L’Algérie «surprise» par les critiques d’Erdogan sur la colonisation française: le passé de la Turquie dans les têtes?

Par Kamal Louadj

Comme en janvier 2012, le Président Recep Tayyip Erdogan a provoqué mercredi 29 janvier une polémique sur le passé colonial de la France en Algérie, l’accusant d’avoir commis un génocide dans ce pays. Or, selon des responsables algériens, le passé de la Turquie avec l’Algérie est aussi sujet à discussions.

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© AFP 2019 RYAD KRAMDI

Lors la visite officielle du Président turc en Algérie les 26 et 27 février 2018, le quotidien national turc Daily Sabah avait écrit que les deux pays, qui avaient des points de vues diamétralement opposés sur des dossiers sensibles comme la Libye et la Syrie, pourraient user des forts liens historiques entre les deux nations pour asseoir une base pour un dialogue serein.

«Les fondements des liens historiques et culturels entre la Turquie et l’Algérie ont été jetés à l’époque de la régence d’Alger entre 1516 et les années 1830», avait écrit le Daily Sabah, précisant que les relations entre les deux pays s’étaient développées sur une base seine après l’indépendance de l’Algérie. Le média n’a fait aucune mention de la politique turque controversée durant la guerre d’Algérie (1954-1962).

L’histoire des relations algéro-turques vues d’Alger

Or, à Alger, l’Histoire n’est pas vue de la même façon. Et pour preuve, les propos échangés par Recep Tayyip Erdogan et Ahmed Ouyahia (actuellement en prison pour des affaires de corruption), en janvier 2012, tous les deux en qualité de Premier ministre, concernant des déclarations faites par le dirigeant turc, en décembre 2011, à l’égard de la France, l’accusant de génocide en Algérie durant la période coloniale, au moment où le parlement français adoptait la loi sur le génocide arménien.

«Nous disons à nos amis [turcs, ndlr] de cesser de faire de la colonisation de l’Algérie un fonds de commerce», avait déclaré à la presse M.Ouyahia à l’issue d’une réunion de la direction de son parti, le Rassemblement national démocratique (RND). «Chacun est libre dans la défense de ses intérêts, mais personne n’a le droit de faire du sang des Algériens un fonds de commerce», avait-il ajouté. Et de remonter un peu plus dans l’Histoire, le responsable algérien a rappelé que la Turquie «avait voté à l’Onu contre la question algérienne de 1954 à 1962» pendant la guerre d’indépendance contre la France. «La Turquie qui était membre de l’Otan pendant la guerre d’Algérie, et qui l’est encore, avait participé comme membre de cette Alliance à fournir des moyens militaires à la France dans sa guerre en Algérie», avait-il expliqué.

La mémoire coloniale, «une question sensible»

Le quotidien national turc Daily Sabah a révélé mercredi 29 janvier que lors de la visite du Président Recep Tayyip Erdogan en Algérie, son homologue Abdelmadjid Tebboune lui a affirmé que «la France avait massacré plus de cinq millions d’Algériens en 130 ans».

Le ministère algérien des Affaires étrangères a réagi à ces propos dans un communiqué relayé par l’Algérie Presse Service (APS), affirmant que «l’Algérie était surprise par une déclaration faite par le Président turc Erdogan», tout en précisant que la déclaration en question a «été attribuée au Président de la République Abdelmadjid Tebboune». Le ministère algérien a estimé que «les déclarations d’Erdogan ne participaient pas aux efforts consentis par l’Algérie et la France pour régler les problèmes de mémoire».

Sur fond de cette polémique, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a déclaré dans une émission conjointe de médias français (RTL, LCI et Le Figaro), que son pays souhaitait qu’un «travail de mémoire» soit réalisé avec l’Algérie, souhaitant qu’il soit fait «de manière sereine, y compris avec les historiens algériens».


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