Chili : toutes les formes de lutte

23.12.2019

par Daniel Pizarro

Les stratèges de la répression ont trouvé une tactique brillante : occuper la Plaza de la Dignidad AVANT l’arrivée des manifestants… Si vous aviez lu Sun Tzu, Napoléon, ou von Clausewitz, vous sauriez que dans l’un d’entre eux les manifestants décident dans la Cour des Orangers*… Ou à la Gare Centrale… Bref, que le terrain n’est pas choisi par le putain de préfet, ni par le général Rozas**. Ils donnent juste des instructions à un personnel modérément formé. C’est pourquoi ils sont responsables des atrocités.

Le 20 décembre a été un jour spécial.

Le préféticule de Santiago, par mandat d’une certaine Piñera, sans doute, et dans le cadre de l’Accord de « Paix » et je ne sais quoi d’autre, a appelé à une concentration massive de carabiniers sur l’ancienne Plaza Italia (aujourd’hui Dignidad) et ses environs.

Les troupes sont venues de presque tous les commissariats de la capitale, de différentes artères et par différents moyens de transport qui ont montré toute leur capacité répressive (opérationnelle, je veux dire).

J’ai compté une trentaine de motos descendant Andrés Bello, par exemple.

Des dizaines de voitures, fourgons, blindés, guanacos***, postes de contrôle mobiles, zorrillos****…

Le personnel en uniforme s’est exhibé avec un cocktail de bombes lacrymogènes et de jets d’eau minérale extraite au pied des pentes de notre longue cordillère (les rares qui ne sont pas tombés entre des mains privées, s’il en reste).

Le but de cette vaillante démonstration a été de combattre un ennemi puissant et implacable, articulé par des forces étrangères qui lui fournissent des armes de haute technologie (pierres).

Le point culminant de l’exhibition a été atteint lorsqu’un zorrillo a poursuivi un manifestant au point de l’écraser contre un autre véhicule de police du même type.

L’homme est tombé au sol, se cassant les deux hanches.

Ovation.

Les chaînes de télévision locales n’ont pas couvert ce défilé avec le même enthousiasme qu’elles mettent à montrer la Parade militaire.

C’est que Noël arrive, ho ho ho !

Silence, me dis-je.

L’étoile de Bethléem ne s’élève-t-elle pas dans le ciel ?

J’essaie de la découvrir au milieu du sang et des gaz.

Mais je ne vois rien.

NdT

La Cour des Orangers : Patio de los Naranjos, une cour intérieure du Palais présidentiel de la Moneda, vaguement inspiré de son homonyme almohade de Séville.

**Mario Rozas : général directeur des carabiniers chiliens.

*** Guanacos : variété de lamas, terme désignant les camions à eau des carabiniers chiliens.

**** Zorrillos : mouffettes (mammifères caniformes à l’alimentation opportuniste, omnivores à tendance carnivore, réputées pour leurs sécrétions de liquide malodorant en cas de menace), terme désignant les véhicules blindés des carabiniers aspergeant les manifestants de gaz lacrymogènes


Traduit par  Fausto Giudice


Merci à Tlaxcala
Source: http://www.politika.cl/2019/12/22/todas-las-formas-de-lucha/
Date de parution de l’article original: 22/12/2019


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