Des États Généraux de l’énergie – Une utopie mobilisatrice pour construire l’Algérie

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par le Professeur Chems Eddine Chitour.

« Il n’y a pas de vent favorable pour ceux qui ne savent pas où aller » Sénèque

Le samedi 7 décembre s’est tenue à la salle de conférence de Sonelgaz à Ben Aknoun la 24e Journée de l’énergie dédiée à Sonelgaz pour fêter le 50e anniversaire de sa création en 1969. Le thème éminemment important dans les pays qui respectent la science et la mettent en valeur est le suivant : « La Révolution de l’électricité verte : Un challenge pour Sonelgaz ». Les élèves ingénieurs de 4e année de l’École Polytechnique ont exposé leur vision de l’avenir concernant la transition vers le Développement Humain Durable. Ce fut d’abord les mots d’espérance de deux jeunes élèves ingénieurs concernant leur profonde conviction pour la nécessité de changer pour l’Algérie de changer de paradigme et de miser résolument pour la révolution de l’électricité verte. J’ai ensuite modéré un panel avec des personnalités du monde de l’énergie. Nous avons débattu de deux questions. L’Etat des lieux et ses contraintes et ensuite ce que serait 2030 pour l’Algérie si elle veut que la transition se fasse sans douleur. Aussi bien le président directeur général que les autres experts ont insisté sur la nécessité de définir une stratégie qui devrait faire place aux énergies renouvelables tout en développant l’aval. La question des couts de l’énergie a aussi été débattue ainsi que la nécessité de revoir la politique des subventions pour soutenir non pas les prix de l’énergie mais les classes sociales à faible pouvoir d’achat.

Madame la ministre de l’environnement et des énergies renouvelables a fait part des actions de son secteur en nous informant des enjeux débattus à la conférence de Madrid. Madame la secrétaire générale de l’énergie a fait un discours concernant les actions de la tutelle dans le domaine du développement de l’énergie. Après la contribution importante des experts a touché différents domaines. Ainsi le professeur Mekhaldi a décrit les problèmes techniques rencontrés dans les isolateurs et les possibilités d’y remédier, que dans l’environnement, par le Docteur Chikhi. Ce sera ensuite une conférence sur l’avenir avec le développement de l’hydrogène par le Docteur Mahmah. Vinrent ensuite deux conférences rentrant dans le cadre de la locomotion électrique, celle du Professeur Haddadi et celle de Monsieur Mourad du groupe Elsecom. Enfin monsieur Kamel Dali directeur à l’Aprue a détaillé tous les chantiers de l’efficacité énergétique. Deux conférences importantes faites par les spécialistes de Sonelgaz ont présenté toutes les réalisations en 50 ans, mais aussi comment Sonelgaz appréhende le futur aussi bien dans le fossile que dans le domaine des énergies renouvelables

Après cela les élèves ingénieurs ont déroulé dans 9 communications leurs visions du futur d’abord en faisant un état des lieux mondial de l’énergie des changements climatiques, l’Etat des lieux de l’énergie en Algérie. Les possibilités du pays dans le domaine du renouvelables, ce qu’a réalisé Sonelgaz. Ensuite un modèle énergétique à 20% renouvelable a été présenté ainsi qu’un modèle pour la locomotion verte qui englobe aussi bien les carburants dits verts comme le sirghaz et le GNC mais aussi la nécessité pour le pays de démarrer la locomotion électrique. Vint ensuite l’autoconsommation expliquée et détaillée comme étant une possibilité pour diminuer la pression sur la demande d’énergie à Sonelgaz sous certaines conditions notamment de l’aide de l’Etat mais aussi d’un prix réel pour l’énergie. Enfin une dernière communication a permis de décrire la troisième révolution industrielle et les challenges du futur auquel l’Algérie devrait s’intéresser pour prendre le train du progrès

Ma contribution a concerné la nécessité d’avoir une vision globale qui manque actuellement. Il nous faut sortir de l’illusion que l’on peut compter sur la rente sur un baril de pétrole erratique qui fait que nous indexons la loi des finances l’avenir sur ses convulsions des prix du baril. Le secteur de l’énergie connaît de profonds bouleversements, au moment où l’Algérie reste à l’écart de ces grandes mutations, croyant qu’elle peut vivre encore mille ans avec le pétrole et le gaz. Croire que l’on peut répondre aux défis actuels en bricolant des lois afin d’attirer des investisseurs est une hérésie, nous ne devons pas être obnubilé par le souci de maximaliser la rente. Cette attitude est en porte-à-faux avec le développement durable. Il est urgent de s’arrimer au train des nouvelles énergies surtout qu’une révolution verte est en marche. On sait que l’Algérie a tourné le dos à l’énergie hydroélectrique, il est important de réhabiliter toutes les possibilités telles que la micro-hydraulique, et plus globalement les énergies renouvelables notamment le solaire. « Le Sahara est une pile électrique ! », insiste-t-il, en expliquant qu’à coût égal, l’énergie solaire est bien plus rentable à l’Algérie que l’énergie thermique. En termes de coût, le kilowattheure solaire est plus compétitif que le kilowattheure thermique. Au rythme de la consommation actuelle, l’Algérie consommera une bonne partie de son gaz naturel à l’horizon 2030.

« Avec 2000 milliards de m3 de réserves de gaz en 2035, la problématique est bien réelle », fait-il savoir.

Il nous faut une politique des transports. Le citoyen a plus besoin de transports (bus, tram, train) que de voitures qui ne concerne qu’une faible frange de la population. Il nous faut revoir la politique des subventions, adopter la carte carburant et mettre en place une vignette verte, un meilleur usage du sirghaz et du GNC. Ce sont les conditions de la transition énergétique. Au rythme de la consommation actuelle, l’Algérie consommera une bonne partie de son gaz naturel à l’horizon 2030. Avec 2000 milliards de m3 de réserves de gaz en 2035, la problématique est bien réelle, fait-il savoir. En effet, l’exploration à elle seule, selon les données d’aujourd’hui, n’est pas suffisante. Prendre en considération le potentiel algérien en gaz de schiste ? Ce gaz n’assure pas forcément la relève. En pétrole, l’Algérie ne détient que 1,5 de la réserve mondiale, et 2,2 en gaz naturel. Le retard accusé dans la mise en place des Energies renouvelables, compromet l’avenir des générations futures. Des pays comme le Maroc sont à 42 % de renouvelables, il prévoit même 50 % en 2030, il en est de même de la Tunisie qui ambitionne un objectif de 30% d’énergie renouvelable d’ici 2030. Et nous en Algérie ou en sommes-nous ? 385 MMW sur 21000 MW (2%) Pourtant « le Sahara est une pile électrique », précisant qu’à coût égal, l’énergie solaire est bien plus rentable à l’Algérie que l’énergie thermique. Le secteur de l’énergie connaît de profonds bouleversements, et l’Algérie reste à l’écart de ces grandes mutations, croyant qu’elle peut vivre encore mille ans avec le pétrole et le gaz

L’Algérie ne doit en aucun cas rater la révolution de l’énergie électrique, et en particulier celle de la locomotion électrique. La locomotion électrique, qui est à ses premiers balbutiements dans le monde, peut-être une option pour assurer l’avenir des générations futures. En intégrant la locomotion électrique, ce sont des millions de tonnes d’essence et de pétrole qui seront épargnées pour les générations futures. A titre d’exemple pour un parcours de 100 km à seulement à 7 L/100 km pour l’essence c’est 300 DA. Les mêmes 100 km avec l’énergie électrique à 10kWh/L cela revient à 5DA le KWh à 50 DA. Il est possible de faire le « Plein d’électricité » chez soi la nuit sans aller à la pompe !

La troisième révolution industrielle

La plus grande centrale solaire flottante du monde lancée en Chine

De par le monde nous sommes en pleine mutation. L’Algérie est tragiquement en retard ! La Chine est le pays de la démesure. Elle consomme toutes les énergies pour son développement sans oublier d’investir dans le futur. La Chine installe une éolienne de 5MW chaque heure, et l’équivalent de 10 000 m2 de solaire chaque heure. Au Sud elle a installé la plus grande installation solaire flottante. Elle produit les deux tiers des panneaux solaires du monde (notamment ceux de l’Europe, ce qui est 5 fois la capacité solaire actuelle des États Unis). L’Algérie devrait s’inspirer de cette expérience

La troisième révolution industrielle (celle de l’énergie) est une réalité. La Troisième révolution industrielle, selon Jeremy Rifkin, sera le fruit d’une synergie détonante entre les énergies renouvelables et les technologies Internet. Les technologies de stockage, dont l’hydrogène et les réseaux énergétiques intelligents.  Selon l’économiste américain Jeremy Rifkin, la fin de l’ère du pétrole approche à grand pas, notamment par la forte augmentation de la demande des pays émergents comme l’Inde ou la Chine. Les prochaines décennies nous entraîneront vers un plafonnement de sa production. Dans le même temps, la hausse spectaculaire des émissions de gaz à effet de serre résultant de la consommation d’énergies fossiles est en parfaite corrélation avec l’augmentation de la température moyenne de la planète et fait courir le risque d’un changement climatique important qui pourrait voir l’extinction de l’espèce humaine d’ici la fin de ce siècle. Par conséquent, il est grand temps que toutes les décisions économiques et politiques prennent en compte ces indicateurs environnementaux alarmants ainsi que le coût accru de l’énergie fossile. La question la plus importante est donc : Comment assurer la croissance durable d’une économie mondialisée dans les décennies à venir, qui verront le déclin du système énergétique, et dont les coûts externes et les défaillances croissants pèsent désormais plus que les avantages potentiels, naguère considérables ?

Jeremy Rifkin, décrit les mutations en cours de l’économie et propose des solutions pour une croissance durable tout au long du XXIe siècle. La première révolution industrielle s’est appuyée sur l’exploitation du charbon pour déclencher l’industrialisation de l’imprimerie (nécessaire au partage des connaissances requises par le capitalisme industriel) ; La deuxième révolution industrielle correspond à la rencontre de l’énergie électrique et des moyens de télécommunication (téléphone, radio, télévision) ;

Les piliers fondateurs

« Au nombre de cinq : Le passage aux énergies renouvelables ; la transformation du parc immobilier de chaque continent en mini-centrales électriques pour collecter les énergies renouvelables sur site ; le déploiement des technologies de stockage par le biais de l’hydrogène ou d’un autre moyen dans chaque bâtiment et dans toute l’infrastructure, afin d’emmagasiner les énergies intermittentes ; l’utilisation de la technologie de l’internet pour faire évoluer le réseau électrique de chaque continent vers un système intelligent de distribution décentralisée de l’énergie fonctionnant comme Internet (lorsque des millions de bâtiments génèrent une petite quantité d’énergie au niveau local, sur site, le surplus peut être revendu au réseau et l’électricité partagée avec leurs voisins) ; la transformation de la flotte de transport en véhicules électriques rechargeables ou à piles à combustible, pouvant acheter ou vendre de l’électricité sur un réseau électrique intelligent, continental et interactif[1] ».

Benoît Georges en parle :

« L’argument massue de l’économiste américain Jeremy Rifkin tient en une date : 2028. C’est à cette date, dans neuf ans, que la « civilisation fossile » va selon lui s’effondrer. L’urgence est donc, pour l’auteur du New Deal vert de financer les nouvelles infrastructures énergétiques connectées qui, grâce aux nouvelles technologies, garantiront cette transition globale qui permettrait de produire 100% de l’électricité à partir de sources propres et renouvelables. Une urgence en forme d’enjeu existentiel. Dans son dernier essai, le prospectiviste américain annonce la mort de la civilisation carbone… et érige l’Europe et la Chine en modèles pour éviter le chaos climatique. Au XXIe siècle, chaque Etat, chaque ville, chaque comté des Etats-Unis, ainsi que chaque localité dans le monde, peut espérer produire assez d’électricité pour être autosuffisant et résilient. Le soleil brille partout et le vent souffle partout ». « La notion de ‘civilisation écologique’ est non seulement au cœur de la politique intérieure de la Chine mais au cœur de la nouvelle route de la soie. La Chine s’éloigne progressivement de la vision géopolitique qui déterminait les liens entre les nations à l’ère de la première révolution industrielle et de la deuxième révolution industrielle, aux XIXe et XXe siècles, pour adopter la vision de la biosphère propre au XXIe siècle, qui signale l’aube de l’Age écologique. » Ce changement de perspective est presque une aubaine ; si nous l’acceptons et si nous l’intériorisons, nous maîtriserons la disruption climatique en cours et nous survivrons, voire, qui sait, nous nous épanouirons au fil de nombreux siècles dans un monde qui sera sans doute à des années-lumière du nôtre[2] ».

La quatrième révolution industrielle est incontournable !

Le monde de l’énergie fossile est déjà derrière nous malgré ses soubresauts qui peuvent durer encore une génération. Nous sommes à une croisée des chemins. Partout dans le monde c’est le sauve qui peut pour échapper à l’ancien monde et prendre le train du futur, dont l’un des wagons est la révolution électrique, notamment dans le transport. Le monde du futur sera profondément robotisé et fera appel plus que jamais à l’intelligence artificielle qui permettra d’optimiser une énergie qui sera partagée entre plusieurs demandes, l’internet des objets. Plus largement, nous allons vers la quatrième révolution. Cette vision est partagée par plusieurs spécialistes et nous donnons dans ce qui suit la réflexion de Klaus Schawb, fondateur du Forum de Davos. Les possibilités offertes par des milliards de personnes connectées via les appareils mobiles, avec une puissance de traitement, une capacité de stockage et un accès à la connaissance sans précédent, sont illimitées. Et ces possibilités seront multipliées par les avancées technologiques émergentes dans plusieurs domaines tels que l’intelligence artificielle, la robotique, l’internet des objets, les véhicules autonomes, l’impression 3D, la nanotechnologie, la biotechnologie, la science des matériaux, le stockage de l’énergie et l’informatique quantique. Déjà, l’intelligence artificielle nous entoure. Des voitures et drones autonomes aux assistants virtuels, en passant par les logiciels qui traduisent ou qui investissent. L’intelligence artificielle a considérablement progressé ces dernières années grâce à l’augmentation exponentielle de la puissance de calcul et à la disponibilité de vastes quantités de données, des logiciels utilisés pour découvrir de nouveaux médicaments aux algorithmes servant à prédire nos intérêts culturels.

Conclusion

La stratégie énergétique du pays est à inventer. Ce n’est pas l’affaire uniquement du ministère de tutelle ou d’un gouvernement de passage, mais elle devra être le résultat d’une « vision globale » dans laquelle chaque ministère devra jouer son rôle et assumer ses responsabilités. Il est important que le Conseil National de l’énergie soit réhabilité. C’est à lui de lancer les États Généraux de l’énergie qui feront que le débat concernera tous les Algériens, la société civile, les spécialistes, les universitaires. Nous aurons à faire le constat de nos atouts, de nos faiblesses pour pouvoir nous projeter dans l’avenir. Vouloir ne s’occuper que du fossile est de mon point de vue incomplet. L’Algérie devrait faire en sorte que l’énergie concernera aussi bien l’amont que l’aval. Nous ne devons plus vendre de l’énergie pour ne s’occuper uniquement du social immédiat.

Nous devons vendre de moins en moins de pétrole à 60 $ le baril mais du pétrole raffiné à 40 £ le baril. Il faut pour cela réduire drastiquement la consommation de carburant par un prix réel – mise en place de la carte carburant- et parallèlement développer résolument le sirgaz le GNC et se lancer dans la révolution de la locomotion électrique. C’est un challenge pour Naftal et Sonatrach car tous les grands groupes pétroliers se lancent de plus en plus dans le renouvelable. Pourquoi pas une politique cohérente du pays pour lier le pétrole au renouvelable et à la pétrochimie. Chaque calorie thermique devra pouvoir nous permettre de mettre en place un kWh renouvelable. Le pétrole devant de plus être réservé aux usages nobles telle que la pétrochimie.

Il faut croire que le système actuel a un problème avec l’intelligence et la créativité. Pourtant le formidable travail des élèves ingénieurs n’a pas fait l’objet d’aucune mention dans les dépêches de l’APS. Justice n’a pas été rendue à l’effort de ces jeunes génies en herbe pendant plusieurs mois pour préparer le futur. Ils ont été dépossédés de leur djihad scientifique.

Cela ne veut pas dire que cela changera dans le futur par un coup de baguette magique. Nous avons un atavisme qui veut que nous ne voulons pas de têtes qui dépassent. Aucune sollicitude pour les efforts de ces élèves ingénieurs qui inventent le futur. C’est tout cela qui doit changer si on veut un avenir pour le pays en créant un autre Hirak celui de la science qui seul pourra permettre à l’Algérie de vivre dans la dignité et d’avoir une visibilité dans le concert des nations.

Vidéo de l’interview à Maghreb émergent https://youtu.be/FfGUHiwF5so

Professeur Chems Eddine Chitour


Notes :

[1] Jeremy Rifkin, la troisième révolution industrielle ed. les liens qui libèrent) […]

[2] Benoît Georges https://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/le-green-new-deal-selon-rifkin-1141207 18 oct. 2019


Lire aussi :

>>Réglementation thermique 2020, transition énergétique et développement durable

par Mourad HamdanL’énergie est le moteur des économies et des sociétés modernes. Elle constitue, par conséquent, une priorité absolue pour le développement durable. Les sources d’énergie renouvelables doivent donc être au centre des politiques énergétiques.

Lors d’une interview récente, l’ancien PDG de SONATRACH, Monsieur Abdelmadjid ATTAR, a estimé que «l’Algérie a fait beaucoup de progrès techniques en matière de mix énergétique» et a salué l’installation du commissariat aux énergies renouvelables. Selon lui, le fait d’«aller vers une efficacité énergétique, est une très bonne nouvelle».

Il s’est écrié «nous sommes les champions du gaspillage» lorsque la thématique de l’économie d’énergie a été abordée. Il a renchéri en affirmant que «seule une politique sélective de subvention en matière d’énergie pourra mettre fin à l’injustice et faire profiter ceux qui en ont réellement besoin».

Il a situé, par ailleurs, l’urgence au niveau de «la consommation énergétique interne» et a insisté sur le long travail qu’il reste à faire sur le chemin d’une transition énergétique harmonieuse.

Enfin, il nous a fait découvrir, non sans surprise, que «les programmes de développement du secteur énergétique étaient établis en absence de vision à long terme» et que surtout « l’Algérie n’a jamais cru bon de se doter d’une politique ou de stratégie énergétique». C’est dire si nos dirigeants étaient prévoyants et maîtrisaient les notions de prospective, prévision, projection, scénario et stratégie.

Loi sur les hydrocarbures

Après son adoption en conseil des ministres le 14 octobre, le projet de loi controversé sur les hydrocarbures a été adopté récemment par l’APN.

Cette nouvelle loi vise à assouplir et simplifier le régime juridique et fiscal du secteur des hydrocarbures, pour attirer à nouveau les compagnies pétrolières et gazières internationales (car seuls 20 % des appels d’offres ont trouvé preneurs depuis 2008).

Les principales motivations invoquées par le gouvernement concernant ce nouveau cadre juridique et fiscal sont les suivantes :

– Les recettes liées aux hydrocarbures contribuent à 60 % du budget de l’Algérie ;

– 60 % des réserves en énergie, tous produits confondus, ont été consommés et que si on reste à ce stade, on arrivera en 2030 à un bilan déficitaire ;

– L’obsolescence des infrastructures pétrolières algériennes, faute d’investissements récents;

– L’allègement du géant national des hydrocarbures SONATRACH, détenu à 100 % par l’État, du fardeau des lourds investissements et des risques élevés liés à la recherche de nouveaux gisements;

– Le maintien du régime juridique actuel nous mettra en situation de déficit structurel entre l’offre et la demande nationales à compter de 2025 compte tenu de la baisse du volume de production (le pays produit actuellement environ un million de barils de pétrole par jour contre plus de 1,4 million en 2005) et l’augmentation croissante de la consommation nationale.

Bien que cette nouvelle loi laisse les titres miniers (droits sur le sous-sol) aux mains de l’État et continue de garantir une part majoritaire de SONATRACH dans les partenariats, il est évident que les majors pétrolières et gazières ont été sollicitées pour en évaluer les points forts et points faibles et aussi en mesurer l’attractivité.

Instigatrices de cette loi scélérate, les compagnies italienne ENI et française TOTAL ont joué un rôle clé dans son élaboration suite à leur découverte commune d’un champ gazier géant marin (offshore) au large de Skikda. Après consultation et concertation, un deal a été conclu entre la partie algérienne (les généraux octogénaires pour ne pas les citer) et ces multinationales en vue de l’exploitation de ce gisement stratégique.

Bref, en l’absence d’un véritable mode de gouvernance comme arbitrage des intérêts contradictoires, cet accord léonin a abouti à :

– Un élargissement de la palette des types de contrats (qui ont désormais une durée allongée et sont adaptés aux différents risques industriels : contrat de partage de production, de participation et de service avec ou sans risque) ;

– Une remise à plat de la fiscalité, instituant notamment un taux fixe (30 %) de l’impôt sur les résultats et supprimant la « taxe sur les profits exceptionnels». Cette baisse de la fiscalité de 20% constitue un manque à gagner au Trésor public dans un pays où le taux de succès a grimpé de 17% durant la période 1962-1970 à plus de 30% dans l’intervalle 2011-2019 ;

– Un net recul des prérogatives de l’État dans la surveillance et la mise en œuvre des projets d’exploitation au profit des multinationales.

En tant que spécialiste du secteur énergétique, M. Rabah REGHIS souligne toutefois que «la diversification de l’économie nationale, le développement des énergies renouvelables…, la rationalisation du mode de consommation énergétique, l’élaboration d’une loi-cadre de la transition énergétique et la réactivation du Conseil national de l’énergie, sont des volets qui doivent rentrer dans le cadre d’une stratégie globale énergétique dont cette loi (sur les hydrocarbures) devrait émaner».

Il y a lieu donc d’élaborer en urgence une Loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) et d’établir les plans d’action qui devront l’accompagner.

Cette loi-cadre, définissant les grands principes d’une politique énergétique, contribuera au renforcement de l’indépendance énergétique de l’Algérie tout en offrant aux entreprises et aux citoyens l’accès à une énergie compétitive.

Il s’agira d’augmenter le pouvoir d’achat en réduisant les factures d’énergie des ménages, d’améliorer la qualité de vie en protégeant mieux la planète et la santé publique et de saisir les opportunités de croissance, de compétitivité et d’emploi pour les industries existantes et les filières d’avenir. Pour ce faire, l’Algérie sera tenue de mettre à la disposition des citoyens, des entreprises et des territoires des outils efficaces pour agir concrètement.

Définition, enjeux et défis de la transition énergétique

La transition énergétique, mais aussi sociétale, est un enjeu complexe et décisif pour notre avenir. Il ne peut être abordé que par une approche fondée sur l’efficacité énergétique, la pluralité des énergies, le verdissement de chacune d’entre elles, la prise en compte de toutes les externalités, les efforts et la contribution de chaque filière à l’objectif commun.

Définition de la transition énergétique

La transition énergétique désigne l’ensemble des transformations du système de production, de distribution et de consommation d’énergie effectuées sur un territoire dans le but de le rendre plus écologique. Concrètement, la transition énergétique vise à transformer un système énergétique pour diminuer son impact environnemental.

Comprendre la transition énergétique

Volet essentiel du concept de transition écologique, la transition énergétique consiste en une série de changements majeurs dans les systèmes de production de l’énergie et sa consommation. Elle est en cela partie prenante des stratégies de développement durable et de lutte contre le réchauffement climatique.

La transition énergétique s’appuie sur les progrès technologiques et les volontés politiques au sens large (gouvernements, populations, ONG, acteurs économiques…). Les programmes mis en place se fondent principalement sur le remplacement progressif des énergies fossiles et nucléaire par un mix énergétique privilégiant les énergies renouvelables, ainsi que sur une réduction de la consommation, une politique d’économie d’énergie et de réduction des gaspillages énergétiques, notamment via l’amélioration de l’efficacité énergétique et les évolutions comportementales en termes de consommation. Le transfert de certains usages énergétiques vers l’électrique (comme la voiture électrique) est aussi un volet de la transition énergétique.

Loi de transition énergétique

Les objectifs en matière de transition énergétique se doivent d’être concrétisés officiellement par la promulgation d’une loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

Ce texte, dans le cadre d’exigences en termes de compétitivité économique d’un pays, devra mettre en particulier l’accent sur le renforcement de l’indépendance énergétique, la préservation de la santé publique, la protection de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique.

Sept (07) grands objectifs à atteindre devront être fixés, à savoir :

• Réduire les émissions de gaz à effet de serre ;

• Réduire la consommation énergétique ;

• Réduire la consommation énergétique primaire d’énergies fossiles ;

• Augmenter la part des énergies renouvelables ;

• Améliorer les performances énergétiques des bâtiments ;

• Lutter contre la précarité énergétique et affirmer un droit à l’accès de tous à l’énergie sans coût excessif au regard des ressources des ménages ;

• Réduire notre production de déchets.

La transition énergétique et écologique

Globalement, la production d’énergie pollue et utilise beaucoup de ressources. En changeant notre façon de produire et de consommer de l’énergie, on peut réduire les pollutions et notre consommation de ressources. C’est pourquoi la transition énergétique est souvent qualifiée de « transition énergétique et écologique» car elle permet de réduire notre impact sur l’environnement.

La transition énergétique pour la santé et la sécurité

La transition énergétique vise essentiellement deux objectifs :

– Sécuritaire : les centrales thermiques et nucléaires sont appelées à être remplacées par des systèmes décentralisés de production d’énergie renouvelables ;

– Sanitaire : la réduction des pollutions améliore confort, bien-être et qualité de vie.

Transition énergétique et réduction des déchets

En matière de déchets, la transition énergétique permettrait à terme de réduire les déchets issus des productions d’énergie fossiles et nucléaires.

Elle permettrait aussi de mieux valoriser certains types de déchets qui aujourd’hui sont jetés ou gaspillés (les déchets ménagers compostables peuvent être valorisés dans le cadre de programmes de biométhanisation ou d’incinération, où ils servent à produire électricité, chaleur ou énergie).

Transition énergétique pour la «croissance verte»

Deux tendances s’opposent au sein des partisans de la transition énergétique:

– Certains estiment qu’elle serait à terme un moyen d’exploiter efficacement la puissance des nouvelles technologies dans des secteurs d’activité porteurs et créateurs d’emplois et de richesse. En effet, en faisant la transition vers des formes d’énergie plus accessibles, moins chères, renouvelables et plus respectueuses de l’environnement, il serait en théorie possible de relancer la croissance;

– Cependant, d’autres considèrent que la transition énergétique doit au contraire être une opportunité pour réduire la consommation et freiner la croissance. Celle-ci étant généralement liée à la croissance de la consommation énergétique, il peut réellement apparaître comme insensé le fait de poursuivre des objectifs aussi contradictoires que la sobriété énergétique et la croissance économique.

Enjeux de la transition énergétique

Connaître en profondeur le contenu et les modalités de mise en œuvre de la transition énergétique contribuera efficacement à en préciser la trajectoire à moyen et long terme. Des hypothèses réalistes des projections énergétiques annuelles devront être établies et une stratégie nationale bas carbone et de programmation pluriannuelle de l’énergie devra être définie.

Il est essentiel de savoir que dans le cadre de la transition énergétique, un certain nombre d’enjeux et de défis se posent. En fait, la transition énergétique (1) ne signifie pas simplement l’installation de panneaux solaires photovoltaïques (2) et la construction de parcs éoliens (3). Cela touche à des problèmes aussi divers que l’accès à l’énergie, l’adéquation entre la production et la consommation, le prix et le coût de la production énergétique, l’évolution et l’équilibre du mix énergétique.

(1) Avec le soleil qui joue à cache-cache, et le vent qui ne souffle pas tous les jours, la question du stockage de l’électricité est au cœur de la transition énergétique. Alors que d’importants progrès restent à accomplir, des chercheurs du MIT viennent de mettre au point un système de stockage ingénieux permettant d’emmagasiner l’énergie renouvelable à partir de la lumière dégagée par du silicium en fusion, et de restituer cette énergie dans le réseau électrique à la demande, 24 heures sur 24.

• (2) Il y peu, une centrale photovoltaïque innovante a été installée (associant production d’électricité et stockage d’énergie avec batteries à hydrogène) pour alimenter les utilisateurs en continu et éviter l’usage d’un groupe électrogène.

• Le panneau photovoltaïque s’est adapté aux exigences esthétiques les plus strictes et est devenu élément architectural à part entière.

• Des tuiles solaires permettent de réaliser des toitures intégralement photovoltaïques et totalement imperceptibles.

(3) En comparaison avec des panneaux solaires, une éolienne à puissance égale produit quatre fois plus et sa production optimale est située en période hivernale quand nous avons besoin le plus d’énergie. Elle est aussi capable de produire 24/24. La durée de vie d’une éolienne peut dépasser les 20 ou 30 ans (pour le haut de gamme) et sa production ne décroit pas avec le temps contrairement à celle des panneaux solaires.

La thématique «énergie-climat» et les politiques publiques

Il semble indispensable d’intégrer la thématique «énergie-climat» dans la totalité des politiques publiques touchant à la fois aux dimensions économiques, sociales, technologiques ainsi qu’aux politiques d’aménagement des territoires et de protection de l’environnement, et d’impliquer l’ensemble des acteurs, en s’appuyant en particulier sur les échelons locaux.

La mise en place de telles politiques transversales et globales va nécessiter un réel changement de culture dans les institutions algériennes, en particulier pour les collectivités locales. Les politiques énergétiques ne peuvent plus être seulement techniques, elles doivent concerner l’ensemble des aménagements et actions réalisées à tous les niveaux.

En s’inscrivant dans une réelle transition énergétique, l’Algérie se préparera d’une façon responsable à l’après pétrole en instaurant un modèle énergétique robuste et durable face aux enjeux d’approvisionnement en énergie, à l’évolution des prix, à l’épuisement des ressources et aux impératifs de la protection de l’environnement.

Pour donner un cadre à l’action conjointe des citoyens, des entreprises, des territoires et de l’État, la loi sur la transition énergétique devra fixer des objectifs chiffrés à moyen et long termes sur :

• La réduction des émissions de gaz à effet de serre (une trajectoire devra être suivie dans les budgets carbone) ;

• La réduction de la consommation énergétique finale ;

• La réduction de la consommation énergétique primaire (4) d’énergies fossiles ;

• L’accroissement de la part des énergies renouvelables au niveau de la consommation finale brute d’énergie ;

• Le niveau de performance énergétique conformément aux normes «bâtiment basse consommation » pour l’ensemble du parc de logements ;

• La Lutte contre la précarité énergétique ;

• Le droit à l’accès de tous à l’énergie sans coût excessif au regard des ressources des ménages ;

• La réduction de la quantité de déchets mis en décharge et le découplage progressif entre la croissance économique et la consommation de matières premières.

(4) L’énergie primaire est le seul indicateur qui traduit les impacts sur notre planète des prélèvements de ressources naturelles et permet de comparer la responsabilité des énergies entre elles.

L’énergie primaire est considérée en Europe comme étant le seul mode d’expression des objectifs pour apprécier la performance énergétique des bâtiments.

C’est le coefficient d’énergie primaire qui permet de remonter la quantité des prélèvements faits sur les ressources épuisables de la planète, car la notion clé du raisonnement est le caractère épuisable.

Nouveaux outils de pilotage aux niveaux national et local

La future loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte devra favoriser une croissance économique durable et la création d’emplois pérennes.

Elle devra rénover profondément les outils de gouvernance nationale et territoriale pour permettre une définition plus partagée des politiques et objectifs. Les moyens d’actions des collectivités territoriales devront eux aussi être clarifiés et renforcés.

Elle devra prévoir l’élaboration d’une stratégie nationale bas carbone SNBC, d’une programmation pluriannuelle de l’énergie PPE et de plusieurs autres outils nationaux, prenant en compte à la fois la SNBC et la PPE : on peut citer notamment la stratégie de développement de la mobilité propre (voiture électrique), annexée à la PPE, le plan de réduction des émissions de polluants atmosphériques, la stratégie nationale de recherche énergétique, la stratégie nationale de mobilisation de la biomasse.

Au niveau local, elle devra renforcer le rôle des collectivités pour mobiliser leurs territoires (5) et réaffirmer le rôle de chef de file de la région dans le domaine de l’efficacité énergétique en complétant les schémas régionaux climat air énergie SRCAE par des plans régionaux d’efficacité énergétique.

La loi devra prévoir en outre le recentrage des plans climat air énergie PCAE, intégrant désormais la composante qualité de l’air, uniquement au niveau intercommunal, avec un objectif de couvrir tout le territoire.

(5) En géographie politique, le territoire est défini en se concentrant sur les rapports de pouvoir et leurs transcriptions dans l’espace.

Mesures phares

La LTECV devra couvrir les différents domaines clés de la transition énergétique et contenir de nombreuses mesures :

• De rénovation du parc de bâtiments existants pour améliorer significativement la performance énergétique ;

• D’amélioration de la performance énergétique et environnementale des bâtiments neufs en visant la promotion des bâtiments à énergie positive ou à haute performance environnementale ;

• De développement des transports propres, en imposant le renouvellement des flottes publiques par une proportion minimale de véhicules à faibles émissions, ou en permettant des mesures de restriction de la circulation dans les zones affectées par une mauvaise qualité de l’air ;

• De lutte contre les gaspillages et de promotion l’économie circulaire (6), en particulier en visant le découplage progressif entre la croissance économique et la consommation de matières premières, en développant le tri à la source (notamment des déchets alimentaires et des déchets des entreprises) et les filières de recyclage et de valorisation (par exemple dans le secteur du bâtiment) ;

• De développement des énergies renouvelables ;

• De simplification des procédures et de clarification du cadre de régulation, avec la mise en place d’un nouveau mode de calcul des tarifs réglementés de vente d’électricité, de mesures pour garantir la compétitivité des entreprises fortement consommatrices d’énergie, ou la limitation des délais de recours, la clarification des responsabilités des opérateurs, et la facilitation des raccordements en zone constructible, rurale et littorale pour les installations de productions d’énergie à base de sources renouvelables ;

• De lutte contre la précarité énergétique, en créant en particulier le chèque énergie pour aider les ménages disposant de revenus modestes à payer leur facture.

(6) L’économie circulaire vise à changer de paradigme par rapport à l’économie dite linéaire, en limitant le gaspillage des ressources et l’impact environnemental, et en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits.

L’économie circulaire cible la gestion sobre et efficace des ressources et prône un modèle fondé sur le cycle de vie du produit appréhendé comme une ressource.

Transition écologique et analyse de données

L’analyse de données est un enjeu crucial de la transformation des acteurs de l’énergie. Leur exploitation et leur valorisation permettent à ces acteurs d’accélérer leur mutation et de s’inscrire dans ce que l’on appelle l’industrie 4.0.

Les données au cœur des politiques énergétiques en matière de transition écologique

Il n’existe pas une solution simple et unique qui rendrait facile la transition écologique. Celle-ci nécessite au contraire de trouver des équilibres complexes tributaires du contexte et qui varient dans le temps. C’est là qu’interviennent les données à travers leur rôle précieux.

Elles permettent de mesurer avec précision, modéliser et effectuer des prévisions. Elles sont donc utiles pour mettre en place un pilotage fin et optimiser à la fois la production et la consommation énergétique.

Accélération de la mutation grâce à l’exploitation et la valorisation des données

En période de mutation, personne ne connait à l’avance la solution finale : il faut pouvoir itérer (d’où l’importance du rythme d’itération) pour avancer et mettre en œuvre rapidement les retours d’expérience (7) pour progresser.

L’agilité dans l’exploitation et la valorisation des données est donc primordiale afin d’éprouver rapidement (en production) les permanences et évolutions réalisées (ajout de nouvelles sources de données, de nouveaux algorithmes, etc.) et conduire par conséquent un processus d’amélioration continue.

De nouveaux outils ont été conçus dans ce but : les plateformes dédiées au traitement des données permettent de se concentrer sur ce qui a une valeur métier (les données, leur organisation, leurs traitements, etc.) en se libérant de problématiques techniques.

Ces plateformes permettent d’accélérer drastiquement le rythme, de diminuer le «time-to-market» et de converger plus rapidement vers une solution optimisée. Donc d’accélérer in fine la transition.

(7) Le retour d’expérience est un élément de progrès indispensable à toute organisation. Cette notion exprime l’enrichissement des connaissances pour un individu ou un groupe ici considéré comme organisation apprenante. C’est une des étapes de base de la méthode expérimentale, qui s’appuie sur un protocole scientifique et des expériences.

Rôle de la «social intelligence»

La composante humaine complète la technologie et les data. La ‘social intelligence’ peut être intéressante dans la mesure où elle détecte et anticipe les inflexions d’attitude par exemple.

Dans le cas des risques liés à l’exploitation des données «sociales», il faut être capable de s’adapter très rapidement et d’être sur des cycles d’évolution courts.

lndustrie 4.0 et sobriété énergétique

L’industrie 4.0 (activité très énergivore) peut mobiliser instantanément (spécialement dans le Cloud) d’énormes puissances de calcul.

Il suffit par exemple d’un clic pour lancer une fonction d’autoML (8). Cette action va générer en cascade des dizaines voire des centaines d’entraînements de modèles (9).

Dès lors il faut prendre soin de bien valider l’efficacité de la solution au sens large, c’est – à – dire veiller à ce que les bénéfices métier et d’optimisation de la consommation énergétique soient supérieurs à ce qui est consommé durant le traitement des données.

(8) Optimisation d’hyper-paramètres de modèle de Machine Learning.

(9) L’entrainement étant en soi un des process les plus consommateurs en ressources informatiques, donc en énergie.

Réglementation environnementale et bâtiment

Le secteur du bâtiment doit être :

– Au cœur de la stratégie du gouvernement pour relever le défi de la transition énergétique ;

– Une opportunité pour l’innovation ;

– Le moteur du développement de la filière et de l’emploi local.

Ce secteur constitue un gisement majeur d’efficacité énergétique et l’effort doit collectivement porter sur les constructions neuves et le parc de bâtiments existants.

La loi est tenue de fixer le cadre de la réglementation environnementale du bâtiment neuf qui devra prendre en compte des exigences énergétiques et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ces émissions devront être calculées sur l’ensemble du cycle de vie des constructions afin d’appréhender les gisements de réduction d’émissions lors des phases de construction et d’exploitation.

Réglementation thermique RT 2020

La réglementation thermique actuelle RT 2012 sera bientôt remplacée par la RT 2020. Elle encadre les professionnels du bâtiment et concerne la construction en neuf. Depuis la mise en place de la première réglementation thermique en 1974, le secteur du bâtiment s’installe dans une dynamique d’amélioration des matériaux de construction et de limitation de consommation énergétique.

Qu’est-ce que la RT 2020 ?

La RT 2020 réunit un ensemble de normes visant à construire des bâtiments à énergie positive et des maisons passives. Un bâtiment répondant aux directives de la RT 2020 doit avoir une consommation de chauffage inférieure à 12 kWhep par m2 et une consommation totale en énergie (chauffage, eau chaude sanitaire, éclairage et appareils électriques) inférieure à 100 kWh par m2. Les normes RT 2020 ciblent le zéro gaspillage énergétique, ainsi que la production d’énergie. Elles rendent également l’utilisateur acteur de la transition énergétique.

Pourquoi une nouvelle réglementation thermique en 2020 ?

Le bâtiment représente 40 % de l’énergie totale consommée en Europe, devant les transports et l’industrie. Ce secteur est responsable de plus de 40 % des émissions de CO2. L’entrée en vigueur de la réglementation thermique 2020 a pour but de réduire la consommation d’énergie et l’émission de gaz polluants responsables de l’effet de serre grâce à la construction de bâtiments autonomes et favorisant l’économie d’énergie.

Quelles sont les différences entre la RT 2012 et la RT 2020 ?

Si les deux réglementations diffèrent selon plusieurs aspects, il faut savoir par contre que la RT 2012 et la RT 2020 partagent quelques points communs à l’instar de la prise en compte de certains types d’usages.

Mais soulignons le fait que la nouvelle réglementation met l’accent sur la construction ‘BEPOS’ qui génère plus d’énergie qu’elle n’en consomme (10), la suppression du gaspillage énergétique et les effets du carbone de la construction (en vue d’une moindre empreinte environnementale).

(10) Le BEPOS (Bâtiment à Energie POSitive) se caractérise par une approche globale de la construction : de l’avant – projet avec l’étude des spécificités du site d’implantation et des matériaux utilisés jusqu’à sa livraison et sa gestion afin d’optimiser la chaîne de valeur d’un point de vue éco-responsable. Il encourage également l’utilisation de matériaux recyclables et locaux.

Principes de la maison passive

Une maison passive est un bâtiment qui produit autant d’énergie qu’il en consomme. Elle est alors considérée comme autonome. Grâce à une isolation performante et des matériaux de construction spécifiques, la maison passive consomme en moyenne 4 fois moins d’énergie qu’une maison traditionnelle. En plus d’être beaucoup moins énergivore, la maison passive propose un confort de vie plus important, sans courant d’air et avec une température homogène. La RT 2020 souhaite dépasser ce concept avec la construction de bâtiments à énergie positive.

Qu’est-ce qu’un bâtiment à énergie positive ?

Le bâtiment à énergie positive, plus communément appelé BEPOS, est un bâtiment qui génère plus d’énergie qu’il n’en consomme au quotidien. Pour ce faire, les matériaux utilisés pour leur construction doivent favoriser l’accumulation et la diffusion de la chaleur dans le bâtiment. Toits, fenêtres, murs d’enceinte entre autres sont conçus de façon à couvrir les dépenses énergétiques annuelles des occupants du bâtiment.

L’orientation de ce type de construction est réfléchie selon le taux d’exposition aux UV et grâce aux énergies renouvelables, le bâtiment produit sa propre énergie. À terme, le surplus d’énergie peut par la suite être revendu au réseau électrique public. La RT 2020 définit donc le cahier des charges à remplir pour concevoir les BEPOS.

Quels matériaux utiliser pour une construction BEPOS ?

Pour réaliser un bâtiment à énergie positive, les professionnels doivent utiliser des matériaux écologiques. Leur conception doit non seulement être respectueuse de l’environnement mais aussi leur utilisation doit garantir une grande performance énergétique. Pour l’ossature du bâtiment, la brique de terre cuite, de terre crue ou le bois sont utilisés tandis que pour assurer une isolation, le chanvre, la fibre de bois, le liège, le feutre de laine de mouton ou encore la ouate de cellulose sont à privilégier.

L’isolation

L’isolation est un procédé visant à limiter les pertes thermiques d’un bâtiment afin de réduire sa consommation d’énergie.

L’isolation thermique est définie par différents procédés tels que :

– L’isolation thermique intérieure (ou ITI) consiste à plaquer un isolant thermique à l’intérieur du bâtiment, contre les éléments de structure. L’avantage de cette technique réside dans la facilité de sa mise en œuvre. Son inconvénient majeur se situe au droit des planchers et murs de refends en raison de la création de ponts thermiques en ces endroits ;

– L’isolation thermique extérieure (ou ITE) consiste à appliquer un «manteau thermique» sur la structure extérieure. Les ponts thermiques sont ainsi éliminés et l’isolation créée de cette façon permet une meilleure performance énergétique ;

– L’isolation thermique répartie (ou ITR) est l’utilisation de matériaux avec structure isolante (briques Monomur, agglos de type Siporex…).

Dans tous les cas, l’isolation thermique est de plus en plus renforcée au fil des réglementations thermiques. La RT 2012 sur-isole les bâtiments pour leur donner un caractère de performance quel que soit le système de chauffage et une pérennité d’efficacité énergétique dans le temps.

Le chauffage

Le chauffage répond à un besoin physiologique de confort des individus. En matière industrielle, il permet la transformation des matières et le chauffage de process industriel.

Dans le bâtiment, un équipement de chauffage assure le confort thermique des utilisateurs. Il répond également à leurs besoins en termes de fourniture d’eau chaude sanitaire (11). Le chauffage comprend généralement un générateur comme une chaudière ou une pompe à chaleur (PAC) qui alimente un ou plusieurs émetteurs de chaleur comme des radiateurs ou un plancher chauffant. Ceux-ci transmettent la chaleur produite dans le local (volume) à chauffer. Cette même chaudière (ou PAC) pouvant produire également de l’eau chaude sanitaire.

Dans le cas général, le générateur est une chaudière à gaz, fioul, ou bois et fournit de l’eau chaude à une température maximale inférieure à 90° C. L’eau chaude de chauffage peut également être produite grâce à des panneaux photovoltaïques ou à une PAC générant de l’eau chaude à une température avoisinant les 60°C eu égard aux performances de son système thermodynamique.

En ce qui concerne le chauffage électrique, le générateur de chaleur et l’émetteur de chauffage sont identiques (cas d’un radiateur ou d’un convecteur électrique).

(11) L’eau chaude sanitaire (ECS) est un réseau d’eau chauffée à usage domestique et sanitaire. L’eau peut être réchauffée à l’aide d’un chauffe-eau ou par un circuit de chauffage dédié à cette utilisation dans une chaudière mixte.

La production d’eau chaude sanitaire est ainsi liée aux systèmes de chauffage et d’énergie utilisés. D’où l’utilisation recommandée de chaudières à condensation, de panneaux solaires (CESI) et de chauffe-eau thermodynamiques.

Les besoins d’eau chaude sanitaire sont de fait plus prépondérants dans le BBC ou bâtiment basse consommation. En effet celui-ci étant de plus en plus isolé thermiquement, le poste chauffage est en perpétuelle décroissance. Et le poste de consommation d’eau chaude sanitaire croît de ce fait.

Chauffage statique et dynamique

– Parmi les émetteurs de chauffage statique nous listons les radiateurs à eau chaude, le plancher chauffant ou PCBT (plancher chauffant basse température) et le plafond rayonnant ou PRE (plancher chauffant rayonnant). C’est la solution de chauffage central qui est la plus connue. Ce système comporte une chaudière alimentant des radiateurs à eau chaude ou un système de plancher chauffant basse température et ce via une distribution bitubes.

– En comparaison, il existe un mode dit dynamique. Dans ce cas, la chaleur est propulsée dynamiquement par une ventilation qui assure un brassage de l’air diffusant rapidement la chaleur et le chauffage. Les émetteurs appropriés sont les unités de confort ou ventilo-convecteurs, les aérothermes, le chauffage à air pulsé, …

Enfin, nous distinguons le chauffage d’appoint comme un complément de chauffage localisé pour élever de quelques degrés la température de confort.

Génie climatique et énergétique

Nous distinguons deux familles de solutions de chauffage: le «vecteur eau» et le «vecteur air»:

– Le vecteur eau utilise l’eau chaude comme médian, c’est le cas d’une installation de chauffage central, ou de chauffage à l’aide de panneaux solaires thermiques (12) ;

– Le vecteur air utilise l’air directement chauffé voire rafraîchi pour assurer un confort en période estivale. C’est le système que compose par exemple une PAC air/air qui diffuse aussi bien l’air chaud dans les pièces à chauffer que l’air frais dans les pièces à climatiser.

(12) Deux systèmes solaires sont actuellement utilisés dans le bâtiment. Alors que le panneau photovoltaïque capte la lumière du rayonnement solaire pour produire de l’électricité, le panneau solaire thermique, quant à lui, capte la chaleur du rayonnement solaire pour produire de l’eau chaude sanitaire et de chauffage.

Production d’eau chaude sanitaire (ECS)

La PAC fournit de l’eau chaude pour le chauffage mais également comme une chaudière mixte pour l’eau chaude sanitaire. La PAC est dans ce cas équipée d’un module hydraulique et d’un ballon ECS de 200 ou 300 l.

Les PAC haute température qui produisent de l’eau chaude jusqu’à 80°C peuvent ainsi remplacer une chaudière.

Signalons que la chaudière hybride est une PAC et chaudière totalement intégrées et imbriquées. La régulation optimisant le mode de production d’eau chaude selon les conditions extérieures, chaudière quand il fait très froid et PAC lorsque les températures sont plus clémentes.

Signalons également les chauffe-eau thermodynamiques CET qui ressemblent à des chauffe-eau électriques où la résistance électrique aurait été remplacée par un échangeur serpentin d’une PAC intégrée.

Le CET s’installe en mode split avec une unité extérieure déplacée. Le CET peut être plus simplement monobloc, ou mieux connecté à la VMC (ventilation mécanique contrôlée). Dans ce cas le COP est meilleur car l’air qui irrigue la PAC intégrée est toujours à température clémente. Sur le plan de l’efficacité, le CET se positionne comme une solution intermédiaire entre le chauffe-eau électrique classique et le chauffe-eau solaire individuel.

On note enfin que le projet Symbiose, mené par les équipes d’Ecotropy, a imaginé l’installation de serres intelligentes sur les toitures d’immeubles plats afin de capter et stocker l’énergie solaire pour chauffer le bâtiment et produire de l’eau chaude sanitaire.

La pompe à chaleur

La PAC soutire les calories présentes dans le milieu naturel tel que l’air, l’eau, la terre ou le sol, et la transmet en l’amplifiant vers un espace à chauffer. L’action motrice d’un compresseur électrique sur un fluide réfrigérant à changement de phase réalise cette opération thermodynamique.


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