DEUX HEURES DE LUCIDITÉ – NOAM CHOMSKY

Durant ces Deux heures de lucidité (1999), entretien avec Denis Robert et Weronika Zarachowicz, Noam Chomsky décortique les différents mécanismes sociétaux qui nous entourent. Il en propose une analyse lucide et rigoureuse qui nous permet de mieux comprendre la société de marché, l’économie invisible, les centres de pouvoirs ainsi que la fabrication du consentement.

 C’est sur ce dernier point que l’américain met l’accent, en déconstruisant les mécanismes de l’appareil médiatique, faussement neutres. Il décrit ce système comme celui d’une propagande organisée, à laquelle participent les États et les entreprises privées.

Ce qu’il faut retenir :

La liberté d’expression est supérieure à toutes les autres libertés. Cette idée a amené Chomsky à défendre certains auteurs polémiques, particulièrement en France où, selon lui, la liberté d’expression est la plus limitée.

Dans le système néolibéral, les intérêts publics et privés sont de plus en plus en plus collusion. Grâce au fonctionnement capitaliste de marché, dans une économie invisible marquée par la corruption, les multinationales privées prennent le pas sur les États, et les intérêts de ces premières se confondent désormais avec les intérêts étatiques. On voit ainsi dominer des centres de pouvoir, constitués majoritairement par les multinationales, y compris dans les grandes démocraties européennes ou américaine.

La démocratie a perdu son sens originel et n’est plus qu’un moyen de manipuler les populations pour favoriser les intérêts des plus puissants. Ces derniers recourent à la propagande, seul moyen de contrôle efficace dans une société plus libre, dans laquelle on ne peut plus recourir à la coercition. L’élite intellectuelle et les médias participent, plus ou moins consciemment, à cette mécanique de manipulation en rendant les individus apathiques, les empêchant de se révolter contre le système en place.

Biographie de l’auteur

Noam Chomsky, né le 7 décembre 1928 à Philadelphie, est un linguiste américain et professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné pendant toute sa carrière. Également connu pour son activisme politique et sa critique de la politique étrangère et des médias américains, il s’affiche comme un sympathisant de l’anarcho-syndicalisme. En autres, il fustige l’utilisation du terme « terroriste » qui, selon lui, permet aux gouvernements de se dédouaner de la dimension terroriste de leurs propres politiques. Il est également un fervent défenseur de la liberté d’expression.

Très apprécié par l’extrême gauche, Noam Chomsky est soumis à de vives critiques de la part des libéraux et des partisans de la droite américaine. Cependant, il reste reconnu comme l’un des plus grands intellectuels vivants, ayant notamment reçu de nombreux diplômes honorifiques des plus grandes universités au monde.

Avertissement : Ce document est une synthèse de l’ouvrage de référence susvisé, réalisé par les équipes d’Élucid ; il a vocation à retranscrire les grandes idées de cet ouvrage et n’a pas pour finalité de reproduire son contenu. Pour approfondir vos connaissances sur ce sujet, nous vous invitons à acheter l’ouvrage de référence chez votre libraire. La couverture, les images, le titre et autres informations relatives à l’ouvrage de référence susvisé restent la propriété de son éditeur.

Synthèse de l’ouvrage

Introduction

La domination d’un groupe se caractérise par plusieurs éléments. D’abord « plus un groupe est puissant, plus il met en avant des hommes politiques qui servent ses intérêts. » Aux côtés de la classe politique, les médias constituent un second élément de la domination. Derrière la soi-disant objectivité des commentaires sociaux, se cachent en réalité « des présuppositions et des principes idéologiques qui s’effondrent lorsqu’ils sont mis à nu ». Le système américain, et les démocraties occidentales de manière générale, répondent parfaitement à cette description, donnant à voir des idéologies latentes et des manipulations de la part des intellectuels.

D’autres éléments permettent d’illustrer ces mécanismes, comme l’existence d’une oligarchie financière, le rapport entre diplomatie et terrorisme aux États-Unis, ou les codes médiatiques utilisés à des fins de propagande.

Chapitre I. Les intellectuels

Dans un tel système, les intellectuels se sont donné pour rôle de rendre la population passive, obéissante, ignorante et programmée. En maintenant le peuple dans l’apathie, les intellectuels et les élites garantissent qu’il reste inoffensif. En effet, « plus une société devient libre, plus il est difficile d’utiliser la force, plus il faut déployer d’énergie pour contrôler les opinions et les comportements ». En d’autres termes, lorsqu’une société se démocratise, il n’est plus possible de mettre en œuvre la coercition comme instrument de contrôle et de marginalisation. Ainsi, c’est tout naturellement que les élites se tournent vers la propagande.

Rappelons que les grandes firmes de relations publiques, de publicité, de télévision ont pour fonction première le contrôle des esprits. Ce contrôle passe par la création de « besoins artificiels » que les individus, manipulés par les discours de propagande, cherchent absolument à assouvir. Les dirigeants de ces entreprises ont une approche très pragmatique : ils « orientent les gens vers les choses superficielles de la vie, comme la consommation ». En créant des murs artificiels, ils enferment les individus et les isolent les uns des autres.

Le rôle des intellectuels devrait être de chercher à mettre à jour la vérité. Or, « un énoncé est vrai quand il correspond à la réalité. […] Quand vous approchez d’une explication exacte, vous vous approchez de la vérité ». Telle devrait être la vocation d’un intellectuel : expliquer la réalité pour diffuser la vérité.

Chapitre II. La France et l’affaire Faurisson

Chomsky s’est fait connaître en France en signant une pétition contre les poursuites judiciaires liées à la parution d’un travail de Robert Faurisson, universitaire français connu pour ses prises de position négationnistes. Cette signature entre dans la revendication générale de Chomsky pour une liberté d’expression totale : « Je signe tous les jours des pétitions pour des gens, alors que je ne sais rien ou quasiment rien de leurs opinions ou de leur action ; c’est le pain quotidien des défenseurs des droits de l’homme ».

Ce soutien suscita en France certaines réactions violentes. Pourtant Chomsky s’inscrivait simplement dans la tradition américaine de la liberté d’expression totale, protégée par le Premier amendement de la Constitution. Pour répondre, Chomsky rédigea alors un article dans lequel il expliquait que reconnaître à une personne le droit d’exprimer ses opinions ne revenait nullement à les partager.

Il existe un retard français en matière de liberté d’expression et d’ouverture au monde. « C’est un pays très replié sur lui-même, où un certain nombre d’intellectuels se préoccupent peu de ce qui se passe dans le reste du monde. » Les intellectuels parisiens, très influents, créent leurs propres mythes sur de nombreux sujets de société, jusqu’à instituer une forme de « dogmatisme, sans prise sur le monde réel ».

Attaqué par quelques intellectuels français, Chomsky répondait dès 1981 que « la négation de l’holocauste me semble totalement impossible », et le qualifiait de « l’explosion la plus fantastique de folie collective dans toute l’histoire de l’Humanité » [Réponses inédites à mes détracteurs parisiens, Spartacus, p. 43 et 44].  Dans Manufacturing Consent, il précisa encore sa vision :

« Je ne pense pas que l’État devrait avoir le droit de déterminer la vérité historique et de punir les gens qui dévient de cette vérité. Je refuse de donner à l’État un tel droit […]. Si vous croyez en la liberté d’expression, vous croyez alors dans la liberté de parole pour les opinions qui vous déplaisent également.

Goebbels était en faveur de la liberté de parole pour les opinions qu’il aimait… Et Staline était pareil. […] Si vous êtes en faveur de votre liberté de parole, cela signifie que vous êtes en faveur de la liberté de parole pour les opinions que précisément vous méprisez. Sinon, vous n’êtes pas en faveur de la liberté d’expression. »

Enfin, sur le négationnisme, Chomsky indiqua clairement sa position dans Le Monde en 1998 [Le Monde, 1er septembre 1998] :

« Si scandaleuses que soient vos idées, si vous n’avez pas le droit de les exprimer, vous perdez ce qui fait l’essentiel de la démocratie et de la liberté. […] Aux États-Unis, vous avez des professeurs d’université qui publient des livres négationnistes et rares sont ceux qui y prêtent la moindre attention, c’est au fond une petite secte de cinglés.

En revanche, si des historiens éminents prenaient une page entière du New York Times et dénonçaient ces professeurs pour avoir eu le culot d’écrire ces livres, l’affaire prendrait de l’ampleur, tout le monde serait au courant, ça commencerait à intéresser les gens, et les négationnistes bénéficieraient d’une énorme publicité. C’est en fait ce qui s’est passé en France.

S’il n’y avait pas eu d’attaques contre ces gens-là rares sont ceux qui auraient entendu parler d’eux. Ma position sur l’Holocauste reste conforme à ce que j’ai déjà écrit il y a trente ans : il s’agit de la pire atrocité de l’histoire humaine, et le fait même d’en discuter est ridicule. »

Chapitre III. Les centres de pouvoir

Les centres de pouvoir se trouvent de manière générale dans les pays riches. La plupart du temps, ils prennent la forme de multinationales, de banques ou d’institutions internationales. Ce sont des systèmes économiques qui tendent à être des oligopoles. Tous ces organismes sont liés par des alliances et des intérêts communs. À la tête de cette économie mondiale se trouve l’OMC, définie comme « une arme de guerre contre la démocratie », son objectif étant de transférer encore plus de pouvoir entre les mains des dirigeants d’entreprise.

Le plus dérangeant dans cette situation est la confusion croissante entre les intérêts des États et des grandes entreprises. Il y a eu une réelle transformation au cours des vingt-cinq dernières années en ce qui concerne le transfert des décisions politiques du secteur public au secteur privé. Dans le même temps, les multinationales prennent conscience de l’importance d’avoir un État puissant pour les protéger. Par conséquent, la question qui se pose en filigrane est celle de savoir si les multinationales (entreprises) sont aujourd’hui plus puissantes que les États.

« L’entreprise est une institution totalitaire ». En effet, les multinationales ont des droits sur les individus. Elles ont acquis un pouvoir considérable et jouent désormais un rôle prépondérant dans la vie économique, sociale et politique. Parallèlement, les pouvoirs de l’État, dont les intérêts sont aujourd’hui liés à ceux des multinationales, se sont accrus, au détriment du pouvoir démocratique.

Ces deux phénomènes sont liés à la logique néolibérale, caractérisée par « le passage du pouvoir des citoyens à des entités privées ». Ce qu’il faut comprendre de façon implicite, c’est que ces mêmes multinationales prennent le pas sur la politique de l’État tout en étant « dirigées d’en haut » par un petit groupe d’individus souhaitant maximiser leurs intérêts, le tout en étant — quasiment — pas responsables devant le peuple.

Cependant, nous ne vivons pas dans un système totalitaire, car « il n’y a rien au sommet de la pyramide ». S’il y a bien « des poches de totalitarisme, le système est beaucoup plus diffus ». Ainsi, certaines mobilisations citoyennes sont suffisamment puissantes pour, ponctuellement, faire plier ceux qui sont aux commandes.

Ce système néolibéral a aussi des conséquences sur le comportement humain. Quand, après la Seconde guerre mondiale, « de puissants partis sociaux-démocrates et d’autres courants démocratiques plus radicaux menaçaient le règnes des entreprises », des agences de publicité et de communication furent mobilisées pour imposer « une philosophie de la futilité où les gens s’attachent aux choses superficielles de la vie, tels les objets de consommation à la mode, oubliant les idées dangereuses de compassion, de solidarité, de souci d’autrui et d’une façon plus générale les valeurs humaines. »

Par ailleurs, à l’aube de l’ère du numérique, il semble important dans nos sociétés de s’intéresser à l’utilisation d’Internet, où s’applique également la logique néolibérale. Internet est censé être un bien collectif, créé par des fonds publics, à l’initiative du public. Pourtant, cette propriété publique a été cédée à des entreprises — exemple frappant de la collusion entre intérêts de l’État et intérêt des multinationales. Ainsi, ce sont finalement les contribuables, qui ont financé ces innovations, qui se retrouvent à devoir payer pour des services qu’ils ont eux-mêmes subventionnés.

Chapitre IV. Le capitalisme

Le principal changement réside dans la décision prise par les États-Unis et la Grande-Bretagne, dans les années 1970, de déréglementer la finance. En démantelant le système de Bretton Woods, le pouvoir tend à passer du côté du privé, et en particulier du capital financier. On assiste dans la continuité de cette mutation à un déclin des missions de service public au profit d’une montée de l’individualisme.

Dans cette nouvelle ère économique, les marchés financiers ont un rôle de plus en plus important. Tous les acteurs de ces marchés « essaient de deviner ce que les autres vont faire pour faire de même, le résultat est que tout prend des proportions excessives ». En conséquence, on assiste de plus en plus régulièrement à des catastrophes économiques. Ce système, extrêmement instable, risque très probablement un effondrement.

Une véritable économie de marché conduirait à une catastrophe généralisée. En effet dans les dispositions actuelles, « chacun s’efforce de maximiser ses profits sans se soucier des conséquences pour le reste de la planète ». Se pose alors la question d’une catastrophe écologique. Ainsi, il apparaît nécessaire de rappeler que les actions d’aujourd’hui auront des conséquences sur le futur auxquelles les jeunes générations devront faire face. Par conséquent, « rien ne garantit l’avenir de la société, sauf la vigilance du public. »

C’est pourquoi l’opinion publique tend à se préoccuper de plus en plus de la question environnementale. Cependant, nous vivons dans une société dominée par le marché et où les conséquences à long terme sont externalisées et ne pèsent que de façon marginale sur les décisions.

Chapitre V. L’économie invisible

À côté de l’économie officielle, on retrouve une forme d’économie parallèle, dite  invisible, regroupant l’argent de la mafia, de la drogue et de la corruption, mais surtout de nombreuses techniques utilisées par les multinationales pour échapper aux impôts. On parle notamment de corruption légale, lorsqu’il est question d’optimisation fiscale. Quid du politique dans ces situations de corruption ? Le fait est que « les hommes politiques ne vont pas se dresser contre les banques. »

Les différents types de mouvements de capitaux sont mal connus puisque la plupart des pays ne diffusent pas de chiffres précis. Une partie considérable des investissements se retrouve dans les paradis fiscaux. Ces mêmes terres de non-imposition « n’existent que parce que les pays riches le veulent bien. S’ils le veulent bien, c’est pour que les grandes entreprises puissent, en toute impunité, voler les citoyens. Tel est le rôle de l’État : faire en sorte que les riches deviennent encore plus riches. » Tout cela permet finalement de voler sans difficulté les citoyens, en ne payant pas d’impôts.

Il est indispensable de lutter contre cette corruption, notamment en informant les citoyens de son existence. Il faut transmettre une éducation populaire, s’opposant aux discours transmis dans les médias, à l’école et par la classe intellectuelle dominante. « Ensuite, il faut une mobilisation du genre de celle qui a fait reconnaître les Droits de l’homme, ou l’égalité entre hommes et femmes. »

Chapitre VI. Les centres de pouvoir (suite)

Les grandes entreprises ont été conçues de manière à être des « systèmes tyranniques ». En passant d’un capitalisme patrimonial à un capitalisme « déréglementé », on a en réalité permis aux entreprises de réglementer elles-mêmes les marchés. Les États ont suivi ce mouvement et ainsi, « quand un pays abroge certaines lois, les autres doivent suivre », afin de garantir la logique de déréglementation.

Ce changement, c’est l’avènement de la mondialisation. « Ce n’est pas un phénomène naturel, c’est un phénomène politique conçu pour atteindre des objectifs précis. Les marchés obéissent à des règles qui doivent peu au hasard. La façon dont la mondialisation se met en place a pour conséquence de rapprocher la planète du modèle américain. »

Il ne faut cependant pas rejeter en bloc la mondialisation. Elle a de nombreux avantages. La question n’est pas de l’empêcher, mais de comprendre comment elle a été élaborée. Les règles mises en œuvre sont en fait édictées par le secteur privé et par l’État, qui entretiennent des liens très étroits. Finalement, elles poursuivent les mêmes buts.

Il semble pertinent de s’attarder sur l’exemple américain, qui semble être le pays où l’avènement de la mondialisation est le plus notable. Il ressort souvent des différentes études que la mondialisation a permis une très forte augmentation du Produit intérieur brut aux États-Unis. Cependant, la taille d’une économie ne signifie pas grand-chose.

Ce qui importe réellement est la richesse par habitant. « Les États-Unis devraient être, et de très loin, le pays le plus riche et le plus prospère du monde. Or les salaires y sont inférieurs à ce qu’ils sont en Europe, et la durée du temps de travail y est la plus longue de tout le monde industrialisé. Elle vient de dépasser celle du Japon. C’est le seul pays où il n’existe pas de congés payés obligatoires ». Force est de constater que la mondialisation et la croissance sont à plusieurs vitesses.

L’Europe doit aussi retenir notre attention. L’Union Européenne produit un système inquiétant, étant construite de manière à limiter la participation populaire. Les citoyens n’ont quasiment pas leur mot à dire sur le fonctionnement de l’UE. La Banque centrale européenne dispose d’un pouvoir considérable parmi les institutions et n’est responsable devant personne. Il y a un réel déficit démocratique. Le fédéralisme européen vise en réalité à réduire la participation démocratique.

Le manque d’autorité à l’échelle continentale participe à la recrudescence d’une forme de régionalisme, en lien permanent avec la notion d’identité culturelle. Cette montée du régionalisme tend à s’opposer à « la centralisation antidémocratique de l’Union ». Cette politique de « Troisième voie » que l’Union européenne souhaite mettre en place empêche « les gens de s’intéresser à ces questions : c’est une politique qui se pare d’une touche d’humanisme pour tromper l’électorat et l’empêcher de penser. La manière utilisée est suffisamment douce pour que les gens croient qu’on essaie en fait de les aider. »

Chapitre VII. La démocratie

Il n’y a pas qu’une définition de la démocratie. La plus répandue est américaine, et dispose que « la démocratie est un système dans lequel les gens sont des spectateurs, et non des acteurs ». Néanmoins, « ils ont le droit de mettre un bulletin dans l’urne, de choisir quelqu’un dans la classe des chefs pour les diriger ». Finalement, le citoyen d’un système démocratique peut vaquer à ses affaires librement tant qu’il « ne dérange pas l’ordre en place ».

La crise actuelle de la représentation des citoyens a conduit les élites intellectuelles, économiques et politiques, à exiger une plus grande modération de la démocratie. Ainsi, « la « vraie démocratie » ne pouvait revenir qu’à condition que les citoyens redeviennent passifs et apathiques ». Si l’on devait garder qu’un seul mot pour définir cette démocratie et le comportement de tout un chacun, ce serait le mot passivité.

On connait l’adage : « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ». En réalité, la démocratie telle qu’elle est aujourd’hui définie crée un gouvernement qui n’est « ni du, ni par, ni pour le peuple ». En effet, plus une société se libère, plus le recours à la peur et à la propagande s’approfondit. Quand un gouvernement ne peut plus utiliser la force brute, il doit contrôler les esprits. C’est précisément la raison pour laquelle les industries de l’endoctrinement sont massivement plus présentes aux États-Unis et dans les démocraties occidentales.

Tout l’art de la propagande consiste à donner aux gens le sentiment qu’ils sont isolés. Par conséquent, ils ne constitueraient plus une menace pour les dirigeants et ainsi « la crise de la démocratie » au sens élitiste du terme serait évitée. Il est à nouveau question du désir des élites de maintenir les individus dans l’apathie et dans un rôle de spectateur. « [I]l existe un système d’endoctrinement et de contrôle plus vaste, dont les médias ne sont qu’un rouage : l’école, l’intelligentsia, toute une panoplie d’institutions qui cherchent à influencer et à contrôler les opinions et les comportements, et dans une large mesure à maintenir les gens dans l’ignorance. »

Se pose inévitablement la question des classes sociales. Bien que les structures sociales aient inévitablement évolué, « les intérêts particuliers de certains groupes, les relations de domination, les hiérarchies sociales… demeurent. Et ils conduisent à des conflits de classe. » Dans une vision qui se rapproche de l’anarchisme, Chomsky affirme que « toute forme d’autorité, toute forme de hiérarchie, doit être remise en question et doit prouver son bien-fondé. Il n’y a pas d’autojustification qui tienne. »

Chapitre VIII. Les médias

À l’aube de l’ère du numérique, Internet se trouve au cœur de toutes les discussions. Internet est un outil qui permet d’avoir accès à de nombreuses informations introuvables dans les journaux. Il s’apparente ainsi à un instrument de libération. Néanmoins, Internet est également « un immense supermarché ». Les grandes entreprises en font un instrument de marketing, un outil pour renforcer la marginalisation des individus.

En ce qui concerne les médias mainstream, il existe un procédé rodé avec pour objectif de contrôler les dires des intervenants. « Ils ont même un nom pour ça : la concision ». Être concis, c’est dire trois phrases entre deux annonces publicitaires. Ainsi, le statut de l’information dans la société actuelle est changeant. En effet, « il serait plus juste de parler de désinformation ». Il faut prendre en compte l’existence de la contrainte qu’est la publicité pour les médias. Étant la principale source de revenus, ces entreprises vendent des parts d’audience à d’autres sociétés privées. Par conséquent, bien que certaines personnes s’efforcent de faire honnêtement leur travail, les intérêts privés tendent à toujours être présents en filigrane.

Dans la suite de cette réflexion se pose une autre question, celle de l’intérêt de la rapidité de l’information. A-t-elle pour objectif de tuer la mémoire et d’étouffer l’esprit critique ? Une nouvelle effaçant l’autre, « c’est l’absence de profondeur et la superficialité, et non la rapidité, qui affectent la perception, mais tout est fait pour effacer la mémoire. » La rapidité donne l’illusion de vivre au cœur des évènements, mais cela signifie seulement qu’on est soumis à une propagande encore plus intense.


 

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