Algérie / INTIFADHA POPULAIRE ET MANIPULATIONS : l’islamisme politique

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Débats

par Kaddour Naïmi

Dans une contribution précédente (1), il fut question du risque d’infiltration de l’intifadha  populaire en vue de sa manipulation. Mais un seul agent fut considéré : l’élément étatique. Hélas ! Il faut en signaler d’autres, bien plus insidieux, parce que moins évidents. Commençons par l’islamisme politique. Faut-il préciser que cette expression ne désigne pas l’Islam en tant que religion, mais uniquement sa manipulation pour servir une politique de conditionnement d’un peuple musulman, dans le but de conquérir le pouvoir étatique, pour établir une oligarchie de forme cléricale, avec le soutien d’une oligarchie étrangère ? Ce texte se propose de démontrer que l’islamisme politique passé, ouvertement anti-démocratique (usant la règle démocratique pour éliminer la démocratie) et violent, se présente aujourd’hui avec le masque de la démocratie et du pacifisme (« Salmyâ »), mais le but ultime demeure identique.

Surgissement.

Considérons le surgissement de l’intifadha populaire. Que sa première manifestation fut déclenchée dans toutes les villes du territoire nationale, que toutes les marches furent très bien organisées, sans aucun incident, avec des slogans semblables, ces constatations montrent que cette première action fut certainement le produit d’auteurs qui demeurent jusqu’à aujourd’hui inconnus. Toutefois, sans preuves concrètes vérifiables, les uns affirment que les agents organisateurs de la manifestation du 22 février 2019 furent le général Toufik et son réseau pour se débarrasser du chef d’État-major ; à l’opposé, d’autres accusent ce dernier et son entourage d’être les auteurs, dans le but de mettre fin à la présidence de Abdelaziz Bouteflika. Passons.

Absence de structuration autonome.

Par la suite, durant les huit mois de manifestations populaires hebdomadaires, on constate la même efficience dans l’organisation des marches hebdomadaires : absolument pacifiques, avec des slogans principaux semblables sur tout le territoire national, répondant aux événements qui se succédaient. N’ayons pas la naïveté de croire que tout cela fut le résultat uniquement d’un fameux réseau social, comme certains l’affirment, sans preuve vérifiable.

Toutefois, quand des « personnalités » ou des partis politiques tentèrent de prendre la direction de l’intifadha populaire, ou de parler en son nom, ces tentatives échouèrent. Ce refus fut-il un phénomène spontané des manifestants, ou, au contraire, téléguidé ?… Pas de preuve pour répondre de manière sérieuse.

Autre observation : l’intifadha populaire n’a jamais produit par elle-même une auto-organisation sous forme de comités locaux, permettant aux citoyens de se rencontrer, d’échanger leurs opinions, de discuter, de prendre des décisions en ce qui concerne les formes de développement du Mouvement pour concrétiser ses buts… De cette observation, serait-il erroné d’en tirer cette conclusion : que les auteurs occultes du mouvement populaire n’avaient pas intérêt à voir les citoyens prendre en charge eux-mêmes leurs actions ?… Si tel est le cas, alors, le Mouvement populaire non seulement fut mais demeure manipulé. Dans quel but fondamental, servant quels intérêts concrets précis ?

Cocktail attrayant.

L’observation des marches hebdomadaires, et celle de certaines interventions sur les réseaux sociaux montre que l’intifadha populaire est l’objet de manipulations diverses, soigneusement occultés aux citoyens ordinaires, parce que le but est d’utiliser le Mouvement populaire uniquement comme masse de manœuvre pour satisfaire des intérêts d’oligarchies existantes ou visant à les remplacer comme oligarchies nouvelles. Examinons un premier cas.

L’auteur de ces lignes a suivi attentivement les interventions sur les réseaux de celui qu’on appellera pour l’instant M. X*. Il y occupe une place non négligeable. Pour deux motifs. D’une part, les critiques de M. X* contre le système social dominant, et son soutien au Mouvement populaire semblent dictés par un légitime et noble souci de démocratie et de sauvegarde de l’indépendance nationale. D’autre part, M. X* joue sur un terrain qui lui est très favorable : son vocabulaire islamiste instrumentalise adroitement la foi religieuse du peuple algérien. En outre, M. X* recourt à une langue arabe qui a l’air moderne, mais dont la substance est semblable aux prêches des idéologues islamistes intégristes. Enfin, les déclarations de M. X* concernant des censures ou tentatives de censure, rendent le personnage plus sympathique et intéressant. Voilà le cocktail qui rend le personnage attrayant, au point de voir son portrait parfois exhibé lors des marches populaires, et proposé sur des réseaux sociaux dans une liste d’éventuels représentants du Mouvement populaire.

Principe de précaution.

Mais, si l’on a comme principe de précaution de se poser des questions au sujet des personnages publics, on s’oblige à comprendre le motif réel de leurs déclarations, surtout quand celles-ci ont une certaine influence sur le public, notamment sur les opprimées d’un système social.

Première question. Quelle est la provenance de l’argent de M. X* pour vivre et effectuer ses nombreux voyages à l’étranger ? Car, visiblement, ses vêtements, les lieux d’où il envoie ses vidéos, et les voyages personnels qu’il évoque montrent une aisance certaine. M. X* a-t-il fourni à ses auditeurs des informations à ce sujet ? Personnellement, je ne les ai pas trouvées. S’il ne les a pas fournies, croit-il que ces informations seraient inutiles ?… Cette hypothèse est à écarter, car M. X*, à juste titre, dénonce les personnalités algériennes qui vivent avec de l’argent obtenu de manière illégitime. Dès lors, par cohérence, M. X* ne devrait-il pas, dans son cas personnel, fournir les preuves concrètes de la provenance de l’argent dont il vit ?

Deuxième question. Le recours systématique à la formule « bî idnî Allah » (Selon la volonté de Dieu). Bien entendu, son emploi est légitime et compréhensible de la part d’un musulman, mais l’insistance sur cet emploi oblige à se demander : s’agissant de discours éminemment politique, n’est-ce pas là une manière insidieuse d’introduire l’élément religieux, alors qu’on sait combien il fut funeste dans les années 1980 et par la suite ?… Ce qui porte à vouloir savoir quel fut l’itinéraire politique de M. X* depuis qu’il s’active dans le domaine social. M. X* a évoqué dans ses vidéos la partie formative et officielle, publique, notamment celle qu’il appelle « diplomatique ». Mais, n’a-t-il pas eu d’autres implications, notamment à l’époque où Kasdi Merbah était le chef de la Sécurité Militaire, comme un intervenant vidéo le déclare ?

Troisième question. Une certaine véhémence dans la dénonciation (légitime) des méfaits du pouvoir dominant actuellement en Algérie. Cette véhémence manifeste trop de rhétorique recourant à l’émotionnel. De la part d’une personne se déclarant diplomate, proposant de recourir au raisonnement objectif et pondéré, et assis devant une bibliothèque de livres, cette rhétorique et cette véhémence émotionnelle sont-elles de mise, surtout quand on se rappelle que cette méthode oratoire fut celle, par exemple, d’un Adolf Hitler, lequel en exposa les motifs dans son livre « Mein Kampf » (Mon combat) ?

Quatrième question. M. X* évoqua dans une vidéo ses fréquents voyages en Turquie, en faisant l’éloge des « progrès » économiques et sociaux réalisés dans ce pays… Mais pas un seul mot sur l’oligarchie qui domine le pays, sur l’aspect dictatorial de son président Erdogan, et sur les engagements politiques internes et externes de ce chef d’État… N’est-ce pas curieux quand on entend M. X* pourfendre (à juste titre) l’oligarchie algérienne, sa dictature ainsi que ses actions internes et internationales ?.. Pourquoi ce deux poids deux mesures ?… Qu’en est-il, alors, de l’objectivité et de la cohérence proclamées par M. X*, soulignées, régulièrement par des sourates du Coran ou des préceptes du Prophète de l’Islam ? Ce recours systématique à la religion est-il vraiment innocent, de bonne foi, quand on sait le degré de religiosité du peuple algérien ?

Ces questions imposaient la nécessité de savoir qui est donc, réellement, M. X*.

Investigation.

En inscrivant ses nom et prénom sur un moteur de recherche d’internet, on trouve les pages des réseaux sociaux où il intervient, mais, sur Wikipédia, on trouve une biographie, très courte, uniquement en anglais et en arabe. On trouve également un site web de M. X*, visité voici quelques jours. L’on y remarque un article concernant Abdehamid Ben Badis et le slogan « Daoula madaniyâ, machi ‘askariyâ » (État civil et non militaire). Voilà deux thèmes, surtout le second, présents dans l’actuel Mouvement populaire algérien.

Poursuivant la recherche, le hasard fait découvrir que M. X* avait des relations avec la chaîne de télévision « Al Magharibiya », dont on apprend les rapports étroits avec l’ex FIS (Front Islamique du Salut) algérien, et des États du Moyen-Orient.

Des recherches plus approfondis sur internet, et notamment l’écoute de vidéos de divers intervenants algériens, en particulier de l’un d’entre eux (Rafaa156 JZR) fournissent d’autres informations.

M. X* est membre de « Rachad ». Sur Wikipédia, elle se présente ainsi : « Cette organisation œuvre pour que la société algérienne prenne son destin en main et fonder un régime démocratique incluant toutes les sensibilités idéologiques sans exclusion aucune. » Cette déclaration semble tout-à-fait en phase avec l’objectif démocratique de l’actuel mouvement populaire algérien… On lit, cependant, également, que cette organisation « a été fondé en 2007 par un groupe de hauts cadres algériens vivants à l’étranger et n’acceptant point les pratiques tyranniques et criminelles des quelques généraux putschistes et à leur tête le général sanguinaire Khaled Nezzar. » Mais pourquoi ne sont pas évoqués, du même coup, « les pratiques tyranniques et criminelles » des Islamistes en Algérie, avec « à leur tête » des chefs « sanguinaires » ? Encore une fois, n’est-on pas en présence de la tactique de deux poids, deux mesures ?

Pour trouver une réponse à cette question, il faut poursuivre les recherches. À propos de « Rachad » (2), on fait deux découvertes. La première est que l’un de ses membres est M. Mourad Dhina. Il faisait partie de l’ex-FIS, et, en tant que tel, on trouve une vidéo à ce sujet. Interrogé par un journaliste européen, lui demandant ce qu’il pense de l’assassinat par des terroristes islamistes d’intellectuels et journalistes algériens (environ 130) qui s’opposaient au terrorisme islamiste, M. Dhina répondit tranquillement que ces derniers méritaient leur sort, autrement dit si l’on conteste le terrorisme islamiste uniquement par la plume, ce dernier a le droit de punir ses contestataires par la mort.

Seconde découverte : « Rachad » fait partie de l’organisation internationale islamiste « Mou’tamar al oumma » (Congrès de la Oumma). Cette dernière est soutenue par le président turc Erdogan. Ce fait n’éclaire-t-il pas le motif des louanges, ci-dessus évoquées, de M. X* à l’avantage des « progrès » de la Turquie ?

Allons plus loin. Erdogan fait partie de l’organisation des « Frères Musulmans ». Cette dernière fut créée par le MI6, service secret britannique, lequel fut à l’origine de la création de l’oligarchie saoudienne en Arabie. En outre, le président Erdogan, dont le pays a une ambassade de l’État israélien, s’est rendu plus d’une fois en Israël où il a rencontré ses dirigeants, sans se soucier nullement de la tragédie coloniale des musulmans palestiniens. Pourtant, Erdogan se proclame musulman. Est-ce cohérent ?… Ajoutons que la Turquie fait partie du pacte militaire impérialiste dénommé OTAN. Et encore : le président Erdogan a également fourni le soutien logistique aux diverses organisations terroristes qui sont intervenu en Libye, au Irak et en Syrie, avec les résultats connus : la destruction de ces États-nations… Comment, dès lors, expliquer les proclamations de l’organisation algérienne « Rachad » pour la « démocratie », et ses relations avec  l’organisation internationaliste islamiste « Mou’tamar al oumma », le président Erdogan et les terroristes islamistes ?… Parce que ces derniers se déclarent des « libérateurs » combattant contre la  dictature de Bachar Al Assad, pour installer la chariâ ?… Mais, alors, cette chariâ  n’est-elle pas une forme cléricale de dictature, d’une part, et, d’autre part, comment expliquer les massacres de civils, quelque soit l’âge et le sexe ? Comment expliquer l’intervention de forces étrangères (françaises, anglaises et états-uniennes) en soutien des organisations islamistes combattant en Syrie et en Libye ?

En poursuivant les recherches sur internet, on trouve une vidéo. M. X* y justifie l’intervention des armées néo-colonialistes étrangères, et même celle du sioniste colonialiste Bernard Henry-Levi contre le peuple libyen, avec le prétexte de mettre fin à la dictature et d’apporter la démocratie. En outre, suite à l’agression des armées franco-anglaises contre la Libye, M. X* et d’autres de ses amis débarquèrent dans le pays, alors qu’avait été instaurée la « no fly zone » ? Qui donc les a autorisés à atterrir et pour quel motif ? (3) Enfin, l’on constate le résultat : la destruction de la nation libyenne et sa balkanisation au profit d’organisations terroristes se revendiquant de l’Islam, et de multinationales pompant le pétrole. Et cela en attendant le tour de… l’Algérie, la nation d’origine de M. X*.

Quant à l’ami de M. X*, dans l’organisation islamique « Rachad », M. Mourad Dhina (4), celui-ci,  actuellement, dénonce le haut commandement de l’armée algérienne, en précisant que lui, M. Dhina, respecte l’armée en tant que telle. Ainsi, il partage l’opinion du Mouvement populaire proclamant « Djaïch, chaâb, khawâ khawâ » (Armée, peuple, frères). Mais, quelques années auparavant, le même M. Dhina déclara que l’armée algérienne, en tant que telle, considérée dans son ensemble, ne vaut rien, et, pour le démontrer, il la compara à une armée très performante, en donnant un seul exemple, l’armée… d’Israël, l’État colonialiste, affirmant que c’est pour « sa défense ». N’y a-t-il donc pas d’autres armées comme exemples ? Et « défense » d’Israël contre qui ?… Évidemment contre les méchants Palestiniens, car Israël est allié désormais avec les pays prétendument musulmans que sont l’Arabie saoudite, Qatar, les Émirats et la Turquie. Dès lors, peut-on croire à l’affirmation de « Rachad », sur son site, déclarant son auto-financement et son autonomie logistique ?… Ajoutons que le peuple palestinien non seulement combat le colonialisme israélien pour obtenir son droit à une patrie (comme, auparavant, les Algériens, les Vietnamiens et autres peuples), mais ce peuple palestinien est en majorité de religion musulmane. Et M. Dhina proclame fièrement sa foi « musulmane ». Comment, alors, expliquer que celle-ci ne se préoccupe pas des musulmans palestiniens, soumis aux atrocités coloniales israéliennes, mais, au contraire, vante l’armée d’Israël pour sa « défense » ?… Dès lors, serait-ce une diffamation de répondre que l’« Islam » de M. Dhina coïncide avec les intérêts du colonialisme israélien ?… Par conséquent, de quel Islam s’agit-il ? Et quand un tel homme proclame actuellement son « soutien » à l’intifadha populaire algérienne actuelle pour ses droits démocratiques, que faut-il en penser ?

Dernièrement, l’organisation « Rachad », par la voix d’un nouveau et plutôt jeune représentant, habillé à l’occidentale, déclare ne plus se référer à l’idéologie islamiste, mais à la… démocratie. On le comprend : qu’un membre de cette organisation aille dire aux marcheurs hebdomadaires « Dawlâ islâmiyâ, dimocratiyâ kofr » (Etat islamique, démocratie [est un]blasphème ! ), et il constatera la réaction du peuple. C’est que la revendication « démocratique » va dans le sens de l’exigence actuelle du peuple… Mais comment concilier cette proclamation en faveur de la démocratie de la part du représentant de « Rajah », tout en faisant partie du « Mou’tamar al oumma », lequel rejette ouvertement la démocratie ? (5)

« Oumma » et nations.

Continuons les investigations. La revendication d’une « oumma » islamique (quelle soit sous forme ottomane ou wahhabite) signifie l’élimination des nations indépendantes. Or cette élimination correspond exactement au plan impérialiste U.S. – et sioniste colonialiste (6) -, formulé dans la doctrine Rumsfeld/Cebrowski… Ainsi, l’oligarchie impérialiste U.S., l’organisation internationale islamiste « Mou’tamar al oumma », donc l’organisation algérienne « Rachad », et les oligarchies islamistes qui visent à dominer (Turque ou wahhabite) ont comme but commun la destruction des États-nations à dominante musulmane, tout au moins ceux allant du Proche-Orient au Maroc. En passant, notons le slogan de la chaîne TV « Al Magharibia » : « « Magharebia sans frontières ». Cela semble, à première vue, un généreux slogan internationaliste. Mais, connaissant la conviction islamiste de cette télévision, de quel type d’ « internationalisme » sinon de « oumma » islamique ?… Donc, plus de nation algérienne, en dépit des combattants morts pour son existence. Dès lors, comment comprendre les proclamations de M. X*, dans ses vidéos, pour la démocratie, ainsi que sa défense de la nation algérienne, et ses dénonciations des accointances des dirigeants actuels algériens avec des puissances étrangères ?

Quelles sont les nations qui ont déjà été détruites ?… L’Irak et la Libye. Quelle nation a subi une invasion (colonialiste israélienne) pour la détruire ?… Le Liban. Après lui, quelle nation a résisté à  une tentative de destruction ?… La Syrie… Quel est le point commun entre ces nations ?… De faire partie du front du refus de reconnaissance de l’État colonialiste d’Israël, et de défense des droits légitimes du peuple palestinien… Quelle est l’autre nation qui fait partie du même front ?… L’Algérie, et cela quoiqu’on dise sur les autres aspects de ses dirigeants. Ainsi deviennent claires toutes les tentatives de sa déstabilisation : infiltrations de terroristes masqués en immigrés clandestins, accusation contre l’encadrement de l’ANP en tant que tel et tout entier, sans distinguer entre dirigeants réellement patriotes et ceux qui agissent uniquement pour leurs intérêts de caste, et tentatives d’infiltration et de manipulation de l’actuel Mouvement populaire, par l’intermédiaire de harkis autochtones. Qui sont-ils principalement ?

Concernant la destruction des nations à majorité musulmane du Proche-Orient jusqu’au Maroc, et d’abord celles qui soutiennent la lutte de libération du peuple palestinien, pour les impérialistes U.S., l’intérêt est de mettre la main sur les ressources naturelles et d’installer des bases militaires dans ces pays du sud de la Méditerranée, flanc sud de l’Europe. Tandis que pour les « oummistes » islamistes (d’idéologie ottomane ou wahhabite), le but est de prendre le pouvoir dans une région à constituer en « oumma » (communauté) islamique, donc dictatoriale. Ainsi, le schéma d’alliance entre l’oligarchie U.S. et ses valets d’Arabie saoudite et du Golfe (si pas turcs) s’élargirait à une alliance entre la même oligarchie U.S. et une nouvelle oligarchie vassale désirant gérer cette région à dominante musulmane. Voilà comment une conception de l’Islam, politiquement dévoyée, sert les intérêts d’oligarchies (étrangères alliées aux autochtones) au détriment des peuples musulmans. Les massacres actuels dont ils sont victimes (de la part des terroristes autochtones comme par les bombes des avions occidentaux) ne sont-ils pas une preuve évidente ? Cependant, ces crimes sont  travestis en conflits entre sunnites et chiites, de la part des oligarchies turques et moyen-orientales, et, de la part de l’oligarchie états-unienne, anglaise et française, en conflit de la « civilisation », de la   « démocratie » et des « droits de l’homme » contre le « terrorisme ».

Est-ce que M. X* a informé ses auditeurs concernant ses relations avec les organisations ci-dessus indiquées ? Comment concilie-t-il leurs orientations idéologiques avec ses appels personnels à la libération du peuple algérien, à la démocratie et à la sauvegarde de la nation algérienne ?

Enfin, dans ses deux dernières vidéos, M. X* déclare que le temps est arrivé pour le Mouvement populaire algérien de se doter de représentants. Ce mouvement populaire gagnerait-il a élire comme représentant un tel homme, ou l’un de ses amis, sachant à présent ses affiliations occultées ?

Reconnaître les faux amis.

Quand M. X* se proclame partisan et défenseur de la vérité, ne doit-il pas dire toute la vérité et rien d’autre que la vérité ? Et quand il se présente comme défenseur d’un peuple, en l’occurrence le peuple algérien, ne doit-il pas lui donner toutes les informations indispensables sur son itinéraire politique, afin que ce peuple sache totalement à qui il a affaire ?

Écartons un malentendu. M. X* a le droit, en tant que citoyen, de dire tout ce qu’il veut. Mais, ce droit n’exige-t-il pas le devoir d’informer sur son parcours politique réel et complet ? Adolf Hitler est l’un des plus horribles criminels, mais on doit lui reconnaître d’avoir clairement et publiquement déclaré ses buts dans son ouvrage « Mein Kampf ». M. X*, qui se  proclame partisan de la vérité, soucieux de la conscience du peuple, démocrate et défenseur du peuple, ne doit-il pas révéler ouvertement ses affiliations et ses buts réels ?… Qui donc est plus dangereux pour le Mouvement populaire, un Ali Belhadj ou M. X* ?

Combien d’auditeurs des vidéos de M. X* reconnaissent dans le portrait esquissé ici M. Mohamed Larbi Zitout ?… Ne comprend-on pas, alors, combien est très sérieuse la difficulté pour le Mouvement populaire de distinguer qui sont réellement les personnes qui déclarent le défendre, le soutenir et lui fournir des indications d’actions ? Et, cela, afin que le Mouvement populaire ne soit pas manipulé à son insu, et accoucher d’une nouvelle oligarchie, laquelle, malgré les apparences, peut être pire que l’actuelle ?… Car, alors, c’est l’existence même de la nation algérienne qui serait en péril, et c’est l’apparition d’une dictature pire qui risquerait de s’instaurer, parce que cléricale, donc par essence totalitaire, mais du totalitarisme le plus abject, car se légitimant par une volonté divine, selon la formule « bî idnî  Allah » (Par la volonté de Dieu). Cette formule est très respectable dans la bouche d’un authentique croyant ; mais, désormais, le peuple algérien sait combien cette formule, prononcée par des opportunistes visant à la conquête du pouvoir étatique dictatorial (car pour eux la démocratie est « kofr », blasphème), lui a coûté de sang et de larmes. Le peuple algérien sait qu’un parti politique ou des intervenants dans les réseaux sociaux peuvent user des règles démocratiques pour éliminer la démocratie ainsi qu’une nation pour établir un empire oligarchique.

En passant, signalons un fait. Lors de la prière collective du vendredi 23 novembre, dans une mosquée d’un quartier populaire d’Oran, un assistant raconta à l’auteur de ces lignes que le thème exposé pendant toute l’heure était celui-ci : le libéralisme est contraire à l’Islam… Que vient faire le libéralisme dans un prêche religieux ? En outre, qui dit « libéralisme » n’entend-il pas « démocratie » ?… La question fut posée à celui qui était présent au prêche : « Est-ce que l’imam a employé le mot « démocratie » ? » – « Non. » Que faut-il en conclure ? Et ce discours de l’imam, qui en est l’instigateur : lui-même, la hiérarchie étatique ou une hiérarchie occulte ? Enfin, les fidèles qui écoutèrent cette négation du « libéralisme » au nom de l’Islam, combien d’entre eux participèrent ensuite à la marche hebdomadaire ? Et, parmi eux, combien ont crié en faveur de la démocratie ?

Comment le Mouvement populaire parviendrait-il à distinguer entre ses amis réels et ses faux amis s’il se cantonne dans ses marches hebdomadaires, sans se structurer, de manière autonome, en comités (ou assemblées) locaux, partout sur le territoire ? N’est-ce pas uniquement ainsi que collectivement, démocratiquement et avec le maximum de précautions, les citoyens pourront examiner, débattre, éclaircir puis élire leurs mandataires pour concrétiser les objectifs légitimes du Mouvement populaire ? Durant les marches hebdomadaires, on assiste souvent à des discussions spontanées pour éclaircir les idées et les actions. Bien que nécessaires et bienvenues, ne doivent-elles pas, en dehors des marches, se compléter par des discussions spécialement organisées à cet effet ?

D’autres aspects de la manipulation du Mouvement populaire seront prochainement exposés.

Kaddour Naïmi

[email protected]


(1) Voir « Révolte et révolution : assimiler toute l’histoire passée » in http://kadour-naimi.over-blog.com/2019/11/revolte-et-revolution-assimiler-toute-l-histoire-passee.html

(2) Voir https://www.youtube.com/watch?v=Q3k23lqHnu8

(3) Voir https://www.youtube.com/watch?v=uzG9h-HXt4U

(4) Voir https://www.youtube.com/watch?v=6VazMqyzANw

(5) Voir https://www.youtube.com/watch?v=uzG9h-HXt4U

(6) La précision est nécessaire, car il existe des sionistes non colonialistes, reconnaissant les droits légitimes du peuple palestinien.


NDLR : Les textes publiés engagent la seule responsabilité de leurs auteurs; ils contribuent  librement à la réflexion, sans représenter automatiquement l’orientation de La Tribune Diplomatique Internationale.


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