MON TOP 10 DES LIVRES 2020 (EN FRANÇAIS)

   par Belkacem Ahcene-Djaballah

                                                                           Livres

1/ LES FLEUVES IMPASSIBLES. Roman de Akram El Kébir. Apic Editions, Alger, 2019, 196 pages, 700 dinarsUn alcoolique, un dégénéré, un qui est de la «jaquette flottante», un peureux comme pas deux, un chanteur raté, un qui est déjà clando avant d’avoir atteint l’Espagne… sans oublier un «niqué de la tête» (celui qui a eu l’ingénieuse idée de faire le voyage)… et deux nouveaux «imposés» en dernière minute…«trop bagarreurs sur les bords et qui ne renâclent pas à l’idée d’envoyer quelqu’un à l’hôpital qu’ils ont payé grassement en retour»… Un programme… El Harga !

L’Auteur : Né à Oran (1984), journaliste, déjà auteur de plusieurs romans, toujours aux éditions Apic : «Vivement septembre» (2016) et «Au secours Morphée !» (2018), les deux présentés dans Médiatic.

Avis : Bien sûr il y a une histoire de «harga» mais, en fait, il y a surtout l’histoire d’un pan important de la société oranaise : celui des jeunes… qui ne vivent pas mais vivotent, qui existent mais s’ennuient… C’est aussi Oran by night… Oran jeunesse démunie… jeunesse désespérée… un autre monde…

Un ouvrage très bien écrit (avec une certaine «préciosité» grammaticale que les puristes du français apprécieront), une histoire très bien emmenée (avec une fin, me semble-t-il «tirée par les cheveux») …un livre qui pourrait connaître un sort… très enviable, pour peu que l’éditeur sache le promouvoir.

2/ L’AGONISANT. Roman de Hedia Bensalhi. Editions Frantz Fanon, Boumerdès, 2020, 197 pages, 700 dinars.

Ce sont, en fait, deux histoires, l’une lointaine, l’autre assez proche qui se croisent et souvent se mêlent pour décrire une seule et même situation… frisant, bien souvent, dans une atmosphère, surréaliste et presque toujours noire, de liberté et de répression… de «révolution culturelle et artistique».

La première, la cause ou la source (c’est selon !) s’est déroulée en Autriche, à Vienne, juste avant la Première Guerre mondiale, avec Egon Schiele (et son modèle et amante Wally)…un peintre et dessinateur – fan de Gustave Klimt, le peintre, figure clé de l’ Art nouveau viennois – qui se met, avec des amis à «casser» les codes classiques et petits bourgeois de la peinture… La seconde se déroule en Algérie, dans une ville de l’Ouest algérien, juste avant le Hirak (je suppose ) avec Hamid, un peintre, enseignant, libre penseur, adepte de la subversion (culturelle) et poète qui, en compagnie de son épouse, muse et amante, Louisa, marqué par l’histoire d’Egon et une copie saisissante du portrait de Wally par Egon en sa possession, avec quelques amis aussi engagés que lui dans la «révolution» artistique (les «activistes de l’esprit», les «agitateurs d’idées» dont les échanges permettent la réflexion, l’innovation puis l’émergence de leurs mouvements respectifs), font face à l’incompréhension d’une société «travaillée» par le conservatisme, la religiosité exacerbée et la bureaucratie.

L’Auteure : Née à Ténès. Master en littérature (Alger) et DEA en didactologie des langues et des cultures (Paris III), enseignant et, accessoirement, photographe. Son premier roman, «Orages», a été prix Yamina Mechakra 2019 (langue française)

Avis : Il faut le terminer pour comprendre la forte dose philosophique…t le dur, le très dur combat des «révolutionnaires» de la culture et des arts.

3/ LES MATINS DE JÉNINE. Roman de Susan Abulhawa (traduit de l’américain par Michèle Valencia). Editions Media-Plus, Constantine, 2008 (Usa : 2006, France : 2008), 422 pages, 1 050 dinars.

Ein Hod… un village fondé en 1189 par un général de l’armée de Saladin… Plus de quarante générations ayant vécu et étant mortes dans ce village. Quarante générations de naissances, funérailles, mariages, danses, prières et genoux écorchés…de péchés et de charité, d’inimitiés et de pactes, de pluie et d’ actes d’amour…de souvenirs, de secrets et de scandales gravés dans les mémoires.

Une architecture, des vergers, des puits, des fleurs… Quarante générations, toutes englouties brusquement et brutalement par la notion du droit d’un autre peuple à s’installer dans un espace ainsi «libéré» et à le proclamer sien… Un autre peuple, venu d’ailleurs, composé d’étrangers juifs arrivés d’Europe, de Russie, des Etats-Unis et d’autres coins de la planète. Toute une histoire «enterrée vivante», à partir de l’année 48…une année expulsée de «la liste des années et des nations»

L’Auteure : Née en 1967 en Palestine. Parents dans un camp de réfugiés de la guerre des Six-Jours, en Jordanie et dans la partie occupée de Jérusalem-Est. Vit aux Etats-Unis. Premier roman (Prix Best Books Award 2007, catégorie fiction historique)

Avis : Formidable livre. Intense, beau, puissant, brillant, émouvant, bouleversant, poignant, déchirant. A lire et à faire lire sans délai… pour que les mentalités… de ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas savoir les souffrances du peuple palestinien, ceux qui doutent encore… changent.

4/ LA ROBE BLANCHE DE BARKAHOUM. Roman de Farida Saffidine. Casbah Editions, Alger 2020, 197 pages, 700 dinars

Barkahoum ! Il était évident qu’avec un tel prénom, elle allait «ramer» dur pour se sortir de l’impasse sociétale qu’on lui avait «fabriquée» dès sa naissance…

Barkahoum est la dernière d’une famille de…dix enfants, sept filles et trois garçons…. qui, non désirée, mal-aimée (sauf par son père…un peu trop taiseux) va passer tout son temps à se battre pour se faire une place dans la vie. Aicha – radjel ? Une féministe avant l’heure ? Non ! tout simplement une femme qui veut «exister»… à la maison, dans la rue, au travail… Elle sera médecin.

Cinquante-cinq ans d’âge, et encore vierge, et faisant toujours ses prières quotidiennes sans pour autant porter le hidjab et le foulard, elle rejoint une de ses sœurs, médecin installée à Paris, et elle s’y installe… non pour exercer mais surtout pour «souffler» dans une autre atmosphère… moins pesante ? Heureux (et curieux) hasard, elle y rentrera celui qu’elle attendait tant. Happy end !

L’Auteure : Née en 1953 à Bordj Bou Arréridj. Etudes secondaires à Sétif puis supérieures à Constantine (langue et littérature anglaises). Enseignante (Université Ferhat Abbas de Sétif). Retraite en 2006. Déjà un premier roman, «Voix de femmes. Voies de fait» (2018) et un recueil de poèmes.

Avis : Un récit de vie chargé de colère (féminine) mais aussi plein de volonté et d’espoir. A lire par toutes les femmes… révoltées ou non

5/ LE BONHEUR D’ÊTRE ALGÉRIEN.Essai de Fadéla M’Rabet. Enag Editions, Alger, 2019, 103 pages, 530 dinars.

Quelle mémoire que celle de Fadela M’Rabet ! En peu de pages et en dix-huit textes assez courts, elle vous conte et raconte presque toute sa vie.

Elle nous transporte du Sila à Skikda, de Skikda à Vienne, de Vienne à Ostende, d’Ostende et sa mer à Strasbourg, de Strasbourg à Montréal, Stockholm, Istanbul, Paris… et de Paris à Skikda, une ville qui ne quitte plus sa pensée

L’Auteure : Née Abada à Skikda. Docteur en biologie… interdite (au milieu des années 60) d’enseignement (Lycée Frantz Fanon) et d’animation à la radio chaîne 3 (à la suite de la publication de ses deux ouvrages : «La femme Algérienne» en 1965 et «Les Algériennes» en 1967… et de ses émissions avant-gardistes). Exilée (ainsi que son époux, Tarik Maschino) en France, elle a été maître de conférences et praticienne des hôpitaux parisiens. Auteure de plusieurs ouvrages

Avis : De la belle écriture, prose et poésie mêlées… Et, toujours, droit au but !

6/ BOUSSOUF ET LE MALG. LA FACE CACHEE DE LA REVOLUTION. Essai et mémoires de Dahou Ould Kablia. Casbah Editions, Alger 2020, 446 pages, 1300 dinars

Malg… Ce n’est plus un sigle depuis bien longtemps… le «ministère de l’Armement et des Liaisons générales » étant publié pour ne laisser place qu’à un acronyme… une marque lié intimement à un produit… de très haute qualité durant la guerre (mises à part quelques couacs) mais quelque peu déconsidéré en raison de l’épisode tragique visant Abane Ramdane d’une part et, d’autre part, une certaine mal-information laissant croire (à tort ou à raison) que les « Malgaches » sont encore un groupe de pression politique encore lourd : jusqu’à ce jour, trois chefs de gouvernement, vingt ministres, vingt-et-un walis, trente-et-un ambassadeurs, tous issus du Malg…

L’Auteur : Né à Tanger en mai 1933. Parents originaires de Mascara (Béni Chougrane). Bachelier en 1954. Etudes de droit à Toulouse (France). Rejoint le Fln en 1958 (Aln / Wilaya V). Septembre 1968, affecté (après formation) le Malg… Début d’une longue carrière dans le renseignement. L’Indépendance… Plusieurs postes au sein de l’Administration… jusqu’à sa retraite en 2013… à 80 ans. Actuellement président de l’Association des anciens du Malg.

Avis : Pas mal de Malg, beaucoup de Révolution. Un véritable livre d’histoire… avec ses photos et ses documents

7/ ALI LA POINTE. AU CŒUR DE LA «BATAILLE D’ALGER». Récit de Abdelfatah El Haouari (En collaboration avec Abdenour Dzanouni). Aca, Alger 2020, 223 pages, 750 dinars».

La soi-disant bataille d’Alger a duré 9 mois et 25 jours. Avec la fin d’Ali la Pointe, une des plus glorieuses pages de la lutte armée est tournée. Le Fln a perdu une bataille. Il n’a pas perdu la guerre».

Ali la Pointe, un nom de légende, symbolisant la révolte, la détermination et un engagement révolutionnaire sans faille… jusqu’au sacrifice de sa vie. Un nom et un symbole qui sont d’ailleurs repris à l’unisson par les jeunes du Hirak. Et pourtant, notre héros avait mal commencé sa vie.

L’Auteur : Né à El Asnam (1938). Rejoint l’Aln. Arrêté alors qu’il avait à peine 19 ans. Rencontre avec un membre du commando Ali Khodja qui lui a conté les faits d’armes de la fameuse unité…Des premiers éléments qui ont servi à son enquête sur la «Bataille d’Alger».

Avis : Comme un roman ! Tout, tout ou presque tout sur la «Bataille d’Alger»

8/ AUX SOURCES DU HIRAK. Essai de Rachid Sidi Boumedine, Chihab Editions, Alger 2019, 232 pages, 950 dinars.

Le Hirak algérien est devenu au fil du temps un très long «fleuve», plutôt assez tranquille en comparaison avec ce qui se passe ailleurs (France, Irak, Bolivie…) et avec ce qui, habituellement, s’est passé chez nous (avec, toujours, des gros lots de victimes et de dégâts matériels). Un long fleuve ayant déjà apporté à la société traversée bien des changements bénéfiques…

L’Auteur :. Sociologue et enseignant-chercheur dans le domaine de l’urbanisme et l’aménagement. Travail dans le secteur de l’énergie. A dirigé plusieurs organismes publics d’étude et de recherche. Activité de recherche au Cread (associé). Quarante ans au moins dans les rouages de l’Etat. Retraite, consulting et écriture.

Auteur de plusieurs ouvrages (essais… et une biographie «Yaouled ! Parcours d’un indigène», Apic 2012)

Avis : Un observateur averti de la société et du paysage sociopolitique. Un «expert» vrai… qui «ne sait pas tout» mais qui sait bien. Approche rigoureuse. Austère même ! Certes pas facile à lire mais fourmillant d’infos, tout particulièrement sur la phase de démarrage du Hirak.

9/ LE DÉSORDRE AGRICOLE. ÉCHECS ET DÉFIS DU SECTEUR.. Essai de Makhlouf Azib. Editions Dalimen, Alger 2019, 172 pages, 800 dinars.

«En management, il est admis que la meilleure façon de programmer un échec d’un projet c’est de le faire gérer par le moins compétent possible» (p 20). C’est l’extrait le plus représentatif de ce qu’a développé, en filigrane de ses exposés, l’auteur… Le drame est présent dans presque tous les sous-secteurs dont le plus représentatif est bien le «fameux» et ambitieux «Pnda» (programmes de reconversion des terres, de mise en valeur par la concession, promotion des jeunes investisseurs et du développement rural, de développement de la production des semences, d’organisation de la profession agricole et des espaces interprofessionnels…). Des programmes et des objectifs – mal préparés – non atteints et/ou dévoyés, «ce qui a conduit à des échecs assortis de véritables scandales»… non suivis de sanctions.

L’Auteur : Né en 1954 à M’Zita (Bordj Bou Arréridj). Universitaire (Docteur d’Etat es-sciences), enseignant et chercheur (agronomie et pédologie et techniques de la communication) dont Recteur de l’Université de Laghouat (2007-2010), durant seize années, cadre au ministère en charge de l’agriculture et du Développement rural (dont Ig et PDG de la Sgp/Sgda).

Avis : Un titre qui, au départ, peut paraître rebutant mais qui, au fil des pages et des chapitres, vous plonge dans un «autre» monde (si vous ne le connaissez pas) aux difficultés innombrables mais aux espoirs multiples. Pour peu qu’on y mette un peu (ou beaucoup selon le champ) d’ordre.

10/ JE SUIS UN CHAMP DE BATAILLE. Ecrits de Jean El-Mouhoub Amrouche. Textes réunis et présentés par Régine et Pierre Le Baut (préface de Seloua Boulbina). Editions Frantz Fanon, Boumerdès 2020, 152 pages, 600 dinars

Les accidents de l’Histoire du pays natal ont fait qu’il a été ce que les hasards de la vie lui ont imposé comme «identité». Son immense culture acquise et son ouverture d’esprit lui ont permis de s’interroger et surtout d’interroger le monde, au moment de la «mise en scène de l’un des épisodes les plus désolants de l’histoire de l’humanité qui s’est déroulé en Algérie : une guerre contre l’homme», une guerre opposant le colonisé au colonisateur.

Il n’a pas hésité à choisir son camp même si, au départ, il s’était bercé de quelques illusions quant à la capacité de la France de faire face résolument au problème de la décolonisation.

Les Auteurs : Jean El Mouhoub Amrouche, né le 7 février 1906 à Ighil Ali (Bejaia) et décédé le 16 avril 1962 à Paris. Enseignant (à Sousse, Tunis, Annaba… écrivain, journaliste littéraire, homme politique algéro-français. Il a participé à la conférence de Bandoeng en 1955… et il était, en 1957, accrédité par le Gpra comme journaliste à Radio Genève Régine Le Baut, née à Montrouge en 1931 .Professeur de lettres, arrivée en Algérie le 9 juillet 1962 où elle y enseigne jusqu’en 1968. Pierre Le Baut, né à Blida en 1925. Docteur en théologie, responsable (1958-1970) des émissions radiophoniques religieuses de l’Eglise d’Algérie. De nationalité algérienne depuis 1963. Seloua Luste Boulbina, née en 195,7 est une philosophe franco-algérienne, spécialiste des études postcoloniales.

Avis : Il ne voulait être ni érudit, ni philosophe ou historien…mais seulement un homme de son monde et de son temps, près des choses et des hommes…cherchant à débusquer la vérité.

Propositions de cadeaux de fin d’année :

The Art of Calligraphy. The miniature and illumination. Coffrets en arabe ou en français ou en anglais. Zaki Bouzid Editions. 10.950 dinars

Images d’Algérie. Sous le ciel d’Algérie. Par Nadir Djama. Les Editions Nadir Djama (anglais-français).7.450 dinars

Les Phares d’Algérie. Vigiles de la côte. Photographies de Zinedine Zebar et texte de Mohamed Balhi. Casbah Editions, 5.100 dinars.


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