La rue libanaise vibre de colère et de frustration : Un pays au bord de l’explosion

29.04.2020

Après une accalmie toute relative, due essentiellement à l’arrivée de la pandémie de Covid-19 qui affecte la majeure partie du Moyen-orient, les manifestations ont repris de plus belle, hier, au Liban, notamment dans la région frondeuse de Tripoli, au nord du pays. Les populations laissent éclater leur colère tant la crise économique est profonde et l’horizon complètement bouché, en dépit du puissant mouvement de contestation sociale qui a agité tout le pays et sa capitale durant l’automne.

La crise a semblé un temps proche de son terme, avec la nomination d’un nouveau gouvernement par le chef de l’Etat, Michel Aoun, après d’intenses et laborieuses tractations menées par le Premier ministre Hassan Diab, proche de son prédécesseur Saad Hariri, un libano-franco-saoudien.
Hier, un jeune homme a été tué au cours des violents affrontements qui ont eu lieu à Tripoli, selon une ONG de secouristes qui a mis en cause des tirs de l’armée. Celle-ci a évoqué des scènes de guérilla urbaine qui ont duré toute la nuit, les banques étant les plus ciblées dans cette deuxième ville du pays où les gaz lacrymogènes et les tirs de semonce le disputaient aux cocktails Molotov. Le bilan serait d’une quarantaine de soldats blessés tandis que du côté des manifestants, il y en aurait une vingtaine.
Ce regain de tensions qui a débuté voici plusieurs jours déjà et qui a connu son paroxysme hier, semble motivé par l’inflation galopante en plein mois de Ramadhan qu’aggrave une forte dépréciation de la livre libanaise, à l’heure de la pandémie du nouveau coronavirus. Les jeunes qui constituent presque la totalité des contestataires disent vouloir dénoncer «la faim, la pauvreté, l’inflation et l’injustice», ne pouvant plus, affirment-ils, subvenir aux besoins de leur famille dans un contexte davantage dégradé par la présence fluide du Covid-19.
Illustration de cette colère explosive, les attaques de banques dont certaines sont la proie d’incendies demeurent un fait marquant de la révolte induite par une grave crise économique qui dure depuis de très nombreux mois et dans laquelle le Liban semble englué pour longtemps. En octobre 2019, un vaste soulèvement avait déjà mis le feu aux poudres, contraignant le Premier ministre Saad Hariri à la démission, alors que l’ensemble de la classe politique, toutes tendances confondues, se voyait accusée de corruption et d’incompétence. La lutte contre le Covid-19 a amplifié la crise du fait des mesures préventives qui ont paralysé le pays alors que 45% de la population vit en-dessous du seuil de pau-vreté. Du propre aveu du ministre de l’Economie, Raoul Nehmé, la hausse des prix atteint 55% tandis que le gouvernement réfléchit toujours à un «plan de relance». La classe politique a beau être discréditée, le pays va tout droit vers une explosion sociale de grande ampleur alors que la monnaie a perdu près de 200% de sa valeur en une année, à peine et qu’aucune perspective de réformes profondes n’est à l’ordre du jour, les Libanais accusant les banques et le pouvoir politique d’avoir provoqué la faillite de l’Etat par la corruption et la mauvaise gestion./

Chaabane BENSACI


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