Conférence de Glasgow sur le climat : La planète sera-t-elle enfin sauvée du danger d’étouffement?

      “Humanity is waging a war on nature. This is suicidal. Nature always strikes back, and it is already doing so with growing force and fury”. […] Making peace with nature is the defining task of the 21st century. It must be the top, top priority for everyone, everywhere”
(Antonio Guterres, General Secretary, Speech of December 2, 2020 “The State of the Planet”).

“Nature feeds us, clothes us, quenches our thirst, generates our oxygen, shapes our culture and our faiths and forges our very identity”
(Antonio Guterres, op.cit.).

“Let’s be clear: human activities are the root of our descent toward chaos. But that means human action can help solve it”
(Antonio Guterres, op.cit.).

Par Arezki Ighemat*
Du 31 octobre au 12 novembre 2021, soit pendant 12 jours, se tient à Glasgow, en Ecosse (Royaume Uni) la COP26 : la Conférence sur le Changement Climatique. Le but majeur de cette conférence — qui verra la présence de nombreuses personnalités politiques du monde développé comme du monde en développement ainsi que plusieurs organisations civiles nationales et internationales — est de faire le point sur les politiques nationales et internationales de lutte contre le changement climatique. Cette conférence — qui était prévue d’avoir lieu du 9 au 19 novembre 2020 dans la même ville (Glasgow) — a dû être reportée à 2021 en raison de la pandémie du Covid-19. Juste avant cette conférence, la 16e réunion des pays du G20 est prévue de se tenir les 30 et 31 octobre à Rome (Italie) sous le slogan « People, Planet, and Prosperity » (Population, Planète et Prospérité) pour discuter des voies et moyens de lutter contre la pandémie du Covid-19 et se préparer pour affronter d’éventuelles pandémies à l’avenir. Avant même la réunion du G20, deux autres conférences à caractère plus scientifique se tiendront à Rome. L’une est le « Social Sciences and Humanities Sumit 2021 » (Sommet 2021 sur les Sciences Sociales et Humaines), qui aura lieu du 28 au 30 octobre 2021 et qui débattra sur le concept de « crises ». La deuxième conférence est celle des Sciences, intitulée « S-2021 Summit » (Sommet 2021 sur les Sciences), qui aura lieu, toujours à Rome, les 30 et 31 octobre 2021 et qui débattra des moyens de se prémunir contre les pandémies à venir. Les recommandations de ces deux conférences seront alors présentées aux leaders du G20 qui les examinera et utilisera éventuellement pour les besoins de la COP26. Immédiatement après leur réunion, les leaders du G20 se dirigeront vers Glasgow où ils participeront à la COP26 sur le changement climatique. De quoi sera-t-il question lors de cette conférence dont l’importance est existentielle pour la planète et ses habitants — humains, animaux et plantes ? C’est l’objet du présent article qui tentera de répondre à trois questions : (1) Qu’est-ce que la COP26 et qu’est-ce que le changement climatique ? ; (2) Pourquoi la COP26 : quel est l’état de la planète aujourd’hui ? et (3) Quels sont les objectifs majeurs de la COP26 pour assainir la planète ?

Qu’est-ce que la COP26 et qu’est-ce que le changement climatique ?
L’acronyme COP signifie « Conference Of the Parties” (Conférence des Parties). La COP est une conférence qui se réunit une fois par an dans un pays choisi par les membres signataires de la « United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC) », traité conclu en 1994 par 197 pays. La première COP s’était tenue à Berlin (Allemagne) du 28 mars au 7 avril, 1995. La COP est l’organe de décision de la UNFCCC et sa mission principale est de stabiliser les émissions de gaz à effets de serre (appelés « greenhouse gases ») et de se prémunir contre les dangers du changement climatique. La COP26, comme son nom l’indique, la 26è Conférence des Parties. Elle devait se tenir l’année dernière (2020), mais en raison de la pandémie du covid-19, elle avait été reportée à cette année. Il faut rappeler que la COP21 — qui s’était tenue à Paris en 2015 — avait donné lieu à ce que l’on appellera depuis « The Paris Agreement » (l’Accord de Paris) sur le changement climatique. Une des stipulations importantes de cet accord est que ce dernier doit désormais être réévalué tous les 5 ans. Par conséquent, la COP26 sera l’occasion de réévaluer l’Accord de Paris pour la première fois puisque cela fait exactement 5 ans que cet accord existe. A cette occasion, les parties au traité doivent montrer dans quelle mesure ils ont réalisé les objectifs fixés par l’Accord concernant le changement climatique, notamment le principal de ces objectifs : réduire la température atmosphérique à un niveau au-dessous de 2 degrés Celsius, et si possible, ne pas dépasser 1,5 degrés Celsius.
Le réchauffement climatique s’est accentué avec la Révolution industrielle des années 1700 en Angleterre et l’intensification des émissions de gaz à effets de serre. A mesure que ces émissions augmentent, la planète devient de plus en plus chaude. Si un coup d’arrêt n’est pas donné à ces émissions, des désastres naturels ne manqueront pas de se produire dans le monde, et cela est déjà arrivé et se poursuit encore aujourd’hui où les pays connaissent de grandes vagues de chaleur, la sécheresse, les inondations, une élévation du niveau des mers, de forts orages et ouragans, et autres accidents climatiques. Voici comment un expert du changement climatique décrit ce dernier : « Climate change is how the characteristics of the weather we experience in a certain place change. It can get hotter or wetter on average or have more concentrated rain in a short period, but then get longer dry periods” (Le changement climatique indique comment le climat que nous observons dans un espace donné se modifie. Le climat peut être plus chaud ou plus humide ou peut avoir une pluie plus concentrée au cours d’une période courte, puis devenir plus sec pendant des périodes plus longues) (voir Emily Osterloff, What is Climate Change and Why Does it matter ?, Natural History Museum). Certains analystes du climat utilisent l’expression « Global Warming » (Réchauffement Global) plutôt que « Changement Climatique », mais ce dernier concept semble préféré par d’autres parce que, disent-ils, le réchauffement de l’atmosphère et des océans n’est qu’un des effets observés. En effet, ce n’est pas seulement une question de température. De nombreux endroits dans le monde sont aussi en train de devenir plus humides ou plus secs, entraînant même un changement de saisons dans certains cas.
Comment sait-on que le climat est en train de changer ? C’est grâce aux nombreuses stations de mesure existant dans le monde et qui permettent de mesurer la densité et la composition de l’air ainsi que la température dans les océans. C’est à partir des résultats collectés régulièrement et pendant une longue durée que l’on sait que le climat est effectivement en train de changer. Pour le Dr. Joeri Rogelj, un expert du climat, « There are many more indicators that tell us that the Earth is warming. For example, on a warming planet, we would expect polar ice caps and glaciers to melt. It is clearly observed that those are melting” (Il y a plusieurs autres indicateurs qui nous disent que le climat est en train de changer. Par exemple, sur une planète réchauffée, nous nous attendons à ce que les surfaces glacées et les glaciers polaires fondent. Il est clairement observé que ces derniers fondent effectivement) (Dr. Joeri Rogelj, cité par Emily Osterloff, article cité). La glace joue aussi un effet important dans la réduction du réchauffement climatique. En effet, la glace facilite le reflet de l’énergie du soleil. Par conséquent, sans glace, plus de chaleur est absorbée par les océans. L’eau des océans augmente en volume à mesure qu’elle se réchauffe — phénomène connu sous le nom de « thermal expansion » (expansion thermique). Ce phénomène signifie que les océans prennent plus d’espace, provoquant une élévation du niveau des mers. C’est ainsi que les chercheurs ont estimé que les niveaux des mers augmenteront d’environ 26 à 53 centimètres d’ici l’an 2100. Par ailleurs, on estime qu’avec la fonte des plaques de glace et des glaciers, l’accroissement de la température pourrait provoquer la disparition des forêts tropicales (rainforests) et l’extinction de certaines espèces animales.

Pourquoi la COP26 et quel est l’état de la planète aujourd’hui ?
La COP26 a précisément pour objectif majeur de stopper ce phénomène de destruction de la nature et de la vie sur la planète en prenant les mesures nécessaires à la protection de la nature et des êtres qui y vivent. La COP26 est même considérée comme la « dernière chance » de pouvoir sauver la planète. Ces experts prévoient « qu’environ 190 millions de personnes vivant aujourd’hui dans des régions où le niveau des mers augmente seront exposées à des niveaux élevés de marées d’ici l’an 2100 » (voir Emily Osterloff, article cité). Cela aurait pour effet un déplacement massif des populations. Ces experts pensent que des îles comme Tuvalu (Océanie) — qui fait partie du Commonwealth Britannique — ainsi que les Maldives, pourraient sombrer sous l’eau sous peu. Par ailleurs, des centaines de millions de personnes dépendent des produits de la mer (poissons et crustacés) comme source principale de protéines pour leur alimentation. Le réchauffement climatique provoquerait la destruction des chaînes alimentaires en réchauffant leurs habitats naturels. De la même manière, les sécheresses de longue durée pourraient détruire les récoltes de produits agricoles et menaceraient par suite leur sécurité alimentaire. L’assèchement des réservoirs d’eau et la perte des glaciers pourraient entraîner une pénurie d’eau potable et d’eau d’irrigation. En outre, les fortes précipitations pluviales pourraient entraîner des inondations désastreuses. Le réchauffement affecte aussi les villes, notamment les couches de populations qui ne peuvent pas se permettre d’avoir un équipement de climatisation et qui verraient leur santé compromise.
S’agissant des effets du changement climatique sur la biodiversité, une étude de 2019 confirme que plus d’un million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui en danger d’extinction suite aux activités humaines (voir Emily Osterloff, article cité). En raison du changement climatique, de nombreuses plantes bourgeonnent de façon précoce ; les oiseaux migrateurs arrivent plus tôt et quittent plus tard ; et certains de ces oiseaux deviennent même plus petits. Les insectes sont un des groupes les plus vulnérables parce qu’ils n’ont pas la possibilité qu’ont les mammifères et les oiseaux d’échapper aux températures extrêmes. Et la perte de ces insectes — qui sont la principale nourriture de plusieurs animaux et qui sont aussi le pollinisateur des plantes — pourrait provoquer la désintégration de l’écosystème. D’un autre côté, la disparition de la glace de l’Arctique fait perdre aux animaux comme les ours polaires, les phoques et les morses leur habitat naturel. La glace est estimée se réduire à un taux de 13% chaque décennie (voir Emily Osterloff, article cité). On estime que 42 milliards de tonnes d’oxide de carbone sont émises chaque année et que si nous commençons aujourd’hui par réduire drastiquement ces émissions, nous pourrions atteindre le niveau « net zero emissions » (presque zéro émissions) vers le milieu du siècle (vers 2050).
Selon certaines études, la quantité de CO2 dans l’atmosphère a atteint des niveaux records en 2020, atteignant les 417 ppm en mai 2020. Il faut rappeler que la dernière fois que les niveaux de CO2 ont atteint 400 ppm était il y a 4 millions d’années et c’était durant l’ère dite du « Pliocene » où les températures globales avaient atteint entre 2 et 4 degrés Celsius supplémentaires et les niveaux des mers étaient de 10 à 25 mètres plus haut qu’ils ne sont aujourd’hui (voir Isabelle Gerretsen, The State of the Climate in 2021, BBC Future, January 10, 2021). S’agissant du réchauffement climatique, la décennie passée (2010-2020) a été la plus chaude. L’année 2020 a été de plus de 1,2 degrés Celsius plus chaude que la moyenne durant le 19e siècle (Isabelle Osterloff, article cité). Cette chaleur exceptionnelle a provoqué des feux de forêts gigantesques et ravageurs en Californie, Colorado ainsi que dans plusieurs régions du monde, causant de nombreuses pertes humaines et naturelles. Dans les régions de glace, la température a aussi été exceptionnelle, atteignant 38 degrés Celsius à l’Est de la Sibérie, soit la température la plus élevée enregistrée dans le Cercle Arctique. Le dégel du « Permafrost » (Pergelisol) — la partie de la terre qui reste gelée en permanence — laisse le carbone s’échapper dans l’atmosphère et provoque des dommages aux infrastructures existantes et détruit les moyens d’existence des communautés indigènes qui dépendent du sol gelé pour se déplacer et chasser. Pour ce qui est des forêts, le monde a perdu quelque 178 millions d’hectares boisés. Durant la seule période 2015-2020, le taux de déforestation était de 10 millions d’hectares, soit l’équivalent de la superficie de l’Islande. Rappelons qu’environ 45% de tout le carbone de la terre est stocké dans les arbres et le sol forestier.

Quels sont les objectifs de la COP26 pour mettre fin à ce « suicide » ?
Au vu des faits précédemment décris et des catastrophes naturelles subies par la planète en grande partie dues aux actions et non-actions de la communauté humaine internationale, le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres, lors du discours intitulé « The State of the Planet » qu’il a fait devant la prestigieuse « Columbia University » (New York) le 2 décembre 2020, a caractérisé la situation de la planète de « suicidaire » : « Humanity is waging a war on nature. This is suicidal. Nature always strikes back, and it is already doing so with growing force and fury” (L’humanité est en guerre contre la nature. Cela est suicidaire. La nature réagit toujours, et elle le fait aujourd’hui avec une force et une furie croissantes). Il ajoutera : « Let’s be clear, human activities are the root of our descent to chaos” (Soyons clairs, les activités humaines sont la racine de notre descente vers le chaos). Cependant, dira-t-il encore : « But that means [that] human action can help solve it” (Mais cela signifie en même temps que l’action humaine peut aussi résoudre le problème). Pour éviter le « chaos », ou le « suicide », Guterres considère que la COP26 doit avoir trois objectifs qu’il appelle « The three imperatives for tackling climate change » (les trois impératifs pour lutter contre le changement du climat). Le premier de ces impératifs est ce qu’il appelle la « neutralité-carbone », qui correspond au concept de « net zero emissions of greenhouse gases » utilisé par la COP, notamment par l’Accord de Paris de 2015. Le second impératif est celui de la mobilisation de ce que la COP appelle « Climate Finance » (le financement du Climat). Le troisième impératif est celui d’avancer dans le domaine de que la COP appelle « Adaptation » ou « Resilience ».
S’agissant du premier impératif — atteindre la neutralité -carbone », Guterres souligne que celle-ci doit être atteinte au cours des prochaines décennies. Il dira que l’Union Européenne s’est engagée à être « carbon neutral » en 2050 et espère réduire ses émissions de carbone d’au moins 55% au-dessus des niveaux de 1990 d’ici 2030. Il citera d’autres exemples : le Royaume Uni, le Japon, la République de Corée et plus de 110 autres pays qui ont promis d’atteindre la neutralité-carbone en 2050. Guterres soulignera aussi la responsabilité qui pèse sur les pays développés dans la lutte contre le changement climatique : « This means that by early next year [January 2021], countries representing more than 65% of global carbon dioxide emissions and more than 70% of the world economy will have made ambitious commitments to carbon neutrality” (Cela signifie que au début de l’année prochaine [janvier 2021], les pays qui contribuent pour 65% aux émissions d’oxide de carbone et qui représentent plus de 70% de l’économie mondiale doivent avoir fait des engagements ambitieux vers la neutralité-carbone). Il soulignera aussi un autre bénéfice substantiel de cette neutralité-carbone : la création de quelques 18 millions d’emplois d’ici 2030.
Pour ce qui est du deuxième impératif — la question du financement du climat (Climate Finance) — Guterres dira : « Il est temps de mettre un prix sur le carbone ». Il ajoutera : « Le financement doit aller vers l’économie verte, les programmes de résilience (d’adaptation) et de transition ». En particulier, le Secrétaire Général de l’ONU rappellera l’objectif fixé dans l’Accord de Paris demandant aux pays développés de tenir leur promesse de fournir $100 milliards annuellement pour aider les pays en développement à atteindre leurs objectifs en matière de réduction des émissions de carbone.
Concernant le troisième impératif — l’adaptation/résilience — Guterres a déclaré : « We are in a race against time to adapt to a rapidly changing climate » (Nous sommes dans une course contre la montre pour nous adapter à un climat qui change rapidement). Il dira que, avant la réunion de la COP26, « Tous les donneurs et les banques multilatérales et les banques nationales de développement doivent s’engager à accroître la part du financement destiné à l’adaptation d’un pourcentage d’au moins 50% de leur financement total consacré à la lutte contre le changement climatique.

Conclusion
Tout au long du présent papier, nous avons vu ce qu’est la COP26 et nous avons vu ce qu’est le changement climatique. Nous avons vu que la COP26 — comme les 25 COP qui l’ont précédée — est un mouvement mondial dirigé contre la détérioration du climat dans notre planète. Nous avons ensuite passé brièvement en revue les effets-mêmes de ce changement climatique en examinant l’état déplorable de la planète provoqué par ce changement. Nous avons vu, enfin, que la COP 26 — et aussi l’Accord de Paris de 2015 — a fixé un certain nombre d’objectifs pour faire face à tous les effets du changement climatique en vue de faire de la planète un endroit où la Nature et les Humains travaillent ensemble pour rendre la planère plus saine et sauve ainsi que le déclare le Secrétaire Général de l’ONU dans son discours du 2 décembre 2020 : « Making peace with nature is the defining task of the 21st century. It must be the top, top priority for everyone, everywhere” (Faire la paix avec la nature est la tâche décisive du 21è siècle. Ce doit être la priorité des priorités pour tout le monde et partout) (Antonio Guterres, speech déjà cité). Comme le souligne encore le Secrétaire Général de l’ONU : « Covid recovery and our planet’s repair must be the two sides of the same coin” (La fin de la pandémie du covid-19 et la réparation de notre planète sont les deux côtés de la même pièce de monnaie). En effet, sans la résolution de la pandémie du covid-19, il ne sera pas possible de consacrer l’attention et le financement nécessaire à l’assainissement de la planète. De la même manière, sans la résolution du problème du changement climatique, il ne sera pas possible de lutter efficacement contre la pandémie du covid-19 et contre celles qui viendront.

*Ph.D in economics. Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)

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