Algérie / Djaballah crie à la laïcisation, rejette totalement l’avant-projet de la Constitution

22.06.2020

  Les mécanismes adoptés pour l’élaboration du projet, sont mis sous l’emprise d’«une élite séculière».

Le parti El Adala de Saâd Abdellah Djaballah, vétéran et doyen des islamistes s’inscrit en porte-à-faux avec la séparation de la religion de la politique. Il a affiché samedi dernier sa position au sujet de la mouture préliminaire de la révision constitutionnelle dans un communiqué sanctionnant la réunion de son instance d’orientation, de validation et de suivi. Tout en rejetant cet avant-projet, le parti de Djaballah, appelle à «la dissolution du Comité d’experts chargé de l’élaboration des propositions de révision constitutionnelle et à l’institution d’ un comité parallèle composée de compétences scientifiques spécialisées et crédibles en vue d’ élaborer un nouveau projet de la Loi fondamentale,fondé sur le respect des références du peuple et capable de réaliser les objectifs des deux révolutions du 1er novembre 1954 et celle du 22 février 2019».

El Adala appelle également tous les Algériens, quel que soit leur responsabilité, «à rejeter et refuser ce projet, (…) mettre sur pied un autre comité (…) pour lutter contre la tyrannie et défendre les constantes de la nation et ses droits pour le pouvoir et la richesse et mettre un projet alternatif basé sur les références de la oumma…». Pour justifier cette position, Djaballah énumère huit raisons: d’abord, soutient-il qu’«un lecteur avisé et compétent conclura après lecture de ce projet que ses concepteurs aient une volonté de laïciser la société algérienne, de la corrompre, de l’affaiblir et de déposséder le peuple de toutes étique, vertus et valeurs sous prétexte de différents slogans: la modernité, la primauté des décisions d’organisations internationales même en défaveur de la souveraineté nationale et au détriment de la religion, du créateur (Dieu) et de l’unité et l’identité nationales». Les mécanismes adoptés pour l’élaboration du projet, sont mis sous l’emprise d’«une élite séculière»: «En distribuant le projet sur environ 2000 entités entre partis, associations, organisations et personnalités et en accordant au comité d’experts le droit de statuer en fin de compte sur les propositions d’enrichissement dénote que ce processus n’est que consultatif, ce qui est contraire à l’obligation contraignante du devoir de servir l’intérêt général, à travers la prise en compte des propositions, issues de la consultation des compétences spécialisées. Ce processus dilatoire vise à imposer leur projet qui contredit les références de la oumma, menace sa langue, son unité, sa souveraineté et son éthique, et élimine ses aspirations légitimes fondées sur la logique numérique», accuse Djaballah. Il ne s’arrête pas là. «Le projet de Constitution a une volonté claire de détruire l’islam, de lutter contre la bonté, de propager le vice et la corruption….», soutient-il. «Pour les concepteurs du projet, l’Etat ne rime pas avec miséricorde et réforme, mais une question de réalité et sa codification, ce qui est une très mauvaise voie, comme l’a déclaré explicitement le président du comité: «Nous voulons une Constitution citoyenne, et non une constitution des croyants», a-t-il indiqué.
Il reproche aussi au comité d’avoir opté pour «le régime présidentiel, autoritaire qui va à l’encontre de l’intérêt national et de l’intérêt humain…». Il est allé jusqu’à prédire que «les références occidentales, reflétées dans le projet conduisent à la discorde dans le domaine social, au chaos et à la sédition». «Ce projet a été fondé sur la référence juridique et intellectuelle occidentale en général et française en particulier, (…) des références qui portent en elles la corruption sacrée et théologique…». Enfin, pour Djaballah qui a fui le Hirak au lendemain de l’élection présidentielle du 12 décembre dernier, «le projet d’amendement constitutionnel est contraire aux slogans et aux exigences de la révolution du 22 février et incarne les convictions du courant séculier…».

Mohamed BOUFATAH

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