L’émergence de l’économie algérienne comme objectif 2030

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Depuis les années cinquante, les théoriciens de l’économie du développement essayaient de définir un modèle qui favorisera un décollage économique et assurera une croissance continue à moyen et long termes. Ils ont voulu circonscrire les facteurs aptes à déclencher le processus de développement, identifier et expliquer les causes qui ont fait échouer beaucoup d’approches et tentatives de développement.

Ces recherches et expériences n’ont pas pu définir un modèle type de développement valable pour toutes les économies, une «recette» applicable à tous.

En général, trois types de modèles ont été appliqués. L’approche retenue par certains pays d’Amérique latine, qui visent à développer une économie permettant la réduction des importations, «modèle de l’industrialisation par la substitution des importations». Ce modèle a montré ses limites et il n’a pas conduit au développement.

Le deuxième modèle, appliqué par les pays de l’ancien bloc communiste, donnant la priorité à l’industrialisation, notamment l’industrie lourde pour atteindre plus rapidement un stade de développement acceptable. Ce modèle basé sur un centralisme excessif, une implication totale et exclusive de l’Etat et une bureaucratie généralisée, est devenu coûteux, non rentable et très peu efficace.

L’Algérie avait opté pour un modèle qualifié «d’industrie industrialisante» qui a absorbé des fonds colossaux, sans réussir à propulser l’économie algérienne sur une trajectoire menant au développement.

Par contre, 17 pays ont connu une croissance soutenue sur plusieurs années (Malaisie, sultanat d’Oman, Indonésie, Chine, Brésil, Botswana, Taïwan….) une croissance élevée et ininterrompue de 7% sur plusieurs années.

Comment ces pays ont pu réaliser cette performance ? Quels sont les enseignements à tirer de ces expériences ? Peut-on définir un cadre de référence pour les autres pays qui aspirent à un développement durable et équitable ?

Les spécialistes du développement nous indiquent qu’en matière de développement, il n’y a pas de miracle économique. Il y a une démarche, souvent pragmatique, des conditions préalables liées à la gouvernance et aux choix économiques.

Le dynamisme de ces pays a été possible «grâce à un contexte politique et social propice, à une gouvernance appropriée, aux choix économiques judicieux et à un pragmatisme méthodique». Les résultats de ces pays sont évidents, intéressants et vérifiables. Ces performances sont donc l’aboutissement d’une politique et non le produit d’un hasard ou d’un miracle.

A titre d’exemple, le Botswana a multiplié son revenu par habitant par plus de 18 fois entre 1960 et 2005, Taïwan par 11 entre 1965 et 2002, la Corée du Sud par 12, et Oman par 10 durant la même période.

Les facteurs qui ont contribué à la réussite de cette démarche sont liés plus particulièrement à la qualité de la gouvernance et des institutions, à l’engagement politique et la présence agissante et efficiente de l’Etat, à la modernisation du secteur public et à la qualité de la réglementation…

Ces conditions sont accompagnées par une politique économique qui veille aux grands équilibres, notamment une inflation assez faible, une gestion efficace des fonds publics pour développer les infrastructures de base, des secteurs de la santé et de l’éducation de qualité, des investissements publics et privés orientés vers le secteur productif, une épargne conséquente.

L’Algérie n’arrive pas à décoller économiquement. Les politiques suivies jusqu’à présent ignoraient ces principes et facteurs de base qui ont donné des résultats dans plusieurs pays.

Quel modèle suivre ? Quel type de réformes faut-il faire pour propulser l’économie algérienne au niveau d’une économie émergente ? Pour bien définir ce que l’on qualifie d’économie émergente, il est nécessaire de se référer aux travaux des institutions internationales (Banque mondiale, FMI notamment) et de quelques économistes.

En effet, des paramètres et indicateurs sont sélectionnés pour pouvoir identifier une économie émergente. Ces critères concernent la qualité de la gouvernance du pays et de son économie, les résultats des réformes structurelles opérées, l’évolution des indicateurs économiques tels que l’évolution du PIB, un taux de croissance élevé et continu, le revenu par tête, le degré d’intégration dans le commerce international et aux marchés financiers, l’attractivité aux IDE.

Moubarack Lô nous offre une définition d’une économie émergente assez complète et précise : «Un pays en développement qui constitue un pôle d’attraction des investissements (nationaux et étrangers) qui diversifie et accélère durablement et harmonieusement sa croissance économique et qui intègre avec succès l’économie mondiale, grâce à sa capacité d’exportation est dit ‘‘émergent’’».

La Banque mondiale a tenté de définir un pays émergent par le PIB/tête. Elle estime que le PIB/tête d’un pays développé est supérieur à 10 066 dollars (2005) et que par conséquent un pays émergent dont le niveau est juste au-dessous du niveau d’un pays développé devrait être compris entre 8625 et 10 066 dollars.

Pour atteindre ce niveau de performances, des réformes structurelles sont incontournables. Des objectifs sont retenus, qui permettent de confirmer l’évolution d’un pays vers l’émergence économique, notamment : un taux de croissance moyen supérieur à 7% et continu, l’intégration de l’économie dans le commerce international, une part du pays dans le PIB mondial supérieure à 1%, la part des exportations des produits manufacturés dans le marché mondial importante et en évolution continue.

D’autres institutions retiennent le critère «revenu par tête» et situent le niveau d’un pays émergent juste au-dessous du revenu par tête des pays de l’OCDE.

Les pays émergents sont «les pays développés de demain». Ils sont les nouveaux pays industrialisés dont les résultats convergent assez rapidement vers ceux des pays développés et les dépassent dans certains domaines. Mais globalement, ils n’ont pas réalisé la totalité des caractéristiques d’un pays développé.

Nous constatons, malheureusement, que l’économie algérienne est très loin de ces performances. L’économie algérienne se caractérise par une instabilité dans les choix politiques et économiques (montage de véhicules, importation de véhicules de moins de trois ans, confirme malheureusement ce constat). En général, les détenteurs de capitaux, les investisseurs et les entreprises évitent un environnement hésitant, incertain et contradictoire.

Des réformes structurelles s’imposent pour conduire l’économie algérienne vers l’émergence. Le but fondamental des réformes structurelles est de modifier en profondeur les structures et institutions de l’économie et de favoriser l’émergence de nouveaux comportements économiques visant la performance et un degré élevé de compétitivité et d’attractivité.

Les professeurs Levy et Spiller retiennent trois conditions pour atteindre les objectifs recherchés par une réforme : a)- la faisabilité (qualité des institutions et leur efficacité) ; b)- la crédibilité (protection des réformes, indépendance de la justice…) ; c)- l’acceptabilité (équilibre entre gagnants et perdants).

Le prix Nobel d’économie Rostow estime qui pour réussir une réforme, il faudrait identifier les «facteurs qui seront capables d’exercer une action déterminante sur la transformation de l’économie».

Une réforme doit être crédible. C’est-à-dire que l’Etat et ses institutions s’engagent à réunir toutes les conditions de réussite et de ne pas changer de politique en cours de route.

L’Algérie cumule beaucoup d’obstacles qui l’empêchent d’accéder au niveau d’un pays émergent : la mauvaise qualité de la gouvernance, une économie de rente, les effets du syndrome hollandais, la prépondérance du secteur informel dans l’économie, l’inefficacité du secteur public, l’absence d’innovation, l’absence de relation université-entreprise, le manque de qualification…

L’Algérie doit agir, au moins, sur cinq facteurs que nous considérons comme des facteurs fondamentaux qui peuvent entraîner tous les autres aspects de l’économie vers la performance : la qualité de la gouvernance, la modernisation du secteur public et la simplification de la réglementation, le choix d’un modèle économique, le climat des affaires, la lutte contre la corruption.

En ce qui concerne les conditions qui déterminent la bonne gouvernance, D. Kaufman et Aart Kaay (Banque mondiale) estiment que trois éléments fondamentaux sont à réaliser : un service public efficace, un système juridique fiable, une administration redevable envers ses usagers. Ce sont des conditions à respecter pour pouvoir développer le pays.

Le choix d’un modèle économique qui s’appuie sur un climat des affaires assaini, sur la PME comme le principal moteur de la croissance, les pôles de compétitivité, la libération des initiatives et l’innovation en valorisant la recherche appliquée et la relation université-entreprise.

La création de pôles de compétitivité favorise la performance, l’innovation et l’attractivité. Nous reprenons, ici, une définition du pôle de compétitivité qui nous semble assez complète et précise retenue par le CIADT.

«Un pôle de compétitivité est une combinaison, sur un espace géographique donné, d’entreprises, de centres de formation et d’unités de recherche publiques ou privées engagés dans une synergie autour de projets communs au caractère innovant. Ce partenariat s’organise autour d’un marché et d’un domaine technologique et scientifique pour atteindre une compétitivité et une visibilité internationale».

La modernisation du secteur public est une nécessité si on veut réussir les réformes et bien appliquer le modèle économique choisi.

Les pays développés accordent une importance capitale et continue à l’amélioration des services publics. Ils sont convaincus que l’efficacité de ces services contribue fondamentalement à la réussite des politiques, des réformes économiques et du bien-être du citoyen.

En outre, la réglementation est perçue comme un outil au service du développement et de la croissance. Elle doit être donc efficace, souple, simple et dont l’application est peu coûteuse.

Le dernier axe qui mérite d’être inscrit comme priorité concerne la lutte contre la corruption. Le professeur V. Tanzi retient comme causes principales de la corruption : un système de dépenses publiques défaillant, un défaut de clarté dans les procédures et règlements, un déficit en matière de transparence, l’omniprésence de la bureaucratie, un système fiscal compliqué et lourd.

Les conséquences de la corruption sont nombreuses : faiblesse de la croissance économique, impact négatif sur l’attractivité des IDE, inefficacité des services publics, enrichissement sans cause et aggravation des inégalités, dévalorisation du travail, blocage et réorientation des réformes au profit d’intérêts particuliers, mauvaise allocation des dépenses publiques, distorsion du marché et impact sur une concurrence saine.

V. TANZI préconise un changement des structures de l’Etat : décentralisation, implication de la société civile, transparence, réformes institutionnelles et économiques, réforme de la gestion publique.

La définition d’un modèle économique où les choix stratégiques à moyen et long termes et les voies et moyens pour les concrétiser sont déterminés et respectés, accompagnés de réformes réalistes et réalisables sont les conditions qui peuvent conduire notre économie vers l’émergence. Si le choix d’un modèle économique et le lancement des réformes tardent, l’échéance 2030 risquerait d’être impossible à respecter. / BRAHIM LAKHLEF


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