Le refus de Trump de céder le pouvoir : L’Amérique rejoint-elle le club des «Banana Republics» ?

  “If I win, I am going to instruct my Attorney General to get a special prosecutor to look into [Hillary Clinton’s] situation”
(Donald Trump, Second presidential debate, October 9, 2016).

When you stand on a presidential debate stage and you say to your political opponent ‘I am going to threw you in jail, that’s what happens in Banana Republics” (Barak Obama).

The Constitution gives me, as President, the right to do whatever I want” (Donald Trump).

Par Arezki Ighemat (Ph.D en économie Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)


Le 3 novembre 2020, les Américains ont élu Joe Biden, démocrate et ancien vice-président de Barak Obama, battant son concurrent républicain, le président sortant Donald Trump. Biden a obtenu 78 114 012 (50,9 %) voix dans le vote populaire contre 72 741 893 voix (47,4 %) pour Trump, et 306 votes dans le système dit «electoral college» contre 232 pour Trump. Selon la Constitution américaine, le candidat qui a 270 votes du type «Electoral College» est élu Président.

Avec cette victoire — qui, comme nous le verrons plus loin, est toujours contestée par Trump — Biden serait le 46e Président des Etats-Unis et devrait entrer en fonction le 20 janvier prochain lors d’une cérémonie d’inauguration et de transfert effectif du pouvoir. Seulement voilà. En raison des retards mis à compter les votes, dus en grande partie au fait que la majorité des Américains ont choisi de voter par voie postale — pour réduire les risques de contracter le Covid-19 — les résultats finaux ne sont pas encore finalisés à ce jour et le comptage se poursuit toujours dans certains Etats.

En dépit du fait que Biden ait obtenu les 270 «electoral votes» requis par la Constitution, Donal Trump refuse de reconnaître qu’il a été battu. Il considère qu’en raison du vote par voie postale et de certaines fraudes électorales qui, selon lui, auraient été commises dans certains Etats, il sera toujours Président jusqu’à ce que tous les votes soient comptés et que ces allégations de fraudes soient confirmées ou infirmées par les instances électorales et judiciaires compétentes. Pour faire valoir ses plaintes, Trump a engagé des actions en justice contre les Etats où il estime que ces fraudes ont été commises.

Pour cela, il a mobilisé toute son armée d’avocats de la Maison Blanche, notamment son ami Rudi Giuliani, avocat et ancien maire de New York, qui a réuni un certain nombre de «témoins» supposés de ces fraudes dans le but de prouver que les allégations de fraudes sont bien fondées. Trump est également aidé dans sa démarche par l’Attorney General des Etats-Unis, William Barr, un de ceux qui l’ont aidé dans les procès précédents, notamment le processus de «impeachment» à la suite duquel il avait été accusé d’abus de pouvoir et d’abus de justice. Il faut dire que cette situation d’incertitude sur la question, qui sera le Président des Etats-Unis le 20 janvier prochain, n’est pas nouvelle — l’affaire la plus récente étant l’affaire Bush Jr. versus Al Gore en 2000 — mais l’impasse actuelle est plus conséquente car elle intervient à un moment où le pays est frappé de plein fouet par la pandémie du covid-19 qui a fait plus de 11 millions de cas et près d’un quart de million de décès et une récession économique dont la gravité n’a d’égal que la Grande Dépression de 1929.

L’impasse politique dans laquelle se trouve le pays aujourd’hui a fait dire à certains analystes politiques que l’Amérique — qui était jusque-là un modèle de démocratie politique qui donnait à certains pays qu’elle appelait «Républiques Bananières» des leçons de démocratie dans le cadre de ce qu’on appelle «democracy promotion» — est elle-même devenue une «République Bananière». Qu’est-ce qu’une République Bananière et quelles sont ses caractéristiques essentielles ? En quoi les Etats-Unis ressembleraient-ils aujourd’hui à ces Républiques Bananières ? C’est à ces deux questions que nous tenterons de répondre dans le présent article.

Qu’est-ce qu’une «République Bananière» ?
L’expression «Banana Republic» a été inventée par William Sydney Porter — qui écrit sous le pseudonyme de O. Henry — dans son fameux roman «Cabbages and Kings» (Les choux et les rois) publié en 1904. Henry parle d’un pays fictif d’Amérique Centrale qu’il a nommé «Anchuria Republic» (la République d’Anchuria). Le roman est une série d’histoires qui se passent dans la ville côtière de Coralio, dans cette République.

Ces histoires sont inspirées du séjour fait par l’auteur au Honduras. Cette République d’Anchuria est appelée par Henry une «Banana Republic» parce qu’elle exporte principalement un seul produit : des bananes. Le roman tourne autour de la tentative de persécution du Président de cette République, un nommé Miraflores, qui a fui en emportant avec lui une somme de $100 000 volés à l’Etat fédéral. L’histoire se termine lorsque le Président Miraflores se suicide. Depuis cette histoire, le concept de «Banana Republic» a été étendu à un grand nombre de pays du Sud, notamment en Amérique Latine, en Afrique et en Asie du Sud, qui exportent principalement des bananes ou un autre mono-produit agricole ou minéral, où la corruption existe à grande échelle au niveau des élites de ces pays et où la lutte pour le pouvoir est la source principale de l’instabilité politique et économique qu’ils connaissent.

Aujourd’hui, le concept de «Banana Republic» désigne un pays politiquement instable dont l’économie dépend principalement, sinon exclusivement, de l’exportation d’un produit agricole ou minéral. Une première définition rapide et synthétique de ce type de république serait : «A Banana Republic is a country operated as a private commercial enterprise for the exlusive profit of the ruling class. It is often reliant on a single export or limited resource, governed by an authoritarian regime and characterized by corruption and economic exploitation by foreign corporations conspiring with local government officials. Any exploitative government that functions poorly for its citizenry while benefiting a corrupt group or individidual” (Une Banana Republic est un pays géré comme une entreprise commerciale privée au profit de la classe dirigeante.

Le pays est généralement dépendant de l’exportation d’un seul produit ou d’une ressource limitée ; il est gouverné par un régime autoritaire et est caractérisé par la corruption et l’exploitation économique par des compagnies étrangères conspirant avec les officiels des gouvernements locaux. Tout gouvernement exploiteur qui fonctionne pauvrement pour ses citoyens pendant qu’il profite à un groupe ou individu corrompu) (John Torpey, What is a Banana Republic ?, Forbes, February 20, 2020). Il faut noter que cette définition englobe une autre idée : celle de l’intervention de compagnies étrangères dans l’exploitation des ressources de la Banana Republic. Par ailleurs, et ainsi que nous le verrons dans la deuxième partie consacrée à la situation aux Etats-Unis — la caractéristique d’être un pays mono-exportateur ne s’applique pas aux Etats-Unis qui sont un pays pluri-exportateur.

Une deuxième définition encore plus synthétique serait : «In Banana Republics, ideology is nothing, policy is nothing, ethics is nothing. Power is everything» (Dans les Républiques Bananières, l’idéologie n’a pas d’importance, la politique n’a pas d’importance, l’éthique ne compte pas. Le pouvoir est tout) (Neal Galber, The Rules According to Trump, Democracy and Government, November 22, 2017). Cette définition caractérise une Banana Republic par son régime politique, sa nature, sa forme, ses détenteurs, comment il fonctionne et les luttes qu’il suscite entre ses différents détenteurs. Il existe une troisième définition qui précise davantage cette notion de pouvoir : «In a Banana Republic, power is concentrated in the hands of one man or a small coterie» (Dans une Banana Republic, le pouvoir est concentré entre les mains d’un seul homme ou d’une petite coterie) (Neal Galber, The Rules…, op. cit). Cette caractéristique du pouvoir qui est monopolisé par un individu ou un petit groupe semble s’appliquer à toutes les Républiques Bananières, qu’elles soient d’Amérique Latine, d’Afrique ou d’Asie.

Enfin, une quatrième définition, qui précise encore plus la notion de pouvoir, s’exprime comme suit : «In a Banana Republic, the dictator makes his own rules and lives by his own reality» (Dans une Banana Republic, le dictateur fait ses propres règles et vit dans sa propre réalité) (Neal Galber, The Rules…, op. cit.). Cette dernière définition insiste sur la nature et la forme du pouvoir : le pouvoir est détenu par une seule personne et cette dernière est un dictateur. Nous voyons donc bien que ces définitions ne sont pas totalement identiques, mais que chacune ajoute ou retranche certains éléments selon la vision de son auteur.

Etant donnée la variété de ces définitions — et nous n’en avons sélectionné qu’un petit nombre — il serait prétentieux de vouloir, dans un article de cette dimension, de les citer toutes. Il faudrait en effet probablement plus d’un ouvrage pour faire un exposé et une analyse exhaustive de toutes les définitions. C’est pourquoi nous avons sélectionné les définitions précédentes comme un simple échantillon. Ces définitions nous ont permis de déceler un certain nombre de caractéristiques susceptibles d’être trouvées dans la plupart des Banana Republics. Ces caractéristiques sont elles-mêmes si nombreuses et variées qu’il serait impossible, dans un article de journal, de les citer et de les analyser toutes. C’est la raison pour laquelle nous avons sélectionné un certain nombre que nous considérons comme représentatives de la plupart des Banana Republics.

La première caractéristique d’une Banana Republic est que le Président (ou le roi) et ses alliés (famille, amis, etc) gèrent le pays comme ils gèrent leur propre entreprise ou autres biens personnels. Pour ce faire, ils sont souvent obligés de manipuler les lois afin qu’elles leur permettent de réaliser leurs intérêts et ceux de leur coterie. Les besoins et le bien-être des citoyens sont leur dernier souci. Et, en général, la population n’a aucun moyen de recours pour faire connaître et résoudre leurs problèmes. La deuxième caractéristique est qu’il n’y a pas un système judiciaire indépendant en mesure d’assurer que nul ne soit au-dessus des lois de la République. Le Président et ses alliés politiques en profitent pour faire pression sur les juges afin qu’ils récompensent leur famille et leurs amis et persécutent leurs ennemis politiques.

La troisième propriété d’une «Banana Republic» est que le Président et son entourage se servent des ressources de l’Etat pour s’enrichir et enrichir leurs familles et leurs amis comme si ces ressources étaient leur propriété. Le quatrième trait distinctif est que le Président et ses acolytes recrutent généralement en priorité les membres de leur famille immédiate et lointaine et leurs amis et les placent dans les postes les plus stratégiques. Le raisonnement derrière cette préférence est de s’assurer du maximum de discrétion dans le processus de prise de décision. La cinquième marque distinctive est que les dirigeants du pays — le Président et les hauts responsables politiques qui travaillent avec lui — menacent et persécutent leurs opposants politiques et les médias qui sont trop critiques à l’égard des politiques qu’ils mettent en place.

Le sixième trait particulier d’une «Banana Republic» est que les gouvernants, notamment le Président, entretiennent de bonnes relations avec les dictateurs notoires de la planète et collaborent avec eux sur le plan diplomatique et économique. Ils vont parfois jusqu’à solliciter leurs services pour investiguer et réprimer leurs opposants. La septième caractéristique des Républiques Bananières est que les Présidents et leurs collaborateurs font tout pour empêcher que les autres institutions de la République, notamment le Parlement, de faire leur travail de «checks and balances» (contrôles et équilibres) qu’ils sont censés faire. Dans ce but, ils utilisent des moyens irréguliers, exemple les «executive orders» (ordonnances) pour faire passer les lois qui leur sont favorables et qui servent leurs intérêts et ceux de leurs familles et de leurs amis. La huitième particularité est que le Président utilise son pouvoir comme Premier Magistrat du pays pour gracier leurs amis et alliés politiques et, au contraire, poursuivre et persécuter leurs ennemis politiques.

La neuvième caractéristique d’une «Banana Republic» est que les dirigeants du pays, le Président en premier, se considèrent au-dessus de la loi, y compris la loi fondamentale qui est la Constitution. Le Président et les membres de sa famille ainsi que certains de leurs alliés sont protégés contre toute investigation ou persécution judiciaire ou parlementaire. A l’inverse, ils peuvent utiliser leurs services de police, d’intelligence et de justice pour investiguer et persécuter leurs ennemis politiques. Le dixième élément caractérisant une République Bananière est que le pouvoir est entre les mains d’un individu ou de quelques-uns qui gouvernent sans partage. Ceux qui osent contredire ou mettre en question leurs décisions et leurs politiques sont généralement écartés, voire persécutés ou mis en prison. La onzième propriété d’une «Banana Republic» est que les collaborateurs du Président et ses proches sont tenus d’être loyaux envers le Président. Ceux qui s’aventurent à avoir des opinions différentes ou critiques ou qui refusent d’exécuter les décisions prises par le Président sont systématiquement mis à l’écart, quand ils ne sont pas poursuivis.

La douzième différence entre une République Bananière et une République Démocratique est que, dans la première, le mensonge, les fausses allégations et accusations, le déni des faits et des statistiques sont utilisés comme stratégie de gouvernance et comme moyen de faire taire les opposants politiques. La treizième caractéristique des Républiques Bananières est que le Président considère la presse et les médias en général, notamment ceux qui critiquent ses politiques, comme «fake news», voir même comme des «ennemis».

Enfin, la quatorzième et dernière de notre liste des caractéristiques des Républiques Bananières est que le Président ne reconnaît pas le principe de l’alternance du pouvoir et celui de son transfert pacifique. Les présidents des Républiques Bananières font tout, y compris modifier la Constitution, pour allonger leurs mandats avec souvent comme objectif de demeurer au pouvoir à vie. Qu’en est-il de la présidence américaine sous le règne de Donald Trump ? Est-ce que toutes ou une grande partie des caractéristiques des «Banana Republics» précédentes s’appliquent à elle ? C’est ce que nous allons analyser dans la seconde partie de cet article.

L’Amérique a-t-elle rejoint le club des «Banana Republics» ?
Cette question est de plus en en plus posée aux Etats-Unis suite au climat de confusion créé par l’élection présidentielle du 3 novembre 2020. En effet, jusqu’à ce jour, les analystes politiques et les Américains dans leur grande majorité se demandent si le transfert du pouvoir entre le Président sortant Donald Trump et le nouveau Président Joe Biden va se faire pacifiquement ou si, au contraire, il conduira à une impasse politique. Donald Trump continue, quant à lui, de considérer que l’élection est «rigged» (truquée) et a entamé un certain d’actions demandant le recomptage des votes dans les Etats où il pense qu’il y a eu des fraudes.

Pour savoir si les actions de Trump sont en train de mettre les Etats-Unis sur la voie d’une «Banana Republic» selon les caractéristiques examinées dans la première partie, nous reprendrons chacune de ces caractéristiques et verrons si elles s’appliquent en tout ou en partie aux Etats-Unis de Trump aujourd’hui. La première caractéristique considérée est que, dans une Banana Republic, le Président et sa famille gèrent le pays comme ils gèrent leur propre entreprise. Il faut savoir que Trump et sa famille, avant de venir au pouvoir, et jusqu’à aujourd’hui encore, possèdent effectivement une entreprise appelée «Trump Organization».

Et, en dépit du fait que Donald Trump a déclaré qu’il n’est plus le Président actif de son organisation, ses enfants (Don Jr., Eric et Ivanka) continuent de gérer l’entreprise de leur père tout en occupant des postes au plus haut niveau à la Maison Blanche. Sa fille Ivanka et son beau-fils Jared Kushner — qui ont leurs propres entreprises — ont, en effet, des postes comme conseillers spéciaux de leur père à la Maison Blanche. Ce conflit d’intérêt a fait dire à un analyste politique : «Si la kleptocratie [gouvernement des riches] est le label d’une République Bananière, Trump en est le Kleptocrate-en-Chef. Non seulement il semble utiliser la Présidence comme son ATM [machine distributrice de billets] personnelle…il a aussi orienté le business vers ses hôtels…» (Neal Glber, The Rules…, op.cit., notre traduction).

La deuxième caractéristique est qu’il n’y a pas, dans une République Bananière, de système judiciaire indépendant. Trump utilise les juges locaux et fédéraux pour défendre ses amis politiques et persécuter ses ennemis politiques. Il espère aussi utiliser les trois juges de la Cour Suprême qu’il a nommés lui-même et les convaincre de prendre une décision en sa faveur au cas où il serait définitivement déclaré perdant à l’élection du 3 novembre. Il utilise aussi son ami William Barr, l’Attorney General, pour appuyer toutes les actions en justice qu’il a lancées dans le cadre des plaintes pour fraudes électorales dont il accuse les démocrates.

La troisième caractéristique d’une République Bananière est que le Président et sa coterie se servent des ressources de l’Etat pour s’enrichir et enrichir leurs familles et leurs alliés politiques, en commençant par le financement de leurs campagnes électorales. Toutes les décisions que Trump a prises concernant la réduction des taxes des grandes entreprises finissent par profiter aussi à son organisation et celles de sa famille. Les mesures de dérégulation prises depuis qu’il est Président ont aussi profité à son organisation et celles de Ivanka et Jared Kushner ainsi qu’aux entreprises de ses alliés politiques. Le Président a également utilisé les ressources et équipements de l’Etat dans sa campagne électorale. C’est ainsi par exemple que, lors de sa nomination par la RNC (Republic National Convention), la cérémonie de nomination n’a pas eu lieu dans une salle privée louée par Trump à ses frais, mais dans les locaux de la Maison Blanche et sur le «Rose Garden» attenant à la Maison Blanche alors que Joe Biden a financé la cérémonie de sa nomination tout par lui-même et par la DNC (Democratic National Convention).

La quatrième propriété d’une République Bananière est que le Président s’entoure d’abord de sa famille et de ses alliés politiques. Cela s’applique totalement à l’administration Trump qui a placé la quasi-totalité de sa famille et ses amis politiques à des postes stratégiques au gouvernement. Sa fille Ivanka est sa conseillère spéciale pour les affaires d’éducation et de promotion des femmes et des familles, de la création d’emplois et de la croissance économique. Le mari d’Ivanka, Jared Kushner, est le conseiller spécial du Président pour les affaires du Moyen-Orient. C’est notamment lui qui a chapeauté la décision de Trump de remplacer la capitale israélienne Tel-Aviv par Jérusalem, le temple sacré des trois religions monothéistes, ainsi que le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à la nouvelle capitale.

C’est aussi lui qui a préparé les récents accords de normalisation entre Israël et deux pays du Golfe : Les Emirats Arabes Unis et Bahreïn. Le fils de Rudi Giuliani, l’avocat-conseil et ami de Trump, et le beau-fils et la fille de William Barr, l’Attorney General, travaillent aussi à la Maison Blanche (voir Bill McCarthy, Politifact, February 11, 2020). Cette pratique a fait dire à un analyste politique : «Trump a introduit un népotisme sans précédent à la présidence d’une manière que seuls les dictateurs aventuriers pratiquent, permettant à sa famille d’accéder à la ‘mangeoire publique’ tout en plaçant ses copains incompétents à des positions de pouvoir» (Neal Galber, The Rules…, op.cit., notre traduction).

Le cinquième trait caractéristique des Républiques Bananières est que le Président et ses proches menacent et persécutent leurs opposants politiques et tous ceux qui osent critiquer leurs politiques et rémunèrent au contraire leurs amis politiques. Les exemples de cette pratique sont nombreux dans l’administration Trump. Le plus sensationnel est la déclaration faite par Trump lors du deuxième débat présidentiel du 9 octobre 2016 avec sa concurrente Hillary Clinton : «If I win, I am going to instruct my Attorney General to get a special prosecutor to look into your situation» (Si je gagne, je donnerai des instructions à «MON» Attorney General de nommer un Procureur chargé d’enquêter sur votre situation).

Depuis cette date, dans tous ses rallies de campagne, Trump utilise le slogan «Lock her up» (Enfermez-la) — en parlant de Hillary Clinton — et le fait répéter publiquement par ses supporters. Ce type de menace a fait dire à Barak Obama : «When you stand on a presidential stage and you say to your political opponent ‘I’m going to throw you in jail, that’s what happens in Banana Republics” (Lorsque vous êtes sur le podium d’un débat présidentiel et que vous dites à votre opposant politique «je vous jetterai en prison», c’est cela qui se produit dans une République Bananière). Le sixième point qui caractérise une République Bananière est que le Président et son administration entretiennent des relations bizarrement amicales avec les autres dictateurs du monde. Dans le cas de Trump, ces relations concernent, entre autres, Kim Jong Un, le leader Nord-Coréen et Vladimir Putin, le Président russe. En particulier, Kim Jong Un, l’homme que Trump a appelé «The Little Rocket Man», est devenu son meilleur confident et Trump parle souvent des «Love Letters» que lui écrit le leader Nord-Coréen.

Quant aux relations entre Putin et Trump, elles sont particulières en raison, selon les experts du RussiaGate, des relations d’affaires entre les deux dirigeants, notamment le projet de construire une «Trump Tower» à Moscou. Le septième trait caractérisant une République Bananière est que le Président empêche les institutions comme le Parlement de faire leur travail de «checks and balances» (contrôles et équilibres). Pour cela, Trump utilise le Sénat—qui est majoritairement républicain et donc favorable au Président—pour contrecarrer toute législation venant de la «House of Representatives» (la Chambre basse du Congrès) et contrecarrer les lois auxquelles il veut mettre fin, la plus fameuse étant la loi dite «Affordable Care Act» (appelée encore ObamaCare). Cela a fait dire à un analyste : «Les dictateurs aventuriers font tout ce qu’ils peuvent pour démonter le système de ‘checks and balances’. Trump en a fait de même : il a licencié l’ancien Directeur du FBI, James Comey, qui était en train d’enquêter sur Trump ; il a intimidé les juges du Departement de Justice…» (Neal Galber, The Rules…, op. cit., notre traduction).

Trump a même réussi, grace à son armada d’avocats et ses supporters du Sénat, à échapper à la plus infame sanction qu’un Président puisse recevoir : l’Impeachment, au cours duquel il avait été accusé d’abus de pouvoir et d’abus de justice. La huitième particularité des Républiques Bananières est l’usage abusif du droit présidentiel de grâce vis-à-vis de ses alliés politiques et de ses supporters. Trump a extensivement utilisé son droit de grâce depuis qu’il est à la Maison Blanche. L’une de ces grâces les plus sensationnelles est celle qu’il a organisée lors de la RNC (Republican National Convention) au cours de laquelle il a prononcé publiquement, à la Maison Blanche, une grâce à l’égard d’un prisonnier Afro-Américain, Jon Ponder, qui avait été fait prisonnier en 2004 pour le hold-up d’une banque. Plus sensationnel encore, Trump a organisé, toujours lors de la RNC, une séance publique de naturalisation de cinq immigrants originaires de cinq pays différents.

Du jamais vu dans les annales présidentielles. Trump a aussi réduit les peines de certains de ses amis politiques comme Michael Flynn, son ancien conseiller à la Sécurité Nationale et Paul Manafort, son ancien directeur de campagne électorale, Roger Stone, un supporter de longue date, tous trois condamnés dans le cadre de l’enquête Robert Mueller. La neuvième caractéristique d’une République Bananière est que le Président et son entourage se considèrent au-dessus des lois et peuvent faire ce qu’ils veulent dans l’impunité. Dans un de ses discours devant ses supporters, Trump a déclaré : «J’ai un article 2 de la Constitution qui m’autorise à faire ce que je veux en tant que Président». Et il a ajouté : «L’article 2 pouvait m’autoriser à licencier Robert Mueller, le Procureur chargé de l’affaire RussiaGate dans laquelle Trump était soupçonné de collision. Trump s’est aussi caché derrière cet article pour prendre des «executive orders» (ordonnances) mettant fin aux traités internationaux signés par Obama.

Le dixième point distinctif des Républiques Bananières est que le pouvoir est concentré entre les mains d’un individu ou d’un petit groupe qui gouvernent sans partage. C’est entièrement vrai pour Trump et sa famille. Neal Galber fera le commentaire suivant sur ce sujet : «Dans une Banana Republic, le pouvoir est entre les mains d’un seul homme ou d’une petite coterie. Trump n’a jamais concédé aucune délégation d’autorité, se faisant même appeler ‘le seul qui compte’, ce qui est généralement le propos d’un dictateur et non d’un leader démocratique» (Neal Galber, The Rules…, op. cit., notre traduction). La onzième règle dans une République Bananière est la loyauté de ceux qui collaborent avec le Président. Trump en est l’exemple par excellence. Depuis qu’il est au pouvoir, les collaborateurs qu’il a licenciés pour manque de loyauté ne se comptent plus : conseillers, ministres, juges, officiers des services de sécurité, généraux, etc. L’exemple le plus connu est celui de Jeff Sessions, l’ancien Attorney General, qui a été licencié par Trump parce qu’il ne voulait pas s’impliquer dans l’affaire dite du RussiaGate. C’est ce qui explique un professeur de sociologie dans l’extrait suivant : «Trump a utilisé cette stratégie avec Jeff Sessions, son ancien Attorney General, qui n’était pas assez loyal envers lui. Il devait donc démissionner.

Trump voulait un Attorney General dont le rôle serait de le protéger contre des investigations dommageables» (John Torpey, What is a Banana Republic, Forbes, February 12, 2020, notre traduction). Le douzième principe qui fonde une République Bananière est la gouvernance par le mensonge et les fausses allégations. Ici, la plupart des analystes politiques sont unanimes pour dire — et l’expression a été effectivement utilisée — que Trump est le «Lier-in-Chief». Les exemples sont trop nombreux à citer dans un article de cette longueur. Le peuple américain — tout au moins les 7,5 millions qui ont voté contre sa réélection le 3 novembre dernier — ne lui pardonnent pas en particulier de leur avoir caché la vérité sur la date d’irruption de covid-19 et sur les conséquences qu’il pouvait avoir sur eux et sur l’économie. Plus récemment, les Américains ne croient pas non plus les allégations de fraudes électorales avancées par Trump. La treizième caractéristique des Républiques Bananières est de considérer la presse et les médias en général comme des «fake news». Trump est allé jusqu’à traiter la presse de «enemy of the people» (ennemi du peuple). Il a réduit les conférences hebdomadaires de la Maison Blanche à leur strict minimum et a changé plusieurs fois de Secrétaire d’Etat à la Presse, l’actuelle Secrétaire à la Presse, Kaleigh McEnany — qui est une sorte de «perroquet» du Président–étant la troisième depuis 2016.

La quatorzième marque de fabrique des Républiques Bananières est que le Président ne reconnaît pas le principe de l’alternance du pouvoir et de son transfert pacifique. Trump a toujours considéré que le système politique américain en général et le système électoral en particulier étaient «rigged» (truqués). Il a aussi déclaré à plusieurs reprises que «The only way we’re going to lose this election is if the election is rigged” (La seule façon pour nous de perdre cette élection est si l’élection est truquée). A la question d’un journaliste de savoir si Trump accepterait le transfert pacifique du pouvoir le 20 janvier prochain, Trump a répondu : «Nous verrons ce qui va se passer…Il n’y aura pas de transfert, franchement, il y aura une continuation» (Katelyn Burns, Trump says he won’t commit if he loses the election because of ballot scam, Vox, September 20, 2020, notre traduction).

Conclusion
Nous avons vu, tout au long du présent article, que sur la base des quatorze caractéristiques que nous avons retenues pour définir une «République Bananière», les Etats-Unis de Trump remplissent toutes les conditions indiquées dans ces caractéristiques. Selon la plupart des analystes politiques, Trump a «réussi» en quatre ans à tourner un pays à tradition démocratique quasi ancestrale en une République Bananière au sens plein du terme. Neal Galber dira à ce propos : «America was once majestic. Now she is hopelessly diminished—a wealthier version of the corrupt nations in the developing world that we used to ridicule”. And we owe it all to Donald Trump for making America small again” (L’Amérique était autrefois majestueuse.

Aujourd’hui elle désespérément diminuée — une version plus riche des nations corrompues dans le monde en développement que nous avions l’habitude de ridiculiser. Et nous devons tout cela à Donald Trump d’avoir rendu l’Amérique petite à nouveau) (Neal Galber, Farewell America, Democracy and Government, November 10, 2020). Nous avons vu aussi que Trump ne veut pas s’engager à quitter le pouvoir le 20 janvier prochain — date de l’inauguration officielle du nouveau Président—et à la transférer par voie pacifique à son successeur Joe Biden comme l’exige la tradition et le «Presidential Transitional Act de 1963». Ce faisant, il va à l’encontre d’un des principes fondateurs de la démocratie américaine : l’alternance du pouvoir de façon pacifique. Bien évidemment il n’est pas difficile d’imaginer les conséquences d’un tel déni : l’Amérique entrerait de plein pied dans une période de confusion et d’instabilité qui pourrait conduire à des révoltes populaires réminiscentes des printemps arabes au pays de l’Oncle Sam. L’alternative serait, de la bouche même du nouveau Président Joe Biden : «If Trump does not step down after being defeated, the military will escort him from the White House with great dispatch” (Si Trump ne concède pas après avoir été battu, l’armée l’escortera de la Maison Blanche à grands fracas).

Cette déclaration a été confirmée par Cedric Richmond, le co-directeur de campagene de Joe Biden qui affirme : «Je pense que les généraux et autres officiers interviendront pour assurer une transition pacifique du pouvoir». Seulement voilà : une telle intervention — qui est aussi la caractéristique des Banana Republics — ne se termine pas nécessairement sans fracas. L’autre issue possible est celle prévue par le «Presidential Succession Act de 1792, révisé en 2004, qui prévoit que le «Speaker of the House of Representatives» — en l’occurrence Nany Pelosi — assurerait la présidence jusqu’à ce que le nouveau Président prenne officiellement ses fonctions. Nul ne peut donc dire aujourd’hui — à deux mois et 10 jours de la date fatidique du 20 janvier 2021 — laquelle de ces alternatives prévaudra. En attendant, les Américains sont inquiets et se demandent si leur pays va retrouver sa stabilité et son caractère démocratique d’antant ou s’il va rejoindre définitivement le club des «Banana Republics».


     Élisabeth Vallet (politologue) au « Le Quotidien d’Oran »: «Donald Trump laissera un souvenir amer et un impact que son successeur aura du mal à renverser»

Entretien réalisé par Amine Bouali  

 Élisabeth Vallet est titulaire d’un doctorat décerné par l’université Pierre Mendès France de Grenoble (France). Elle a poursuivi par la suite des études de post-doctorat à l’université de Montréal (Canada) puis effectué un séjour postdoctoral à l’université Duke (en Caroline du Nord, USA). Elle est actuellement professeure associée au département de géographie de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) ainsi que professeure en études internationales au Collège militaire royal de Saint-Jean (Canada). Elle est par ailleurs directrice de l’Observatoire canadien de géopolitique et membre de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand (UQAM) et directrice de recherches pour l’antenne québécoise du groupe «Borders in Globalization». Elisabeth Vallet a publié une quinzaine d’ouvrages dont «Comprendre les élections américaines» (Éditions Septentrion. Montréal. Septembre 2020) et «Comment Trump a changé notre monde», en collaboration avec Charles-Philippe David (Éditions du CNRS. Octobre 2020). Elle a bien voulu répondre aux questions du Quotidien d’Oran au sujet des élections américaines du 3 novembre.

Le Quotidien d’Oran : Les derniers sondages donnent un avantage relativement important en faveur du candidat démocrate Joe Biden alors que le président sortant Donald Trump paraissait, il y a moins d’une année, largement favori pour être réélu à la tête de la Maison Blanche. Quels sont selon-vous les raisons de ce retournement de situation?

Élisabeth Vallet : La pandémie. C’est indéniablement la clé de cette élection. Fin 2019, le président Trump surfe sur une économie qui roule bien, et on sait qu’un président dont le bilan économique est positif a toutes les chances d’être réélu. Les Américains disent why break something that ain’t broken – pourquoi irait-on casser quelque chose (en l’occurrence l’économie) qui fonctionne bien. Mais la pandémie survient, et le président, conscient de la centralité d’une bonne économie dans sa réélection et qui a fait du « socialisme » du parti démocrate son cheval de bataille, voit le virus comme un empêcheur de tourner en rond. Bien qu’il soit averti (et conscient si l’on en croit Woodward (Bob Woodward, célèbre journaliste du quotidien américain Washington Post. NDLR) de la létalité du virus très tôt, il pense qu’il peut contourner cette question, la balayer sous le tapis, le temps d’une année électorale. Cette vision à très court terme pourrait donc lui coûter cher. Et c’est d’ailleurs sur la pandémie que le parti démocrate et Joe Biden axent leurs attaques et c’est là où ils performent le mieux. Il faut ajouter à cela que la fragilité du socle républicain est ébranlée par le premier débat (face-à-face télévisé entre Trump et Biden, le 29 septembre dernier. NDLR), alors que nombre de femmes quittent le camp Trump et que s’accroît le « gender gap » (inégalités homme-femme dans certains domaines, notamment juridiques et sociaux. NDLR). Car Trump a besoin de ce bloc électoral.

Q. O.: Pour contredire la nouvelle donne qui le met en grande difficulté quant à sa réélection, Donald Trump mise depuis plusieurs mois sur la stratégie de «la loi et l’ordre». Est-ce suffisant, d’après vous, pour lui permettre de démentir les sondages et coiffer au poteau son concurrent démocrate?

É. V.: Ça avait réussi à Nixon, le jeu en vaut donc la chandelle – du point de vue trumpien. Et ce discours résonne certainement dans certains coins du pays. Il a dans sa ligne de mire les banlieues qui ont pu être séduites par ce discours. La prévalence d’images de violence dans les médias au cours du printemps, dans le contexte des manifestations Black Lives Matter (mouvement politique qui milite contre le racisme systémique envers les Noirs. NDLR), particulièrement diffusées par les chaînes câblées d’information continue ont pu donner le sentiment que l’Amérique était à feu et à sang. Ce n’est pas un hasard que des forces policières non identifiées aient été déployées par le fédéral, alors même que par exemple à Portland, le maire expliquait que les choses étaient en voie de se calmer et que ces déploiements mettaient de l’huile sur le feu. Alors que le coronavirus gagne en vigueur, particulièrement dans le midwest, ce discours de la Loi et Ordre a moins de chance de résonner: les enjeux de santé prévalent sur ceux en lien avec la sécurité.

Q. O.: Est-ce que vous pensez que le candidat démocrate Joe Biden pourra rassembler le camp démocrate derrière sa candidature et quels sont selon vous les autres défis qu’il devra relever pour espérer être élu le 3 novembre ?

É. V.: Le camp démocrate s’est rallié derrière lui. Même si la gauche militante du parti (Bernie Sanders, AOC (La membre Latina progressiste du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez. NDLR) a clairement annoncé qu’ils s’assuraient de son imputabilité une fois élu. (L’imputabilité exprime la possibilité d’attribuer la responsabilité d’un fait à une personne. NDLR). La coalition est là, mais les problèmes sont autres. Un gros problème est le processus de votation lui-même. Est-ce que tous ceux qui vont vouloir voter vont pouvoir le faire? Combien de temps faudra-t-il attendre pour voter le jour de l’élection? Les bulletins par correspondance seront validés de manière adéquate. Il faut comprendre qu’il y a plus de 13.000 administrations électorales, et potentiellement autant de normes possibles. Certains États autorisent le vote par correspondance et le vote par anticipation sans motif spécifique, d’autres pas. Certains États commencent à certifier (vérifier la conformité des signatures par exemple et l’identité de l’électeur) avant le jour de l’élection, d’autres pas. Certains États permettent de comptabiliser les bulletins reçus après l’élection – cachet de la poste faisant foi – d’autres pas. Certains États imposent un recomptage automatique si l’écart de voix est inférieur à x% (variable selon les États), d’autres non. Certains États utilisent des machines électroniques, d’autres des scanners optiques, d’autres donnent un reçu à l’électeur et certains pas, etc. Ajoutons à cela que les équipes des candidats ont déjà prévu de mener un certain nombre de batailles sur le terrain juridictionnel. Les défis sont multiples. Et pour beaucoup peu prévisibles. Si l’un des deux candidats l’emporte par un raz de marée, les choses seront différentes que si l’élection est serrée. Dans cette dernière hypothèse, s’ouvre une grande période d’instabilité. Dernier défi, de taille, l’ingérence étrangère. Les services de renseignement soulignent d’ailleurs la probabilité d’une campagne russe derrière les nouvelles récentes concernant le fils de Joe Biden (Hunter Biden). Ils ne cessent d’ailleurs de souligner le risque que ces stratégies massives de désinformation font peser sur le pays. L’inculpation de six hommes impliqués dans l’équipe de cyberguerre russe Sandworm, cette semaine, montre l’acuité de cette dimension dans l’élection.

Q. O.: À cause de la pandémie du Covid-19 qui a déjà causé la mort de plus de 200.000 personnes aux Etats-Unis, la majorité des électeurs démocrates ont l’intention de voter par correspondance lors de ces élections américaines contre seulement 20% des électeurs républicains. Le président Trump est hostile à ce vote par correspondance et soupçonne les démocrates de chercher à «truquer le scrutin». Peut-on craindre une contestation des résultats par le camp Trump en cas de défaite ?

É. V.: Il va y avoir des contestations des deux bords, les équipes sont prêtes pour ce faire. L’argument sur le vote par correspondance va être difficilement tenable sur le plan juridique, car les études (comme celle du Brennan Center) montrent qu’il n’y a pas plus de fraudes avec le vote par correspondance, et l’histoire montre que les fraudes (qui pour beaucoup sont des erreurs de bonne foi, ou de l’incompétence) n’ont jamais eu un impact sur les résultats de l’élection. Mais la question est moins juridique que politique: jeter un doute sur la légitimité de l’élection est une stratégie adoptée par le camp Trump dès avant l’élection de 2016. Alors que les sondages ne sont pas favorables au président en poste, évidemment, le brouhaha autour de la légitimité du futur président devient plus audible.

Q. O.: Alors que s’approche l’heure des bilans et dans le cas, bien sûr, de sa non-réélection, quel «souvenir» laissera Donald Trump dans l’histoire contemporaine, lui qui a si souvent désarçonné les analystes par sa façon de gouverner la première puissance de la planète ?

É. V.: Un souvenir amer sans doute. Mais surtout un impact significatif que son successeur (en 2020 ou en 2024) aura bien du mal à renverser. Alors que les Etats-Unis avaient déjà amorcé un virage dans la foulée de l’intervention en Irak en 2003, Trump a en fait décuplé, accéléré bien des tendances. Les reculs sont multiples, sécuritaires, diplomatiques, démocratiques, normatifs. Le système international a vacillé lorsque la pandémie, loin de générer une coopération accrue, a généré un repli derrière les frontières et une compétition pour le matériel, les masques, les vaccins: la gestion d’Ébola par Obama montrait pourtant une autre avenue, et souligne le poids du leadership américain lorsqu’il se met en branle. L’accélération de la course aux armements, le dédain pour les traités, la prolifération des murs, sont des éléments que l’administration Trump a attisés, favorisés. Avec le déclin du multilatéralisme, dans l’application du droit international, les chances de répondre à des enjeux globaux et qui ne peuvent être réglés qu’au niveau planétaire (changements climatiques) diminuent tout autant. Alors qu’il ne cesse d’encenser les dictateurs et les régimes autoritaires, Freedom House a déposé un rapport qui est sans ambiguïté : le nombre de démocraties dans le monde décline et la qualité des démocraties s’érode. Parmi lesquelles les États-Unis, qui glissent dans le classement mondial, loin derrière les premiers. Tout cela ne s’effacera pas le 20 janvier à midi lorsque le nouveau président (s’il y a lieu) entrera en fonctions. Le travail sera considérable. Voire insurmontable en un seul mandat. Il y aura probablement des tendances qui ne pourront jamais être inversées.



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