Algérie / Président Tebboune: le changement radical passe par un changement des institutions

ALGER – Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a affirmé jeudi soir que le changement radical passait  par un changement débouchant sur des institutions, « indiscutablement reconnues et admises », comme revendiqué par le Hirak béni.

« Nous avons mené la bataille du changement des textes et des institutions, comme la revendiqué le Hirak béni et authentique du 22 février 2019 », a indiqué le Président Tebboune dans un discours à la Nation, ajoutant que le changement radical « ne peut être concrétisé qu’à travers des nouvelles lois et institutions ».

« Lorsque les comportements et les mentalités changent, nous parviendrons à des institutions, indiscutablement reconnues et admises, et c’est là l’un des objectifs du Hirak beni », a-t-il souligné.

Rappelant le dernier amendement constitutionnel, le Président de la République a déclaré « nous avons commencé par l’amendement de la Constitution dans laquelle nous avons inclus toutes les revendications du Hirak », ajoutant que la nouvelle Constitution « consacre la liberté absolue, tant individuellement que collectivement ».


 

Par 

Le Président Abdelmadjid Tebboune a dissous ce jeudi 18 février l’Assemblée populaire nationale algérienne et a annoncé, lors d’une adresse à la nation, des élections législatives anticipées. Il a également promis un prochain remaniement ministériel.

Dans un discours à la nation retransmis par la chaîne de télévision algérienne TV1, le Président Abdelmadjid Tebboune a annoncé ce jeudi 18 février la dissolution de l’Assemblée populaire nationale (APN), chambre basse du parlement du pays. Le dirigeant y a également fait part de son intention d’organiser des élections législatives anticipées.

«J’ai décidé de dissoudre l’Assemblée et de convoquer des élections pour construire une nouvelle institution», a-t-il déclaré à l’antenne de TV1, en soulignant sa volonté de débarrasser le parlement de «toute sorte de finance», qu’elle soit liée à la corruption ou non.

D’après le Président, le chemin vers le parlement sera ouvert à la jeunesse qui doit être présente sur la scène politique et «prendre d’assaut» les institutions.

Qui plus est, selon le chef de l’État, le cabinet ministériel en fonction fera bientôt l’objet de remaniements.

«J’ai décidé qu’au cours des 48 heures il y aura un remaniement, il sera annoncé demain ou après-demain», fait-il savoir.

Plusieurs dizaines de détenus du Hirak graciés

Alors que le pays célèbre l’anniversaire du Hirak, série de manifestations sporadiques, provoquées par le dépôt de la candidature à la présidentielle de 2019 d’Abdelaziz Bouteflika, prétendant à l’époque à un cinquième mandat présidentiel, Tebboune a pris la décision de gracier plusieurs dizaines de ces manifestants détenus.


«Censure» de médias algériens: le dossier «sera traité en profondeur par un exécutif légitime», aurait déclaré Tebboune

        Par
 

«Concernant le champ médiatique, le Président m’a confirmé qu’il s’agissait d’un dossier extrêmement important et qu’il sera traité en profondeur par un exécutif légitime qui sera installé après les élections» législatives, affirme le chef du parti d’opposition Jil Jadid dans un entretien à TSA sur la censure de sites d’information dans le pays.

Alors que le bruit court sur un imminent remaniement ministériel en Algérie, le Président Abdelmadjid Tebboune a-t-il désavoué le travail de son ministre de la Communication, Ammar Belhimer, sur fond de polémique concernant «le blocage et la censure» de médias électroniques dans le pays?

C’est en tout cas ce que laisse entendre dans un entretien à Tout sur l’Algérie (TSA), Sofiane Djilali, président du parti d’opposition Jil Jadid (Nouvelle génération) qui a rencontré dimanche 14 le chef de l’État lors d’un tête-à-tête dans le cadre des concertations avec les formations politiques sur la nouvelle loi électorale.

«Un remaniement partiel assez rapidement»

Après une hospitalisation de plusieurs mois en Allemagne en raison du Covid-19, le chef de l’État algérien est rentré le 12 février en Algérie.

«Il [le Président, ndlr] m’a paru en forme», affirme M.Djilali qui souligne qu’Abdelmadjid Tebboune «reprend activement sa fonction […]. Il m’a lui-même confirmé que son dossier santé était maintenant clos et sans suite».

Durant l’absence du Président, plusieurs voix se sont levées dans le pays pour dénoncer la manière avec laquelle certains ministres géraient leur secteur.

À ce titre, Sofiane Djilali annonce que «concernant le gouvernement, il a clairement dit qu’il envisageait un remaniement partiel assez rapidement». Le Président «a jugé que certains départements ministériels ne donnaient pas grand-chose et qu’il fallait remédier à ces faiblesses».

Quid du secteur de la communication?

La nouvelle Constitution promue par le Président algérien qui, selon lui, est la pierre angulaire sur laquelle va se construire la nouvelle Algérie depuis son adoption par référendum en décembre 2020 stipule clairement qu’aucun site d’information «ne peut être suspendu sans une décision de justice». Or, plusieurs médias sont censurés dans le pays, à l’instar de TSA qui est bloqué depuis le 12 juin 2019, soit six mois avant l’élection de M.Tebboune au poste de Président.

«Concernant le champ médiatique», poursuit le chef de Jil Jadid, «le Président m’a confirmé qu’il s’agissait d’un dossier extrêmement important et qu’il sera traité en profondeur par un exécutif légitime qui sera installé après les élections [législatives anticipées, prévues probablement en juin, ndlr]».

Et de déplorer que «pour ma part, je ne comprends pas pourquoi des sites d’information sont bloqués». «Sincèrement, pour le bien de tous, mieux vaut avoir affaire à des sites professionnels qui traitent librement l’information qu’à des réseaux sociaux en furie qui polluent le champ médiatique», soutient-il.

Les justifications du ministre

Dans un entretien accordé au site Express, Ammar Belhimer affirme que, «motivés par une mauvaise foi ou par ignorance, certains incombent à tort» cette situation «au ministère de la Communication et interprètent cela comme de la « censure »».

«À cet effet, nous tenons à préciser que ces « blocages », ou je dirais plutôt interruptions, sont dus à des problèmes techniques, notamment la mauvaise connexion qui n’est nullement du ressort du ministère la Communication», assurait-il.

Or, dans une déclaration à Sputnik, Hamid Guemache, directeur de TSA, estime que les causes avancées par le ministre ne sont pas convaincantes. «Si le problème, comme le dit M.Belhimer, tenait à une question de coupure Internet, dans ce cas-là, même en passant par un VPN, notre site ne serait pas accessible, alors que ce n’est pas le cas […]. Ce que je constate sur le terrain, c’est plutôt une lutte contre les médias électroniques indépendants», déplore-t-il.

Un limogeage arbitraire?

Le site Algérie62 qui dénonce également sa censure, tout comme Inter-Lignes, évoque dans un article le limogeage «injustifié» de la responsable nommée par Abdelmadjid Tebboune au ministère de la Communication pour réorganiser le secteur des médias électroniques.

Une journaliste de 20 ans de carrière «a été brutalement virée sans aucune explication» pendant l’absence du Président qui se trouvait alors en Allemagne. Une responsable qui a convaincu «par sa spontanéité et son engagement».

L’intéressée ayant été nommée par deux décrets présidentiels et limogée sans aucune notification, Algérie62 appelle la Présidence de la République et le ministère de la Communication à faire toute «la lumière» sur cette affaire aux répercussions négatives sur «les institutions de la République».


LIRE AUSSI :

   Belahcel Hakim, membre de l’instance présidentielle du FFS : «Nous avons interpellé Tebboune sur les dangers de maintenir sa feuille de route»

Reporters : Le FFS subit des critiques depuis qu’il a rencontré dimanche le président Tebboune à sa demande ? Pourquoi et comment accueillez-vous ces réactions ?
Hakim Belahcel : Tout d’abord, c’est important de rappeler que le FFS a pris la décision de répondre favorablement à l’invitation du chef de l’État pour lui exposer notre point de vue de la situation globale du pays. Évidemment, nous avions saisi cette opportunité pour interpeller le pouvoir actuel sur les risques majeurs qui guettent notre pays, si jamais le régime s’obstinait à exécuter sa feuille de route politique. Le FFS, qui a toujours défendu le principe du dialogue inclusif, responsable et transparent, n’a rien inventé en termes de mœurs ou de pratiques politiques pour essuyer une telle propagande incendiaire, notamment sur les réseaux sociaux. Ce serait une contradiction flagrante et compromettante que de passer son temps à plaider pour l’instauration d’un vrai dialogue dans le pays et qu’en parallèle, on refuse systématiquement l’idée même de pouvoir asséner nos vérités et nos idées, face aux décideurs sans intermédiaire et d’une manière publique et transparente. De toutes les manières, ceux qui ont déjà accusé notre président feu Hocine Ait Ahmed, et de son vivant, de compromission avec le régime totalitaire ne voudront certainement pas épargner la direction actuelle du FFS.

Mais quelle est l’opportunité politique sur laquelle s’est appuyé le parti pour répondre favorablement à l’invitation de Tebboune ?
Cette opportunité est puisée d’une revendication historique et chère au FFS, à savoir la recherche permanente et sans concession d’une issue pacifique et définitive à la crise multiforme qui ronge notre patrie depuis l’indépendance à nos jours. Pourtant, notre communiqué qui a été rendu public à l’issue de cette rencontre ne souffre d’aucune ambiguïté ! La délégation du FFS a signifié au chef de l’État que le maintien de cette impasse politique entraînerait l’effondrement de l’État.
Nous avons longuement insisté aussi sur l’urgence de prendre des mesures fortes et courageuses afin de ramener la sérénité et un climat favorable afin de parvenir à un compromis historique et global.

Comme la libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion, l’ouverture des champs politique et médiatique, la levée de toutes les entraves faites à l’exercice politique, syndical et associatif et l’annulation de toutes les lois scélérates et impopulaires destinées à brader les richesses du pays. Puis, nous avons alerté notre interlocuteur sur les dangers de maintenir l’agenda politique et électoral décidé en haut lieu, car il subirait un autre échec aux conséquences dramatiques pour le pays.

Peut–on établir un lien entre votre audience avec Tebboune et l’offre politique du FFS portant sur la «convention nationale» ?
Le FFS est profondément jaloux de son autonomie de décision et d’action. Nous n’avons aucune leçon de patriotisme ou de cohérence politique à recevoir de quiconque, puisque à travers toute l’histoire du parti, et même du vivant de feu Hocine Ait Ahmed, on nous a tantôt traités d’alliés du pouvoir, puis d’associés des extrémistes islamistes et ensuite de boycotteurs chroniques, otages du ghetto kabyle… En réalité, et l’avenir proche le confirmera, nous avons à l’occasion de cette rencontre réaffirmé l’urgence de l’amorce d’une alternative démocratique à l’ordre établi.
La convention nationale que nous sommes en train de préparer activement au sein du FFS a l’espoir et l’envergure de jeter les bases consensuelles et convergentes d’une issue salutaire et effective telle que revendiquée par l’ensemble du peuple algérien.


                       Les défis de Tebboune face à des partis déficients et une société civile atomisée

 

Contribution du Dr Abderrahmane Mebtoul – Le président de la République est de retour et d’importants dossiers brûlants tant politiques, sociaux qu’économiques l’attendent, la situation actuelle étant préoccupante, de l’avis de la majorité des experts nationaux et internationaux.

Pour dépasser l’entropie actuelle, au regard de l’existence d’un lien dialectique entre le politique et l’économique, de nouvelles forces politiques, sociales et économiques réformatrices s’imposent car tout projet de société étant porté forcément par ces forces, les réformes étant fonction des rapports de force au niveau de la société et non au sein de laboratoires de bureaucrates. Les responsables algériens s’adapteront-ils à ce nouveau monde dynamique en perpétuel mouvement, n’existant pas de modèle statique, ou vivront-ils toujours sur des schémas dépassés des années 1970-2000 conduisant le pays à l’impasse ?

Pour réussir les réformes, l’Algérie, acteur stratégique de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, a besoin de nouvelles intermédiations politiques, sociales, culturelles et économiques, loin des aléas de la rente, afin d’éviter un affrontement direct forces de sécurité-citoyens en cas de malaise social. L’Algérie a besoin d’un système partisan et d’une société civile, connectés à la société. Les partis politiques traditionnels et la société civile appendice du pouvoir, vivant par la rente, sont souvent incapables de servir d’intermédiation politique et sociale car non crédibles aux yeux de la population où, en cas de malaise, les forces de sécurité se retrouvent seules en face des citoyens.

En raison des crises internes qui les secouent périodiquement, du discrédit qui frappe la majorité d’entre elles, de la défiance nourrie à leur égard et à l’endroit du militantisme partisan, les formations politiques actuelles ont une faible capacité aujourd’hui de faire un travail de mobilisation et d’encadrement efficient, de contribuer significativement à la socialisation politique et donc d’apporter une contribution efficace à l’œuvre de redressement national.

Quant à la société civile, force est de constater qu’elle est éclatée, y compris certaines confréries religieuses qui, avec la désintégration sociale et une jeunesse parabolée, ont de moins en moins d’impact contrairement à une vision du passé. Comme pour les partis, la majorité ne se manifeste que sur instrumentalisation, vivant du transfert de la rente et non sur la base des cotisations de leurs adhérents. C’est que la confusion qui prévaut actuellement dans le mouvement associatif national rend malaisée l’élaboration d’une stratégie visant à sa prise en charge et à sa mobilisation. Sa diversité, les courants politico-idéologiques qui la traversent et sa relation complexe à la société et à l’Etat ajoutent à cette confusion.

Constituée dans la foulée des luttes politiques qui ont dominé les premières années de l’ouverture démocratique, elle reflétera les grandes fractures survenues dans le système politique national. Ainsi la verra-t-on rapidement se scinder en quatre sociétés civiles fondamentalement différentes, trois au niveau de la sphère réelle et une dominante dans la sphère informelle. Le plus gros segment, interlocuteur privilégié et souvent l’unique des pouvoirs publics sont des sociétés civiles appendice du pouvoir se trouvant à la périphérie des partis du pouvoir où les responsables sont parfois députés, sénateurs, vivant en grande partie du transfert de la rente.

Nous avons une société civile ancrée franchement dans la mouvance islamiste, certains segments étant l’appendice de partis islamiques légaux. Nous avons une société civile se réclamant de la mouvance démocratique, faiblement structurée, en dépit du nombre relativement important des associations qui la composent, et minée par des contradictions en rapport, entre autres, avec la question du leadership.

Et, enfin, nous avons une société civile informelle, inorganisée, qui s’est retrouvée au niveau du Hirak, atomisée, qui est de loin la plus active et la plus importante, formant un maillage dense, tous les acteurs voulant un changement, mais du fait de tendances idéologiques contradictoires incapables de s’entendre sur un programme de gouvernement cohérent.

L’intégration intelligente de la sphère informelle, non par des mesures bureaucratiques autoritaires, mais par l’implication de la société elle-même, est indispensable pour sa dynamisation. Car lorsqu’un Etat veut imposer ses propres règles déconnectées des pratiques sociales, la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner.

Il faut un regard critique et juste sur la situation politique, sociale, économique et culturelle, sur ce qui a déjà été accompli de 1963 à 2020, et de ce qu’il s’agit d’accomplir entre 2021/2030 au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’une même ambition et d’une même espérance, la sécurité nationale et le développement économique et social du pays.

Nous devons méditer les idées de John Maynard Keynes pour qui «il vaut mieux que l’homme exerce son despotisme sur son compte en banque personnel que sur celui de ses concitoyens», de Voltaire : «Monsieur je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai de toutes mes forces afin que vous puissiez toujours le dire», du grand philosophe Aristote : «Le doute est le commencement de la sagesse» et de ce proverbe amazonien : «Quand on rêve seul, ce n’est qu’un rêve mais quand on rêve tous ensemble, c’est déjà le commencement de la réalité.»


 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.