Liban / «La révolution n’est pas terminée»

Hariri démissionne sous les vivats libanais, après 13 jours de révolte

Il faut dire que, trois décennies après l’accord de Taef qui a mis fin à la guerre civile, à l’initiative de l’Algérie, les libanais souffrent en majorité de pénuries chroniques d’électricité et d’eau et près de 30% d’entre eux se situent en-dessous du seuil de pauvreté.

Les Libanais laissent éclater leur joie
Les Libanais laissent éclater leur joie

Le Premier ministre libanais Saad Hariri et son gouvernement ont démissionné mardi, donnant lieu à des scènes de liesse générales, 13 jours après le début de la révolte contre la classe politique accusée d’avoir fait sombrer le pays. C’est sous les acclamations de la foule que la décision a été annoncée par Saad Hariri, chargé par le président Michel Aoun de « gérer les affaires courantes ». Les manifestants ont chanté l’hymne national et des feux d’artifice ont illuminé la capitale qui a vécu sous le bruit assourdissant des klaxons saluant « la victoire ». Hariri qui a déclaré sa volonté de répondre avec cette démission « à la volonté des Libanais descendus dans la rue pour réclamer le changement » a lancé un appel pour « protéger la paix civile ». Mais à Saïda d’où il est originaire, les habitants ont dansé la dabké sous un flot de café et de jus de fruits. Une foule dominée par la jeunesse a envahi les rues de Beyrouth et de Tripoli, avec des ballons aux couleurs du drapeau libanais, pour clamer « Notre révolution n’est pas terminée ». Avec cette démission du gouvernement, le Liban entre de plain-pied dans une ère d’incertitudes, sachant que Hariri a dû, pendant huit mois, mener des tractations auprès des diverses factions de la vie politique et confessionnelle du pays pour parvenir à composer une équipe agréée par tous. Deux semaines de mobilisation populaire ont eu raison de ce gouvernement mais la contestation demeure qui s’oppose à l’ensemble de la classe politique, qualifiée de corrompue et d’incompétente. Ainsi, le Liban est-il pratiquement paralysé par les barrages routiers et par la fermeture des banques, des universités et des écoles même si, à ce jour, il n’y a eu aucun incident notable.
Il faut dire que, trois décennies après l’accord de Taef qui a mis fin à la guerre civile, à l’initiative de l’Algérie, les libanais souffrent en majorité de pénuries chroniques d’électricité et d’eau et que près de 30% d’entre eux se situent en-dessous du seuil de pauvreté. Raison pour laquelle le slogan « Tous veut dire tous » a aussitôt fusé dès l’annonce de la démission de Saad Hariri et de son équipe gouvernementale. Il aura pourtant essayé de sauver les meubles, voici une semaine, en promettant une lutte contre la corruption et plusieurs réformes. En vain, car le Hezbollah qui domine la composante gouvernementale s’opposait à la fois à une démission collective et à toute concession « majeure ». Pour étayer leur détermination à parvenir au triomphe de leurs revendications, les manifestants ont organisé dimanche dernier une impressionnante chaîne humaine, longue de 170 km et porteuse de la symbolique unitaire du mouvement, ancré dans ses slogans initiaux : « Révolution, révolution ! », « Tous, cela veut dire tous » et « le peuple veut la chute du régime ». De premiers heurts ont eu lieu, cependant, au centre de Beyrouth, peu avant l’annonce de Hariri, des assaillants ayant détruit les tentes installées par les manifestants dont plusieurs ont été molestés. «Hariri renverse la table pour mieux négocier son retour», a estimé, pour sa part, le quotidien francophone L’Orient le Jour qui pense, avec d’autres médias, qu’il pourrait bien tenter de monter une nouvelle équipe, formée en majorité de technocrates, malgré de nombreuses résistances politiques. Car, toujours selon la presse, Michel Aoun refuse de «sacrifier» son gendre, ministre des AE, Gebran Bassil, sans doute le plus honni des manifestants qui dénoncent sa corruption et son arrogance. La révolte a pourtant fait émerger le nom de la ministre de l’Intérieur, Raya al-Hassan, une sunnite de 52 ans, dont l’action a été saluée en raison de la modération et de la neutralité des forces de l’ordre. Le SG de l’ONU a appelé les « acteurs politiques à chercher une solution qui réponde aux aspirations du peuple », dans « le respect des droits d’expression et de rassemblement politique ». De leur côté, Paris et Washington ont demandé à Hariri de refuser la démission, pour l’une, et à « faciliter, de manière urgente, la création d’un nouveau gouvernement », pour l’autre. En filigrane, il y a néanmoins la même inquiétude qui concerne le « risque » d’un renforcement du Hezbollah, allié de l’Iran et seule organisation à être armée au motif de la résistance face aux agressions israéliennes. 


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