Gérard Araud, ex-ambassadeur de France aux États-Unis : « Trump s’est toujours moqué des procédures »

         ANALYSE .- Selon ce diplomate en poste à Washington lors du mandat du républicain, l’affaire des archives n’empêcherait pas le milliardaire de se représenter.

      Gérard Araud               (c) ÉricTschaen/rea

Dans son nouvel essai, Histoires diplomatiques (éd. Grasset), qui paraîtra à la rentrée, Gérard Araud analyse le poids des États-Unis sur
la scène mondiale et la gestion des opinions publiques dans les sociétés démocratiques. Il a accepté de confier au JDD ses réflexions
sur l’épisode de Mar-a-Lago qui a eu lieu cette semaine et sur la « guerre » que se livrent démocrates et républicains à moins de cent
jours des élections de mi-mandat.

                                                                                        INTERVIEW

Comment expliquer que Donald Trump ait quitté la Maison Blanche en janvier 2021 en emportant au moins une trentaine de cartons d’archives ?
La loi sur la conservation des archives présidentielles date de la présidence Nixon. À l’époque, l’idée était d’empêcher le président
de quitter la Maison-Blanche avec des documents importants dans l’enquête sur le Watergate. La loi américaine est complexe, c’est un
pays où coexistent 17 agences de renseignement et où les avocats sont au cœur de la vie quotidienne et professionnelle. Si Donald
Trump est parti avec certaines de ses archives, c’est qu’il s’est toujours moqué des procédures. Il considère qu’il est le président
du peuple et que cette légitimité dépasse l’État de droit. Son entourage le défend en disant qu’il avait lui-même déclassifié une partie
de ces documents, mais il n’en avait apparemment pas informé les autorités compétentes.

N’est-ce pas aussi parce qu’il a peut-être voulu emporter des dossiers à charge contre ses adversaires ?
Donald Trump a raison d’être paranoïaque. Les élites américaines lui ont toujours dénié sa légitimité et elles veulent sa peau. Des deux
côtés du spectre. J’ai même entendu récemment un notable républicain vitupérer contre Trump, qu’il comparait à Mussolini ! Trump et
les démocrates sont en guerre. La haine qui existe entre cette brute épaisse et ces élites hystérisées est inimaginable.

 

Cette infraction à la loi sur les archives, surtout s’il avait emporté des documents « top secret » en Floride, pourrait-elle le conduire en prison ?
Donald Trump savait qu’en quittant le pouvoir il aurait tous les procureurs démocrates du pays à ses trousses. Mais dans le cas présent, c’est un directeur du FBI républicain, nommé par ses soins et validé par son ancien ministre de la Justice, lui aussi républicain, qui a mis en œuvre ce mandat de perquisition. La procédure judiciaire qui est engagée pourrait durer au moins deux ans, et on peut compter sur ses avocats pour faire traîner les choses et aller en appel. Rien qui pourrait, à mon avis, l’empêcher de se représenter pour retourner à la
Maison-Blanche en 2024.

D’autant plus que les républicains le soutiennent dans cette épreuve ?
Oui, puisqu’il a réussi à trumpifier le parti républicain. Après l’assaut du Capitole par ses partisans le 6 janvier 2021, même les plus récalcitrants sont allés à Canossa prêter allégeance. À quelques exceptions près, tous les grands barons font bloc derrière lui dans cette
affaire. C’est la base même du populisme que d’apparaître aux yeux du peuple comme l’ennemi numéro un des élites. Et donc, je crois que cette affaire renforce ses chances de se représenter et même de gagner. /


PROPOS RECUEILLIS PAR F.C.


   HISTOIRES DIPLOMATIQUES – LEÇONS D’HIER POUR LE MONDE D’AUJOURD’HUI – GRASSET, 320 PAGES, 22 EUROS.
EN LIBRAIRIES LE 7 SEPTEMBRE.


 

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