Révélations d’Eva Joly sur Total qui veut racheter les parts d’Anadarko en Algérie

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Par Kamel M. L’eurodéputée Eva Joly a révélé dans son livre La force qui nous manque, édité à Paris, les rapports troubles qu’entretient la France, son «pays d’adoption», dans ses anciennes colonies africaines.

La magistrate franco-norvégienne fait état, notamment, de corruption «institutionnalisée dont les fils étaient reliés en direct à l’Elysée». «Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire», écrit Eva Joly, qui relève qu’au fil de son enquête elle a «découvert un monde souterrain». «Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de corruption», note-t-elle dans un extrait de son ouvrage dévoilé par le site InvestigAction.

Ce réseau «serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf, jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’Omar Bongo», indique la députée européenne qui dévoile la relation trouble entre les «tyrans» qui «sont des amis que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption». «En échange, explique-t-elle, ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol».

Eva Joly cite également la firme Total qui s’échine à récupérer le marché de l’américain Anadarko, qui monopolise 30% de la production d’hydrocarbures en Algérie. «Total, aujourd’hui, est un Etat dans l’Etat, conçu par Pierre Guillaumat, un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français, afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris», révèle la militante au sein du parti Europe Ecologie Les Verts.

«La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert de Total pour affirmer sa puissance», écrit-elle en faisant remarquer que «la compagnie (Total, ndlr) intervient dans le golfe de Guinée, au Nigeria, au Congo-Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir».

«La République française a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde», souligne Eva Joly qui reproche à «l’Occident» d’avoir «fermé les yeux sur les crimes de la France». «La France, dit-elle, vit encore comme si en Afrique elle était chez elle», expliquant que Total «fait partie de l’héritage» colonial.

K. M.


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