Algérie / Start-up, bon concept mal appliqué ?

       par Amar Tou

La question dissimule une situation fort complexe du «secteur» des Petites et Moyennes Entreprises-PME en Algérie. Nous essaierons d’y répondre dans notre présente contribution. Nous traiterons de la problématique algérienne du secteur des PME, de l’expérience américaine des «Start-up», de l’expérience européenne dont, principalement, celle de la France, de celles de la Corée du Sud et de la Malaisie. Nous nous intéresserons, ensuite, à l’internationalisation des PME dans ces expériences avant de conclure par la proposition d’un ensemble d’éléments prétendant constituer des approches de solutions à la problématique »PME-Start-up» algérienne.

1- La problématique «PME-Start-up» algérienne

La terminologie »Start-up» ne constitue pas un statut juridique distinct d’une PME; moyenne, petite, très petite ou (micro-entreprise), petits projets ou (small business). C’est aussi un vocable qui peut couvrir toutes ces appellations, à la différence qu’il incarne une dynamique de mouvement ; spécifiquement à la naissance de l’entreprise «start-up», aux circonstances de sa création, de son lancement, de son démarrage, de son immersion dans les affaires. La traduction »arabe» semble la plus proche de l’appellation anglaise ou d’anglais américain «start-up», mais sans la dynamique que semble incarner l’appellation «start-up».

Les «start-up» que d’aucuns présentent comme une panacée à tout régler voire comme une trouvaille de gouvernants de pays en développement, s’adaptant le mieux aux économies en développement, occultant la prolifération antiéconomique de Très Petites Entreprises (TPE) sous le slogan de «Petites et Moyennes Entreprises (PME)», autrefois à la mode, abandonné au profit de l’appellation «start-up’ chez beaucoup de nations émergentes et/ou en développement, par mimétisme ou par conviction. Le slogan (le vocable) fut inventé par les Américains en 1959 et fut mieux mis en œuvre par eux durant les années 1980. Il est organiquement attaché aux multiples «incubateurs» créés pour le montage des «start-up».

En Algérie le vocable a été, pour la première fois, au centre du discours politique dans «la déclaration de politique sectorielle« relative aux réformes du secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) pour, notamment, son ouverture à la concurrence, lancée tout au début des années 2000 ; notamment par la promulgation de la loi n°2000-03 du 05 août 2000.

Dans ce cadre, il était prévu la réalisation du premier parc «Technologies de l’Information et de la Communication-TIC»(1) dont la réalisation du premier »incubateur» pour aider les jeunes promoteurs à créer les premières «start-up» algériennes.

Après le lancement de ses travaux de réalisation en 2003-2004, il ne sera finalement réalisé, incomplet, qu’avec une quinzaine d’années de retard, après plusieurs tentatives de sa remise en cause. La tentative de sa démultiplication à l’Est et à l’Ouest du pays n’a pas encore produit les effets escomptés.

Parallèlement continue la création d’entreprises du type TPE à raison d’une moyenne annuelle de 70 000 à 100 000 PME de type TPE, dans le cadre des attributions de l’Agence Nationale d’Aide à l’Emploi des Jeunes (ANSEJ) créée à cet effet en 1996 dans le cadre de la mise en œuvre du Programme d’Ajustement Structurel (PAS), comme condition du rééchelonnement de la dette extérieure de l’Algérie; le Mémorandum y afférent ayant été endossé par notre pays en 1995 (*), ou dans le cadre de l’Agence Nationale de Gestion des Microcrédits (ANGEM) créée en 2004, ainsi que dans le cadre de la Caisse Nationale d’Assurance-Chômage »CNAC» créée en 1994, pour aider à traiter le chômage induit par la mise en œuvre du Programme d’Ajustement Structurel (PAS) sus-évoqué.

Les données quantitatives et qualificatives suivantes, arrêtées au 30 juin 2019, permettront de mieux situer les enjeux et d’aider à agir au plus vite (**) :

1.1- Le secteur des PME en Algérie compte à la date du 30 juin 2019 quelque 1 171 945 PME tous types et tous statuts juridiques confondus ;

1.2- Il est constitué à presque 100% (99,98 %) de PME privées (seuls 0,02% sont des PME publiques) ;

1.3- 97,70% des 1.171.945 PME étaient de Très Petites Entreprises ou TPE ;

1.4- 56,78% étaient constitués de «personnes morales» ;

1.5- 43,70% étaient des «personnes physiques» dont 20,80% des professions libérales et 22,90% des activités artisanales ;

1.6- 16,70% activant dans le BTPH, 51,44% dans les services dont les professions libérales et 22,90% dans l’artisanat et 8,71% dans l’industrie.

1.7- Il employait 2 818 736 personnes, dont 57,69% salariés et 41,57% employeurs (patrons); l’objectif social paraissant servi ; quant à la satisfaction de l’objectif économique, elle est, indéfiniment, renvoyée. Mieux édifiant encore est la remise en cause de l’engagement pris en 1999 de faire relayer, à terme, le secteur public par le secteur privé national dans la conduite de l’économie algérienne. Dans le discours officiel rendu à l’occasion de la commémoration du 24 février (2018), le secteur public est rétabli dans son rôle «moteur» dans la conduite de l’économie nationale à long terme (1 Bis).

S’agissait-il d’une reconnaissance d’échec du secteur privé national dans l’accomplissement du rôle qu’on voulait, prématurément, lui confier ?

Les TPE algériennes sont, par conséquent, essentiellement de statut «familial», ne faisant, de ce fait, qu’exceptionnellement appel aux emprunts bancaires pour financer leurs affaires, à quelque 20% seulement du total des financements.

Les entreprises créées dans le cadre (ANSEJ) se contentent, dans la majorité des cas, du premier prêt contracté à leur création. Le rejet du taux d’intérêt sur crédits par conviction religieuse et la crainte de l’incapacité de pouvoir rembourser les crédits à leurs échéances sont avancés pour expliquer ce comportement. Le recours à des avances (non rémunérées) auprès des milieux familiaux ou auprès d’amis serait fortement exploité (1 Ter).

Par conséquent, ce sont des entreprises, plutôt artisanales, loin de pouvoir créer la richesse, ou de contribuer à l’induction d’une croissance autoentretenue, ou d’ambitionner accéder aux technologies avancées et, encore moins, de les reproduire, ou de s’insérer dans une quelconque sous-traitance d’intégration industrielle, ou de participer à l’absorption du chômage par la création d’emplois économiques ou de pénétrer les marchés extérieurs où la concurrence est très rude.

Dans l’approche de mise en œuvre des «start-up» comme aboutissement d’un long processus de création des PME, des avertissements s’avèrent impératifs :

– D’abord, parce qu’il ne sera plus question de «start-up» de manière décisive jusqu’à sa réhabilitation à l’heure actuelle. Il sera plutôt, dans l’intervalle, beaucoup plus question de PME: dans la loi sur les investissements de 2001, dans ses aménagements en 2007, et foncièrement dans la loi consacrant la promotion de la PME n°17-01 du 10 janvier 2017. Ce qui explique l’abandon du parc «TIC» de «Sidi Abdellah» d’Alger pendant plusieurs années et que sa réalisation très tardive ne l’a été qu’avec beaucoup de recul sur les hautes ambitions du départ qui avaient présidé à la formulation de la déclaration de politique sectorielle sur les réformes des TIC en 2000.

– Ensuite, parce que la non différenciation entre l’entreprise «start-up» et la PME qui semblait caractériser la démarche pratique de mise en œuvre dans l’une et dans l’autre des deux notions d’entreprises, posait l’interrogation sur le pourquoi de l’adoption du vocable américain «start-up».

Cette confusion fondamentale irait jusqu’à considérer, dans les esprits, que la «start-up» était adoptée pour aider des jeunes chômeurs à se procurer un emploi, sachant que (l’ANSEJ) créée dans le cadre du Plan d’Ajustement Structurel (PAS) sous des exigences des Institutions Financières Internationales (IFI) de 1995, voulait convaincre de la bonne foi des réformes par les rééchelonnements de la dette extérieure du pays et que l’Agence Nationale de l’Aide à l’Emploi des Jeunes (ANSEJ) visait à offrir un emploi permanent aux jeunes chômeurs très nombreux et aux exclus du travail pour fermeture d’entreprises publiques dans le cadre de la mise en œuvre du PAS.

Alors que la «start-up», sans perdre de vue l’objectif de l’emploi, visait, prioritairement, les inventeurs américains. C’était, au départ, l’outil, par excellence, de l’invention autour des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) au valeureux parc technologique américain «Silicon Valley», qui a été étendu, ensuite, à tous les domaines où l’invention était recherchée, en s’appuyant ou non sur les TIC.

Les «start-up» s’étendirent, rapidement par la suite, pour atteindre la numérisation à grande échelle et, actuellement, l’Intelligence artificielle (IA) qu’enseignent, également, les universités algériennes de nos jours. Elles s’étendirent aussi à d’autres domaines qui n’en sont que des besoins et des applications multiples dans la sous-traitance intégratrice. Notamment la création innovante progressive de villes intelligentes. Un intérêt qui est extensible à tous les domaines financiers, bancaires, de markéting et à la «cyber security», entre autres.

Enfin, parce que l’idée trop restrictive d’un seul «incubateur» qui était destiné, au début des réformes algériennes des TIC, à créer les effets d’entrainement auto-inducteurs, a plutôt produit sa propre stérilité. Et ce, en dépit des tentatives peu convaincues de reproduire l’incubateur de Sidi Abdellah dans d’autres régions du pays. Ces tentatives connurent, malheureusement, des lendemains pas assez encourageants. Des suggestions sont plutôt allées jusqu’à proposer de transformer ce parc des TIC en centre de recherche s’ajoutant aux autres centres et laboratoires de recherche scientifique universitaire, créés dans le cadre de la loi- programme de la recherche scientifique universitaire promulguée en 1998.

Le cas américain et celui, suiveur, de l’Europe dans la création des «start-up», pour le premier cas et leur reproduction sous divers appellations pour le deuxième cas, méritent d’être succinctement rappelés pour les besoins d’un meilleur ciblage du rôle des «start-up» en Algérie, eu égard aux espoirs qu’affichent, actuellement, avec force les pouvoirs publics algériens.

2 – Le cas américain dans la création des start-up

2.1- L’incubateur et la création des start-up(2)

L’incubateur est défini comme un lieu où sont rendus des services, expertises, équipements et facilitations aux personnes candidats à la création de «start-up» sous encadrement technique et administratif d’experts et spécialistes affirmés.

Les buts des incubateurs pour la création des «start-up» se résument à l’établissement de relations directes avec le marché du travail, à l’application effective dans le travail, au travers de son accomplissement sérieux et enthousiaste, à la maîtrise des modalités d’organisation de la direction des start-up, à l’acquisition des capacités et savoir-faire que requiert le marché du travail, à faire connaître les nouveautés et à l’amélioration des méthodes conduisant à une meilleure compétence dans le travail, à faire connaître les évolutions des nouveautés à briser le mur de la peur et à insuffler l’esprit de l’aventure dans la pénétration du marché du travail.

2.2 – Types d’incubateurs(3)

Un incubateur n’a pas un type indiqué. Des incubateurs de projets peuvent se spécialiser dans l’offre de services divers ; tels les incubateurs de vente de produits alimentaires, ou incubateurs de maintenance des équipements électroniques, ou de maintenance de voitures automobiles ou de services photographiques dans toute leur diversité, etc.

Le concept «incubateur d’affaires» fut inventé et développé, tout particulièrement, aux Etats-Unis d’Amérique au travers de la première expérience au centre d’affaires »Batavia» en 1959. Mais le début réel de la propagation du concept «d’incubateur» s’est produit, précisément, en 1984 quand l’Agence américaine des «petits projets» ou «Small Business Administration»- SBA s’est intéressée au programme de réalisation des incubateurs. L’année 1985 vit la naissance de l’Association américaine des affaires (National Business Incubator Association, NBIA) qui fut créée par des industriels américains en la forme d’une entreprise privée visant à activer dans l’organisation de l’industrie des incubateurs.

En 1999, les Etats-Unis d’Amérique comptaient environ 800 incubateurs créés à un rythme moyen d’un incubateur par semaine à compter de la fin de 1986. Le besoin est très intense aux informations, à leur vérification et à leur utilisation.

A côté de la NBIA (de dimensions nationales) coexistent de nombreux réseaux de dimensions régionales dans différents Etats des USA. Le taux de réussite des nouveaux projets dépasse les 80%.

Les projets réalisés dans ce cadre croissent plus vite de 7 à 22 fois plus vite que les projets créés en dehors de ce cadre.

Une analyse complète livrée tout récemment par la NBIA dit que : 45% des incubateurs d’affaires aux USA sont situés dans les grandes villes ; 19% dans des zones urbaines et 36% dans les zones rurales. Leur superficie tourne autour de 12.000 m2 avec une superficie moyenne de 5000 m2 disponible à la location aux promoteurs de projets. Le nombre de projets par incubateur d’affaires se situe aux environs de 20 projets.

51% des incubateurs d’affaires à but non lucratif destinés seulement à animer les activités de développement économique dans les sociétés de voisinage ont été financés par l’Etat. Les incubateurs d’affaires privés que réalisent et financent des milieux privés ou des investisseurs ou groupes d’entreprises industrielles représentent, quant à eux, 8% des incubateurs d’affaires aux USA. Ce type d’incubateurs d’affaires vise à investir des capitaux et le transfert et développement des technologies spécifiques ; tels les incubateurs créés par l’Agence spatiale ‘La NASA» et destinés aux recherches électroniques et aux techniques de communications avancées.

5% des incubateurs d’affaires sont, par ailleurs, financés par des institutions privées (groupe des Eglises, associations artistiques, chambres de commerce, etc.) ou par des communautés d’origines non américaines, à l’effet de développer des projets ou industries artisanales spécialisées, ou dans le but d’offrir des occasions de travail au profit de catégories sociales déterminées.

27% des incubateurs d’affaires aux USA sont spécialisés en technologies en rapport avec les universités et instituts d’enseignement supérieur pour la réalisation d’objectifs industriels de spécialités déterminées et d’orientation technologique spécialisée, particulièrement, dans les technologies biologiques et en technologies informatiques.

Et, enfin, 16% du total des incubateurs d’affaires aux USA sont classés de type mixte parce qu’ils sont financés conjointement par des organisations non gouvernementales et de milieux privés. (Pour avertissement : les taux de 45%, 19%, 36%, 51%, 8 %, 5%, 27% et 16% cités dans ce sous-titre ne sont pas cumulatifs ; le lecteur l’aura compris de lui-même).

3 – Le cas européen et le cas français

Les Petites et Moyennes Entreprises-PME ne sont pas très connues chez le large public en Europe. Quant aux «Très Petites Entreprises-TPE», elles y sont, globalement, presque méconnues chez le large public. Généralement, elles sont ignorées, totalement coupées de leur environnement.

Pourtant, elles occupent le point central des économies européennes et des pays plus développés tout particulièrement. Le vocable ou terminologie «start-up» n’y est pas consacré en tant que tel dans les pays d’Europe. Chaque pays, en raison de la diversité de leurs langues, lui donne le vocable ou la terminologie qu’offre sa langue nationale.

En France, le vocable «micro-entreprise» est usité au lieu et place de TPE, c’est-à-dire un vocable en dehors de la «charte de Boulogne» relative, notamment, à la classification des PME à laquelle la France a, pourtant, adhéré. La France y intègre, de son propre chef, une catégorie supplémentaire dite «Entreprise Moyenne Intermédiaire – EMI», pour désigner la PME employant entre 250 et 4999 salariés, toujours en dehors de cette Charte.

Egalement, ces PME sont, en France, le complément et l’effet induit d’un développement industriel des plus lourd et des anciens au monde. Alors qu’elles sont en Algérie le fait de déformations «congénitales» ayant donné naissance à des entités déformées, défigurées, handicapées. C’est la contrepartie structurelle inéluctable de la «casse», en 1979, de l’œuvre de construction de la lourde base industrielle acquise durant la décennie 1970 et ses prolongements dans les premières années 1980 sous forme de «Restes à réaliser» sur les plans de développement inscrits et lancés en réalisation durant la décennie (1970).

Pour la France et autres pays développés, les PME constituent une phase qui assure, de façon permanente, l’intégration industrielle et économique. Pour l’Algérie, les PME sont, plutôt, la négation de cette intégration. Chaque PME, pour sa survie, n’y roule que pour soi-même, alors comme ensemble, elles courent tous les risques d’essoufflement et d’extinction collectifs (4) sans système de veille préventive. Seul le gain important, rapide et facile compte ; peu importe le degré de moralité des instruments utilisés pour arriver à cette fin.

L’exemple de l’industrie de dérivés des céréales en est édifiant. Au lieu de transformer le blé, généralement importé et bénéficiant d’un soutien des finances publiques, des PME privées concernées par cette industrie choisissent de vendre, en l’état, ce blé aux éleveurs comme aliment de bétail, à prix libre plus fort, supérieur au prix soutenu, des produits nobles extraits de ce blé destiné à la consommation humaine, en fermant des usines, totalement ou partiellement. Le gain est facile, fort, rapide sans peines industrielles, mais à des coûts exorbitants pour l’Algérie (4) : des usines à l’arrêt totalement ou partiellement, une production industrielle sérieusement affectée et des investissements gaspillés. Les exemples sont nombreux et divers. Pour l’emploi, la PME représente actuellement en France le moteur en matière de création d’emplois. Il est exclu qu’elle commette la bavure d’en créer des emplois qui ne soient pas économiques. Ce type de PME joue en France un rôle important: il représente 57% de la valeur ajoutée ; 65% des postes d’emplois économiques et 82% des postes d’emplois créés(5). Ces PME constituent le socle du tissu économique de la France. Elles constituent, aussi, le garant fondamental de la création d’emplois(6) et le garant de la santé économique du pays(7). Elles constituent pour les pays développés et pour les pays émergents un outil efficace de leur marketing à l’exportation qui, nécessairement, s’appuie de plus en plus sur l’internationalisation des PME dans leur «esprit» de «start-up», foncièrement.

4- L’internationalisation des PME dont les «start-up»

Les économies dans tous les pays, développés et sous-développés, étant liées aux exportations dans le monde (et l’Algérie, à fortiori, en fait partie), le recours à l’internationalisation des Petites et Moyennes Entreprises est devenu stratégique chez les Etats développés. Les Etats en développement s’y voient rudement concurrencés. Eux qui croyaient y jouir d’un quasi-monopole en faveur de leurs Petites et Moyennes Entreprises sur les marchés s’y rapportant. Deux fins opposées : celle de l’enrichissement et celle de l’appauvrissement.

En effet, le nombre des PME activant à l’international dans le monde a explosé. Et les incubateurs (ou pôles d’excellence) sont devenus des centres d’innovation pour la concurrence sur les marchés extérieurs. Au moment où les PME en Algérie sont plutôt importatrices de quelque 90% de leurs inputs et sans vocation exportatrice aucune.

Preuve éloquente en fut relevée à l’occasion de la tenue de l’université d’été du «Forum des Chefs d’Entreprises (FCE), le 18 octobre 2017, à Alger, où aucun des opérateurs présents n’annonça sa disponibilité d’exportation à quantité et échéance précises.

D’autres opérateurs, par contre, reconnurent qu’ils étaient, jusqu’à l’heure de ce Forum, bien»bernés», en moyens de paiements extérieurs, par la Banque d’Algérie, et qu’il était temps de se mettre à l’export»(8).

L’enthousiasme sincère des tout jeunes opérateurs, produits récents de l’ANSEJ, présents au Forum, n’était pas suffisant pour cacher l’inquiétude quant à la désillusion qui en transparaissait.

Par ailleurs, dans leur acte de production, les PME algériennes se sont installées à la dernière phase qui est celle de la mise sous emballage des produits importés, de l’encapsulation des gélules médicamentaires importées (9), des produits finis de large consommation mis en boîtes dans leurs pays de fabrication ; sauf de rares exceptions.

Des tentatives furent même enregistrées pour réexporter des téléphonés portables, ainsi importés, vers des pays développés ou en développement, situés en Europe et en Afrique, pour bénéficier des 50% de leur valeur à l’export en devises fortes, contournant, à leur profit, la réglementation en vigueur (10) ; ou, profitant de cette même réglementation, pour bénéficier de crédits bonifiés à l’importation en l’absence de condition corrélative liant ce bénéfice à un niveau exigé du taux d’intégration à la fabrication, etc. favorisant une tendance toute mercantiliste, d’abandon du souci d’intégration chez les importateurs. (11)

Ne comptant actuellement que seulement 25 PME «sous-développées» tous statuts juridiques confondus pour 1000 habitants et de 27 PME pour 1000 habitants pour les PME «personnes morales» contre 45 PME de chacun des deux types juridiques dans le monde, l’Algérie dispose encore d’un large potentiel de création de nouvelles PME, quelle que soit l’appellation ou la terminologie usitée ; «start-up» ou un autre vocable.

L’adaptation de la loi N°17-01 du 10 janvier 2017 portant promotion de la PME (12), sus-évoquée, devrait s’appuyer par esprit pragmatique sur l’existence d’incubateurs industriels que constituent, dans l’immédiat, les (65) grandes entreprises publiques économiques et les (244) véritables PME publiques industrielles résiduelles ayant échappé, à fin juin 2019, à de pénibles épreuves d’endurance après l’avortement, à partir de 1979, du modèle de développement industriel engagé par l’Algérie entre 1967 et 1978 dont nous avons déjà eu à relever les péripéties par ailleurs(13) ; sachant que le nombre total d’entreprises PME dans le secteur privé algérien employant plus de 249 salariés ne compte qu’une toute petite dizaine d’entreprises au 30 juin 2019.

Après l’expérience américaine dans la création des «start-up», celle de l’Europe dans la création des PME et à fortiori celle de la France que nous avons exposées ci-haut, les cas de la Corée du Sud et de la Malaisie pourraient venir enrichir le répertoire de la création de ce large éventail de toutes ces entreprises.

Pour la Corée du Sud, la sous-traitance a joué un rôle important dans le développement et le soutien des Petites et Moyennes Entreprises qui jouèrent, de leur côté, un rôle important dans la réalisation du développement industriel lourd et la maîtrise des différentes étapes qu’a connues l’économie sud-coréenne dans, notamment, l’innovation et l’exportation des produits mécaniques, électroniques et navals, tirée, il est vrai, à plus de 70%, par l’économie américaine en général et par ses industries et son marché en particulier.

La Malaisie n’en démérite pas. En 2018, elle a commencé à promouvoir l’adoption et l’utilisation des dispositifs d’intelligence artificielle (IA), dans le but de maximiser les bénéfices économiques et sociaux. Elle accélère le développement de l’IA dans trois domaines clés: talents, développement industriel et projets ciblés à fort impact. Là, les Petits Projets ou l’appellation locale des «start-up» apportent leur sous-traitance aux grandes firmes internationales auxquelles la Malaisie a laissé, grandes ouvertes, ses portes pour l’innovation et l’exportation, comme axes stratégiques de la vision économique du pays.

5- Approches de solutions

Prenant exemple sur toutes ces expériences réussies, nécessairement l’Algérie devrait, profondément, amender la loi n°17-01 du 10 janvier 2017 portant promotion de la PME. L’objectif de cet amendement devrait permettre de rattraper les tares relevées dans la création des PME actuellement existantes, d’y définir un dispositif-opératoire pour éviter ces mêmes tares-handicaps dans celles à créer et d’y insuffler l’esprit dynamique des «start-up» au lieu et place de la «nonchalance juridiste» statique des PME existantes: de l’idée de projet d’entreprise jusqu’au stade de son opérationnalité une fois réussie.

La démarche devrait favoriser la création d’entreprises plus viables, par la facilitation parallèle de la mutation des entreprises existantes, à majorité de «statut familial», vers de véritables PME à l’image des PME dans les pays développés et émergents :

– par l’orientation des nouvelles créations en direction de ces mêmes PME. C’est-à-dire vers des PME à statut juridique plus compatible avec des statuts mieux bancarisables ;

– en mettant en place un dispositif pour la mise à niveau des PME algériennes, dépassant dans le fond la mise à niveau qui avait été recherchée avec l’aide européenne «MEDA» qui n’a pas donné les résultats escomptés. Ce dispositif devrait:

– aider les entreprises TPE privées à abandonner progressivement le statut juridique de «personne physique» en faveur de «personne morale» ;

– faire progresser vers des activités à plus grande valeur ajoutée en intégrant des technologies à plus grand rendement, à productivité élevée et assurant une meilleure qualité ;

– réorienter leurs activités vers un attelage de sous-traitance avec des entreprises de maintenance et des entreprises de production de grandes dimensions et de créneaux porteurs, notamment dans le cadre de l’Intelligence artificielle, de la «Cyber Security» et autres TIC ; pour éviter leur asphyxie dans des activités artisanales rapidement saturables ;

– faire intégrer plus de contenu de travail au niveau de la moyenne observée en Europe qui est de l’ordre de 7 personnes par TPE contre seulement une moyenne de 2,6­ personnes en Algérie, patrons compris ;

– aider à muter en faveur d’un statut juridique de «Sociétés Par Actions»(SPA), plus bancarisables, plus ambitieuses, mieux gérables et susceptibles de drainer des financements compétitifs et ambitieux et de moindres coûts financiers, d’autant que le potentiel numérique, encore disponible en Algérie, le permet amplement ;

– assurer la médiation et l’intermédiation entre donneurs d’ordres (sociétés-mères actuellement) et les receveurs de ces ordres que sont les PME actuelles sous-traitantes, dans le but de briser le travail en «isolé» des PME, en mettant l’accent sur l’absence de grandes entreprises qui drainent, vers elles, la sous-traitance intégratrice à confier aux PME ;

– aider à mettre en place, par mutation et/ou par créations nouvelles, des PME «en tant qu’instruments d’appui pour l’amélioration de leur contribution à une réelle intermédiation et diversification de l’économie nationale» ;

– faire sauter le double emploi avec les prérogatives de l’ANDPME,

– exclure toute bavure tendant à créer des emplois non économiques par les PME et »start-up»,

– lier le niveau des crédits à l’import au niveau du taux d’intégration des inputs locaux,

– lier, de manière inversement proportionnelle, le taux d’intérêt sur les crédits d’investissement au taux d’intégration des inputs locaux, de sorte à encadrer économiquement les crédits et à décourager le recours facile à l’importation.

Comme mesure d’accompagnement, il serait indiqué de consacrer au dossier un cadre organisationnel exécutif dédié aux attributions étendues et indépendantes ; la tâche étant complexe et ardue, comme nous venons de nous en rendre compte et le succès attendu de la reprise en main du dossier étant vital sur les plans économique et social.


Bibliographie :

(*) Mémorandum des conditionnalités acceptées par l’Algérie le 31 mars 1995 dans le cadre du Programme d’Ajustement Structurel (PAS) conclu avec les Institutions Financières Internationales (IFI).

(**) Bulletin d’informations statistiques sur les PME en Algérie Ministère algérien de l’Industrie N°35 Premier semestre 2019.

(1) Il s’agit du parc de Sidi Abdellah, situé dans la wilaya d’Alger.

(1 Bis) Amar Tou. 24 février 2018. Le Secteur Public Economique: «moteur» du développement économique à long terme. 13 avril 2018.

(1 Ter) Etude ONS. Voir Doctorat . R. Tou Université d’Oran. Marketing des produits financiers et bancaires.2015.

(2) Atlanta, Georgia, Chicago, Illinois, San Jose, California, New York, NY , Richmond, Pennsylvania, Philadelphia, NJ, Kingston.

(3) Med Bilal. Tou. Mémoire de Master. Mai 2018. Université Alger 3.

(4) Déclaration du Directeur Général de l’OAIC à la radio nationale le 11 janvier 2011

(5) Rapport du Conseil d’Analyse Economique, «Le financement des PME», G. Chertok, P.A. de Malleray, P. Pouletty, 2009.

(6) Chertouk Malleray et Pouletty I «La PME algérienne» : Etat des lieux, contraintes et perspectives de Kamel Lekhel, Youcef Kourichi et Ali Galoussa. Revue de la performance des entreprises algériennes, 04/2013. P.13-18.

(7) Rapport du Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Emploi (France), 2,3 millions sur 2,8 millions au total (1988-2000).

(8) Travaux de l’université d’été du Forum des entreprises tenue le 18 octobre 2017.

(9) Ministère de la Santé de l’Algérie. 2008.

(10) Déclaration du Ministre algérien de l’Industrie faite à EL Hayat TV. le 1er septembre 2020.

(11) A.Tou. Propositions: Niveau proportionnel des crédits à l’import au niveau du taux d’intégration industrielle 2017 et inversement proportionnel pour le taux d’intérêt sur ces crédits.

(12) Loi n°01-17 du 10 janvier 2017 portant loi sur la promotion de la PME en Algérie.

(13) Secteur privé (en Algérie): ambitions et désillusions. 18 octobre 2017.


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