Algérie / Distinguer entre adversaire principal et secondaire

    Pour contribuer au débat pour la sauvegarde de l’Algérie et de son peuple contre les périls qui les menacent, voici quelques réflexions de citoyen.

L’action sociale, en particulier politique, est, partout et toujours, un art, une technique, une méthode, notamment à l’heure du danger éminent. Constater que l’Algérie et son peuple sont actuellement dans une telle situation ne signifie pas automatiquement brandir la « main étrangère » pour détourner des problèmes intérieurs de la nation. Ces derniers existent ; quant à la menace extérieure, pour s’en persuader, il suffit de consulter la carte géographique algérienne avec les bases militaires ou d’organisations étrangères qui l’entourent.

Compromis et compromission.

 

Pour qui l’ignore, le compromis consiste à établir une alliance avec un adversaire, nécessitée par les circonstances, afin d’affronter en front commun l’agression ou la menace d’agression d’un ennemi dangereux.

Dans le cas algérien actuel, il s’agirait d’établir un compromis entre la partie qui veut un système social réellement démocratique en Algérie, et la partie qui veut perpétuer le système anti-démocratique, existant depuis l’indépendance, aggravé durant le règne de la mafia du Président déchu. Cette alliance serait destinée à établir un front commun contre un adversaire étranger qui, profitant de problèmes internes, se proposerait d’agresser militairement l’Algérie, quelque soit le prétexte. Désormais, on sait qu’il consiste à promettre d’« établir la démocratie », les « droits de l’homme », les « droits de la femme », etc., prétextes éculés, toujours employés par les agresseurs étrangers.

Ce genre de compromis se base sur un principe : les problèmes algériens doivent être résolus uniquement par des Algériens, sans aucune intervention étrangère, encore moins une agression militaire.

La compromission, elle, établit également une alliance, mais celle-ci est entre une partie nationale et une autre étrangère, en sachant que cette dernière est celle qui tirera le maximum de profit de ce genre d’alliance. Elle disposera des ressources naturelles et du territoire de la nation « aidée ». Les exemples sont multiples, de l’Arabie des Saoud au Vietnam de Diem, de la Yougoslavie à la Libye.

En Algérie, pas besoin d’être bardé de diplômes universitaires d’ « expert » pour savoir comment s’accomplirait ce genre de compromission. Dans une vidéo, Larbi Zitout, représentant de Rachad, a clairement justifié l’intervention des armées néo-coloniales franco-anglaises contre la Libye ; on constate qui en profite. Le représentant du MAK, Ferhat Mehenni, a déclaré ses sympathies pour le régime colonial israélien ; on sait comment ce dernier écrase le peuple palestinien et soutient les dictatures moyen-orientales ainsi que marocaine, sans oublier celles latino-américaines (1). Enfin, des organisations, censées être combattues comme « terrorisme international » par les oligarchies néo-coloniales turques, moyen-orientales et de l’Otan, sont financées et soutenues par ces mêmes oligarchies.

Le leader du MAK, Ferhat Mehenni, interviewé au siège de l’UE. D. R

Les harkis néo-coloniaux.

 

Par conséquent, où sont les garanties concrètes, assurant que l’organisation Rachad et le MAK agissent pour une authentique démocratie en Algérie, au bénéfice exclusif du peuple, et non pas d’oligarchies étrangères néo-coloniales ? Et peut-on s’illusionner que ces dernières laisseraient les gens de Rachad ou du MAK agir uniquement au bénéfice du peuple algérien, en s’opposant aux visées des oligarchies néo-coloniales ?… L’observation empirique et objective des faits répondent clairement à ces deux questions. Une puissance coloniale ou néo-coloniale existe pour réaliser ses objectifs, et, par conséquent, n’a besoin que de harkis, de mercenaires pour les réaliser. Prétendre le contraire ne peut venir que d’un ignorant ou d’un mercenaire.

Dès lors, comment expliquer le comportement d’un Larbi Zitout et d’un Ferhat Mehenni, ainsi que de leurs soutiens ?… Voici une hypothèse d’explication. Ces gens sont aveuglés par leurs ambitions personnelles, aspirant à un pouvoir en Algérie, qui leur permettrait de s’ériger en nouvelle caste, qui dictera ses volontés au peuple algérien, selon la volonté d’intérêts d’oligarchies néo-coloniales. Cette cécité empêchent les gens de Rachad et du  MAK de comprendre, malgré l’existence de faits historiques incontestables, qu’ils sont dans l’absolue incapacité de peser sur la gestion de l’Algérie au cas d’une agression militaire étrangère contre le pays. Ils ne seraient rien d’autre que des marionnettes au service de l’occupant militaire étranger.

Par conséquent, on ne peut avoir, objectivement, aucune illusion sur les adeptes d’une compromission pour les convaincre d’être dans l’erreur, de constituer les dindons de la farce, les harkis des occupants militaires étrangers en Algérie.

Rappelons un fait. Durant la guerre de libération nationale, déjà, les dirigeants colonialistes israéliens voulaient convaincre les dirigeants colonialistes français de réserver une partie du territoire algérien à la population juive d’Algérie. À présent, des dirigeants semblables se voient offerte l’alliance du MAK pour établir une « république kabyle » en Algérie. Ces mêmes colonialistes israéliens ne devraient-ils pas commencer par consentir la création d’une république palestinienne démocratique ?

Autre fait. Le dirigeant de Rachad, Larbi Zitout, déclara son soutien lors de l’intervention des armées néo-coloniales franco-anglaises contre la Libye. Par la suite, l’a-t-on entendu condamner les méfaits de cette agression étrangère, désormais évidents en Libye ? Et l’a-t-on entendu condamner l’intervention turque actuelle dans le même pays?

 

Démocratie mais laquelle ?

 

Le mot « démocratie » est utilisé selon l’objectif de la personne ou de la force sociale qui emploie ce terme.

Sans faire l’histoire de l’usage de la démocratie (2), rappelons sa genèse. Dans la ville d’Athènes où la démocratie apparut pour la première fois sur la planète, ses inventeurs étaient les membres d’une oligarchie aristocratique. Ils constituaient une minorité de privilégiés qui décidaient de la gestion de la cité, à l’exclusion et au détriment des femmes et des esclaves, qui constituaient ensemble la majorité absolue de la population citadine.

La démocratie « libérale » parlementaire est une adaptation de la démocratie aristocratique pour la mettre au service de l’oligarchie capitaliste. La démocratie soit disant « populaire » des pays ex- « socialistes » adapta le terme « démocratie » au bénéfice des castes étatiques exploitant et dominant les peuples, d’où leur lamentable faillite.

Enfin, la « démocratie » promise actuellement par les oligarchies capitalistes néo-coloniales, et leurs soutiens indigènes, aux nations agressées, nous constatons sa caractéristique partout dans le monde, depuis la création de l’État d’Israël et depuis l’agression impérialiste états-unienne contre la Corée, jusqu’à aujourd’hui

 

Démocratie et front commun.

 

Les considérations précédentes permettent, espérons-le, de comprendre le compromis qui s’impose aux démocrates algériens. Entendons par là les authentiques démocrates, c’est-à-dire ceux qui visent à l’établissement d’un système social réellement exercé par et pour le peuple, à travers ses représentants légitimes, choisis de manière vraiment libre et consciente.

Ce compromis consiste d’une part à agir pour l’établissement de cette démocratie authentique, et, d’autre part, à faire front commun avec les dirigeants étatiques qui s’opposent à une agression militaire contre l’Algérie, donc son peuple.

Par conséquent, il faut veiller avec la plus extrême attention à ne pas tomber, par ignorance ou mégarde, dans le jeu des ennemis du peuple algérien : les forces néo-coloniales étrangères et la mouvance indigène qui en est le harki, que cette mouvance soit en dehors ou au sein même des institutions étatiques. Ces adversaires du peuple algérien disposent déjà de leur front commun.

C’est dire, pour les partisans de la démocratie authentique en Algérie, la nécessité vitale de constituer leur propre front commun. L’entreprise est difficile et complexe, mais elle s’impose le plus rapidement possible. Elle doit tenir compte des éléments authentiquement patriotiques qui existent au sein même des institutions étatiques.

À la lumière de ces considérations, une prochaine contribution examinera le dénominateur commun pour la constitution d’un front patriotique anti-néo-colonial.

Kaddour Naïmi

[email protected]

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(1)https://reseauinternational.net/lhistoire-oubliee-de-lalliance-entre-israel-et-les-dictatures-latino-americaines/

(2) Voir « 4. Démocratie ou la lutte des citoyens pour le contrôle de l’État » in « La guerre, pourquoi ? La paix, comment ?… », librement disponible in http://www.kadour-naimi.com/f_sociologie_ecrits_guerre_paix.html


 

 

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