Nucléaire iranien : Israël est en passe de réussir à saboter le JCPOA pour de bon

         Les États-Unis et l’Iran sont tous deux à blâmer pour l’échec du renouvellement de l’accord nucléaire, mais Tel Aviv lance tous les obstacles qu’il peut pour le saboter.

Le président américain Joe Biden et le Premier ministre israélien Yair Lapid assistent à la première réunion virtuelle du groupe « I2U2 » avec les dirigeants de l’Inde et des Émirats arabes unis, à Jérusalem, le 14 juillet 2022. Reteurs/Evelyn Hockstein

Les États-Unis et l’Iran sont tous deux à blâmer pour l’échec du renouvellement de l’accord nucléaire, mais Tel Aviv lance tous les obstacles qu’il peut pour le saboter.

Les négociations visant à rétablir le Plan d’action global conjoint (PAGC) sont toujours dans l’impasse et il y a désormais peu de chances que les États-Unis, l’Iran et les P4+1 [Anciennement P5+1, désigne les autres signataires du PAGC : la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et le Royaume-Uni, NdT] parviennent à un accord mutuellement satisfaisant avant les élections américaines de mi-mandat en novembre.

Selon les informations de Laura Rozen, la dernière réponse du gouvernement iranien a fait reculer encore plus les négociations, et le gouvernement israélien pense qu’il n’y aura pas d’accord à court terme. Le Premier ministre israélien Yair Lapid a déclaré la semaine dernière que son gouvernement était engagé dans une « campagne intensive » pour faire échouer l’accord, et il semble plus près que jamais d’atteindre cet objectif.

Selon la presse israélienne, le président Biden et des responsables américains auraient fait savoir à Lapid, lors de récentes conversations, que l’accord nucléaire ne serait pas rétabli dans un avenir prévisible.

Cette semaine, Lapid a posé devant l’un des chasseurs avancés F-35 qu’Israël a achetés au grand constructeur américain Lockheed Martin pour envoyer un message à l’Iran. « Il est encore trop tôt pour savoir si nous avons effectivement réussi à stopper l’accord nucléaire, mais Israël est préparé à toutes les menaces et à tous les scénarios. »

L’échec de la relance de l’accord nucléaire a été un échec conjoint des États-Unis et de l’Iran, les deux gouvernements ayant durci leurs positions au fur et à mesure que les pourparlers s’éternisaient, mais le gouvernement israélien porte également une responsabilité importante pour avoir mis des batons dans les roues dans sa tentative de saboter le retour des États-Unis. Le gouvernement israélien a non seulement exercé des pressions politiques à Washington pour empêcher l’administration Biden de rejoindre l’accord, mais il a également utilisé ses opérations secrètes d’assassinat et de sabotage pour rendre plus difficile le retour de l’Iran à la conformité.

Les efforts d’Israël pour saboter les négociations ont été plus fructueux que ses efforts pour saboter le programme nucléaire. Les attaques israéliennes ont eu pour effet majeur de pousser l’Iran à développer son programme nucléaire bien au-delà de ce qu’il avait fait dans le passé. En raison des attaques israéliennes visant ostensiblement à retarder les progrès de l’Iran dans ses installations nucléaires, le programme iranien s’est accéléré et a atteint de nouveaux sommets avec un enrichissement à 60 % et une coopération réduite avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Cette expansion a mis une pression supplémentaire sur l’administration Biden pour qu’elle n’offre aucune concession significative qui pourrait accélérer la conclusion des pourparlers. Dans le même temps, l’administration a fait tout son possible depuis un an et demi pour « rassurer » le gouvernement israélien par de fréquentes consultations et même par la vente récente d’avions-ravitailleurs dont Israël aurait besoin pour mener sa propre attaque contre l’Iran. En retour de son indulgence, l’administration Biden a été récompensée par de l’ingratitude.

Ces dernières semaines, les gouvernements européens ont fait preuve d’un regain d’optimisme en pensant que la relance de l’accord nucléaire pourrait être en vue. Il y a une semaine, le président français Emmanuel Macron a exprimé l’espoir que les pourparlers aboutissent en quelques jours, mais une fois de plus, cet espoir s’est avéré déplacé. Les responsables européens semblent être les seuls à être profondément préoccupés par l’échec possible des négociations, et si ce n’était des efforts continus des intermédiaires européens, le processus se serait déjà effondré il y a plusieurs mois.

Malheureusement, les supplications des responsables européens semblent être tombées dans l’oreille d’un sourd à Washington et à Téhéran, les deux gouvernements s’étant retranchés et refusant tout compromis. Le gouvernement iranien a également insisté pour relancer ses objections à une enquête de l’AIEA, ce qui a mis un obstacle supplémentaire et peut-être insurmontable sur la voie du rétablissement de l’accord. Si les États-Unis et l’Iran parviennent finalement à mettre leurs désaccords de côté pour le moment, la triste réalité est qu’il ne resterait probablement que deux ans à un accord nucléaire relancé avant que les États-Unis ne le renient à nouveau.

L’administration Biden a fait preuve d’un remarquable manque d’empressement à rétablir l’accord. Cela a été évident depuis le début du processus au printemps 2021, et près d’un an et demi plus tard, il n’y a toujours pas de résolution. Au lieu du retour relativement rapide et direct des États-Unis qui aurait dû se produire peu après l’entrée en fonction de Biden, l’administration Biden a opté pour une approche lente et lourde qui a gâché l’occasion de conclure l’accord avant le départ du gouvernement du président sortant Rouhani.

Les États-Unis ont toujours fait porter la responsabilité de la rupture de l’accord à l’Iran plutôt que d’accepter la responsabilité d’avoir causé le problème lorsque l’administration Trump a violé les engagements américains et s’est lancée dans une guerre économique destructrice par le biais de sanctions de « pression maximale », et elle a maintenu ces sanctions en place tout au long des négociations. À chaque fois, la ligne standard de l’administration sur les relations avec l’Iran a été que « la balle est dans leur camp. »

De son côté, le gouvernement Raisi a également tergiversé et tenté de mener une négociation plus dure que le gouvernement précédent, ce qui a contribué à l’impasse actuelle.

Même si toutes les parties semblent reconnaître que l’effondrement du JCPOA entraînerait une aggravation des tensions et peut-être même une crise sur la question nucléaire, les États-Unis n’ont pas voulu prendre de risques susceptibles de sortir de l’impasse. Le président lui-même n’a pratiquement rien dit sur le sujet, sauf lorsqu’on lui a posé des questions directes à ce sujet, et il a alors généralement fait des commentaires peu judicieux sur le recours à la force contre l’Iran en cas d’échec de la diplomatie.

L’administration ne veut pas mettre fin aux négociations, mais elle n’est pas prête à offrir à l’Iran des incitations supplémentaires qui pourraient inciter le gouvernement Raisi à abandonner ou à assouplir ses exigences actuelles. À moins de changements majeurs des deux côtés, il est de plus en plus probable que l’accord nucléaire s’effondrera, ou qu’il ne survivra que sur le papier.

Il n’y a aucun avantage à attendre la fin des élections de mi-mandat pour résoudre ces problèmes. Le rétablissement de l’accord nucléaire en septembre ou en octobre ne coûterait aucune voix au parti de Biden, et aucune enjeu au Sénat ne va dépendre du fait que Biden tienne ou non sa promesse électorale de rejoindre le JCPOA. Si l’accord n’est pas rétabli avant les élections, il restera probablement en suspens jusqu’à la nouvelle année, et il sera alors peut-être trop tard pour le sauver.

L’hypothèse selon laquelle les États-Unis ont le luxe d’attendre pour rétablir l’accord est l’une des raisons pour lesquelles la survie de l’accord ne tient plus qu’à un fil. Plus l’accord restera dans les limbes, moins le gouvernement iranien sera incité à s’y conformer à nouveau. L’Iran a reçu relativement peu d’avantages lorsque le PAGC était pleinement en vigueur, et il n’en a reçu aucun au cours des quatre dernières années et demie. La perspective de deux ans d’allègement des sanctions ne va guère susciter l’enthousiasme à Téhéran.

Les quatre dernières années ont montré à quel point les sanctions et le sabotage peuvent avoir un effet boomerang avec l’Iran lorsqu’il s’agit de restreindre son programme nucléaire. Sans la « pression maximale » et les attaques israéliennes, le programme nucléaire iranien serait beaucoup plus petit et moins avancé qu’il ne l’est aujourd’hui, et tout le monde s’en porterait mieux. Seul un accord diplomatique équitable et profitable à toutes les parties peut assurer un succès durable en matière de non-prolifération, et il n’existe pas d’autres solutions viables permettant d’atteindre le même résultat.

Il n’y a pas de meilleur moment que maintenant pour rétablir l’un des accords de non-prolifération les plus solides jamais négociés. Si les États-Unis et l’Iran ne saisissent pas cette opportunité, nous le regretterons tous.


Source : Responsible Statecraft, Daniel Larison, Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


 

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