Journalisme d’investigation en Tunisie: quel avenir?

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Media Development Center (MDC) a organisé mercredi 26 décembre 2018 au centre de formation et des études stratégiques de la Radio Tunisienne l’atelier de clôture et de remise des attestations de participation au programme « La Richesse des Nations« .
Cette rencontre a été l’occasion pour les participants de passer en revue les différentes difficultés auxquelles ils ont fait face lors de la réalisation de leurs enquêtes d’investigation mais également les menaces qu’ils ont reçues et les pratiques d’intimidation et d’harcèlement dont ils ont fait l’objet suite à la diffusion de leurs travaux qui touchent aux flux financiers illicites, les malversations financières et l’évasion fiscale.
Dans ce contexte, Abdelkerim Hizaoui, Président de Media Development Center (MDC) a salué l’ensemble des participants pour leur persévérance et pour les grands efforts fournis pendant plusieurs mois pour la production d’enquêtes d’investigation répondant aux normes de qualité internationales rappelant que les enquêtes n’ont été diffusées qu’après leur validation par les coaches de MDC et des experts de Thomson Reuters Foundation.
Il a également invité l’ensemble des journalistes ayant pris part à ce programme dans sa première édition à faire du journalisme d’investigation une tradition compte tenu du rôle crucial qu’il joue en matière de lutte contre la corruption financières en Tunisie. Il a précisé que la Tunisie est le seul pays nord-africain à avoir abrité le programme « La Richesse des Nations » après avoir été « expulsé » en 2014 par les autorités marocaines pour soi-disant des raisons sécuritaires, estimant que l’investigation liée aux flux financiers illicites constitue un sujet délicat.

Créer une base de données en ligne au profit des journalistes d’investigation tunisiens
De son coté, Mabrouka Kedhir, journaliste et coach dans le cadre du programme la « Richesse des Nations » s’est félicitée de la réussite du programme tout en mettant l’accent sur sa contribution à la lutte contre la corruption financière en Tunisie. « Les menaces reçues par mes collègues suite à la publication de leurs enquêtes, ne sont qu’une preuve de l’accomplissement de notre mission.  C’est parce que nous avons mis le doigt réellement là où il fait mal. » a-t-elle expliqué.
Elle a appelé l’ensemble des journalistes professionnels à opter pour un journalisme de qualité et à développer davantage leurs connaissances et compétences journalistiques et autres pour pouvoir lutter contre la médiocrité médiatique dont certains intrus sont responsables. Elle a estimé que les médias publics doivent s’impliquer davantage dans la production d’enquêtes d’investigation compte tenu de leur indépendance des annonceurs comme c’est le cas pour les médias privés. « Dans les rédactions des médias publics, on ne risque pas de voir une enquête d’investigation se faire censurer  afin d’éviter de perdre un contrat publicitaire avec tel ou tel annonceur » a-t-elle indiqué. Et d’ajouter: « Il faut également penser à faire impliquer plus qu’un média dans la production des grandes enquêtes d’investigation dont le traitement nécessite l’effort de plus qu’un journaliste« .
Dans ce même ordre d’idées, Walid Mejri, Journaliste et Coach au Programme « La Richesse  des Nations » a appelé les journalistes qui veulent continuer dans l’investigation à faire preuve de persévérance et à faire de ce créneau une conviction et non uniquement un gagne pain. «  Il faut faire de l’investigation une cause, tel un soldat qui fait de la défense de la patrie une conviction et non un gagne pain« . a-t-il affirmé.
Il a par ailleurs appelé à la mise en place d’un réseau en ligne de journalisme d’investigation en Tunisie afin de favoriser les échanges de connaissances et de données entre les professionnels.

De gauche à droite; Mm. Abderrazak Tabib, PDG de la Radio Tunisienne, Abdelkrim Hizaoui, président de MDC et Manoubi Marrouki, PDG de la SNIPE La Presse.

Miser sur le journalisme d’investigation dans les médias publics, une nécessité
Mannoubi Marrouki, PDG de la Presse, et formateur dans le cadre de « La Richesse des Nations » a de son côté, regretté le manque de médiatisation des enquêtes d’investigation en Tunisie, tout en rappelant les outils qu’offrent les plateformes en ligne pour susciter l’intérêt des lecteurs ou spectateurs quelques jours avant la diffusion. Il a par ailleurs rappelé qu’un supplément dit « Enquêtes » vient de voir le jour à « La Presse ». « Il est grand temps de miser sur le journalisme de qualité particulièrement dans les médias publics. Le paysage médiatique est en pleine mutation et une nouvelle approche s’impose; aller au delà de l’information… Le terrain de l’investigation en Tunisie est étendu et ne se limite pas aux grandes affaires de corruption. » a-t-il affirmé.
Dans ce même contexte, Abderrazek Tabib, PDG de la Radio Tunisienne a assuré que son institution est disposée à sceller de nouveaux partenariats avec les différents organismes de formation nationaux et internationaux tels que MDC et le CAPJC en vue de renforcer les connaissances de ses journalistes en matière du journalisme d’investigation. « Il est temps de former une génération de journalistes capables de réaliser des enquêtes et d’éclairer l’opinion publique« a-t-il conclu.
« La Richesse des Nations » est un programme de formation piloté en Tunisie par Media Development Center (MDC) en partenariat avec Thomson Reuters Foundation et a pour objectif d’aider les journalistes africains à produire des enquêtes d’investigation sur les flux financiers illicites, les malversations financières et l’évasion fiscale. Ce programme est financé par l’Agence Norvégienne pour le Développement NORAD.
« La Richesse des Nations » se poursuivra durant l’année 2019 avec un nouveau groupe de 10 journalistes tunisiens.

B.H. / Réalités tn  27.12.2018

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