Algérie / Benaouda Lebdaï, Professeur des Universités, spécialiste de littératures coloniales et postcoloniales africaines : L’immigration et la littérature africaine

Rencontré lors de la 23e édition du Salon international du livre d’Alger, Benaouda Lebdai revient sur les actuelles réalités sociales dans la littérature africaine.

Est-ce que la littérature africaine reflète réellement les réalités de ces sociétés ?
Toute bonne littérature, toute respectueuse écriture part de la source. Je prends l’exemple de William Folkner qui s’est imposé comme une plume référence aux Etats-Unis, Sa crédibilité et sa réussite sont dues à ses écrits axés sur le sud du pays, une écriture de son terroir, et ça l’a rendu célèbre à l’internationale.
Les écrivains africains qui s’expriment avec une bonne littérarité, avec talent et courage, qui écrivent par conviction et non pas pour des buts commerciales ou de tendance de telle ou telle thématique vont écrire avec le noyau d’eux-mêmes et du centre des personnes qui les entourent. Lorsqu’on prend par exemple des écrivains comme Kamel Daoud, Maissa Bey et Yasmina Khadra, ils sont lus et populaires parce qu’ils écrivent sur des situations de la société dans laquelle ils vivent et ils pointent les aspects difficiles de la société.
Un bon écrivain écrit lorsqu’il y a une tragédie, mais pas uniquement. L’exemple de la décennie noire, qui était tragique et traumatisante pour le peuple algérien, a été prise en main par énormément de romanciers et de dramaturges. Ils sont revenus à la source pour essayer de comprendre la société algérienne et savoir pourquoi ce phénomène s’est produit chez nous avec une telle ampleur. Ecrire sur les séquelles d’une tragédie ; les problèmes politiques et sociaux que beaucoup de personnes ont vécu, crée une sorte de compassion avec les lecteurs potentiels ayant vécus ces drames, sans que le roman se termine par une note d’espoir explicite, mais le fait d’aborder ces tragédie la force du message d’espoir jaillit de façon implicite.
Peut-on dire que l’immigration est le thème majeur des quinze dernières années de la littérature africaine ?
La question de l’immigration est une question essentielle de la littérature africaine, de ce village global où les frontières se ferment, ou seuls les occidentaux ont la liberté de se déplacer, d’où la prise en main par les romanciers sénégalais, algériens, camerounais, marocains qui ont pris en charge la thématique de l’immigration. Ils démontrent dans leur écrits comment ces migrants se noient en mer, traversent le Sahara, meurent dans d’abominables conditions, que je trouve courageux, parce que ces migrants à la fin cherchent uniquement le bonheur, il faut comprendre pourquoi ils veulent partir.
La solution est à trouver sur place pour que ces jeunes n’aillent plus chercher le bonheur sous d’autres cieux, et partir est aussi une liberté de choix. Je pense que cette problématique est très bien prise en main par la littérature africaine.
Entretien réalisé par Kader B.
 

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