Trafic d’œuvres d’art du Moyen-Orient : un expert en archéologie au cœur de l’enquête

27.06.2020

Par Vincent Gautronneau et Jérémie Pham-Lê

L’interpellation de cinq figures du monde de l’art, mardi, jette une lumière crue sur le trafic en France d’œuvres issues de pillages au Moyen-Orient. Deux hommes ont été mis en examen ce vendredi.

Le sarcophage de Nedjemankh, volé en Egypte en 2011, a été acquis par le Metropolitan Museum de New York pour 3,5 millions d’euros en 2017. DPA/Picture-Alliance/Mahmoud Bakkar

Il était la pièce centrale d’une exposition du célèbre Metropolitan Museum (MET) de New York. Acheté pour 3,5 millions d’euros en 2017 par le MET, ce sarcophage de près de 1,80 m, doré à l’or, avait finalement dû être restitué en septembre dernier aux autorités égyptiennes. Fabriqué pour Nedjemankh, le prêtre du dieu à tête de bélier Heryshef, le magnifique cercueil était un objet volé durant le printemps arabe qui a transité par Dubaï, l’Allemagne puis Paris avant d’atterrir aux Etats-Unis. Moins d’un an plus tard, Christophe K., expert français en archéologie et auteur de cette transaction, a été mis en examen ce vendredi soir pour « escroquerie et blanchiment en bande organisée », « association de malfaiteurs » et « faux et usage de faux » à l’issue de sa garde à vue. Son compagnon et associé a lui aussi subi le même sort. Tous deux ont été placés sous contrôle judiciaire.

Ils sont les deux seuls suspects poursuivis, à ce stade, dans cette retentissante affaire de vente d’œuvres d’art issues de pillages dans des pays du Proche et Moyen-Orient. Trois autres personnes avaient été interpellées mardi à Paris et en région parisienne par les enquêteurs de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC). Ces figures du monde de l’art — Antoine G., le président de la respectée maison Pierre-Bergé & Associés; David G., marchand installé à Saint-Germain-des-Prés, et Annie C., ancienne patronne du Département des antiquités orientales du Louvre — ont été relâchées, mais pourraient être convoquées ultérieurement par le magistrat instructeur.

L’enquête de l’OCBC jette la lumière sur les frontières poreuses entre marché de l’art légal et marché illégal. Des centaines de statuettes, de masques égyptiens et autres poteries volées dans des pays en guerre ou instables — Yémen, Syrie, Égypte, Libye… — auraient ainsi été maquillées et revendues par de prestigieux marchands français. Parmi les clients : de grands musées internationaux, comme le MET ou le Louvre à Abou Dhabi, et des particuliers. Un premier préjudice a été évalué à plus de 10 millions d’euros par les enquêteurs français !


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