L’Égypte propose un plan pour un règlement politique du conflit libyen

06.06.2020
© AP Photo / Felipe Dana

Le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a annoncé ce samedi 6 juin une nouvelle proposition de règlement politique de la crise en Libye, laquelle comprend l’instauration d’un cessez-le-feu ainsi que l’adoption d’une déclaration constitutionnelle.

Une nouvelle initiative politique visant à mettre fin à la crise libyenne a été avancée par le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, ce samedi 6 juin lors d’une conférence de presse au Caire suite à une réunion avec le maréchal Khalifa Haftar et Aguila Salah, chef de la Chambre des représentants siégeant dans l’est de la Libye. Entre autres, l’initiative prévoit un cessez-le-feu à partir du 8 juin.

«Notre réunion a conduit à un accord sur le soutien du Caire à l’initiative de cessez-le-feu entre les Libyens à partir de 6.00 heures du matin le 8 juin 2020», a déclaré le dirigeant égyptien.

Selon Abdel Fattah al-Sissi, l’initiative comprend une représentation équitable des trois régions au Conseil présidentiel, la fusion des institutions de l’État libyen et l’adoption d’une déclaration constitutionnelle.

Khalifa Haftar
Le maréchal Haftar rejette toute solution politique en Libye: va-t-il perdre ses alliés? © AP PHOTO / MOHAMMED EL-SHEIKHY

Le Président égyptien a précisé que l’initiative appelle au respect de tous les efforts internationaux et demande le retrait des mercenaires étrangers et le désarmement des bandes.

«Nous mettons en garde toute partie en Libye contre toute intention de poursuivre une solution militaire à la crise du pays», a conclu Abdel Fattah al-Sissi.

La Libye en crise

Plongée dans le chaos depuis 2011, la Libye est divisée en deux camps rivaux entre le gouvernement d’entente nationale (GEN) dirigé par Fayez el-Sarraj, qui siège à Tripoli et est reconnu par la communauté internationale, et un gouvernement parallèle soutenu par le maréchal Khalifa Haftar, dans l’est du pays.


06.06.2020

>> Grand angle : Accélération

Aucun progrès n’a été fait dans le processus de nomination de l’envoyé spécial des Nations unies pour la Libye, puisque, selon l’ambassadeur français à l’ONU, «il n’y a toujours pas d’accord pour le second nom (la ghanéenne Hanna Serwa Tetteh)» proposé par le SG, Antonio Guterres. Il semble qu’une nouvelle fois, Washington a émis des réserves avant de valider la proposition du patron de l’ONU. De son côté, l’ambassadeur allemand a déclaré que «c’est vraiment dommage qu’à ce stade, la nomination d’un successeur à Ghassan Salamé soit bloquée». Une source diplomatique aurait confié à l’Afp que «les Etats-Unis ont conditionné une nomination de Hanna Serwa Tetteh à une proposition de scinder en deux la fonction d’émissaire avec à la place un médiateur politique et un chef de mission». Le diplomate français a dit regretter les lenteurs autours de la nomination de l’envoyé spécial d’autant que, selon lui, «il y a urgence maintenant avec une situation très mauvaise». Ce qui est sûr, c’est qu’en Libye les choses s’accélèrent et de nouveaux développements sont enregistrés. Sur le terrain, le gouvernement d’Union nationale, reconnu par la communauté internationale, poursuit sa marche en avant. Ses forces ont repris le contrôle de l’aéroport international de tripoli, occupé par les forces rivales depuis un an, infligeant ainsi à l’homme fort de l’est un nouveau revers militaire. Sur le plan politique, l’annonce par l’ONU de l’acceptation des deux parties rivales de reprendre les pourparlers politiques laisse espérer une prochaine sortie de crise. La représentante spéciale du SG de l’ONU et chef par intérim de la Manul (mission d’appui des nations unies en Libye), Stéphanie Williams, est, selon le porte-parole de l’ONU «en contact avec les représentants des deux parties pour déterminer la date et le lieu du lancement de ce nouveau cycle de négociations». Une nouvelle qui n’est pas forcément pour plaire à tous les acteurs extérieurs impliqués dans le conflit libyen. D’autant que pour l’expert libyen Jalel Harchaoui, «il faut voir la main de Moscou et d’Ankara dans ce possible retour aux discussions politiques entre les deux pouvoirs rivaux». Justement, ce jeudi, le président du Conseil présidentiel, Fayez al-Sarraj, se trouvait à Ankara alors que son vice-président était à Moscou d’où il a rappelé «le rôle important et essentiel de la Russie dans la stabilisation de la Libye», ajoutant que «dans quelques jours, il sera mis fin à l’escalade militaire». Or si la mainmise du duo russo-turc sur le conflit libyen se confirme, cela ne sera pas pour plaire aux pays occidentaux qui seraient forcément mis hors jeu. En fait, si ce scénario est mis en œuvre, l’Europe «payera» pour son incapacité à mettre en œuvre une diplomatie cohérente pour régler le conflit. Le cas syrien se répèterait ainsi. Mais pour l’heure, il est pour le moins prématuré de s’avancer à émettre des hypothèses car ni le gouvernement libyen ni son rival de l’est n’ont publié de déclaration officielle au sujet de leur participation à des négociations sous l’égide de l’ONU. Et les rebondissements ne sont pas rares en Libye.
Nadia K.


 

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