Contre-analyse des dernières élections européennes

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Difficile pour toute analyse des élections européennes du dernier week-end de mai d’aborder les résultats sans tomber dans le travers d’une approche aux couleurs plus nationales que strictement européennes. A suivre les médias – presse, radio, télé – tout observateur a pu s’en rendre compte. Et le plus cocasse lors de ces élections dites ‘européennes’ en est leur interprétation par les ténors politiques eux-mêmes. La plupart d’entre eux se sont poussés au-devant de la scène sur base de leur politique nationale, et au soir des résultats même s’ils ont perdu des points, comme le président Macron, ils l’évaluent comme un blanc-seing pour poursuivre leur politique pourtant décriée par les urnes.

Sans aborder le cas de chacun des pays qui constituent l’UE, je n’en prendrai que quelques-uns pour illustrer mon propos. De manière globale, si l’on constate une augmentation générale de participation des électeurs, celle-ci reste marquée par une abstention majeure – près de 50% des citoyens européens se sont abstenus – soit, un électeur sur deux, ce qui en dit long sur l’intérêt que les citoyens portent à une institution dans laquelle ils ne se reconnaissent pas. Et au vu des résultats, cela en dit long également sur la notion de « démocratie » dont je parlais dans mon précédent billet (https://www.mondialisation.ca/avant-les-elections-dans-lue-arret-sur-la-notion-de-democratie/5633570). 

Ainsi, un parti et/ou un candidat qui se proclame vainqueur en arrivant autour de 20% des voix sur 50% de participation implique qu’environ 10% d’électeurs imposent leurs choix aux 90% des autres. En termes de « démocratie », c’est effectivement brillant !

A ce stade, je rappelle aussi qu’il n’existe pas un ‘peuple européen’, quoi qu’en prétendent certains ‘eurolâtres’ qui veulent à tout prix s’en persuader. De façon très prosaïque, sans même aborder la question des 24 langues officielles (!) reconnues dans l’UE, comment par exemple, penser qu’un Lituanien ait les mêmes repères qu’un Portugais ou qu’un Finlandais se reconnaisse dans les critères d’un Chypriote ou d’un Maltais ?! Bonne chance à ceux qui tentent d’y croire ! 

N’est qu’à voir à l’intérieur de certains Etats les dissensions qui animent parfois leurs citoyens (en Espagne avec les Catalans et les Basques contre l’Etat central ; en Belgique entre les Wallons et les Flamands avec l’épineuse question de Bruxelles ; en Italie entre ceux du Nord et du Sud ; sans oublier l’Irlande où les tensions restent à fleur de peau ; ni la France où la Corse n’est pas en reste, etc… dans une liste où les particularités régionales ne manquent pas d’exacerber les tensions)… sans aborder l’épineuse question du Kosovo imposé à la Serbie, au cœur de l’Europe et qui pourrait à tout moment déstabiliser la région et ses voisins ; ni de l’ombre de l’Ukraine dont les mêmes cinglés voudraient la rattacher à l’UE comme ils l’ont fait avec empressement avec les pays de l’Est, plus en conformité avec l’agenda de l’OTAN qu’avec celui des citoyens européens, pourtant premiers concernés et plus que réservés sur la question. 

Par ailleurs, l’augmentation relative de participation dont on nous a parlé s’explique en partie par le fait que dans plusieurs Etats étaient organisés des scrutins régionaux voire nationaux, comme en Belgique, Espagne, Grèce, Irlande, Lituanie et Roumanie. Si ces scrutins intérieurs n’avaient pas été couplés aux élections européennes, on peut raisonnablement penser que l’abstention à ces dernières eût été plus forte.

Mais soit, que peut-on malgré tout retenir de ces élections ? Que dans la majorité des cas, ce que l’on observe de manière nationale se répand comme une tache d’huile : l’Europe vire à droite toute et la plupart des pays semblent opter pour un repli sur soi. Les partis qui l’emportent sont souvent ceux qui ont prôné une autre Europe, moins ouverte, plus nationaliste, quand ce n’est pas une sortie de celle-ci. En effet, les plus gros scores sont réalisés par les responsables politiques qui n’ont cessé de critiquer la politique européenne menée jusqu’à présent, et pour preuve, la chute des deux partis majoritaires au Parlement européen que sont le PPE (Parti populaire européen) et le S&D (Sociaux-Démocrates) furieux adeptes d’un libéralisme débridé, qui perdent ensemble plus de 50 sièges et n’ont plus la confortable majorité qui était la leur.

Les technocrates peuvent bien se féliciter d’une meilleure participation à ces élections et trompeter que ‘les peuples européens’ sont plus que jamais attachés à l’idée d’Europe, en fait elles consacrent exactement le contraire, à savoir le rejet des électeurs de l’Europe qui leur est proposée. Après ces élections, les eurosceptiques devraient donc être plus nombreux au sein du Parlement européen. Que ce soit en Grande-Bretagne où le parti de N. Farage culmine et entérine donc un Brexit que le parti de Th. May tentait par tous les moyens d’empêcher avec l’interminable mauvais feuilleton que l’on a vu ; que ce soit en Pologne où le PiS conservateur rejette nombre de directives européennes au point que le pays se fait régulièrement remonter les bretelles par les responsables de Bruxelles ; que ce soit l’Italie avec la victoire de M. Salvini qui défie la politique d’austérité de l’Europe à chaque occasion et risque de se voir imposer des mesures disciplinaires pour non-respect des normes budgétaires ; ou de la Hongrie avec le triomphe du parti de V. Orban, qui défie lui aussi nombre de directives, sans parler de la France où le RN dépasse le parti du président en place, et ainsi de suite…

La leçon à retenir de ces élections est donc un mouvement de rejet de cette Europe au profit d’un repli national identitaire bien à droite. A force de ne pas entendre la volonté et les souhaits des citoyens, quoi d’étonnant à ce que ceux-ci choisissent les partis les plus réticents à une Union Européenne dans laquelle ils ne se reconnaissent pas tant leurs acquis sociaux sont lentement mais sûrement détricotés ? Le meilleur exemple en est le ‘Brexit’… qui pourrait à terme, faire des émules.

Un arrêt cependant sur le cas de la France, pour pointer le peu de conscience et de lucidité politique de l’électorat, et la manipulation grossière dont il est l’objet. Plusieurs enquêtes ont tenté de déterminer quel était le profil des électeurs du FN/RN de M. Le Pen. Et il semble que bon nombre des forces de l’ordre – police, gendarmerie, armée, CRS, … – y soient favorables. Certains ‘Gilets Jaunes’ – dont deux listes se présentaient à ces élections avec à peine 1% de votes – se sont ouvertement déclarés sympathisants du FN/RN et se heurtent donc de face lors des manifestations hebdomadaires, à ceux qui se trouvent du même côté qu’eux dans l’isoloir. Quelle farce ! Pour une analyse plus détaillée des votes français, en fonction de la classe sociale, lire : https://lemediapresse.fr/politique/elections-europeennes-un-vote-de-classe-avant-tout/

L’un des problèmes majeurs de l’Europe, est qu’en-dehors de rares cas – Espagne, Portugal – les ‘gauches’ nationales européennes n’existent quasiment plus. Elles ont lentement glissé au centre, par de minables calculs électoralistes et de malheureux compromis – pour ne pas dire ‘compromissions’ – avec pour résultat leur effondrement dans nombre de pays européens au profit d’une droite plus dure, plus nationaliste, souvent raciste et tendant vers l’extrême. 

Dès lors que les soi-disant ‘partis de gauches’ ont entériné la privatisation de tous les secteurs de l’économie, reprenant en chœur le mensonge des « Etats désargentés », les citoyens ont malgré eux assisté au fait que même l’information se privatise avec les résultats que l’on sait : en France les médias sont aux mains d’une poignée de milliardaires qui font donc passer l’info qui convient le mieux à leurs affaires. En Italie, S. Berlusconi avait fait pareil. On en a vu l’imposture après quelques années.

A force de répéter sans discontinuer des mensonges sur les ondes, ceux-ci rentrent lentement dans l’inconscient collectif et devient ‘vérité’. C’est une technique vieille comme le monde qui fait toujours recette. D’autant plus aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux et de la surinformation. Or cette info est complètement fausse : les Etats sont désargentés par la faute de leurs choix. S’ils voulaient vraiment récupérer l’argent là où il coule en abondance, ils devraient s’en prendre aux paradis fiscaux où des milliards sont recyclés, y compris l’argent le plus sale qui soit. Le problème est que les responsables devraient sans doute s’en prendre à leurs pratiques personnelles… ce qui ne leur convient pas vraiment.

Ensuite, ils devraient arrêter leur fuite en avant de guerres qu’ils alimentent loin de chez eux, mais qui les ruinent. Voyez les budgets des Ministères de la Défense qui en réalité s’appuient là-aussi sur des mensonges. Non, l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, la Palestine, le Yémen, le Soudan, l’Iran, la Russie, la Chine, la Corée du Nord ne nous menacent pas, bien au contraire, par nos méthodes néocoloniales beaucoup de ces pays participent, malgré eux, à notre propre confort. Mais le lobby de l’armement agite des menaces inexistantes sur base de ‘fake news’ répétées, là aussi en boucle, dont on finit par voir l’imposture. En attendant, nos Etats ‘ruinés’ multiplient taxes et impôts pour financer ces budgets guerriers au profit d’une poignée de nantis qui s’engraissent sur les cadavres d’innocents, bien éloignés de leurs lieux de vie !

Cette orientation débridée vers un libéralisme à tout crin, sans prendre garde aux effets collatéraux d’élus se liant de la sorte aux principaux acteurs financiers – puisque là aussi, les campagnes électorales voient affluer des donations privées – est d’une dangerosité extrême : vous voulez notre argent, faites tourner nos usines, et de préférence à moindre coût. Si la boucle semble ainsi bouclée, ces politiques mettent véritablement la vie de tous les citoyens en danger. Parce qu’à terme, la réponse des pays que ces politiques dévastent finira par nous revenir en pleine figure. 

Ce n’est pas un scénario pessimiste, c’est ce que l’Histoire nous enseigne. Mais comme le résume très justement Bruno Guigue : « Avec le totalitarisme dans les médias, difficile d’avoir la démocratie dans les urnes ». 

Fait à noter : cette droite dure qui s’affirme ouvertement a la particularité d’être en parfaite symbiose avec l’actuel gouvernement du régime d’apartheid israélien. Ce qui d’une part, illustre l’esprit qui anime ce beau monde, et d’autre part présage que rien ne sera fait au niveau européen pour empêcher l’occupant sioniste qui se sent, avec l’appui inédit du gouvernement de D. Trump, les coudées décidément franches pour poursuivre le démantèlement de ce qui reste de la Palestine historique.

Les analyses de ces ‘euroïnomanes’ proclamés sont donc étranges voire amusantes à lire, avant de devenir sans doute dramatiques dans le quotidien des citoyens qui par manque de lucidité et de réflexion se seront fait berner, une fois de plus !

Daniel Vanhove

La source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Daniel Vanhove, Mondialisation.ca, 2019


Lire aussi :


Elections européennes : l’imbroglio continue

30.05.2019

par Pierre Morville

Dimanche soir, résultat et bilan des élections européennes. Soirée. Comique en partie. Consternation et inquiétude pour le reste. Le pire a été les déclarations des différents partis et courants qui ont tous expliqué qu’ils étaient quasi contents des résultats du scrutin, quelques soient leurs résultats personnels. Mais curieusement lors de cette longue campagne électorale, on a parlé de tout, sauf du principal sujet, qui pose problème, l’Europe, l’Union européenne et son fonctionnement actuel. Pour ne pas parler des sujets importants, la politique, c’est un métier ! 

Donc, on papote sur l’Europe (c’est gentil, c’est bien) mais pas sur son fonctionnement concret. Du coup, on n’en revient aux débats strictement nationaux. Et cette campagne électorale en France, tout au moins, a été stricto « franco-française » : la gauche française contre la droite française, le gouvernement macroniste contre ses opposants, les souverainistes contre les fédéralistes… 

Mais dans un pays qui adore la politique, les conflits, les révolutions, les grandes réconciliations, le sentiment des Français au lendemain de cette élection européenne et ses résultats, restait plus confus. 

Gardons plutôt le côté comique de cette échéance électorale : rien qu’en France, 34 listes, dont une qui défendait les animaux ! Mais aucune proposition, aucun débat sur le fonctionnement de l’Europe. Plus compliqué encore, le mélange des scrutins : huit pays organisaient des scrutins parallèlement aux élections européennes : l’Allemagne (régionales), la Roumanie (référendum), l’Espagne (municipales et régionales), la Lituanie (présidentielle, 2e tour), la Belgique (législatives et régionales), l’Italie (régionales), Malte (municipales) et l’Irlande (municipales et référendum). Si les fortes hausses constatées dans quatre de ces pays (Allemagne, Roumanie, Espagne et Lituanie) ont pu être favorisées par les scrutins parallèles, ce n’est pas le cas dans les quatre autres (Belgique, Italie, Irlande et Malte), qui ont connu une baisse sensible de la participation. 

L’élection européenne de la semaine dernière qui s’est déroulée en un seul tour, donc sans possibilité d’alliances était en réalité une sorte de grand sondage sur les innombrables formations politiques européennes. On a pu constater, au moins en France, l’écrasement, l’éclatement ou l’extrême fatigue des formations politiques traditionnelles de droite (Les Républicains) ; comme de gauche (le Parti socialiste, le Parti communiste et en partie, la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon…) 

Pour l’essentiel des résultats en France, Emmanuel Macron a joué et gagné une sortie politique qui se réduit à deux composantes, lui et son parti et celle qu’il a largement favorisé, sa principale opposante, Marine Le Pen qui est arrivée en tête des élections européennes en France. Bref, le calcul du président était réduit à l’opposition des deux leaders, en pariant qu’une majorité des Français dans les prochaines échéances électorales ne voteraient majoritairement pas pour l’extrême-droite. Bref, à terme, Emmanuel Macron est le gentil et Marine Le Pen, la méchante. Calcul hardi. 

Il est vrai que certains ne cachent pas leur satisfaction. Marine Le Pen, d’extrême-droite, dans cet accord souterrain et mystérieux, peut revendiquer d’être après ce vote populaire, de nouveau d’être la représentante de la première formation politique française. Devant la formation du Président Macron. Dans le reste de l’Union européenne, les calculs électoraux n’étaient pas mercredi définitivement achevés. Dans 13 pays, dont l’Allemagne et la Grèce, les conservateurs arrivent en tête. Tandis que dans 5 autres, dont l’Espagne et les Pays-Bas, ce sont les sociaux-démocrates qui obtiennent la première place. Dans 5 pays membres, ce sont les libéraux qui se détachent, dont le Danemark et la Slovaquie. En France et Italie, l’extrême droite arrive en tête. 

Problème supplémentaire, le programme de Marine Le Pen et de son nouveau parti, le « Rassemblement national ». Il est formidablement réactionnaire sur le plan de l’immigration et de l’intégration de populations étrangères, mais le même programme est très ouvert voire quasiment « de gauche » sur les dossiers économiques et sociaux. Etrange. 

L’UE, une très, très grosse administration sans beaucoup de contrôle 

Ce qui au départ a été le plus surprenant, c’est qu’à l’occasion de cette très longue campagne sur les élections européennes, il faut le rappeler, on a parlé de tout et les politiques se sont vivement affrontés mais personne n’a parlé de l’Europe ! Ou à tout le moins on a fait silence sur ces nombreuses institutions aussi déterminantes que peu transparentes : le Conseil européen, le Conseil de l’Union européenne, la Commission européenne, le Parlement européen, la Cour de Justice de l’Union européenne, la Cour des Comptes européenne. Tout cela sans compter les innombrables Commissions qui imposent de nouvelles normes juridiques et réglementaires tous les matins… De ces innombrables instances, qui les nomment, qui les élisent, qui les contrôlent ? Mystère. Personne, à part eux-mêmes. Rendent-ils des comptes publics sur leurs activités ? Très peu. Pour le reste, aucune politique étrangère commune, aucune politique de défense militaire commune. 

Au 1er janvier 2017, la population de l’Union européenne (UE) est estimée à 511,8 millions d’habitants par Eurostat1. Elle se classe derrière la Chine (1 384 millions) et l’Inde (1 318 millions) mais devant les États-Unis (325 millions). L’État membre le plus peuplé est l’Allemagne (82 millions) et le moins peuplé est Malte (0,4 million). 

Le taux de croissance de la population européenne est l’un des plus faibles du monde mais c’est aussi dans l’UE que les habitants vivent le plus longtemps (mis à part dans quelques régions d’Asie : Japon, Singapour et Hong Kong). « Plusieurs États membres rencontrent une problématique liée au déclin de leur population en raison d’un faible taux de natalité ou d’un solde migratoire négatif, c’est pourquoi les politiques d’immigration commencent à évoluer pour répondre aux problèmes socio-économiques que cela pose », note le site Wikipedia. 

Pour en conclure, ponctuellement : plus personne ne conteste l’intérêt d’un continent européen uni. Le fonctionnement actuel de l’Union européenne, plutôt bureaucratique et peu démocratique pose problème. Il faudra en réviser les règles de fonctionnement. En gardant l’égalité des droits des 28 pays adhérents. Mais est-ce que les Britanniques vont nous quitter ? A titre personnel, je ne le souhaite pas mais la messe semble être dite. Une rupture regrettable qui n’a aucun sens. 


Analyse des élections du Parlement européen

27.05.2019

par Thierry Meyssan

Au lendemain des élections, chaque parti en propose une interprétation qui lui est favorable. Toute lecture objective ne peut que froisser les uns ou les autres. Toutefois, les chiffres ne sont pas discutables.

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Le résultat des élections du Parlement européen ne correspond pas du tout à ce qui avait été anticipé —y compris par nous—. Cette analyse se fonde sur les résultats provisoires, le lundi 27 mai à 10h GMT.

1— La participation a bondi, par rapport au scrutin précédent de 2014, de 43 à 51 %

Certes, plusieurs États avaient organisé d’autres scrutins le même jour, mais cela n’explique pas ce saut. Plusieurs interprétations sont possibles. La seule chose sûre est que les électeurs considèrent que l’Union —et non pas le Parlement— est un enjeu plus important pour leur avenir que par le passé.

2— Les partis de la Première Guerre froide arrivent en tête au Parlement, mais sont violemment rejetés en France et au Royaume-Uni au profit des libéraux

La situation de ces pays est différente. La France avait déjà amorcé sa mue avec l’élimination de la droite et de la gauche de la Première Guerre froide au 2ème tour de l’élection présidentielle de 2017. Elle confirme la fin des Républicains (8 %) et des Socialistes (6 %). 
Le Royaume-Uni répond à une autre logique pour arriver à le même conclusion. Ce pays, dont la culture juridique est totalement différente de celle de l’Union et a façonné celle des États-Unis, avait décidé, sous Barack Obama et en accord avec lui, de quitter l’UE pour rejoindre l’Alena [1]. Mais lorsqu’il vota le Brexit, les États-Unis amorcèrent, avec Donald Trump, leur virage d’une politique impérialiste à une politique jacksonienne. Désemparée, la classe dirigeante britannique ne parvint pas à trouver de nouveaux partenaires et bloqua le Brexit. Les Travaillistes n’obtiennent que 14 % et les Conservateurs 8 %, tandis que les Brexiters les submergent à 31 %. 
Ce jeu de massacre profite à l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), représentée en France par La République en marche (22 %) et au Royaume-Uni par les Lib-Dems (18 %). 
Si la droite (PPE, 178 sièges) et la gauche (S&D, 149 sièges) restent les principales couleurs au Parlement européen, elles sont talonnées par les Libéraux (ADLE, 111 sièges). Compte tenu des précédents historiques, on peut s’attendre à ce que la France et le Royaume-Uni fassent école dans le reste de l’Union et que, au prochain scrutin, le PPE et les S&D disparaissent au profit des Libéraux.

3— Faible poussée de l’objectif identitaire

L’Italien Matteo Salvini avait l’ambition de fonder une alliance des partis opposés au système. En définitive, il n’a pu regrouper que les partis identitaires autour du rejet commun du modèle anglo-saxon de « société multiculturelle » (c’est-à-dire d’une société morcelée dans laquelle chaque communauté culturelle dispose, non plus des mêmes références nationales, mais de ses propres codes et références). 
L’affirmation du modèle de société européenne contre le modèle anglo-saxon deviendra parfaitement compatible avec les institutions de l’Union si le Royaume-Uni réalise son Brexit. C’est tout à fait à tort que l’on présente la coalition de Salvini comme « euro-sceptique » ou « d’extrême-droite ». 
En définitive, l’Europe des nations et des libertés (ENL) ne progresse que de 16 %, passant de 50 à 58 sièges sur 751.

4— Échec de l’idée de souveraineté européenne

Tout exposé de la main-mise anglo-saxonne sur l’Union, telle que stipulée par les Traités, ou du caractère européen de la culture russe, ont été relégués hors du champ médiatique. 
Laissons de côté la rhétorique sur l’« Union puissance », face à la Chine, à la Russie et aux USA, que tous savent n’être qu’un propos de tribune. Les électeurs ont compris qu’une Nouvelle Guerre froide se met en place, mais ils considèrent que l’Otan était le meilleur allié durant la Première Guerre froide et qu’ils doivent se positionner à ses côtés durant la Seconde. Cependant l’absence de débat public sur ce thème révèle une mauvaise conscience, comme s’ils pensaient leur choix à la fois prudent et lâche.

5— En Allemagne et en France, substitution de buts de la « société civile » aux questions politiques

L’expression anglo-saxonne « société civile » désigne des associations qui, de par leur statut, ne sont pas associées à la politique, mais défendent d’autres causes. C’est très exactement le cas des questions environnementales, qui sont souvent transnationales, mais toujours subordonnées aux questions politiques. Ainsi, même si l’on supprimait toutes les voitures et tous les camions dans l’Union, la baisse de Co2 serait infime par rapport à la quantité produite par les bateaux et les avions nécessaires à la globalisation économique. Ou encore, même si l’on protégeait, non pas dans l’Union, mais dans le monde, toutes les espèces en voie de disparition, cela ne préserverait pas la biodiversité détruite par les guerres. D’ailleurs, en situation de guerre, toutes les réglementations environnementales seraient oubliées. 
La poussée des Verts, en Allemagne (20 %) et en France (13 %), traduit donc une impuissance des électeurs en matière politique. Puisqu’on ne peut agir contre l’impérialisme et la globalisation économique, rendons-nous utiles d’une autre manière.

Les forces se mettent en place pour la Nouvelle Guerre froide.Thierry Meyssan

[1The Impact on the U.S. Economy of Including the United Kingdom in a Free Trade Arrangement With the United States, Canada, and Mexico, United States International Trade Commission, 2000.


One thought on “Contre-analyse des dernières élections européennes

  1. Je viens d’atterrir chez vous au hasard de pianotage sur des sites politiquement incorrects. Il est assez consternant de voir comment les partis prétendant défendre les classes populaires analysent les « résultats » de cette pantalonnade européenne à laquelle je n’ai jamais participé. « Pantalonnade » mais pas gratuite: élément tactique pour engluer les populations dans une dictature de l’UE que l’électeur doit finir par accepter en allant voter pour son parle-ment…Pourtant cette absence totale d’opposition politique à l’UE a été nourrie également de la soumission idéologique des directions des courants dits contestataires, qui a donné des décennies de vide intellectuel, politique, philosophique. Face à ce vide j’avais rédigé des textes dont certains sont sur le blog « Immondialisation: peuples en solde! ». C’est ce vide sidéral qui — pendant qu’on mutile les manifestants, pendant qu’on emprisonne les mal-pensants, pendant que lois, policiers et magistrats entrent en fanfare dans Vichy, pendant qu’on décrète une « zone transfrontalière », pendant…– pousse les grands ordonnateurs « progressistes » de la chose politique à une action radicale: voter pour « les européennes »! Quelle audace! L’ oligarchie ne s’en remettra pas!
    J’ai déjà qualifié (sur le blog: « Sors d’ici Jean Moulin ») le gang qui s’est emparé du pouvoir de « nouveaux collabos » de la nouvelle « souveraineté européenne »: je me dis qu’il m’arrive parfois d’être encore trop optimiste…
    Méc-créant.

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