Droits de l’homme et libertés aux Etats-Unis

30.06.2020

  par Ghania Oukazi

  «Je n’ai pas compris pourquoi vous n’avez pas rappelé comment ces mêmes Etats-Unis traitent les migrants dans leur territoire, comme par exemple de mettre des enfants dans des cages en les séparant de leurs parents…»

C’est la réaction d’une historienne parisienne après sa lecture des deux articles parus l’un dans l’édition du samedi et le second dans celle d’hier (lundi) sur l’inscription de l’Algérie par les Etats-Unis dans leur liste noire des pays accusés de traite des êtres humains (rapport du département d’Etat de juin 2020). «Nous y revenons, nous ne voulions pas noyer dans les articles des agissements aussi racistes et inhumains que celles de l’administration de Donald Trump et d’autres présidents américains avant lui», lui avions-nous répondu. Dont acte. On relève dans l’encyclopédie «Wikipédia» qu’ «entre 2001 et 2017, les États-Unis ont dépensé plus de 100 milliards de dollars dans la militarisation de leur frontière avec le Mexique. Cette militarisation a créé un nouveau marché pour les cartels, parfois décrit aussi lucratif que le trafic de drogue. Tous les candidats à l’immigration doivent désormais payer les cartels, sous peine de s’exposer à un risque de mort. Certains migrants sont aussi contraints de transporter de la drogue comme droit de passage. «La Border Patrol (police des frontières ndlr) est critiquée pour ses méthodes jugées cruelles. Les condamnations pour homicide demeurent néanmoins très rares, suscitant la colère de certaines associations de défense des droits de l’homme. En 2016, un rapport des autorités américaines souligne le risque de «corruption endémique» présent au sein de la force. Celle-ci est largement infiltrée par les cartels de drogue et des dizaines d’agents ont été retournés», relève-t-on dans Wikipédia. Qu’elle soit dirigée par les démocrates ou les républicains, l’administration américaine n’a jamais sanctionné les employeurs qui recourent à l’exploitation de la main-d’œuvre migrante clandestine en raison, disent les analystes américains, «du trop important lobby des producteurs agricoles du sud-ouest de ce pays».

«Des enfants mis dans des cages de fauves»

L’historienne parisienne rappelle des faits terrifiants plus récents. «Ces images qui ont fait le tour du monde en 2018 où on voit des enfants mis dans des cages de fauves». «Ils ont été séparés de leurs parents qui ont traversé illégalement les frontières», dit-elle choquée. Elle rappelle que «les Nations unies font état de plus de 100.000 enfants détenus aux États-Unis parce que leurs parents les ont ramenés pour prétendre à l’asile politique». C’est conformément à une décision de justice de 1997 «Fores» que les Américains avaient maintenu en détention un grand nombre d’enfants issus de parents migrants venus notamment du Mexique. La Haute-Commissaire aux droits de l’homme a fait part de son inquiétude à ce propos et a jugé illégal l’emprisonnement des enfants et contraire aux conventions des Nations unies. «Des centaines d’enfants supplémentaires ont été séparés de leur famille depuis juin 2018», a-t-elle déclaré dans une conférence de presse qu’elle a animée à Genève en septembre 2019. Donald Trump a décidé par cette mesure jugée «immorale et criminelle» par les organisations des droits de l’homme, de punir les migrants clandestins en les séparant de leurs enfants pendant que la justice étudie leur demande d’asile. Il a instruit son administration de lutter aux frontières contre l’émigration clandestine avec une «tolérance zéro». Son ministre de la justice avait averti en mai 2017 les migrants clandestins que dès leur arrestation, ils seront jugés et inculpés pour entrée illégale sans qu’il leur soit donné le temps pour déposer une demande d’asile. «Si vous faites passer un enfant, nous vous poursuivrons. Et cet enfant sera séparé de vous, comme requis par la loi», avait prévenu Jeff Sessions. «De 2001 à 2017, le nombre de migrants morts en traversant le désert est estimé à plus de 6.000», relève-t-on dans les médias étrangers. La construction du fameux mur le long de la frontière sud des États-Unis ainsi que la mise en place de dispositifs sécuritaires musclés ont poussé à l’augmentation du nombre de migrants morts qui tentent de traverser cette frontière, pour atteindre, selon des médias, «un millier par an». Il faut en outre rappeler que dès les premiers mois de son investiture à la Maison Blanche, Donald Trump a signé des décrets pour interdire l’entrée aux Etats-Unis de réfugiés venus de pays musulmans à l’exemple de la Syrie. Les analystes rappellent que Trump n’est pas le premier président américain à voter des lois discriminatoires et racistes.

«Le prédateur» des temps modernes

Connus et réputés historiquement d’être un pays d’esclavage et de maltraitance des noirs en particulier et des migrants en général, les Etats-Unis ont toujours cultivé ce genre de politiques. Ils ont aussi pris comme prétexte les attentats du 11 septembre pour mettre en place les pires méthodes de torture et d’emprisonnement de ceux qui, avec ou sans preuves, étaient à leurs yeux «des terroristes». Abou Ghrib, cette prison de l’horreur en a été leur démonstration à cet effet. Au nom de leur guerre contre le terrorisme, «tout leur est permis», disent des analystes. «Leurs forces de police ont visé les migrants illégaux venus de pays arabes et musulmans pour les mettre sur les bases de données criminelles du FBI», soutiennent-ils. C’est la terrifiante description d’une Amérique, démocrate ou républicaine soit-elle, qui recourt à la discrimination, au racisme, au sexisme et à d’autres méthodes de gouvernance, d’atteintes aux droits de l’homme, aux valeurs universelles de tolérance et de liberté pour régenter le monde par la force des armes, de la torture et des sanctions. C’est ce que le monde moderne appelle «la communauté internationale». Evénements rapportés plus récemment dans «Le Prédateur, Trump et les femmes», une traduction française de 2020 du livre paru en 2019 sous le titre «All the président’s Women, Donald Trump and the making of a predator» écrit par Barry Levine et Monique El-Faizy. «Au début de son mandat, Trump a révoqué le décret sur le salaire équitable et la sécurité des lieux de travail -pris en 2014 par Obama- qui imposait la transparence des salaires et bannissait les clauses d’arbitrage forcé, entravant les poursuites pour harcèlement sexuel» lit-on dans ce pamphlet. Trump a aussi proposé, écrivent les deux Américains, «des coupes budgétaires sur les bons d’alimentation et le WIC, un programme qui fournit une aide alimentaire, du lait maternisé, une éducation nutritionnelle, un soutien à l’allaitement, et un accès aux services sociaux et de santé aux femmes à faibles revenus et aux enfants de moins de cinq ans». De même, Trump, continuent-ils de dévoiler, a dissous le Conseil de la Maison Blanche sur les femmes et les filles, un organe consultatif créé en 2009 par Obama, pour garantir l’égalité des sexes. «Depuis longtemps, Trump a tendance à insulter les femmes en public (…)», rapportent-ils encore.


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