La Libye, victime du coronavirus et les ambitions de la Turquie

   Le porte-parole de l’armée nationale libyenne Ahmed Al-Mismari a critiqué Ankara pour avoir envoyé des mercenaires de la Corne de l’Afrique vers la nation nord-africaine
                                             par Ana Rodríguez
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara Turquie, lundi 10 août 2020
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara Turquie, le 10 août 2020.PHOTO/ Présidence turque par l’intermédiaire de l’AP

 

Il n’y a pas de guerre inévitable. La Libye est un pays caractérisé par le tribalisme et par ses grands gisements de pétrole.  Le contrôle des ressources a transformé ce conflit en une guerre d’intérêts ouverte pour savoir qui prend le contrôle de l’or noir tant convoité. Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, n’a pas voulu laisser ses ambitions en dehors de ce jeu, c’est pourquoi le 6 janvier dernier, il a officiellement commencé son intervention dans la nation nord-africaine, dans le but de soutenir le gouvernement reconnu par l’ONU à Tripoli.

Cependant, la dynamique du jeu a changé ces derniers mois et Ankara a décidé d’envoyer des mercenaires syriens et autres pour rejoindre les rangs du gouvernement d’accord national (GNA). Le porte-parole de l’armée nationale libyenne, Ahmed Al-Mismari, a annoncé jeudi que la Turquie transfère des mercenaires de la Corne de l’Afrique vers la Libye avec le soutien du Qatar. Dans son dernier discours, il a déclaré que la nation eurasienne continue d’envoyer des mercenaires de différentes nationalités en Libye, et a indiqué que « le pays nord-africain ne sera pas leur dernière étape », mais, comme il l’a dit, « ils seront transférés plus tard en Europe et dans d’autres pays de la région ».

Combatientes leales al Gobierno del Acuerdo Nacional (GNA) en la ciudad costera de Sabratha
Combattants fidèles au National Accord Government (NAG) dans la ville côtière de Sabratha.       AFP/MAHMAUD TURKIA

Ankara a joué un rôle clé dans le conflit dont souffre la nation nord-africaine suite à l’accord signé en novembre dernier entre la Turquie et le gouvernement d’accord national (GNA, par son acronyme en anglais) basé à Tripoli et dirigé par Fayez Sarraj. Dans le cadre de cet accord de sécurité et de coopération économique, la Turquie a renforcé sa présence en Libye, en y envoyant des centaines de mercenaires et des dizaines de cargaisons de matériel militaire, dans le but d’exercer une plus grande influence en Méditerranée orientale et d’avoir un accès direct aux champs pétrolifères du pays.  Toutefois, ce document a été sévèrement critiqué par certains pays de la région, qui considèrent cet accord comme une menace pour leur stabilité.

La Libye est victime d’une guerre qui oppose l’Armée nationale libyenne (LNA, par son acronyme en anglais), dirigée par le général Khalifa Haftar, et soutenue par la Jordanie, l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis, le Soudan, la Russie et la France ; tandis que le gouvernement de Tripoli, soutenu par les Frères musulmans et reconnu internationalement par les Nations unies, reçoit une aide militaire de la Turquie et du Qatar. Dans ce scénario complexe, le journal russe Nezavisimaya Gazeta a publié un article indiquant la volonté du président turc d’envoyer le système S-400 en Libye et en Syrie. Selon ce média, Erdogan a reporté l’envoi de ce système russe pour « éviter les sanctions que les Etats-Unis menacent d’imposer à Ankara ».

Sistema de misiles tierra-aire S-400
Système de missiles sol-air S-400.        PHOTO/ REUTERS

Dans cette spirale d’instabilité vivent les milliers et les milliers de civils qui rêvent chaque jour de paix. Le sort d’au moins 35 pêcheurs égyptiens est en jeu après leur arrestation présumée par le gouvernement d’accord national le 2 novembre 2019, a rapporté le journal Arab News.  Les familles de ces pêcheurs ont appelé le gouvernement égyptien à « redoubler d’efforts pour assurer leur liberté », selon les déclarations de ce journal en ligne qui ne sait pas où se trouvent ces personnes.  Le leader du syndicat des pêcheurs de Kafr El-Sheikh, Ahmed Nassar, a déclaré au journal qu’ils n’avaient pas pu communiquer avec les pêcheurs depuis novembre dernier et a critiqué le fait que « le GNA arrête les pêcheurs sans qu’il y ait de charge claire pour justifier leur détention ».

Libios con máscaras contra el coronavirus compran pescado en un puesto de la capital libia, Trípoli
Des Libyens portant des masques à coronavirus achètent du poisson dans un étal de la capitale libyenne, Tripoli.  AFP/MAHMAUD TURKIA

La communauté internationale s’est tournée vers la nation nord-africaine et a demandé à plusieurs reprises la reprise des pourparlers de paix. La dernière a eu lieu entre le ministre russe des affaires étrangères, Sergey Lavrov, et son homologue saoudien, Faisal bin Farhan al-Saud, qui ont souligné l’importance de convenir d’un cessez-le-feu dans ce pays et de reprendre le dialogue global intra-libyen, dans le cadre des mécanismes établis par les décisions de la conférence de Berlin et approuvés par la résolution 2510 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Des discussions ont également lieu au sein de la poudrière libyenne. Le Parlement libyen a annoncé mardi un débat sur une « initiative politique globale » pour mettre fin au conflit qui dure dans le pays depuis neuf ans.  Asaad al-Shirta, le porte-parole de l’institution, a déclaré que l’objectif de cette initiative est de mettre fin à l’effusion de sang et de parvenir à la réconciliation nationale « en tenant compte de l’impunité des crimes commis contre les Libyens ».

Los pasajeros en el Aeropuerto Internacional de Mitiga después de que algunas aerolíneas reanudaron sus vuelos, en la capital libia, Trípoli, el 11 de agosto de 2020, en medio de la crisis de la pandemia de coronavirus
Passagers à l’aéroport international de Mitiga après la reprise des vols de certaines compagnies aériennes, dans la capitale libyenne, Tripoli, le 11 août 2020, au milieu de la crise de la pandémie de coronavirus.                AFP/MAHMAUD TURKIA
 

Ce conflit a eu un impact direct sur la société civile, car la guerre a réduit la production de pétrole à moins de 100 000 barils par jour, contre 1,8 million de barils à l’époque de Kadhafi, mettant ainsi l’économie de centaines de familles en échec. À cette situation, il faut ajouter l’apparition d’un agent pathogène qui a eu la capacité de changer le monde tel que nous le connaissions. Le coronavirus a atteint une nation déjà dévastée par la guerre. Selon le Centre national de contrôle des maladies, le nombre de décès enregistrés est supérieur à 120, tandis que le nombre de personnes hospitalisées est de 731. Le nombre d’infections directes par le COVID-19 a atteint un nouveau record le 10 août, après que les autorités locales aient confirmé 309 cas.


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