vidéo.

Ce formidable essor est dû en grande partie aux technologies sans fil (wifi, wimax…)qui ont accéléré l’extension du réseau à de nouvelles zones souvent difficiles d’accès. Les internautes pourront être connectés en permanence par leur téléphone mobile, leur ordinateur, en voiture, en train… en un mot, partout où l’on se trouve. Le bluetooth a été conçu pour supprimer les câbles ou les fils entre les ordinateurs, les imprimantes, les souris, les téléphones portables, les appareils photos numériques…

LE NOUVEAU LANGAGE – LA TOILE A RÉVOLUTIONNÉ LES LANGUES

Le World Wide Web appelé web ou la Toile. Pas un jour ne passe sans que naissent des applications nouvelles, sans que le champ d’application de l’internet se développe. Il a révolutionné les langues bien que la langue anglaise y domine en termes de langage universel, sauf que la majorité des internautes se cantonnent à des échanges locaux ou nationaux qui n’abandonnent pas leur langue maternelle. Un nouveau monde entièrement décloisonné est né.

D’ailleurs, Roman Jakobson établit dans la linguistique qu’il faut aller plus loin que l’unité élémentaire apparente qu’est le mot si l’on veut comprendre le fonctionnement d’une langue. Il faut donc prendre en compte le phonème. Claude Lévy Strauss rouvre une interrogation sur les structures élémentaires de la parenté.

Ainsi, dans toutes les disciplines, une nouvelle épistémologie prend forme, fondée sur une nouvelle échelle de décomposition et la sophistication des grammaires descriptives des interactions entre les micros éléments.

Les révolutions du Printemps arabe n’étaient-elles pas la résultante de l’action menée par les internautes appelées communément «révolution Facebook» ? C’est l’émergence d’espaces pour la liberté d’expression à l’image du mouvement «hirak» qui a trouvé le cadre des manifestations pacifiques animées par les réseaux sociaux.

LE HIRAK, UN ÉLAN D’ÉMANCIPATION LINGUISTIQUE

La modernité devient un puissant élan d’émancipation. L’intelligence artificielle émerge des universités intelligentes, c’est-à-dire plus innovantes et donc capables de construire ces Smart cities grâce aux centres de recherche et développement. C’est cette génération que prépare notre université ouverte à l’universalisme qui aura la responsabilité de promouvoir les villes intelligentes dans l’aménagement spatial de leur territoire.
On peut dire que les possibilités offertes par une langue numérique renouvellent les modalités de création et d’innovation. C’est en quoi la langue arabe se doit d’être de son temps pour faire émerger une génération capable de rivaliser dans ce monde où dominent la robotique et la nano-technologie qui seront introduites dans tous les domaines de la vie. Les réseaux tissés à partir de l’exploitation d’une langue innovante qui transcende d’une manière pragmatique les valeurs de l’internet ouvert.

LA LANGUE ARABE, UN VECTEUR HUMANISTE DU DROIT AU SAVOIR

La langue arabe redevient comme dans son passé florissant des lettres et des sciences, un vecteur humaniste de droit au savoir, à l’éducation et au partage des connaissances et du progrès scientifique. Commele disait le président Boumediène dans son discours à Lahore : «Nous voulons de notre langue arabe non pas celle de la poésie, mais celle du fer et de l’acier». Car, en définitive, la révolution numérique part de cette envie d’être fière d’une langue qui façonne un type d’homme et de femme tolérants et créatifs.

DES ALGORITHMES ARABES DANS LE DOME NUMÉRIQUE

C‘est ce qui m’a motivée pour proposer au comité scientifique l’idée de ce colloque qui fut validé par les autorités universitaires. En guise de préambule, j’avais exprimé le fait que la langue arabe peut se hisser de par la maîtrise des algorithmes en mesure d’affronter les défis de la révolution numérique. La langue arabe recèle un potentiel scientifique et un vocabulaire assez dense pour lui permettre de construire l’architecture numérique innovante.

C’est pour cette raison que la problématique en question «La langue arabe à l’ère de la révolution numérique» va nous permettre de trouver les voies et moyens pour que les vocables propres au langage des TIC modernise le corpus morphologique ayant trait aux signes et aux concepts doivent aboutir dans ce qui va modeler le futur à savoir l’intelligence artificielle de ce XXIe siècle.

ENRICHIR LE CORPUS MORPHOLOGIQUE NUMÉRIQUE DU FUTUR

Enfin, c’est autour de deux axes que notre colloque devait répondre par la contribution de nos spécialistes évoluant dans les différents laboratoires et les think tanks ou centres de recherche et développement.

1- Quels seront les défis auxquels la langue arabe devait faire face pour développer ses logiciels en partenariat avec les praticiens de la langue arabe, des informaticiens, des mathématiciens et les linguistes ?
2- A quelle ingénierie technologique la langue arabe devrait réfléchir répondant à une mondialisation de signes et de lettres standardisés en adéquation avec la recherche opérationnelle ?

LA LANGUE ARABE LOCOMOTIVE DE LA NANOSPHERE

En conclusion, il serait difficile de dire quelle langue domine aujourd’hui le monde, si on considère que celle-ci devient un vecteur de communication la plus utilisée.

Selon certaines études en la matière, on recense les langues les plus parlées et répandues à travers le monde, il se trouve que c’est la langue anglaise, langue des technologies parlée par environ 25% de la population mondiale.
Le mandarin (Chine) est parlé par 18,05%, puis l’indou avec 11,60%, la langue espagnole 6,25%, la langue russe 3,95%, la langue portugaise 3,26%, la langue française 3,05%, la langue allemande 2,7%.

La langue arabe recèle 12 302 912 mots sans répétitions alors que la langue anglaise possède 600 000 mots. Mais ce qui fait dire qu’une langue répond à des critères précis fait toujours débat entre linguistes. Le nombre de sinophones estime de locuteurs natifs chinois est de 1,2 milliard de personnes dont 1 milliard parlant le mandarin. Pour ce qui est de l’espagnol, le nombre de locuteurs natifs est 400 millions de personnes.
Pour ce qui est des anglophones, il y a 360 millions de personnes dont l’anglais est la langue maternelle et 1 milliard le parlent en seconde langue. Le hindi où l’Inde compte 23 langues officielles dont la principale est le hindi/ourdou.

La langue arabe, selon les données récentes, compte 250 millions d’arabophones.

Le portugais, qui fut un pays colonial, compte 215 millions de locuteurs natifs, alors que le bengali compte 170 millions de personnes. Le russe compte 145 millions de locuteurs qui est la huitième langue la plus parlée dans le monde.

Le japonais ou yamoto compte 130 millions de locuteurs natifs et vivent au Japon. La langue japonaise combine les kanjis, caractères d’origine chinoise représentant les morphèmes et les kanas qui sont syllabiques (hiraganas et katakanas). Le penjabi/lahnda tourne autour de 100 millions de locuteurs natifs du Penjab.

Ainsi, dans l’esprit d’un bon nombre de linguistes, il est établi des systèmes phoniques ou graphiques, morphologiques ou grammaticaux, conçus comme des réseaux de rapports de corrélations. C’est ce que précise Louis Hjelmslev dans sa contribution sur la sémantique structurale.

UNE TERMINOLOGIE ARABE ADAPTÉE AU FUTUR NUMÉRIQUE

Par opposition aux phonèmes ou aux graphèmes aussi bien qu’aux morphèmes, les vocables ou les mots qu’on peut employer dans l’internet peuvent changer constamment, car il y a dans un état de langue un va-et-vient de mots nouveaux, que le lexique arabe peut utiliser.
La langue arabe peut créer une terminologie simple susceptible d’être insérée dans les différentes applications numériques. La structure de la langue numérique impose aussi des méthodes par exemple binaires pour aboutir au nouveau langage que partage toute science.

C’est à ces innovations que les laboratoires des langues peuvent aboutir à une forme sémiologique capable de rendre l’expression numérique adaptée à l’évolution technologique.

C’est cette rupture avec l’approche linguistique traditionnelle qui nous interpelle pour créer une autre typologie des langues à même de traduire cette évolution. Chaque siècle a apporté sa part d’innovations. La civilisation arabe peut renaître dans cette ère numérique. Dans l’ordre des idées émises de par les nuances qui séparent les différentes langues, la langue arabe retrouvera la voie de l’intelligence artificielle et du Big Data.


Par le Pr Fatima Haichour Ould Hocine , Secrétaire générale  du PLJ


Bibliographie :

1- James Lane :fr babbel.com magazine 2020 Paris
2- Xavier Niel et Dominique Roux «Les 100 mots de l’Internet pages 63-65» Que sais-je PUF Paris 2008.
3- Philippe Aigrain et Daniel Kaplan : «Internet peut-il casser des briques ? Un territoire politique en jachère pages 83-86 édition Descartes et Cie paris 2006.
4- Jakobson R : «Essai de linguistique générale, Paris éditions de Minuit 1963.
5- Louis Hjelmslev : Essais linguistiques éditions de Minuit- pages 105/106. Paris 1979.


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