Algérie / Louisa Aït Hamadouche:« L’option de la Présidence collégiale est un bon compromis temporaire »

L’option de la Présidence collégiale ou instance présidentielle fait consensus aussi bien chez la classe politique que la population. Etes-vous favorable à une telle option ?

Louisa Dris-Aït Hamadouche, politologue. Oui, Je pense que c’est un bon compromis temporaire puisqu’il n’est pas question de mettre en place une instance qui s’installe dans le temps. C’est une instance présidentielle qui aura une mission bien définie et durant une période définie. Elle a l’avantage de maintenir la représentativité de l’État, et, comme c’est collège au lieu d’une seule personne, ça a aussi l’avantage d’élargir le potentiel de consensus.

Cela signifie qu’on pourra avoir des personnes de différents profils, de différents parcours et on a plus de chances de cette façon de créer plus grand consensus autour d’elles. C’est une technique qui, bien sûr, n’est pas basée sur la représentativité électorale puisque les membres ne seront pas élus mais elle permet de gérer une période relativement courte.

Mais pour qu’on puisse parler de cette option il faudrait que les détenteurs politiques actuellement arrivent à l’approuver. Pour le moment on n’en est pas là. La démarche actuellement est l’élection présidentielle. On ne pourra recourir à l’option d’instance présidentielle que si on sort de la logique constitutionnelle. À ce moment-là, il est certain qu’on ira vers cette direction.

Quelle est la période de transition idéale selon vous ?

La période c’est celle qui permet objectivement et techniquement de réunir les conditions nécessaires à une élection transparente. Ce qu’il faut faire pendant cette période c’est d’assainir le fichier électoral, mettre en place une instance pour organiser les élections, amender les lois sur les libertés collectives et individuelles, assainir et mettre de l’ordre dans l’administration locale (walis, chefs de daïras…). Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra envisager l’organisation d’une élection qui soit non seulement légale mais aussi légitime.

Cette période de transition devra-t-elle être courte ou relativement longue ?

Il faut un minimum de temps pour que la population se réapproprie l’action et la participation politiques. On ne peut pas sortir facilement de vingt ans d’ostracisme et de ‘’délibéralisation’’ politiques et passer, du jour au lendemain, à des élections. Ça n’est pas possible.

En fait, c’est le moyen le plus sûr de revenir en arrière ! Il faut se donner le temps, surtout que les institutions ne sont pas en danger et l’économie du pays n’est pas plus en danger maintenant qu’elle ne l’était auparavant.

Par conséquent, il faut donner le temps à la population de se réapproprier le politique. On ne vote plus depuis 20 ans ! Les gens ne font plus confiance aux partis politiques et aux syndicats. Il faut donc un minimum de temps aux partis politiques et à ceux qui veulent créer des partis, des syndicats et des associations, se réapproprier l’espace public.

Youcef Djema


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