La Chine domine l’Asie et les projets de Biden n’y changeront rien

       Le président Biden a déclaré que les États-Unis ne laisseraient pas la Chine « gagner le XXIe siècle », et son premier voyage en Asie avait pour but de joindre le geste à la parole. 

 

Biden s’est entretenu avec les dirigeants du groupe des quatre nations du Quad, formé pour contrer Pékin, il a promis de défendre Taïwan contre la Chine et a présenté un nouveau pacte économique impliquant une douzaine de nations pour renforcer l’influence économique des États-Unis dans la région.

Pourtant, la Chine est déjà en train de gagner dans une grande partie de l’Asie sur les fronts économique et diplomatique, et rien de ce que font les États-Unis ne semble pouvoir changer cette situation.

L’indice de puissance en Asie de l’Institut Lowy, qui suit les données économiques pour évaluer la dynamique de la puissance régionale, montre que l’influence des États-Unis a baissé brusquement dès 2018, tandis que celle de la Chine s’envolait.

Il y a vingt ans, seulement 5 % des exportations de l’Asie du Sud-Est étaient destinées à la Chine, et 16 % aux États-Unis. En 2020, elles étaient à 15 %. L’influence croissante de la Chine apparaît plus clairement si l’on considère le commerce total : elle réalise dans la région un volume environ deux fois et demie supérieur à celui des États-Unis. La Chine est désormais le premier partenaire commercial de presque tous les pays asiatiques.

L’investissement – stimulé par un secteur privé américain dynamique – a longtemps constitué un avantage américain en Asie. Mais cet avantage s’érode aussi rapidement. En 2018, les flux cumulés sur 10 ans des investissements de la Chine vers les autres pays de la région étaient inférieurs de moitié à ceux des États-Unis. Ils représentent désormais 75 % du total américain et sont en hausse.

Une concurrence solide dans la région est essentielle pour l’Amérique. L’administration Obama l’a reconnu avec son projet de partenariat transpacifique (TPP), qui aurait été le plus grand bloc commercial jamais créé. Mais le président Donald Trump l’a retiré, craignant qu’il n’érode la compétitivité des États-Unis et ne transfère des emplois américains à l’étranger.

C’était un cadeau pour Pékin. La Chine est déjà la plus grande économie d’un groupement commercial distinct appelé Partenariat économique global régional et a demandé l’année dernière à rejoindre l’accord qui succède au TPP, qui conserve de nombreuses dispositions essentielles du pacte original. Les États-Unis sont exclus des deux accords.

La réponse de l’administration Biden, dévoilée la semaine dernière à Tokyo, est son cadre économique indo-pacifique. Il est loin d’être à la hauteur.

Le plan prévoit une coopération en matière de commerce, de chaînes d’approvisionnement, d’infrastructures et de lutte contre la corruption. Mais il ne prévoit pas un meilleur accès à l’immense marché d’importation américain, une carotte cruciale que sous-tendent normalement les accords commerciaux.

Les responsables américains rétorquent que le plan est plus adapté au XXIe siècle que les « modèles du passé ». Mais les partenaires asiatiques potentiels ont du mal à voir ce qu’ils y gagnent. Un manque d’adhésion pourrait compromettre la capacité des États-Unis à fixer les règles sur des questions émergentes telles que l’économie numérique, ce qui donnerait un avantage aux entreprises américaines.

Pendant ce temps, la Chine est allée de l’avant. Les entreprises publiques ont décroché de grands projets dans toute la région, souvent dans le cadre de la vaste initiative chinoise, la Route de la Soie. »

La Chine pratique également une diplomatie persistante. Les voyages du ministre des Affaires étrangères Wang Yi en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique ont largement dépassé le rythme de son homologue américain, Antony Blinken. Malgré la fanfare du récent voyage de Biden en Asie, il s’agissait de son premier voyage dans la région depuis son entrée en fonction il y a 16 mois et il n’a visité que ses proches alliés, la Corée du Sud et le Japon.

La Chine cultive également des élites puissantes. Aux Philippines, le président et le vice-président nouvellement élus ont tous deux bénéficié politiquement des investissements de la Chine dans leurs circonscriptions respectives. Au Cambodge et dans les îles Salomon, la Chine a ouvert la voie à l’expansion de sa présence militaire loin de chez elle. En Indonésie, une relation solide avec le ministre coordinateur des Affaires maritimes et des Investissements donne à Pékin l’accès nécessaire pour poursuivre des objectifs tels que des accords pour Huawei dans le réseau 5G du pays.

Les États-Unis ont quelque chose qui manque à la Chine : des alliances éprouvées avec ce que l’administration Biden appelle des démocraties « partageant les mêmes idées », comme les autres membres du groupe Quad – le Japon, l’Australie et l’Inde – ainsi que la Corée du Sud. Le Quad est censé démontrer que les États-Unis et leurs partenaires peuvent offrir une alternative à la Chine, par exemple dans le domaine des vaccins et des infrastructures.

Mais elle n’a pas encore eu d’impact réel. La promesse ambitieuse de fournir un milliard de vaccins aux pays de la région Indo-Pacifique d’ici la fin de l’année s’est heurtée à des obstacles de fabrication en Inde.

Le Quad, en fait, met en évidence une faiblesse américaine : les États-Unis sont forts dans les démocraties qui bordent la région, mais faibles au centre, en Asie du Sud-Est. Au fil du temps, une Chine plus dominante pourrait entraver l’accès de l’armée américaine aux bases régionales en cas de crise, poser des problèmes aux entreprises américaines qui font des affaires et obliger les diplomates américains à travailler plus dur pour se faire entendre.

Si Washington n’améliore pas sa politique économique, son influence en Asie continuera à décliner. En dehors de son nouveau plan économique régional peu inspiré, l’administration Biden devrait trouver le courage politique de rejoindre le pacte qui succède au TPP, en faisant comprendre aux opposants américains qu’il s’agit d’un outil important pour contrer la Chine. Elle doit également s’engager de manière plus agressive avec les pays non alignés d’Asie du Sud-Est et du Pacifique, plus petits mais toujours importants, que la Chine est en train de conquérir progressivement.

Il ne sera pas facile de concurrencer la Chine en Asie. Mais cela commence par la reconnaitre le fait que les États-Unis sont actuellement en train de perdre.

Susannah Patton (@SusannahCPatton) effectue des recherches sur la stratégie indo-pacifique au Lowy Institute de Sydney, en Australie. Elle est directrice de projet de l’Asia Power Index.


Source : The New York Times, Susannah Patton, 01-06-2022   Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


Commentaire recommandé :

vert-de-taire // 27.06.2022 à 09h14

**** Le président Biden a déclaré que les États-Unis ne laisseraient pas la Chine « gagner le XXIe siècle » ****

Il faut être complétement fou pour dire une chose pareille !
C’est penser le temps comme une guerre perpétuelle.
C’est penser la vie comme une tuerie.
C’est se considérer comme un animal qui doit tuer les autres pour survivre.
C’est nier l’humain comme capable de dépasser sa condition animale
c’est à dire utiliser son néocortex pour raisonner que la paix vaut mieux que la guerre.

La paix profite à tous, la guerre aux survivants (et aux maitres des esclaves).
Ces animaux-là (ultra-riches ++) pourrissent la vie du vivant, de tout le vivant
de cette planète.

Ce comportement,
c’est être, c’est rester (une) BÊTE
perdue dans un monde que l’on ne peut pas appréhender autrement qu’en violence généralisée.

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