Actualités / AU FIL DES JOURS

par Belkacem Ahcène-Djaballah

1/ Ouvrage paru à l’étranger : «Anti-manuel de communication politique». Renaud Czarnès. Editions Kawa. 19,90 €. En fait, on voit comment les politiques ratent leur communication : Contrairement à ce qu’ils laissent paraître, les hommes et les femmes politiques veulent-ils vraiment conquérir le pouvoir ? Et une fois en place, veulent-ils vraiment le conserver ? On finirait par en douter en lisant l’hilarant ouvrage. Car l’incroyable accumulation de bourdes, d’erreurs et de gaffes qu’il a recensées le montre : bien souvent, celles et ceux qui nous gouvernent agissent de la pire des manières qui soit. Les médias, eux aussi, ont leurs responsabilités. Parce que les télés, les radios et les journaux sont des entreprises de presse, certains d’entre eux ont tendance à privilégier le spectaculaire, à donner priorité aux mauvaises nouvelles, à rechercher le «pousse-au-clic»… «Dans nombre de rédactions, note justement Czarnès, le but est désormais moins d’informer que de plaire…» 

2. Le général français Dominique Delawarde (qui a été , dit-il, en charge de la cyberguerre à l’état-major interarmées de planification opérationnelle et qui affirme avoir «beaucoup travaillé sur le dossier algérien» lorsqu’il était en fonction et avoir continué «de le suivre depuis» ) a affirmé, dans une tribune publiée dernièrement dans un média français, qu’il ne croit pas à la «spontanéité de tous les événements qui agitent aujourd’hui la rue algérienne». «Aucun des deux grands camps qui s’opposent aujourd’hui dans le monde ne peut être indifférent à ce qui se passe en Algérie. L’ingérence étrangère y est donc plus que probable. Le contraire serait surprenant», écrit cet ancien patron du renseignement électronique français. Le général Delawarde ne manque pas de citer, entre autres, les «déclarations enflammées de l’inénarrable Bernard Henry Lévy qui constituent, à elles toutes seules, un marqueur indiscutable qu’une opération de changement de régime est en cours»». «Il faut se souvenir de son engagement constant et toujours théâtral dans ce type d’opération en Bosnie, au Kosovo, en Syrie, et même au Venezuela dernièrement» , met-il en garde, tout en faisant remarquer que «la teneur des déclarations des grands leaders de la coalition occidentale sur cette affaire algérienne montre clairement, jour après jour, qu’ils apprécieraient un changement de gouvernance en Algérie et l’avènement d’un nouveau pouvoir qui leur serait plus favorable (Nous aussi mais dans notre intérêt avant tout) 

Il se garde d’émettre «le moindre pronostic» sur la situation future en Algérie. «On ne peut dire qu’une chose : bonne chance Algérie !», a-t-il conclu. Merci, mon général. Et, surtout, ne vous en faites pas. Conspiration ? Complot ? La foule algérienne est si immense et si insaisissable que les parties «complotistes» ou «conspirationnistes» se retrouvent très vite absorbées et neutralisées. Les seuls complots dangereux ne peuvent venir que des cercles du pouvoir (profond ou officiel), de leurs amis oligarques en place ou de parti(e)s n’arrivant pas à «avaler» la pilule du changement. 

3. Il y a, en ces temps de perturbation politique, chez certains analystes et observateurs politiques algériens, une propension réellement énervante à revenir sur le passé beaucoup plus pour redorer leur blason, peut-être terni quelque part, que pour rendre service à la société. Ainsi, nous avons un politologue qui ne cesse –à travers des affirmations parfois exagérées ou quasi fausses- de vouloir remettre en selle l’ancien président Liamine Zeroual, alors que celui-ci n’a cessé de répéter qu’il était désormais très bien là où il se trouvait. Idem pour ce qui concerne Hamrouche, cette fois-ci l’ «invitation «venant» d’un «politicien», grand «corrompu» devant l’éternel. 

4. Citation de la semaine : «Il n’y a pas de plan concerté pour manipuler les individus. Il n’y a que l’être humain dans sa plus complexe psychologie, ses plus fausses perceptions et son plus intense égocentrisme» (Anys Mezzaour, «Entendu dans le silence». Roman (c) Casbah Editions, Alger 2018) 

5. Pourquoi JCDecaux, n°1 mondial de la communication extérieure et de la publicité dans les transports se retire-t-il du marché algérien ? Une des réponses, la plus vraie à mon sens. Un aveu (coupable quelque part dans l’obtention des marchés ?) qui vient à point au moment où des comptes vont, peut-être, «se régler» : «Notre retrait n’est pas lié à la conjoncture économique morose (…) Et il est encore moins lié au contexte politique actuel. Il est seulement lié à la situation de notre marché, celui de la publicité, qui manque aujourd’hui d’un cadre réglementaire solide ainsi que de transparence». En réalité, de cadre réglementaire, il n’y en a pas du tout… et JC Decaux (et ses amis) en ont bien profité. Pour l’instant, au revoir… et à bientôt. 

6. Que disait donc Jacob Cohen à propos des «manifestations populaires» (entretien in «Algérie Patriotique» du 18 mars) : «Je ne crois pas qu’elles feront plier le pouvoir actuel. Sur le plan de l’histoire universelle des communautés étatiques, l’oligarchie sort toujours victorieuse dans les luttes qui l’opposent aux peuples. Une révolution «réussie» amène seulement le remplacement d’une oligarchie par une autre. L’oligarchie algérienne a trop d’intérêts à l’intérieur du pays comme à l’extérieur pour laisser échapper sa mainmise et confier les rênes à de nouveaux venus. Elle lâchera suffisamment de lest en fonction de la détermination du peuple pour donner le change, quitte à reprendre d’une manière ou d’une autre et le moment venu les concessions faites. C’est une constante historique qui intrigue et fascine»… Une réflexion de Paul Bourget (Ecrivain français, 1852-1935) me revient : « Une Révolution est toujours inaugurée par des naïfs, poursuivie par des intrigants, consommée par des scélérats.» 

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