Le souverainisme, une auberge espagnole

30.05.2020

Les appels à la restauration de la souveraineté (médicale, économique, stratégique) se multiplient depuis la crise sanitaire. Mais peut-on définir le souverainisme ? Comment expliquer que ses défenseurs ne constituent pas une force politique cohérente malgré leurs succès depuis les années 1990 ?

Sur le plateau de TF1 le 29 mai 2005, jour de la victoire du Non au référendum pour l'adoption d'une constitution européenne
Sur le plateau de TF1 le 29 mai 2005, jour de la victoire du Non au référendum pour l’adoption d’une constitution européenne • Crédits : MEHDI FEDOUACH – AFP

Cela restera comme un des faits marquants, et pour tout dire comme un des scandales, de l’épidémie : la France n’avait pas suffisamment de masques à distribuer à ses soignants. Gestion des stocks au cordeau, délocalisations : notre système de santé se trouva fort dépourvu lorsque le coronavirus fut venu.

Un des fleurons de notre industrie pharmaceutique alla même jusqu’à envisager de privilégier ses clients américains en cas de découverte d’un vaccin.

Cet épisode désolant aura contribué à réactiver une notion dans le débat : celui de souveraineté, devenu le mantra de la presque totalité du monde politique. Une souveraineté à reconquérir, pour pallier les faiblesses et la vulnérabilité du pays dans la mondialisation.

Le fait qu’il soit à ce point utilisé, de la gauche à la droite en passant par le centre en fait un mot suspect. Que signifie-t-il au juste ? Et le fait de défendre la souveraineté fait-il forcément de vous un souverainiste ?

Souverainisme, le mot est lâché.

En France, il a connu son heure de gloire dans les années 1990, avec le débat autour du traité de Maastricht, et son apogée en 2005, le 29 mai, il y a tout juste 15 ans, lors du rejet du traité constitutionnel européen par référendum.

Les souverainistes de tout bord sont désormais appelés, par le philosophe Michel Onfray, à rejoindre son Front populaire.

En vue de quoi ? On ne sait pas encore très bien.

Il faut dire que le souverainisme n’a jamais constitué en soi un programme politique très clair, en vue de gouverner.

A lire :

La « souveraineté », nouveau mot-valise, analyse de Fabien Escalona sur le site Mediapart

Avec la crise du coronavirus, la souveraineté économique ne fait plus peur au gouvernement, article de Cédric Pietralunga et Audrey Tonnelier dans Le Monde

« Souverainisme » : à gauche, le grand retour d’un gros mot, article de Charlotte Belaïch dans Libération

Les difficultés d’implantation d’un parti souverainiste en France (1992-2009), article d’Emmanuelle Reungoat

« Front Populaire », la page de la revue de Michel Onfray


 

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