Algérie / Lettre ouverte de Zohra Drif-Bitat à Ahmed Gaid Salah

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02.06.2019

 Par: Zohra Drif-Bitat *

Monsieur le chef d’état-major de l’ANP et vice-ministre de la Défense nationale,

C’est encore sous le choc de la disparition tragique en détention d’un détenu d’opinion, feu Kamel Eddine Fekhar, que Dieu ait son âme, que je vous écris à propos de la détenue politique Louisa Hanoune.

Je vous écris, avec l’espoir infini qu’elle-même ainsi que tous les détenus politiques et d’opinion dans notre pays, soient libérés dans les plus brefs délais.

Ces libérations feront partie, de façon certaine, des garanties qui crédibiliseront votre engagement pour une Algérie nouvelle ; elles feront en sorte que la mobilisation de notre peuple, en défense de sa liberté et de sa dignité, trouve son sens plein, unificateur de la nation et que le sacrifice suprême de Kamel Eddine Fekhar ne soit pas vain.

Car il s’agit bien là du sacrifice suprême consenti par l’un de nos enfants, pour que vive l’Algérie libre et démocratique. Vous et moi, en tant que Moudjahidines, entendons et comprenons, plus que d’autres, la portée, la teneur, la gravité, l’importance et l’honneur de ce type de sacrifice.

Monsieur le chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Cela fait près d’un mois que Louisa Hahoune, secrétaire générale du Parti des Travailleurs, a été mise sous mandat de dépôt et incarcérée par le tribunal militaire de Blida.

Je n’arrive toujours ni à comprendre ni à accepter cette arrestation que je considère à la fois injuste, arbitraire et augurant de sombres menaces sur l’exercice de toutes les libertés démocratiques, notamment la libre action politique et partisane dans notre pays.

L’arrestation de Louisa Hanoune a suscité et continue de susciter une légitime et vive émotion ainsi qu’une considérable indignation aussi bien dans notre pays qu’à l’étranger. La raison est que Louisa Hanoune est connue, ici et partout dans le monde, depuis des années, pour ses positions claires et sans concessions, pour ses innombrables combats intransigeants en faveur des travailleurs, des peuples et des opprimés, en faveur des libertés, des droits des femmes et de la démocratie, en faveur de la souveraineté populaire, la souveraineté nationale et contre toutes formes d’ingérence extérieure.

Monsieur le Chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Qui peut ignorer l’engagement total et sans discontinuer, notamment ces dix dernières années, de Louisa Hanoune contre la dilapidation des biens publics, contre les trafics et la prédation sous toutes les formes, contre le siphonnage de l’argent public, grâce à un système au service d’oligarques, sans foi ni loi, contre la caporalisation de l’État par cette oligarchie, contre la « mafiotisation » des institutions et du fonctionnement de l’État, contre l’intrusion massive de l’argent sale dans la politique ?

Qui ne connait pas les combats intransigeants de Louisa Hanoune contre l’impérialisme, son injustice et ses guerres ? Qui ne connait pas les positions et combats aussi justes que constants de Louisa Hanoune aux côtés et en faveur des peuples opprimés de par le monde, notamment le peuple-frère Palestinien.

Monsieur le chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Tous ces combats, et bien d’autres encore, menés sans relâche depuis 45 ans, font de Louisa Hanoune une militante et une dirigeante politique respectable, honorable et exemplaire dans son courage, sa clarté, sa droiture, son honnêteté et sa cohérence, y compris pour celles et ceux qui ne partagent ni sa vision ni ses positions.

Cependant, tous lui reconnaissent ses hautes valeurs éthiques et politiques, sa constance et son courage légendaires, son sens de la responsabilité et son patriotisme indéniables. Car, faut-il aussi rappeler que c’est toujours l’intérêt du peuple algérien et celui du pays, avant toute autre considération, qui ont toujours guidé les actions et positions de Louisa Hanoune.

Monsieur le chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Louisa Hanoune est une militante et une dirigeante politique qui assume pleinement son rôle de chef national d’un parti politique légal et exerce totalement son droit à la libre action politique, garanti par nos Lois nationales – notamment la Constitution – et par les Conventions Internationales ratifiées par notre pays.

Aussi, lorsqu’elle se penche sur toutes les questions qui touchent à la vie passée, présente et future de notre Peuple, de notre État et de notre Nation, Louisa Hanoune est dans son rôle et se mêle de ce qui la regarde.

N’est-ce pas dans ce rôle, pleinement assumé par elle en toute responsabilité, que vous-même l’aviez reçue en tant que chef d’état-major et vice-ministre de la Défense, à sa demande, en 2014 ?

C’est elle-même qui a rendu publique cette rencontre et personne n’a trouvé anormal qu’une responsable politique et députée de surcroît, échange avec vous sur la situation de notre institution militaire et sur notre politique de défense. Comme nul n’y a vu un complot ourdi contre qui que ce soit.

Le 1er Novembre 2015 n’est-ce pas aussi Louisa Hanoune qui, aux côtés de dix-huit autres militantes et militants, inquiets de la caporalisation de l’État et de ses institutions par « des forces occultes illégitimes et illégales », avaient demandé une audience à l’ex-président de la République dans le but de vérifier que c’était bien lui qui prenait toutes « les décisions anti- sociales et anti-nationales », car ils se doutaient bien déjà qu’il n’exerçait plus ses fonctions ?

Monsieur le Chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Vous êtes arrivé aux mêmes conclusions que Louisa Hanoune et ses 18 cosignataires et vous avez agi en conséquence le 2 avril 2019. Quant à la volonté de changer de régime politique dans notre pays, Louisa Hanoune n’en a jamais fait ni un mystère, ni un secret. Elle en a toujours fait un objectif fondamental de ses positions et actions.

Elle et son parti ont initié une pétition nationale, depuis quelques années et ce jusqu’en 2019, en faveur d’une Assemblée Constituante Souveraine afin de rendre la parole au peuple pour qu’il choisisse librement la nature et le type des institutions ainsi que le régime politique qui doivent le gouverner. Cette pétition a déjà recueilli des centaines de milliers de signatures à travers le territoire national.

Par ailleurs, ceux qui ont décidé d’incarcérer Louisa Hanoune, au motif de sa volonté de changer le régime, oublient que c’est la volonté d’au moins dix partis politiques légaux qui le déclarent publiquement en exigeant la libération de Louisa Hanoune, comme c’est aussi la volonté de l’écrasante majorité du peuple algérien qui le clame haut et fort depuis le 22 février.

Monsieur le chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Louisa Hanoune et le Peuple algérien veulent changer de régime car l’actuel a privé l’Algérie et ses enfants de presque tous leurs droits fondamentaux, a empêché le pays de se développer tout en le pillant, et, a étouffé toute lueur d’espoir pour un avenir meilleur en son sein. Mais, de toutes les privations, celle de la liberté est la pire. C’est parce que, de tous les droits fondamentaux, la liberté est la plus sacrée car elle est fondatrice de la dignité humaine. C’est pourquoi nul n’a le droit de priver Louisa Hanoune et tous les détenus politiques de leur liberté.

Monsieur le chef d’état-major et frère du combat libérateur,

Vous et moi connaissons parfaitement le prix de la liberté puisque nous en connaissons la terrible privation, ayant vécu sous le joug colonial. Alors, je vous le demande, au nom du serment donné à nos chouhada, usez de votre pouvoir pour libérer Louisa Hanoune et tous les détenus politiques et d’opinion dans notre pays. Usez de votre pouvoir pour ne pas laisser vain le suprême sacrifice de Kamel Eddine Fekhar.

Libérez Louisa Hanoune et tous les détenus politiques et d’opinion et faites de ces libérations un gage de sincérité dans le but de rebâtir le socle de confiance si malmené par le régime en place.

Sans cette confiance à rebâtir absolument, entre l’État, ses institutions et le peuple, rien de durable ne peut être entamé puis bâti à son tour. Tahia Djazair, Allah Yerham Echouhada !

*Coordinatrice du Comité National pour la Libération de Louisa Hanoune


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Fatiha Benabbou : « La reconduction de Bensalah n’est pas envisageable » (Vidéo)

Après le report des élections présidentielles, prononcé des suites de l’absence de candidats crédibles, le président par intérim, Abdelkader Bensalah, dont le mandat devrait prendre fin le 4 juillet 2019, peut-il être légalement reconduit dans ses fonctions ?

Pour la professeure en Droit constitutionnel, Fatiha Benabou, une telle option n’est pas envisageable, parce que, souligne-t-elle, non inscrite dans la Constitution, ajoutant qu’il est donc temps « de passer le relai » à la tenue d’une conférence nationale inclusive.  

S’exprimant, lundi, à l’émission L’Invité de la rédaction de la chaine 3 de la Radio Algérienne, celle-ci estime que l’article 7 de la Constitution énonçant que le peuple est souverain, constitue « une potentielle réserve de légitimité et de souveraineté », lui permettant de transcender les normes  juridiques.

Selon elle, le pays pourrait dépasser la situation de blocage politique dans laquelle il se trouve présentement, en impliquant des membres de la société civile auxquels, dit-elle, serait confiée la mission de désigner les membres devant participer à la conférence nationale de dialogue avec les tenants du pouvoir, « sur la base, ajoute-t-elle, d’un consensus entre toutes les forces sociales ».

De l’organisation de la présidentielle visant à élire un chef d’Etat légitime, Mme Benabou abonde dans le sens de la création d’une commission électorale dotée de prérogatives limitées et chargée de préparer les listes électorales, organiser un scrutin « propre et transparent » et proclamer les résultats, « seule manière, ajoute-t-elle, de mettre le peuple en confiance ».

Elle considère, par ailleurs, qu’il est attendu de l’armée qu’elle joue le rôle attendu d’elle, c’est-à-dire celui d’accompagnateur de ces élections afin, notamment d’assurer leur transparence.

Pour crédibiliser ces présidentielles et les organiser dans les meilleures conditions possibles, l’intervenante avance la nécessité de les entourer de garanties, tant politiques que juridiques, que le dialogue aura préalablement négociées.

De la période de transition devant déboucher sur cette phase de redressement de l’Etat, l’invitée note qu’elle devrait être gérée par des personnes consensuelles et sans attachement politique ou partisan.

Auteur : Chaîne III 

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