A Beyrouth, des manifestants ont réclamé à Macron la libération de George Ibrahim Abdallah

© Robert Pratta Source: ReutersVIDÉO Photo d’archive montrant le militant des Factions armées révolutionnaires libanaises (FARL) George Ibrahim Abdallah escorté par un gendarme français à son arrivée au palais de justice de Lyon, le 10 juillet 1986

. Emmanuel Macron a été confronté à des dizaines de Beyrouthins exigeant la libération de George Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais détenu en France depuis plus de 36 ans. Le président français a évoqué une énigmatique «signature». La visite d’Emmanuel Macron au Liban n’a pas seulement été marquée par une foule réclamant l’aide de la France. Une partie des manifestants était également venue exiger du président français la libération de George Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais détenu en France depuis 1984 après avoir été condamné dans une affaire de terrorisme.

Sur plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux – et passées inaperçues dans les médias mainstream – on peut voir et entendre des dizaines de personnes scander en arabe «Liberté pour George Ibrahim Abdallah» ainsi que «George Ibrahim Abdallah, libérez-le» tandis qu’Emmanuel Macron fend la foule dans l’une des rues sinistrées de Beyrouth.

Il faut qu’il signe

Dans l’une d’entre elles, en plus des slogans réclamant la libération de George Ibrahim Abdallah, des manifestants appellent également à la «révolution» contre Macron, contre la «colonisation» et contre le président libanais Michel Aoun.

A l’un des manifestants l’interpellant par les mots «Monsieur Macron : George Abdallah !», le président français répond par un énigmatique : «il faut qu’il signe.» Une réponse qui suscite l’incompréhension chez les soutiens du Libanais qui considèrent l’homme comme un prisonnier politique en France.

La seule signature en attente, c’est celle du ministère français de l’Intérieur

Contacté par RT France, Tom Martin, membre de la campagne pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah commente : «La seule signature en attente, c’est celle du ministère français de l’Intérieur pour signer l’avis d’expulsion vers le Liban, condition pour George Ibrahim Abdallah de faire une nouvelle demande de libération.»

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Emprisonné depuis 36 ans, le militant libanais, âgé de 69 ans, est selon le droit français libérable depuis 1999, aucune peine de sûreté n’ayant été prononcée à son encontre. Malgré ses nombreuses demandes de remises en liberté, des pressions politiques internationales – venant notamment des Etats-Unis – ont conduit à un imbroglio – un acharnement disent ses soutiens – judiciaire en France.  Actuellement détenu à la prison de Lannemezan (Hautes-Pyrénées), George Ibrahim Abdallah avait été condamné en 1987 à la détention à perpétuité – le procureur avait requis dix ans de prison – pour complicité dans l’assassinat à Paris de deux diplomates, américain et israélien, qualifiés d’«espions de la CIA et du Mossad» par Yves Bonnet, à l’époque patron du service de renseignement du ministère français de l’Intérieur. L’inculpation du Libanais était basée sur le fait que des armes ayant servi à tuer les deux hommes avaient été retrouvées dans l’appartement parisien dont il payait le loyer. .

L’un des plus anciens prisonniers politiques du monde

Dans un portrait actualisé fin 2019 sur TV5 Monde, le journaliste Pascal Priestley déplorait la situation du militant : «Il est devenu l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde, laissant loin derrière lui le triste record de Nelson Mandela ou celui des militants de la Fraction Armée Rouge allemande. Aucun nazi condamné n’a été détenu aussi longtemps sinon Rudolf Hess, le dauphin de Hitler. Les actes qui fondent sa détention relèvent d’une guerre internationale quasi centenaire.»  Durant la guerre du Liban, George Ibrahim Abdallah rejoint le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) puis les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), toutes deux communistes. En pleine guerre avec Israël au début des années 1980, les FARL ont revendiqué plusieurs assassinats ou tentatives d’assassinat sur des diplomates ou des militaires américains et israéliens, en France. «Cette condamnation [de George Abdallah] à la plus lourde peine du code pénal français ne repose sur aucune charge directe mais sur une complicité présumée d’homicide volontaire», dénonce pour sa part l’Association France Palestine Solidarité.

George Ibrahim Abdallah a bénéficié en 2012 du soutien d’Yves Bonnet, le chef de la Direction de la surveillance du territoire (DST) impliqué dans l’arrestation d’Abdallah. Dans un entretien à La Dépêche, celui-ci avouait avoir «un problème de conscience avec cette affaire» et estimait disproportionnée la détention en France du militant libanais. «Je considère qu’il avait le droit de revendiquer les actes commis par les FARL comme des actes de résistance. Après on peut ne pas être d’accord, c’est un autre débat. Mais il faut se souvenir du contexte des massacres de Sabra et Chatilah dont les coupables n’ont jamais été punis», déclarait-il. «Georges Ibrahim Abdallah est plus mal traité qu’un serial killer alors qu’il a commis des actes politiques», analysait-il encore. Quelques jours plus tôt, l’ancien policier avait évoqué sur France 24 une issue possible «Cette injustice a assez duré […] Plus rien ne justifie son incarcération. Qu’on le mette dans un avion et qu’on le renvoie chez lui, au Liban, où les autorités sont disposées à l’accueillir». C’est ce qu’attendent les soutiens de George Ibrahim Abdallah : la signature de l’arrêté d’expulsion du ministre français de l’Intérieur.

Meriem Laribi


 

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