Le droit des femmes toujours menacé : 8 mars 1910 – 8 mars 2020 : 100 ans ont passé

Femmes d’ici, femmes d’ailleurs, femmes d’aujourd’hui, femmes de demain, femmes enfants, femmes nubiles, caméristes, servantes, chefs d’entreprise ou ministres, soumises ou battantes, martyrisées ou résistantes, quel que soit leur statut social, professionnel ou familial, toutes sont logées à la même enseigne.

Comment tolérer encore plus longtemps le sort fait à nos mères, nos sœurs, nos épouses, nos filles ou nos amies, au foyer comme aux champs, à l’usine comme au bureau, dans l’entreprise comme dans la rue ? Certes, des progrès notables ont été accomplis durant ce dernier siècle. Le combat des femmes a gagné du terrain. Ce énième anniversaire est là pour nous rappeler que les luttes en faveur de l’égalité n’ont pas été vaines. Mais, à ce jour, les acquis demeurent fragiles et le chemin qui reste à parcourir demeure parsemé d’embûches.

Décidée le 8 mars 1910 à Copenhague, par la Confédération internationale des femmes socialistes qui venait de voir le jour, pour réclamer le droit des femmes à participer au vote, cette date symbole est aujourd’hui un événement mondial. L’ordonnance du 24 avril 1919 leur a donné le droit au vote. Depuis lors, les revendications n’ont cessé de s’affirmer à l’échelle de la planète. Les défilés réunissent des millions de femmes qui marchent pour réclamer leurs droits. Chose curieuse, les Nations unies n’observent cette journée internationale consacrée à la femme que depuis 1975. En France, il a fallu attendre 1982 pour que le gouvernement français se décide à instaurer le caractère officiel de l’événement. Un siècle après le premier vote des hommes, les Françaises ont fini par affirmer leurs voix.

Durant les années soixante, ces dernières ne pouvaient ni gérer leurs biens ni ouvrir un compte en banque et encore moins exercer une profession sans l’autorisation de leur mari. Elles vivaient sous le diktat de leurs époux. En parlant de la situation féminine, l’auteur du Deuxième Sexe faisait scandale. Aujourd’hui, partout dans le monde, la gent féminine est autorisée à festoyer durant une journée, voire parfois une simple demi-journée, les hommes s’autorisant à exercer leur hégémonisme dans les domaines politique, financier, économique et social, durant toute l’année. Ainsi, consacrer une journée aux femmes, rendre hommage à leur héroïsme, à leur courage, souligner leurs talents et leur persévérance, c’est bien ! Mais lorsqu’on sait que 364 jours durant, tout est fait pour régenter leur vie, pour les empêcher de décider de leur sort et de prendre une part active à la vie sociétale, le 8 Mars n’est qu’une hypocrisie de plus. Cette journée offre paradoxalement la preuve évidente de la persistance d’une discrimination honteuse. Comment festoyer alors que la «décolonisation» des femmes, comme le disait Simone de Beauvoir, est loin d’être une réalité ? Comment se réjouir alors que les pratiques ségrégationnistes font toujours de la femme un être mineur ?

Le code inique, une chape de plomb implacable…

Libérées du joug colonial, les Algériennes, maquisardes ou civiles, ont très vite constaté, au lendemain de la guerre, que la souveraineté venait de leur être confisquée au nom d’une idéologie archaïque et rétrograde. Les moudjahidate qui ont soigné, transporté des armes et même parfois combattu l’arme au poing dans les maquis, tout comme les intellectuelles, les femmes de lettres, les artistes, les sportives et les femmes au foyer, qui ont hissé très haut le drapeau de l’Algérie, ont, pour la plupart, été dépossédées de leur combat. Ces oubliées de l’Histoire, qui ont lutté dans l’anonymat le plus total, ont été cantonnées dans l’ombre, embastillées dans leurs logis, ignorées en tant qu’êtres humains. Tout est fait pour les effacer de la sphère publique, pour faire disparaître leurs visages. Vainement elles ont tenté de recouvrer leurs droits fondamentaux, de conquérir leur propre légitimité. Mais face aux tenants d’un fondamentalisme des plus rétrogrades aux pratiques moyenâgeuses, l’intégrité de la gent féminine est devenue problématique.

Malgré la ferme résistance du mouvement féminin, malgré tous les piquets de grève devant l’Assemblée populaire nationale et les manifestations de rue des années 1980, et malgré l’espoir des premiers Etats généraux des femmes libres (1989), le code de la famille (adopté en juin 1984) semble avoir définitivement scellé le sort des femmes en Algérie. Intolérance, violence, viols et autres actes répréhensibles sont devenus monnaie courante durant ces dernières décennies, au sud comme au nord du pays. Non seulement le texte humiliant, révoltant et anticonstitutionnel, n’a pas encore été abrogé, mais en plus, aucune loi antidiscriminatoire, aucune loi égalitaire n’a été promulguée à ce jour. Et pourtant, elles réussissent mieux que les garçons dans les études, occupent des emplois salariés et constituent parfois l’essentiel des effectifs dans certains secteurs, comme celui de l’éducation nationale entre autres. Certaines, après avoir gagné du terrain et arraché des galons, y compris dans la police, dans l’armée et dans la politique, chasse longtemps gardée des hommes, ont finalement acquis droit de cité. Mais malgré tous ces succès, le combat est loin d’être gagné. L’oppression se poursuit. Ce ne sont pas les quelques femmes ministres, walis, députés, sénatrices ou cadres supérieurs de la nation qui cacheront la forêt de nos contradictions et de nos aberrations. Les comportements machistes demeurent encore profondément ancrés dans les mœurs, quel que soit le milieu, y compris chez certains intellectuels qui déclarent haut et fort leur anti-misogynie en invoquant parfois les textes sacrés sortis de leur contexte. Victimes de violences familiales, maltraitées au sein de leur famille, elles se trouvent parfois dans l’obligation d’accepter l’inacceptable, pour protéger leurs enfants, pour éviter de nuire à leurs familles ou tout simplement pour éviter le divorce qui, chez nous, est synonyme de femme pestiférée. Combien de femmes, diplômées et cultivées, aux trajectoires hors du commun, ont laissé leur ambition se dégrader en refusant le mariage, en reprenant leurs noms de jeunes filles ou en acceptant des postes subalternes pour éviter de briller face à leur époux ?

Les parias du monde moderne

Combien d’autres, médecins, enseignantes, ingénieurs, spécialistes dans des disciplines déclarées masculines, se sont résolues à accepter l’enfermement à domicile et l’esclavage familial pour mettre fin aux perpétuelles scènes de ménage de maris machistes jaloux ? Combien d’autres se trouvent dans l’obligation d’accepter les mariages forcés décidés par les parents, pensant faire le bonheur de leur progéniture ? Combien meurent dans l’anonymat à la suite de violences conjugales ? Combien enfin se suicident chaque année, ne pouvant plus supporter les conditions de vie archaïques et les règles dogmatiques qui leur sont imposées ? Que dire des démunies, privées d’éducation, traitées comme des parias, des êtres inférieurs, sans droits, sans toit, sans soins, ignorant le planning familial, la contraception, l’avortement, les dépistages de maladies, tel le cancer du sein ? Que dire de toutes ces femmes répudiées pour un oui ou pour un non, jetées à la rue du jour au lendemain, parfois avec leur progéniture ? Comment expliquer le fait que ce sont celles qui précisément donnent naissance et reproduisent la vie dans leur corps, celles qui sont les plus fortes devant la souffrance et résistantes face au vieillissement qui vivent dans la précarité et le dénuement le plus total ? Sur fond de misère sociale, le poids des traditions demeure encore très puissant. Il faut peut-être commencer par décoloniser les imaginaires en menant une lutte acharnée contre l’obscurantisme. Il faut ensuite s’attaquer aux fondements de la misogynie.

Tour du monde des atteintes aux droits des femmes

L’esprit formaté dès le plus jeune âge est à l’origine de nombreux dysfonctionnements. A peine pubère, le garçon est, au sein de sa famille, considéré comme l’adulte de la maison, alors que l’éducation de la fille est toute orientée au service de l’homme. Il importe donc de briser l’ostracisme actuel à l’égard des femmes, en faisant évoluer les mentalités. Il faut enfin tout faire pour instaurer une législation équitable loin des pratiques sociales et des mentalités rétrogrades. Tel est l’enjeu crucial. Être une femme est pénible sur cette planète, quel que soit le pays. Mais si, pour certaines, la célébration de la Journée internationale de la femme frise le ridicule, pour d’autres, les expositions, vernissages et autres manifestations à caractère socioculturel permettront à tout le moins de relancer l’impératif débat sur leurs préoccupations, leurs aspirations, leurs difficultés, les violences familiales et culturelles et donc sur l’indispensable égalité des droits. «Une femme est aussi un être humain», écrivait Malraux.

Mohamed Bensalah


La femme et les droits de l’homme en droit algérien

par Nasr Eddine Lezzar *

Préambule : Cet article est réédité et mis à jour , tous le 8 Mars de chaque année, en fonction des avancées ou des stagnations de la condition des algériennes. Pour cela la version de départ a été maintenue le lecteur comprendra certains anachronismes .C’est ,pour moi et à ma façon , un hommage que j’envoie à nos tendres moitiés.

«A celle qui vécut privée des délices de l’amour de la science et de la liberté; à La femme algérienne, je dédie ce livre en hommage et compassion». c’est ainsi qu’un grand penseur algérien, feministe avant l’heure, Ahmed Redha houhou dédicaçait son livre « Maa Himar El Hakim » dans lequel sous une forme de dialogue avec un ane , il abordait des problèmes de société où la femme se retrouve toujours au centre du sujet. En dépit du temps passé et l’indépendance acquise, la condition de la femme algérienne mérite toujours cette dédicace .

Les conventions internationales :

Les ratifications sélectives :

L’Algérie a ratifié la quasi-totalité des instruments internationaux des droits de l’homme, mais n’a ratifié aucun instrument relatif à la reconnaissance et protection des droits de la femme, à savoir :

1-la convention sur les droits politiques de la femme (Nations-Unis-1954).

2-la convention sur la nationalité de la femme mariée (nations-unies1954)

3-la convention sur le consentement au mariage l’âge minimum du mariage (nations-Unies 1962).

4-la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination l’égard des femmes (Nations-Unies 1979). (ratification tardive 1994)

Elle a par contre ratifié les autres conventions contre les discriminations notamment celles basées sur la race, celle contre l’apartheid dans les sports. Elle a toutefois ratifié, il faut le dire ,la convention de L’O.I.T concernant l’égalité de rémunération entre la main d’œuvre masculine , la main d’œuvre féminine, pour un travail de valeur égale. C’est la seule convention protectrice des droits des femmes que l’Algérie a ratifiée.

Elle a finalement et à une date relativement récente (1994) ratifié la convention pour l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes.

Cependant cette ratification est révélatrice et insignifiante pour deux raisons :

– Révélatrice en raison du retard avec lequel elle est survenue, et les circonstances politiques qui l’ont entouré.

– Insignifiante en raison d’une réserve dont elle est assortie et qui permet le maintien du code de la famille, réceptacle infâme et ignoble de toutes les inégalités des sexes en droit algérien.

La ratification d’une convention par un état n’est pas, en soi, une preuve du respect effectif des droits qui y sont reconnus et consacrés; les multiples procès intentés devant la cour européenne des droits de l’homme, ainsi que les multiples plaintes portées devant d’autres institutions tels le comité des (droits de l’homme ) des nations Unies ,sont une preuve de l’écart, hélas parfois très grand, entre la ratification qui n’est qu’un engagement, a tenir ou a renier, sans le savoir ou en le sachant , et la situation effective et réelle des droits reconnus. Mais si la ratification n’est pas une preuve de respect effectif, la non ratification est par contre un refus express de reconnaissance et donc la non protection et le non respect des droits contenus dans les conventions.

IL et vrai que certaines recherches et enquêtes menées auprès du ministère des affaires étrangères, ont révélé que certaines absences de ratifications ne sont en fait que des omissions commises par les services concernés qui se ravisent le moment venu et mettent en œuvre la procédure et les formalités nécessaires. Mais cette hypothèse est difficilement défendable en l’occurrence, car l’Algérie a ratifié toutes les conventions relatives aux discriminations, sauf celle basée sur le sexe. Cette abstention semble découler d’une démarche logique et délibérée. Elle corrobore et parachève, semble-t-il, le refus de ratifier toutes les autres conventions protectrices des droits de la femme. La position semble trop cohérente pour être le fait d’une simple négligence ou du hasard.

Pour une meilleure évaluation et appréciation, scrutons le droit interne pour avoir une idée sur sa conformité avec les principes et règles contenus dans ces conventions.

Le code de la famille de 1984

Ce texte adopté en 1984, est une sorte de réceptacle, où se réunissent les plus grandes inégalités et les plus manifestes discriminations subies par la femme, dans le droit algérien.

La première inégalité commence lors et dés la conclusion du mariage :

Tandis que l’époux peut conclure lui – même son mariage et sans personne interposée, la femme ne peut le conclure que par l’intermédiaire de son tuteur qui peut être soit son père soit l’un de ses proches parents ou le juge pour la femme qui n’a ni père ni proche parent ni tuteur.

Afin de pondérer la dépendance de la femme de la volonté, potentiellement arbitraire ou abusive de son tuteur, le code de la famille interdit à ce dernier de s’opposer au mariage de la personne placée sous sa tutelle « si elle le désire et si celui-ci lui est profitable ». Mais qui peut apprécier le profit que peut tirer une fille d’un mariage donné ? Ceci étant précisons là, qu’il s’agit d’une faculté donnée au juge s’il estime que le mariage est profitable à la fille. L’homme quant à lui, se marie et conclut seul et directement son mariage. Rien ni Personne ne peut l’obliger à conclure un mariage qui lui serait profitable. Notons que les usages qui n’ont pas de valeur juridique contraignante, font que l’homme est aussi représenté par son tuteur dans la cérémonie de la Fatiha .

La fille dépend donc de son tuteur ou du juge pour contracter un mariage Juridiquement valable. Les mœurs et les règles de la sociologie étant ce qu’elles sont, c’est une grande infamie pour une fille de se marier contre la volonté de sa famille et grâce à la caution du juge qui, somme toute, est une tierce personne. L’homme par contre ne connaît pas ce genre de tracas, le tuteur matrimonial n’étant pas un intermédiaire nécessaire et indispensable. Toutefois, précise le code de la famille, le père peut s’opposer au mariage de sa fille mineure et là aussi, le problème ne se pose pas pour l’homme qui premièrement n’est pas cité dans le texte et deuxièmement ne devient nubile (21 ans) qu’après sa majorité (20 ans).

Tandis que la fille est nubile a 18 ans, plus tôt que le garçon, avant d’être majeure, ce qui la met dans l’intervalle de deux ans ; entre la nubilité et la majorité ; dans une totale dépendance de la volonté de son père (et/ou) de son tuteur. Curieuse contradiction de la législation algérienne qui considère que la fille est plus précoce que le garçon pour le mariage, mais ne peut jouir des mêmes droits pendant toute sa vie. Les prérogatives et attributions du tuteur lui donnent une nature mitigée et ambiguë, il est plus qu’un mandataire, puisque il peut, dans certains cas, s’opposer au mariage et donc est doté d’une volonté autonome qui s’oppose à celle de l’intéressée (minorité). La pratique révèle aussi que la Fatiha, cérémonie au cours de laquelle l’accord de volontés est conclu entre le tuteur de l’épouse et l’époux ou son tuteur, se déroule en l’absence de la femme. Ainsi l’expression et le respect de sa volonté est tributaire de la bonne foi de son tuteur. L’absence du tuteur matrimonial est une cause de nullité du mariage, mais il est permis de dire que le consentement de l’épouse est un élément qui peut être contourné car rien n’oblige l’imam (autorité religieuse sous l’égide de qui la Fatiha se déroule) de s’assurer du consentement de l’épouse. Ainsi on peut déduire que peu, ou pas, de garanties sont données pour la protection et l’assurance effective du consentement de la fille qu’on marie .IL faut signaler qu’après la Fatiha les époux doivent signer l’acte de mariage à l’état civil et la présence de l’épouse et sa signature ( et aussi celle de son tuteur) est requise ; mais cet acte n’est pas une condition de validité du mariage, il n’est qu’ moyen de preuve.

Ainsi en pratique, un mariage conclu grâce à la seule déclaration de volonté du tuteur sans assurance du consentement de la mariée et un mariage valable et complet .Les mariages conclus pare la seule Fatiha (qu’on appelle coutumiers) sont validés par des jugements qui constatent l’accomplissement des rites et le juge peut constater et valider le mariage non signé et non enregistré à l’état civil par la seule réunion de ses éléments constitutifs. En Algérie, beaucoup de mariages coutumiers (sans acte d’état civil) et donc en possible violation de la volonté de la fille, ont été validés par les tribunaux. IL faut dire aussi que pour ces validations judiciaires les juges peuvent s’enquérir et requérir la volonté de l’épouse, mais ces validations ne sont souvent demandées que plusieurs années après le mariage (en général pour la scolarisation des enfants à qui est demandé un acte de naissance) et il est pratiquement inconcevable pour la femme de demander l’annulation d’un mariage avec une nombreuse progéniture comme tel est souvent le cas.

La polygamie :

Le droit à la jalousie.

La licéité ou plutôt la légalité de la polygamie, frustre la femme du droit fondamentale à la jalousie. Tandis que certains courants doctrinaux de la chariaa (législation islamique) subordonne le droit de l’époux à la polygamie à certaines conditions, notamment la stérilité de l’épouse ou sa maladie et aussi le consentement de celle-ci, le code de la famille algérien, en fait un droit incontrôlé sous la simple réserve de conditions et intentions d’équité qui ne peuvent en pratique être contrôlés qu’a posteriori et non préalablement au mariage. Par ailleurs, il n’est requis de l’époux qu’une formalité préalable consistant en une simple «information » de la ou des premières épouse (s). Au cas où elle(s) ne consentirai (en)t pas a cette rivalité, elles n’aurai(en)t que la possibilité de demander le divorce.

IL est vrai que la polygamie est parfois une meilleure alternative pour l’épouse que le divorce ou la séparation, le problème est que le texte algérien en fait un droit sans limites.

L’épouse bafouée n’aura qu’à consentir et se soumettre ou partir séduite et abandonné parfois avec à sa charge une lourde progéniture.

La légalité de la polygamie a fait dire à certains juristes que le droit musulman fait de la fidélité une obligation exclusivement féminine. Par ailleurs, le choix qu’on donne à l’épouse d’entériner et d’accepter une vie avec une ou d’autres coépouses n’est parfois que chimérique en raison notamment des conditions économiques et des conséquences matérielles du divorce. En outre si elle refuse cette cohabitation, l’époux aura l’issue facile dans une rupture du mariage, remède parfois aussi douloureux que le mal.

Le divorce ; l’inégalité devant la quête de liberté

Cet épisode ou incident de parcours conjugal, est aussi une opportunité où la femme va être confrontée à inégalité manifeste et expresse.

– A l’instar de la conclusion du mariage, l’époux et l’épouse se retrouveront à l’occasion de sa rupture dans un statut fondamentalement inégal déséquilibré et inéquitable.

– L’époux peut divorcer pour toute raison ou même sans raison et ce en exerçant son droit au divorce par volonté unilatérale, euphémisme de la répudiation.

L’épouse, quant à elle, ne peut demander le divorce que dans cinq cas limitativement

Énumérés :

1)- Défaut de paiement de la pension alimentaire prononcée par jugement à moins que

L’épouse eut connu l’indigence de son époux au moment du mariage.

2)- pour infirmité empêchant la réalisation du but visé par le mariage.

3)- Pour refus de l’époux de partager la couche de l’épouse pendant plus de quatre mois.

4)- Condamnation du mari

a une peine infamante.

5)- Absence de plus d’un an sans excuse valable ou sans pension d’entretien.

6)- Préjudice légalement reconnu.

7)- Faute immorale gravement répréhensible établie.

L’analyse de ces motifs laisse apparaître certaines zones d’ombre et certaines ambiguïtés (exemple : quelle est la faute immorale gravement répréhensible) et là une grande marge d’appréciation est laissé au magistrat saisi pour décider si le motif invoqué par l’épouse est acceptable et ouvre droit au divorce. Tel est aussi le cas par exemple de « l’excuse valable » pour une absence qui dépasse une année.

En somme ,tandis que ,le mari peut se séparer d’un lien conjugal sans citer de motif à étudier par juge ;le rôle de ce dernier se limitant à un simple enregistrement et à une fixation des réparations conséquentes , l’épouse qui veut se libérer, d’un lien conjugal sans motif légal à invoquer ne dispose que d’un moyen : le « Khôl’ » qui consiste en un versement par l’épouse d’une somme d’argent équivalente à la valeur de la dot de parité , rançon à payer en contrepartie de sa libération ;c’est en quelque sorte le « prix de l affranchissement »

L’époux qui divorce sans torts de l’épouse et sans motif légal ou valable ne sera condamné qu’à lui payer des réparations qui, en pratique, sont nettement inférieures à la dot de parité qu’aurait payée la femme si la situation s’inversait.

En plus des inégalités subies lors de la conclusion du mariage durant le mariage et à l’occasion de sa rupture, la femme va connaître d’autres préjudices et d’autres infériorités quant aux conséquences du divorce :

Le droit de garde et ses limites :

Le code algérien octroie le droit ou plutôt le devoir de garde des enfants par priorité à la mère, cependant certaines inconséquences de ces textes comportent des restrictions aux prérogatives qui accompagnent en principe ce droit ainsi qu’une limitation des attributions qui sont nécessaires à son exercice.

La garde ne comprend pas la tutelle c’est-à-dire l’exercice de prérogatives juridiques concernant l’enfant qui demeurent l’apanage du père.

Les prérogatives de la femme titulaire du droit de garde des enfants se limitent à leur entretien (logement, nourriture, soins) tout autre engagement ou prise de décision les concernant reste l’apanage du père.

Le juge peut seulement dans deux cas précis- abandon de famille par le père ou disparition de celui-ci, autoriser la mère à signer certains documents à caractère scolaire ou social. Ainsi, une mère ne peut prendre des engagements et des décisions concernant ses enfants dont elle a la garde qu’avec une autorisation du juge. IL faut ajouter à cela que, cette autorisation ne peut être donnée que pour les décisions relatives à la situation de l’enfant sur le territoire national, en aucun cas la mère n’est habilitée à signer quelque chose concernant les enfants pour leurs déplacements en dehors du pays. En aucun cas aussi elle ne peut emmener ses enfants en voyage en dehors du pays sauf autorisation expresse de leur père ou du juge ou une autre autorité judiciaire.

Le père au cas où il est titulaire du droit de garde ne connaît pas ce genre de restrictions.

Le domicile conjugal ou le droit à l’errance :

L’épouse titulaire du droit de garde des enfants ne bénéficie pas automatiquement du domicile conjugal dont l’attribution à l’épouse est subordonnée à des conditions restrictives, notamment la possession de l’époux de plus d’un logement et l’absence pour l’épouse d’un parent capable et disposé à l’héberger. La crise du logement en Algérie fait que ces deux conditions ne se réunissent qu’exceptionnellement, par ailleurs une règle jurisprudentielle ajoute une autre condition d’un nombre minimal de deux enfants à garde.

L’exigence combinée de ces conditions engendre le fait que dans la quasi-totalité des cas la femme perd le droit au domicile conjugal et même son droit au maintien dans les lieux (en cas de location).Les enfants subissent souvent avec leur mère le destin des sans logis décent ou des sans domicile fixe.

Il faut toutefois signaler qu’un effort d’interprétation, ici et là, a conduit certains tribunaux à obliger le père s’acquitter des frais de loyer du domicile habité par son ex-épouse et ses enfants mais cette règle n’est pas automatiquement appliquée par tous les tribunaux et ce en l’absence ( à notre connaissance) d’un arrêt de principe de la cour suprême .

La question connaitra une évolution notable et louable dans la réforme de 2005. (Nous y reviendrons)

Le cas des mariages mixtes :

Le problème des restrictions des prérogatives des mères qui gardent les enfants se pose avec une particulière acuité pour les couples mixtes au cas où la mère de nationalité non algérienne et résidant à l’étranger voudrait, pour une raison ou pour une autre, se déplacer avec ses enfants dans son pays. Il semble que cela soit impossible sans une autorisation et peu probable du reste par le père. Il y’a quelques années des citoyennes françaises mariées à des Algériens ont été confrontées à un problème de ce genre et ont observé un sit-in devant l’ambassade de France, afin que celle -ci intervienne auprès des autorités algériennes pour débloquer leurs situations.

Leurs époux refusaient d’autoriser leurs enfants venus en Algérie dans le cadre du droit de visite, à retourner en France.

L’intervention des autorités judiciaires algériennes était très difficile à obtenir en raison des règle «impératives d’ordre public » contenues dans le code de la famille.

La crise a eu, on s’en souvient une solution beaucoup plus diplomatique que juridique.

Doit on déduire que l’étrangère mariée à un Algérien est obligée de vivre en Algérie , pour exercer son droit de garde et vivre avec ses enfants .

La prééminence du droit du père se manifestera encore quand il s’agira du droit d’éducation.

Le droit d’éducation :

La religion du père.

Nous utilisons à dessein la formule « droit d’éducation » et non « droit à l’éducation » la première nous semble plus appropriée.

Tout en confiant la garde des enfants à la mère ,le code de la famille prescrit à ce que ceux -ci ( Les enfants ) soient élevés dans la religion du père alors que les instruments internationaux parlent de « religion des parents ».Droit des parents de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. (Déclaration universelle art 26.3). Liberté des parents de faire assurer l’éducation religieuse, morale de leurs enfants conformément à leurs propres convictions (pacte du droit économique, social et culturel, art 13.3 pacte du droit civil et politique, art 18.4). Ainsi, la non musulmane mariée à un musulman algérien sera frustrée dans tous les cas du droit d’éduquer ses enfants selon ses propres convictions.

Telles sont des inégalités saillantes – mais non les seules – subies par les femmes dans le code de la famille dans sa version de 1984 qui a connu sa première réforme après plus de deux décennies.

Nous avons préféré les reproduire telles quelles pour deux raisons : L’histoire et la mémoire. Ce code constitue une des taches les plus noires dans la condition de la femme algérienne.

IL ne faut surtout pas oublier aussi que durant plus de deux décennies chaque jour non férié que Dieu a fait, un juge quelque part dans un tribunal de l’Algérie profonde a appliqué ses dispositions scélérates et ses effets pervers

La réforme de 2005 / ombres et lumières :

En 2005, la première reforme de ce texte scélérat est venue, on ne peut que s’en réjouir. L’évaluation, pour l’heure, des nouvelles dispositions de ce texte cardinal pour la stabilité des familles, ne peut être que précoce et prématurée, ce texte n’a que cinq ans d’application et dans certains cas, ce n’est pas suffisant . Des faiblesses commencent cependant à apparaître et les lacunes doivent être comblées.

Le domicile conjugal :

Une amélioration à saluer et à parfaire.

Les règles d’attribution ou plutôt, de gestion du domicile conjugal, après le divorce, étaient des plus iniques dans l’ancien texte, la nouvelle mouture enregistre une avancée à saluer mais aussi à parfaire. Sous l’ancien régime, la divorcée gardienne des enfants, ne pouvait bénéficier du domicile conjugal que sous deux conditions qui se trouvent être prohibitives :

-L’absence d’un « Ouali » pour l’héberger. Que l’époux possède plus d’un logement.

Si la première est aberrante, la seconde est impossible. Est t’il concevable qu’une femme accompagnée d’une nombreuse progéniture se mette à la recherche de quelqu’un « Ouali » pour l’héberger avec son contingent alors qu’elle est elle même « oulia ». En outre les maris qui envisagent de divorcer organisent «l’unicité» de leur domicile de mille et une façon, comme quelqu’un qui organise son insolvabilité, en vendant ou cédant, de façon factice, le ou les logements surnuméraires qui risquent d’être affectés à la répudiée et ses enfants.

Le résultat est que durant plusieurs décennies d’application du texte, je ne connais personnellement pas de cas de domicile conjugal qui ait été affecté à l’exercice du droit de garde.

IL faut saluer l’effort de certains magistrats qui avaient cherché à atténuer l’iniquité du texte en condamnant l’époux à s’acquitter du montant d’un loyer indépendant de la pension alimentaire. .

Les nouvelles dispositions ont, en fait, consacré cette formule jurisprudentielle salutaire en prévoyant l’obligation, devenue légale et expresse, incombant à l’époux de verser à la gardienne des enfants l’équivalent d’un loyer décent.

L’article, en outre garantit à l’épouse le maintien au domicile conjugal en attendant que l’époux exécute son obligation. C’est une avancée remarquable qui ouvre des brèches.

La notion de loyer décent est approximative et des époux mal intentionnés exploiteront sans doute l’ambiguïté. Ils enverront leur femme et leurs enfants dans des logements à la décence controversée.

Une autre disposition judicieuse assure à l’épouse et à ses enfants le maintien au domicile conjugal jusqu’à ce que le mari exécute son obligation de loyer.

N’eut t’il pas été préférable de se limiter à la dernière disposition et de consacrer à la gardienne des enfants, le maintien tout court au domicile conjugal afin d’assurer à la famille (ou plutôt ce qu’il en reste) la stabilité matérielle, à défaut de la stabilité psychologique et affective.

Le législateur aurait dû, à notre sens, s’arrêter au droit au maintien dans le domicile conjugal pour éviter aux enfants les désagréments matériels et psychologiques d’un transfert, notamment, en période scolaire.

IL faut aussi protéger l’intérêt des maris en précisant que ce maintien cesse avec le droit de garde, en cas d’arrivée des enfants à l’émancipation légale ou en cas de remariage de la mère.

La déchéance du droit de garde engendre la perte du droit au domicile conjugal.

Il est naturellement révoltant pour les maris de voir leur ex épouses remariées à un tiers et vivant sous son toit. Le père pourra ainsi contrôler l’utilisation de son domicile et être assuré de la consécration à ses enfants. Le domicile conjugal deviendra paternel, et sera assuré de rester aux enfants à leur stabilité à leur bien être.

L’octroi concomitant de la garde et de la tutelle :

Une des nouvelles règles apportées par la reforme est l’abandon de l’attribution de la garde à la mère et le maintien de la tutelle au père. A partir de 2005 la tutelle des enfants est attribuée à la titulaire de la garde .Cet octroi concomitant de la tutelle et de la garde à la mère réduit drastiquement , d’une façon injuste, le rôle et les droits du père qui ne devient qu’un pourvoyeur de fond pour ses enfants . Gardienne et tutrice la mère décidera de tout sans être obligée d’en référer au père pour des questions cardinales tels la scolarité ,un voyage à l’étranger, parfois pour une installation définitive. Le législateur a privé le père d’une prérogative fondamentale sur le plan naturel et culturel. On n’a même pas envisagé une tutelle conjointe.

L’omniprésence du ministère public dans les affaires familiales.

Le ministère public est devenu partie prenante et doit être mis en cause dans toutes les affaires relatives à l’application du code de la famille. Cette implication des parquets dans toutes les affaires « du code » est une incursion publique dans des sphères, parfois, extrêmement privées et totalement intimes. Les parquets sont dépassés et les procureurs fatigués, ils ont énormément de travail, leur plan de charge augmente exponentiellement. De ce fait une nouvelle filière des affaires familiales leur est ouverte ou plutôt leur est imposée alors que dans la majeure partie des cas ils (les procureurs) ne se sentent pas interpellés. Ceci étant, ils réagissent à cette mise en cause de façon amorphe et passive à la limite de la simple formalité. N’aurait on pas dû, ne devrait on pas, limiter, cette mise en cause aux causes qui le méritent, notamment celles liées à la pension alimentaire au logement conjugal au droit de garde au droit de visite, à la pension alimentaire. -Que peut ou que doit dire un procureur dans une affaire qui n’a aucune implication pénale, exemple ; un simple divorce par volonté unilatérale, par consentement mutuel, les effets conjugaux. En restreignant la mise en cause du parquet aux affaires où ils peuvent, pénalement, être interpellés, on allégerait leur fardeau et on augmenterait l’efficacité et la célérité de leurs interventions. Par ailleurs cette nouvelle disposition a créée dans certains tribunaux un incident procédural sans précédents, ce qui a engendré à une période donnée un dysfonctionnement total de la section du statut personnel.-Pour comprendre cela, il faut savoir que la mise en cause du procureur de la république en tant que partie dans un procès donné, nécessite une citation à comparaître transmise par voie d’huissier. Des procureurs de la république se sont sentis offusqués et ont refusé d’accepter les notifications transmises par voie d’huissier estimant que cela était incompatible avec leur statut. Les huissiers soumis, dans leurs activités, au contrôle des parquets se sont laissés intimider et se sont donc abstenus de mener la procédure à son terme. Les juges du statut personnel (appelés dorénavant juges des affaires familiales) ont estimé devoir s’en tenir à la lettre du texte et ont rendu des jugements de rejet en la forme pour non accomplissement des procédures requises .

Et voilà les justiciables, pris en otage d’une bataille de procédure. Ce blocage procédural qui a causé de multiples dénis de justice dans certains tribunaux a trouvé une issue grâce à des accords conclus entre parquets, bâtonnats et juges du statut personnel.

Mais cet arrangement est informel donc précaire ; il peut être remis en cause par tout magistrat. Ce genre d’attitude est fréquent à l’occasion de nouvelles affectations. Les nouveaux juges n’étant pas au courant de pratiques ou de coutumes convenues. Seule une consécration législative pourra mettre un terme définitif à ce blocage procédural.

-Une louable précaution, une malheureuse ambiguïté : Le règlement en référé des affaires de domicile conjugal du droit de visite et du droit de garde.

Un article, nouvellement introduit, prévoit le règlement en référé des affaires liés aux questions sus citées, c’est une louable initiative, ce genre de questions ne supporte pas les délais et les lenteurs des procédures ordinaires. Cependant une ambiguïté induite par la rédaction pas très attentive du texte tempère notre enthousiasme: S’agit-il d’une nouvelle compétence attribuée au juge naturel des référés qui est le président du tribunal ? Ou d’une nouvelle procédure d’urgence autorisée pour le juge naturel des affaires de famille qui est le juge des affaires familiales ?

Et nous voilà devant un conflit négatif de compétence, chemin potentiel ou plutôt certain vers le déni de justice.

Le président du tribunal rejetterait ce genre de dossiers pour incompétence matérielle en application du code de procédure civile qui ne l’autorise à prendre en référé que les décisions qui n’ont pas d’incidence sur le fond.

Le juge des affaires familiales refusera de trancher en référé considérant qu’il s’agit d’une compétence exclusive du président du tribunal Le rédacteur aurait levé l’ambiguïté en attribuant la compétence en la matière « au juge des référés » ou en disposant que le juge familial statue en référé qui signifie statue en urgence.

IL nous semble que la deuxième position est nettement plus judicieuse le juge des affaires familiales étant la personne la mieux indiquée pour trancher, dans la sérénité ou dans l’urgence, les affaires de famille.

La polygamie : de l’information au consentement

Une autre avancée (mais il n’est pas évident qu’elle en soit une) porte sur le nécessaire consentement de l’épouse ou des épouses à la polygamie du mari. Le texte de 1984 se limitait à l’obligation d’information .IL est vrai que c’est un palier franchi dans la protection des femmes qui maintenant peuvent refuser de subir cet affront alors que dans l’ancien texte, elles ne pouvaient que le voir venir. IL faut préciser que la réforme de 2006 permet toutefois au magistrat de suppléer à la volonté de l’épouse, pour peu qu’il constate que les conditions d’équité sont réunies.

L’enfance hors mariage :

Le néant juridique.

IL reste un grand défi celui de l’enfance conçue et née hors mariage (j’exècre et rejette la formule « enfants illégitimes »). Nous avons choisi de traiter cette question dans cet article réservé aux femmes car la mère fait l’enfant avec quelqu’un mais le porte seule , elle est abandonnée quand elle le met et subit avec lui son destin malheureux et cruel

Les rédacteurs du nouveau texte n’ont pas osé ou n’ont pas pensé devoir, se pencher sur cette question douloureuse entre toutes. Pourtant ce dossier aux relents de tragédie mérite une attention particulière et une réflexion sérieuse en raison de préoccupantes statistiques et d’autant plus qu’elle se trouve encadrée et gérée par des inconséquences législatives des différents chapitres et sections de notre droit.

-IL faut commencer par préciser que le code pénal algérien ne prohibe pas les relations sexuelles hors mariages lorsqu’elles ont lieu entre personnes adultes consentantes, célibataires et en dehors d’espaces publics.

-On réprime l’attentat à la pudeur lorsqu’il est public, on sanctionne aussi les relations avec mineurs ou avec et entre personnes marié(e)s en cas de plainte de l’époux trompé. (L’époux peut signifier aussi bien l’homme que la femme)

De son coté, le code de la famille ne prévoit aucun statut pour l’enfant issu de relations sexuelles somme toute licites et légales puisque non prohibées et non sanctionnées.

Par ailleurs aucun texte algérien ne crée d’obligations, même alimentaires , vis à vis de l’enfant naturel . Enfin notre législation et notamment le code de la famille prohibe la légitimation de l’enfant naturel par le mariage de ses parents biologiques.

En conclusion et en définitive le droit algérien autorise l’enfant à naître en dehors du mariage mais ne lui consacre aucun droit et aucun statut et le condamne à rester « ad-vitam aeternam » dans un néant juridique.

Lors d’un voyage en Afrique de l’ouest j’ai eu à connaître les textes pertinents en la matière et j’ai été subjugué par la façon dont l’enfant est protégé.

-L’enfant est affilié à ses parents biologiques quel que soit leur statut.

– Le statut des parents (mariage- concubinage) est mentionné dans les documents d’état civil ; l’enfant est ainsi sûr de connaître ses géniteurs et aura à qui s’identifier. Le père biologique est toujours astreint à une obligation alimentaire et d’entretien vis à vis de l’enfant naturel. Lorsqu’un enfant naît d’une femme ayant eu des relations avec plusieurs hommes durant la période présumée de la conception, l’obligation alimentaire est imputée au dernier partenaire jusqu’à preuve contraire .

Dans tous les cas de figure l’enfant naturel n’est jamais dans la nature.

Le statut de l’enfant naturel en droit algérien est un grand tabou qui doit être levé ; c’est aussi un grand défi qui doit être relevé.

Tout comme nous avions dit en 1984 que le premier code de la famille en Algérie avait au moins le mérite d’exister, nous disions en 2006 que cette première réforme, plus de deux décennies après, a eu le mérite d’être faite, elle a apporté un peu de lumière dans un texte obscur mais des zones d’ombre subsistent.

En conclusion sur le code de la famille :

Depuis sa promulgation le code de la famille n’a jamais cessé d’être en question et en cause. IL toujours été au centre des débats et des polémiques. Le combat pour ou contre ce texte a été entaché d’une malheureuse politisation. IL serait très long d’expliquer ici comment et pourquoi.

Trois grandes tendances se sont dégagées dans ces diatribes.

-La première réclamait une abrogation pure et simple et l’adoption d’une législation laïque égalitaire.

-La seconde revendiquait son maintien mordicus parce que puisé dans l’indiscutable charia islamiya.

– Enfin une position médiane qui soutenait l’apport d e réformes par amendements possibles.

-Les positions radicales, même celles de ceux qui combattent pour l’émancipation de la femme ont été improductives dans ce combat pour les femmes.

La tendance islamiste ou du moins une partie aurait pu à notre sens être amadouée et gagnée à la cause des femmes par l’invocation d’un discours islamique et d’une lecture de la chariaa défenderesse des droits des femmes.

Je ne sais plus qui disait « il ne faut pas que les femmes luttent contre l’islam mais contre le terrain conquis par les hommes dans l’islam.

Le salut et l’efficacité résident à nos yeux dans des réformes par amendements, une démarche plutôt juridique loin des passions et des politiques.

Elle semble avoir prévalu, elle a eu des résultats qu’il faudra regarder comme une bouteille à moitié vide ou à moitié pleine c’est selon

Nous pensons pour notre part que le combat pour la réforme de la loi et du doit aurait gagné et aurait été gagné s’il était resté à l’abri des surenchères et des démagogies, entre les mains des professionnels du droit.

Nous ne disons pas que les juristes et praticiens du droit doivent rester seuls et garder pour eux seuls le monopole de l’honneur des luttes, l’avancée des textes est importante mais non suffisante ; le droit et la jurisprudence ont incontestablement leurs apports pédagogiques, ils font avancer les choses et les personnes.

La parité : La conquête de 2012 :

Dans le cadre de la défense des droits des femmes, la notion de parité a été avancée pour défendre l’égalité organisée en nombre de sièges ou de postes occupés par les hommes et les femmes dans des institutions (publiques ou privées) qui faisaient apparaître une discrimination de fait. C’est ainsi que l’on parle de parité dans un parti politique, à l’assemblée nationale, dans une profession. La règle de la parité a été introduite dans la législature algérienne par la loi organique N 12-01 du 18 Safar 1433 correspondant au 12 janvier 2012 relative au régime électoral. Est on pour ? Est-on contre ? On ne peut pas trancher, ici, un si complexe débat. Le Conseil Constitutionnel, a été saisi par le Président de la République aux fins de contrôler la conformité de la loi organique fixant les modalités d’élargissement de la représentation des femmes dans les assemblées élues, avec la Constitution .Le recours à l’arbitrage de cette institution – assez rare dans ce pays- est , peut être, révélateur des oppositions et contestations au sein du sérail. Le conseil constitutionnel a considéré que le principe d’égalité énoncé à l’article 29 de la Constitution ne s’oppose ni à ce que le législateur édicte des règles différentes lorsque le critère de différenciation a un lien direct avec l’objet de la loi qui l’établit et résulte d’un impératif constitutionnel, ni à ce qu’il prévoit des règles différentes pour les citoyens se trouvant dans des situations différentes. Dans cette assertion, le conseil constitutionnel semble répondre à une objection, qui soutiendrait que le fait d’édicter des lois motivées par « l’augmentation des chances d’accès de la femme » est en fait une atteinte au principe universel de l’égalité des chances entre l’homme et la femme.-Le législateur algérien a prévu des taux différenciés pour les femmes participant aux élections locales et nationales.

Le conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé sur la constitutionalité des taux différenciés dans les mandats et a estimé qu’il ne pouvait pas et ne devait pas se substituer au législateur dan l’opportunité de fixation et de différenciation des taux de représentation. Il me semble que la question mérite un approfondissement. En attendant quelques remarques doivent être faites :

– Le texte algérien consacre une représentation minimale et non une parité qui suppose une égalité de sièges. La formule utilisée est un abus de langage destiné à duper et à tromper

-En garantissant aux femmes une représentation minimale, n’est on pas en train de reconnaître leur inaptitude à l’accession à une représentation dans des circonstances et conditions normales ?

– N’est on pas en train de forcer les suffrages et engendrer des représentantes inappropriées qui desserviraient plus qu’elles ne serviraient la cause des femmes.

Loin d’être une avancée évidente, la parité mal appliquée , pourrait être pervertie en un cadeau empoisonné.

Conclusion générale :

Une législature ne vaut que par ceux et celles qui l’appliquent et aussi par ceux et celles auxquels elle s’applique.

Il est courant et déjà grave qu’une égalité reconnue dans les textes soit compromise dans la pratique, il est nettement plus dramatique lorsque l’inégalité est consacrée par les textes eux-mêmes et lorsque l’infériorité de la femme est érigée en principe. IL est tragique et désespérant lorsque l’inégalité prévue par la loi est admise dans l’esprit de celui qui la subit.

Ce qui inquiète davantage c’est la reconnaissance de la légitimité de ce statut inégal par les femmes elles-mêmes et son admission comme découlant de la nature des choses.

La culture en ces lieux n’a pas préparé les femmes à la contestation surtout de ce qui vient sous le cachet religieux (tel le code de la famille).

Ce qui révolte beaucoup plus dans cette offense permanente et institutionnelle de la féminité c’est l’acceptation de l’inégalité par les femmes, non pas comme une situation à combattre et à transformer, mais comme un état naturel dans lequel il faut se complaire.

Mes cheveux se dressent de colère et d’indignation lorsque j’entends une femme défendre le code de la famille et s’opposer à son abrogation ou du moins à sa réforme. (Femmes contre femmes).

Ce qui inquiète et révolte c’est beaucoup moins la cruauté du bourreau que la passivité la victime.

*Avocat


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