Koweït : Après le décès de cheikh Sabah, le prince héritier cheikh Nawaf intronisé nouvel émir

    Par Salima Lebel

Il était jusqu’ici prince héritier. «La précieuse confiance que le peuple du Koweït nous a accordée sera préservée comme la prunelle de nos yeux», a déclaré le nouvel émir après avoir prêté serment, visiblement ému. Le corps du cheikh Sabah, un grand médiateur considéré comme l’architecte de la politique étrangère du Koweït moderne, devrait arriver dans le pays tard mercredi. Il s’est éteint la veille dans le Minnesota (nord des Etats-Unis) où il suivait un traitement à l’hôpital depuis juillet.

Selon le palais royal, les funérailles seront «limitées aux proches de l’émir», une mesure probablement destinée à éviter de grandes foules en pleine pandémie de coronavirus. Cheikh Sabah fut un vieux routier de la politique et un doyen de la diplomatie dans un Golfe tourmenté par plus de cinq décennies de crises et de conflits ayant impliqué son pays. Il lui a fait traverser notamment la guerre Irak-Iran (1980-1988) pendant laquelle son pays était un allié de facto de Bagdad. Il a ensuite vécu la tourmente de l’invasion de son pays par les troupes de Saddam Hussein en 1990 et les crises au sein du Conseil de coopération du Golfe, dont la dernière autour du Qatar.

Les dirigeants mondiaux et les Koweïtiens ont salué l’héritage de l’ancien émir dont le pays est grand allié des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite tout en entretenant de bonnes relations avec l’Iran.

Coronavirus et chute des prix du brut
Cheikh Nawaf, qui a occupé de hautes fonctions depuis des décennies dans ce pays membre de l’Opep, prend la relève alors que le Koweït est confronté aux répercussions de la crise du coronavirus, qui a déclenché une forte baisse des prix du pétrole et de graves conséquences économiques pour les Etats du Golfe. Né en 1937, cheikh Nawaf est le cinquième fils du cheikh Ahmed Al-Jaber Al-Sabah, qui a dirigé le Koweït de 1921 jusqu’à sa mort en 1950.

Désigné prince héritier en 2006, il avait auparavant servi comme ministre de la Défense en 1990 au moment de l’invasion de l’émirat par les forces irakiennes de Saddam Hussein. La guerre du Golfe s’est terminée en 1991 par l’intervention des Etats-Unis à la tête d’une coalition militaire internationale. Après la libération du Koweït, cheikh Nawaf a été nommé ministre des Affaires sociales et du Travail, avant de prendre la présidence de la Garde nationale en 1994. Il est revenu au gouvernement comme ministre de l’Intérieur en 2003.

Le nouvel émir est populaire au sein de la famille régnante des al-Sabah et il aurait été un choix consensuel. Il jouit également d’une réputation de modestie parmi les siens. Le fils du cheikh Sabah et l’ancien vice-premier ministre Nasser Sabah al-Ahmed al-Sabah, un poids lourd de la politique koweïtienne, figurent en bonne place pour être désignés princes héritiers.

Selon des analystes, on ne s’attend pas à des changements politiques majeurs pendant son règne, même après que le Golfe a subi un changement sismique avec la conclusion à la mi-septembre d’un accord de normalisation entre l’Etat hébreu, les Emirats arabes unis et Bahreïn, tous deux membres avec le Koweït du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

La normalisation reste très impopulaire au sein de la société koweïtienne, qui soutient largement le consensus arabe qui faisait du règlement du conflit israélo-palestinien la condition à toute normalisation avec Israël. Comme Oman, qui a également intronisé un nouveau sultan cette année, le Koweït s’affiche comme un Etat neutre dialoguant avec tous, de Washington à Téhéran, en passant par Ryad et Doha. (source AFP)


 Le Koweït s’attendrait à subir des pressions pour normaliser ses relations avec Israël après la mort de son dirigeant

Un membre de la famille princière koweïtienne a déclaré anonymement au Wall Street Journal que les dirigeants du pays s’attendaient «à ce que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis fassent pression sur le Koweït pour normaliser ses relations avec Israël».

Dans le contexte de la mort mardi 29 septembre de l’Émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, la dynastie régnante du pays redoute de subir des pressions pour normaliser les relations avec Israël, a confié sous couvert d’anonymat un membre de la famille princière au Wall Street Journal (WSJ).

En effet, cette source a indiqué au média que «la famille dirigeante koweïtienne s’attendait à ce que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis fassent pression sur le Koweït pour normaliser ses relations avec Israël».

«La paix avec les Palestiniens était un préalable»

Dans le même sens, le WSJ a rappelé qu’après une récente réunion à la Maison-Blanche avec le fils aîné de l’Émir défunt et ancien ministre de la Défense, cheikh Nasser al-Sabah, «Donald Trump avait déclaré que le Koweït serait le prochain pays à établir des relations officielles avec Israël».Cependant, une semaine après, le Premier ministre koweïtien a réaffirmé l’insistance de son pays sur le fait que «la paix avec les Palestiniens était un préalable à la normalisation avec les pays arabes et que le Koweït souhaitait maintenir une position neutre».

En effet, depuis des décennies, le Koweït a tracé une voie neutre dans de nombreux conflits et crises au Moyen-Orient, mais la mort de son Émir a laissé entrevoir «une crise sur la question de savoir si les relations avec Israël devraient ou non être normalisées sans établir un État pour les Palestiniens», a expliqué le WSJ.

Que décideront les nouveaux dirigeants?

Durant les années de son règne, cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah a su établir de solides liens avec les États-Unis et l’Arabie saoudite tout en entretenant de bonnes relations avec l’Iran.

 

Sa mort «aura un impact profond, à la fois en raison de son rôle en tant que diplomate et médiateur régional mais aussi comme figure unificatrice dans son pays», a déclaré à l’AFP Kristin Diwan, de l’Arab Gulf States Institute, basé à Washington. «Les Koweïtiens ont apprécié sa capacité à maintenir l’émirat en dehors des rivalités et conflits régionaux».Sur ce registre, son successeur, cheikh Nawaf al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, ne devrait pas être différent, a estimé la spécialiste, rappelant que la normalisation avec Israël restait très impopulaire au sein de la société koweïtienne.

«Rien ne signale un changement dans la posture du Koweït sur la normalisation», a souligné Mme Diwan pour qui «la priorité des dirigeants sera d’abord la stabilité interne» du Koweït qui organisera des élections législatives avant la fin de l’année.

Nommé prince héritier en 2006, cheikh Nawaf, âgé de 83 ans, a notamment occupé le poste de ministre de la Défense nationale.


 

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