Coronavirus : «On espère un vaccin d’ici deux ans», déclare le Dr Lang, vice-président de Sanofi-Pasteur

Source : Le Parisien, Marc Payet

Le groupe pharmaceutique Sanofi Pasteur est l’un des leaders mondiaux dans le domaine du vaccin, avec des sites de production dans la région lyonnaise, à Marcy-l’Etoile (Rhône), sur les unités de production de BioMérieux, et des équipes présentes aux Etats-Unis. Le Dr Jean Lang, vice-président associé de Sanofi Pasteur et responsable de l’unité santé publique de ce géant de l’industrie pharmaceutique, nous détaille comment ce laboratoire tente de mettre au point un vaccin contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, à l’origine de la pandémie de Covid-19.

Où en est Sanofi dans la lutte pour trouver un vaccin ?

DR JEAN LANG : L’industrie pharmaceutique mondiale est mobilisée pour la recherche d’un vaccin contre le SARS-CoV-2. La grande difficulté est que l’on n’a pas, comme c’est le cas pour la grippe, de modèle de vaccin déjà homologué, où il suffit chaque année à l’industrie de faire quelques modifications sur les chaînes de production, en fonction des souches qui circulent, pour aboutir à un vaccin grippe diffusable sur la terre entière. Là, on part de beaucoup plus loin. Mais Sanofi a toutefois des atouts qui devraient nous faire gagner du temps.

De quels atouts parlez-vous ?

Nous avions développé un candidat vaccin contre le SARS-CoV-1, lorsque cette première épidémie est apparue en Chine, entre 2002 et 2004. Il n’a pas été développé jusqu’à son terme, et n’a pas été validé à l’époque par les autorités sanitaires, notamment parce que le SARS-CoV-1 était en train de reculer, et son bénéfice risque devenait défavorable. Mais cela reste une base de travail intéressante, car les deux virus ont 75 % d’homologie. D’autre part, nous avons développé une autre approche dans la conception des vaccins contre le SARS, avec le rachat par Sanofi de la société de biotech américaine Protein Sciences en 2017. Cela nous permet de maîtriser la technologie de la « protéine recombinante », validée par les autorités sanitaires. Cela nous donne la possibilité, à terme, de pouvoir produire plusieurs centaines de millions de doses de vaccin.

Quelles sont les perspectives en matière de mise à disposition du vaccin pour le grand public ?

Dans un premier temps, il faut le faire tester en essai clinique de phase 1, pour vérifier l’innocuité. Cela va se faire sur une période de six à douze mois, sur 30 à 50 volontaires. Mais cette première période permet aussi d’avoir un premier retour d’expérience sur la réponse immunitaire. Il faut ensuite passer à la phase 2, de plus grande ampleur, pour tester le vaccin sur un plus grand nombre de candidats, et ensuite obtenir les autorisations des autorités sanitaires, notamment américaines, mais aussi européennes.

Cela signifie qu’il va falloir du temps…

Il est clair que l’on n’aura pas de vaccin pour la première vague, en cours, du SARS-CoV-2. Pour cette année, c’est la piste des traitements qui est la seule disponible, comme l’hydroxychloroquine ou les antiviraux. On peut espérer un vaccin d’ici deux ans. Ce sont les autorités qui donneront le feu vert. Cela sera très utile, car il est vraisemblable que ce virus va avoir une saisonnalité, et il faudra nous en protéger pour les années futures.

Qu’est-ce qui vous fait penser à une saisonnalité du SARS-CoV-2 ?

Les travaux, notamment, de l’épidémiologiste britannique Neil Ferguson, de l’Imperial College London, laissent entrevoir qu’il va y avoir plusieurs phases pour la diffusion du SARS-CoV-2, et vraisemblablement une saisonnalité. Même si on est loin de tout savoir sur ce virus, qui infectait la chauve-souris et le pangolin, et dont l’homme est un hôte accidentel, c’est une hypothèse envisageable. C’est pour cela qu’il est si important de se lancer avec de gros moyens dans la course au vaccin. Nous y travaillons intensément, au niveau international au sein de l’organisation Cepi (NDLR : Coalition pour les innovations en matière de préparation contre les épidémies, qui a pour but d’accélérer les développements des vaccins contre les maladies infectieuses émergentes), dont je fais partie. Une des nouvelles rassurantes, sur le SARS-CoV-2, est qu’il semble très peu muter. Gardons en tête que la science et la médecine finiront, comme elles le font toujours, par vaincre cet ennemi.


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