Algérie / 1ère évaluation de la conférence nationale de la société civile : accord sur le retour au processus électoral

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M. Meriane : « Aller à la légitimité, c’est l’essentiel. »
M. Arar : « Sensibiliser et informer le Hirak, et élargir le cercle aux partis politiques. »

«La première rencontre nationale de la société civile est un premier couronnement sur le chemin de la construction d’une société civile active, engagée auprès du mouvement populaire et porteuse de propositions pour l’aboutissement de ses revendications pour le changement radical.» Cette conférence est donc une «réussite» pour les représentants des deux dynamiques ayant organisé cette initiatives, à savoir M. Meziane Meriane, de la coordination des syndicats autonomes, et M. Arar, du forum civil pour le changement.
Invités, hier à notre Forum, nos hôtes ont tenu à mettre en exergue le fait qu’il n’a pas du tout été «facile ni aisé» de parvenir à un accord sur une plate-forme de feuille de route politique commune, présentée comme une initiative de contribution à la sortie de crise en cours. «La négociation sur le contenu de cette plate-forme a été rude jusqu’au milieu de la semaine dernière, avant que n’intervienne un accord final ouvrant la porte à l’organisation de cette première rencontre nationale», nous dit M. Arar qui estime que «la feuille de route émanant de cette rencontre vient pour faire triompher la volonté du mouvement populaire pour une rupture avec le système en place et l’avènement d’une république des droits et des libertés». Pour M. Meriane, «c’était un véritable défi de sortir avec une feuille de route consensuelle et des recommandations sur l’élargissement du mouvement de la société civile, et sur les préalables politiques au dialogue qui devrait conduire à la mise en œuvre d’une période de transition pour le transfert pacifique du pouvoir vers le peuple».
Nos deux invités se disent convaincus de la nécessité d’un dialogue civilisé et constructif qu’il considère comme seule option pour trouver une issue à la crise, et se félicitent, par là, de l’esprit de tolérance et de la démarche unitaire qui ont fini par prévaloir au terme des 4 longues réunions préparatoires à cet événement à la portée considérable. «Nous avons amorcé, au sein des acteurs de la société civile, le dialogue stratégique auquel nous appelons tous les autres acteurs, pour rendre l’Algérie meilleure, gouvernée par les représentants du peuple selon les institutions et les règles qui lui garantissent la souveraineté de ses choix», dit M. Meriane.
«La feuille de route que nous soutenons dans le cadre de cette rencontre nationale de la société civile consacre les grands axes que nous considérons comme la base d’un transfert pacifique du pouvoir politique vers le peuple», estime quant à lui M. Arar qui assure que la société civile continuera à converger et à intégrer dans son initiative toutes les forces qui en accepteront la démarche.

« Aucun dialogue sérieux ne peut être envisagé sans l’expression d’une volonté d’apaisement. »

Une transition de 6 mois à un an, une instance présidentielle ou une personnalité de consensus national et un gouvernement de compétences nationales sont au cœur des propositions de sortie de crise contenues dans la feuille de route consensuelle adoptée par la conférence nationale des dynamiques de la société civile.
L’initiative propose aussi l’installation d’une commission indépendante, pour «diriger, organiser et déclarer les résultats des élections, tout en garantissant les mécanismes de contrôle».
La conférence nationale des dynamiques de la société civile préconise également l’ouverture d’un «dialogue national global avec les acteurs de la classe politique, de la société civile, des personnalités nationales et des activistes du soulèvement, portant sur la situation politique, économique et sociale du pays, et les moyens de sortie de crise».
Ce dialogue, explique M. Meriane, «sera parachevé par une conférence nationale avec les partis politiques et la société civile. Nous sommes pour le dialogue afin d’engager la transition avec les meilleures chances de réussite, mais aucun dialogue sérieux ne peut être envisagé sans l’expression d’une volonté d’apaisement. Notre mobilisation se poursuivra donc pour desserrer l’étau sur la Révolution, libérer les prisonniers d’opinion, militants du hirak et lanceurs d’alerte, lever le siège d’Alger les vendredis, cesser les interpellations, libérer les espaces publics pour les manifestants pacifiques, rétablir le droit de réunion et l’utilisation des salles publiques pour l’organisation des activités des citoyens, restituer aux Algériens le service public de l’information et cesser les menaces et intimidations contre l’information indépendante», dit M. Meriane. M Arar nous explique, lui, que «la réussite de ce processus politique implique la préparation d’un climat général favorable à la pratique des droits, des libertés collectives et individuelles, des droits de l’homme. Pour ce faire, des mesures d’accompagnement de l’action politique doivent être prises pour rétablir la confiance au sein des citoyens et garantir leur participation effective dans ce processus national historique».

« Sensibiliser, informer le Hirak et élargir le cercle aux partis politiques. » 

«L’élaboration de cette feuille de route commune de sortie de crise nous permettra de passer à la deuxième étape, d’aller à la rencontre des citoyens et des partis et personnalités politiques afin d’ouvrir le dialogue, pour tenter d’arriver à un consensus sur la démarche politique à suivre. Il s’agit là d’un premier jalon pour donner un prolongement aux revendications toutes légitimes du peuple algérien», estime M. Arar, qui considère que «cette conférence n’est pas une finalité pour les participants, bien au contraire, c’est une étape d’un processus qui ouvre le chemin à un combat qui sera encore long.
L’urgence aujourd’hui est d’acter la rupture avec le système et l’amorce de la transition vers la nouvelle république démocratique et renouer avec le processus électoral. Il nous reste maintenant à sensibiliser et à informer le hirak et toute la société quant à la nécessité de rallier cette initiative, et participer à sa mise en œuvre et à son succès».
Farida Larbi

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M. Arar : « les instances de la justice sont appelées à communiquer. »

Le représentant du forum civil pour le changement, Abderrahmane Arar, a tenu à préciser qu’il est nécessaire que «les instances de la justice communiquent à la presse nationale pour éclairer l’opinion publique sur l’état de déroulement et d’avancement des affaires de corruption qui ont fait chuter les grosses têtes du régime politique».
Lors de son passage à notre Forum, M. Arar s’est interrogé sur l’absence des communiqués sur l’état de déroulement et de comparution des hauts responsables dans des affaires de corruption, appelant le procureur de la République à faire des déclarations continues pour éclairer l’opinion publique sur le déroulement des affaires traitées. Dans ce contexte, l’invité du Forum a estimé que l’opinion publique ne suit que l’interprétation des faits de la presse et des réseaux sociaux qui ne sont que des «avis», indiquant que cet état de fait pourrait «discréditer» l’indépendance de la justice. Lors de son allocution, M. Arar a appelé aussi à l’accélération des affaires de justice impliquant des politiques et des hommes d’affaires, au niveau du tribunal Saïd Hamdine, la Cour suprême et le tribunal militaire de Blida.
Hichem. H


Lire aussi : Nabni en faveur d’un dialogue inclusif pour une « transition négociée réussie»

Dans une analyse des expériences des transitions démocratiques réussies qui se sont opérées dans le monde et des défis et principaux enseignements tirées pour passer à un système démocratique et à un Etat de droit le Think thank national Nabni considère que pour le contexte actuel en Algérie ” la période de transition est incontournable et obligatoire” et souligne ” la nécessité d’engager un discours avec le pouvoir en place “. C’était ce matin au Forum d’El Moudjahid pour débattre des propositions du collectif citoyen pour une sortie de crise.

A ce titre, Abdelkrim Boudra, porte parole du collectif du cercle de réflexion Nabni dira que ” pour aller vers une période de transition négociée entre les forces, telle réclamée par le mouvement populaire en marche depuis le 22 février dernier, il faut se parler et nous pensons que nous somme mûrs pour engager ce dialogue, bien sûr avec les conditions exprimées de manière claire par le hirak “.

En outre, soulignant que ” les expériences de transitions qui ont réussi dans le monde sont passées par la convergence des forces de changement », il estimera que « les parties qui appellent au changement dans le pays doivent dépasser leur limite idéologique leurs intérêts politiques et leurs clivages pour s’unir autour d’une plate forme unique à suivre durant la phase transitoire et qui peut durer plusieurs années”.

La classe politique “n’est pas à la hauteur du mouvement populaire

Et pour cause, Nabni constatera que ” malheureusement, à l’exception de ce qui est entrain de faire dans le mouvement associatif qui est en phase de préparer une conférence nationale de la Société civile le 15 juin prochain, on ne voit pas encore de feuille route consensuelle qui émerge “. ” Le hirak parle d’une seule voix mais les acteurs politiques ne sont pas encore à la hauteur de ce mouvement populaire”, renchérira Abdelkrim Boudra. Aussi, appellera-t-il les partis politiques prônant le changement à ” accorder leurs violons pour dépasser cette phase critique en vue établir une feuille de route commune “, et que dans le cas contraire, ils seront ” balayés par l’histoire ” .  ” S’ils ne sont pas capables de se mettre d’accord sur un minimum, c’est dire qu’ils sont incapables aussi de gouverner un pays “, ajoutera-t-il.

Poursuivant dans cette lancée, il fera part d’une seconde ” analyse comparative sur laquelle le collectif à travailler concernant le contexte des réformes entamées dans les années 1990“, et ce qui dira-t-il, ” pour en tirer les leçons de cette expérience considérée comme une transition avortée, initiée par le pouvoir et qui a cessé avec l’arrêt du processus électoral “.

” Ne plus retomber dans la polarisation idéologique 

En définitif, Nabni dit : ” Avançons dans la transition en ayant en tête ce qui s’est fait dans d’autres pays et ce que nous avons fait comme erreurs dans notre pays pour ne pas les reproduire “.  Chose qui selon le collectif ” nous permettra d’avancer plus sereinement, d’autant plus que nous avons un sursaut populaire extraordinaire qui est une grande force pour passer ce cap sans dégâts “. Et pour cause, il est impératif, dans le contexte actuel du pays de ne plus retomber dans la polarisation idéologique et de passer vers un débat politique pour la transition, le changement de gouvernance et aller à des questions clivantes telles que celle d’avoir plus de liberté, de la redevabilité  des gouvernants, soulignera le think thank.

Concernant l’option d’aller vers une assemblée constituante, Nabni estimera que certes ce choix ne fait l’unanimité, mais il faut pas pour autant marginaliser les gens qui la porte et que c’est une question qui devra à intégrer dans le débat politique.

La situation économique du pays, très critique

Par ailleurs, le porte parole du collectif, ne manquera pas de relever la ” dimension économique qui devra être gérer pendant la période de transition “. ” C’est un point critique pour réussir une transition, diront Abdelkrim Boudra et Mabrouk Aib, également membre de Nabni, car il ne faut pas considérer que parce que la solution est d’abord politique que le reste peut attendre “. Et pour cause, ajouteront-t-ils, ” la situation économique en Algérie est très critique où les fondamentaux de l’économie nationale sont détériorés qui remontent à des années bien avant le 22 février faisant qu’aujourd’hui nous sommes obligés de passer à la caisse et on va devoir encore gérer les conséquences de la mauvaise gestion de l’économie “. Aussi, poursuivra Abdelkrim Boudra, ”  tout pouvoir qui émergerait doit être vigilant sur la nécessité de regarder cet aspect “.

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