L’accord de Khartoum, un camouflet pour la Françafrique

par Kharroubi Habib

L’accord de paix signé mercredi 6 février à Bangui entre le président centrafricain Faustin Archange Touadéra et les représentants de 14 groupes armés a été pour rappel négocié à Khartoum, la capitale soudanaise, sous l’égide de l’Union africaine. Les réactions internationales à sa signature ont été dans l’ensemble favorables mais d’un optimisme modéré quant à la mise en œuvre des dispositions de l’accord en raison que des parties étrangères impliquées dans la crise centrafricaine qui n’ont pas été associées à sa négociation pourraient continuer en sous-main à attiser celle-ci en jouant sur les intérêts et ambitions de certains de ses protagonistes centrafricains. 

A cet égard, la position plus que réservée de la France sur cet accord de paix qui ne doit rien à sa médiation ne peut que susciter la crainte de la voir entreprendre des initiatives pour en torpiller l’application. Paris qui n’a pu ramener la paix en République centrafricaine mais qui considère ce pays comme ne pouvant s’ouvrir à d’autres influences que française ne s’est certes pas prononcée contre l’accord, son peu d’empressement à en saluer la signature est le signe manifeste qu’elle n’en est pas satisfaite. D’autant qu’à tort ou à raison elle soupçonne la Russie dont l’influence va grandissante en République centrafricaine d’avoir été un acteur majeur dans la survenance des négociations de Khartoum qui l’ont rendu possible. 

Pour les tenants de la Françafrique, l’incursion de la Russie et même de l’Union africaine dans le dossier centrafricain est inacceptable car battant en brèche le droit de regard exclusif qu’ils se sont arrogé sur les affaires et la situation de la Centrafrique. Il ne faut pas attendre de leur part qu’ils contribuent à aider à la réconciliation nationale en Centrafrique qui est le but visé par les signataires de l’accord, mais qu’ils exploitent les inévitables dissensions auxquelles donnera lieu sa mise en application pour replonger le pays dans les affrontements et la lutte pour le pouvoir. Face à ce risque, il est impératif que la communauté internationale et l’ONU au premier chef fassent bloc et statuent que l’accord inter-centrafricain réalisé sous l’égide de l’Union africaine est le seul cadre de résolution de la crise centrafricaine et se démarquent de toute initiative unilatérale qui viserait à lui imposer un autre. 

Ce genre d’interférences étrangères est cause que les crises internationales, au premier chef celles ayant pour théâtre le Moyen-Orient et l’Afrique, se muent en conflits armés qui perdurent et dont la fin négociée ne devient envisageable que lorsque les parties qui pratiquent ces interférences estiment être parvenues à faire prendre en compte les intérêts qu’elles considèrent être les leurs dans ces crises et conflits. 

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