L’importance géostratégique de la Libye et l’histoire des relations turco-libyennes

– La présence de la Turquie en Libye vise à assurer la survie du gouvernement légitime libyen reconnu par l’ONU, et en même temps à préserver l’unité et l’intégrité du peuple libyen contre les puissances impérialistes.

Prof. Dr. Süleyman Kızıltoprak, Ümit Dönmez   |16.01.2020

ANALYSE - L'importance géostratégique de la Libye et l'histoire des relations turco-libyennes

– Istanbul – Prof. Dr. Süleyman Kızıltoprak

Ahmed Cevdet Pacha, avait, de façon pertinente, déclaré que « le politicien qui ne connaît pas l’Histoire est comme un capitaine de navire qui ne connaît pas de boussole » et ainsi appelé à trouver des solutions adaptées aux problèmes rencontrés par les hommes d’État d’un point de vue historique. Essayons de présenter une perspective historique ici aujourd’hui.

Après ses dominations phénicienne, carthaginoise, grecque, romaine et byzantine, pendant le règne du Calife Omar, l’armée sous le commandement d’Amr ibn al-As, après l’Égypte en 642, s’est déplacée à Tripoli et en Tunisie. En 647, la victoire est remportée à Tripoli avec Oqba Ibn Nafi. La conquête de l’Afrique du Nord a été achevée en 707 par Hassan Ibn Numan et Moussa Ibn Noçaïr. Tariq bin Ziyad a conquis l’Espagne en 711 et a conduit l’islam en Europe par le sud-ouest.

Afin d’assurer la paix et la sécurité intérieures en Afrique du Nord, Hâroun ar-Rachîd a nommé gouverneur Ibrahim ibn al-Aghlab, fils d’un de ses émirs, en 800, et a établi la dynastie des Aghlabides (800-909) pour gouverner la Libye et la Tunisie sous le calife abbasside. Après la souveraineté de l’État fatimide (909-1049) et de l’État des Almohades (1160-1178), Serefeddin Karakus, le commandant militaire serviteur sous les ordres de Salahaddin-i Ayyoubi [Saladin], a lancé la campagne en 1174 pour réintégrer les villes nord-africaines comme Tripoli, Cairouan et la Tunisie, à l’Égypte. En 1185, il conquiert la ville de Tripoli. Le résultat le plus important des expéditions menées par Karakuş et ses amis et de leur domination qui a duré jusqu’en 1212, a été de pérenniser l’existence d’Oghouzes [Turcs Oghouzes, ndlr] dans les troupes participant à la campagne nord-africaine. Les Oghouzes ont continué d’exister en tant qu’unités militaires appelées « guz » et « gazaz » dans l’État des Almohades. Aujourd’hui, la tribu Gazaz vivant à Yefren est probablement de cette époque. Après les Almohades, les Hafsides ont longtemps gouverné la Libye (1228-1323 et 1369-1510).- Hafsides et Ottomans

Agissant avec l’idéologie des croisades, les Espagnols ont mis fin à la présence islamique en Andalousie et, avec toutes leurs forces, se sont tournés vers l’Afrique du Nord. En 1510, l’armée castillane a occupé la Tripolitaine, qui était dominée par les Hafsides, tout en massacrant son peuple. Ceux qui ont survécu ont fui la Tripolitaine vers les régions intérieures du pays.

La question la plus fondamentale à se poser n’est pas de savoir ce que fait en Libye la Turquie, qui a cinq, voire douze siècles de liens historiques et culturels avec la Libye, mais celle-ci : « Que font les pays impérialistes comme les États-Unis, la Russie, la France et l’Italie en Libye? »

Soliman le Législateur (ou le Magnifique), arrivé au pouvoir en 1520, à l’époque de son père le sultan Selim, a accordé à une délégation venue de Tadjoura l’aide militaire qui lui a été personnellement demandée. Il a envoyé une flotte militaire sous le commandement de Murad Agha. Murad Agha a établi un fort centre de résistance à Tadjoura. Trois ans après que Tripoli a été donnée aux Chevaliers de Malte en 1530 par l’empereur Charles Quint, le capitaine Hayreddin Barberousse a conquis la ville. Cependant, cette conquête n’a pas duré longtemps avec les contre-attaques espagnoles et la lutte pour établir une domination dans la ville. Au terme de cette lutte qui a duré 32 ans, avec les forces du pacha capitaine Sinan Pacha, de Turgut Reis et de Murad Agha, la Tripolitaine a été intégrée au territoire ottoman le 15 août 1551.

Après la conquête, Murad Agha est devenu gouverneur de Tripolitaine (1551-1553). Après sa mort, lorsque Turgut Reis est arrivé au poste de gouverneur, il a unifié la partie côtière du pays avec la région désertique socialement, politiquement et économiquement. La Tripolitaine a vécu dans la paix et la prospérité pendant son règne. Dans la géographie appelée « Libye d’aujourd’hui », l’État ottoman avait des centres administratifs distincts appelés Tripoli, Benghazi et Fezzan. Les foyers algériens, tunisiens et de Tripolitaine étaient appelés « foyers de Garp » [avec une connotation militaire au terme de « foyer », ndlr]. Bien que ces foyers ne constituent pas une source importante de production et de revenus pour l’État central, ils ont servi d’avant-poste en Méditerranée pour la défense de l’État ottoman et du monde islamique.

L’État ottoman a recruté des jeunes hommes d’origine chrétienne dans les Balkans pour les intégrer à l’organisation militaire centrale, et envoyé des jeunes hommes d’Anatolie dans les Foyers de Garp pour défendre leur territoire en Afrique du Nord. Ainsi, l’Empire ottoman a tenté d’améliorer la capacité militaire de la région, qui disposait de ressources humaines limitées. Ces militaires de carrière travaillant en Libye, en Tunisie et en Algérie ont été autorisés à épouser des filles de la population locale et une génération de Kouloughlis (Kuloğlu) a vu le jour; ils sont des millions aujourd’hui. « Kouloughlis » signifie que les pères sont des soldats d’ascendance anatolienne et leurs mères sont des habitants locaux. Outre les 1 000 à 2 000 soldats qui étaient enrôlés dans le foyer chaque année, le nombre de Kouloughlis a augmenté de façon arithmétique et ils ont été employés comme fonctionnaires dans différentes institutions de l’État et comme source distincte de force militaire pour la défense du pays.

Ahmed Chérif al-Sanoussi est arrivé à Ankara le 15 novembre 1920 et a rencontré Mustafa Kemal [Ataturk, fondateur de la République turque en 1923, ndlr] lors d’un dîner le 25 novembre. Le président de la Grande Assemblée nationale turque et le commandant en chef, Mustafa Kemal lui a offert une épée avec une incrustation de bijoux et une ceinture ornée de vers et de hadiths. Il était aux côtés d’Ataturk pendant la Guerre d’indépendance. En établissant que « sans l’indépendance de la Turquie, le monde musulman ne peut pas se débarrasser du colonialisme » et que « pour l’indépendance de la Libye, nous devons d’abord gagner l’indépendance de la Turquie », il a, de toutes ses forces, apporté son soutien à la Guerre d’indépendance turque. Ahmed Chérif al-Sanoussi, avec la nomination de Mustafa Kemal, s’est engagé dans des activités pour unifier les tribus arabes en Irak contre l’Empire britannique.

Au début du 17ème siècle, les personnes envoyées d’Istanbul pour être nommées gouverneurs de Tripoli ont eu du mal à maintenir leur position face à l’évolution des équilibres dans le monde et en Méditerranée. Avec l’augmentation du commerce mondial en termes de capacité et de valeur et le bouleversement des équilibres existants, la nécessité d’assurer la sécurité du commerce méditerranéen a engendré de nouveaux risques. Les fonctionnaires et militaires [Ocakli, littéralement « du Ocak » soit « du foyer », ndlr] et derrière eux, les Kouloughlis qui ont émergé comme une nouvelle puissance sociale, économique et militaire, ont pris les devants contre l’autorité des « beylerbeyi ». Parce que les « beylerbeyi » savaient qu’ils assumeraient un autre poste après trois ans, c’est-à-dire qu’ils occupaient leur poste temporairement, ont préféré rester dans une position représentative, laissant la responsabilité principale aux Ocakli et à leurs chefs [Dayi] au lieu d’effectuer des actions à long terme.

Ahmed Bey le Karamanide, qui était Dayi en 1711, a permis au sultan de prendre une décision mettant fin à cette position représentative. Ahmed Bey a obtenu une concession semblante au « sultan régent » et a été autorisé à établir une dynastie Karamanide en Tripolitaine.

À la fin du 18ème siècle, les raids maritimes, qui contribuèrent, quoique partiellement, aux foyers de Garp de l’État ottoman, perdirent leur importance à la faveur des navires marchands modernes armés. En fait, le gouverneur Yusuf Pacha était dans une position difficile pour compenser les dommages causés par les raids de pirates par des navires dont la sécurité était garantie par les beylerbeyi de Tripolitaine pour un certain prix. Le fait que Yusuf Pacha n’ait pas pris position contre Napoléon attaquant l’Égypte a également été critiqué à Istanbul.

En 1827, la marine ottomane a été incendiée par la marine commune des États européens à Navarin lors de la crise de gouvernance en Libye. Lorsque la rébellion grecque en Méditerranée orientale, l’occupation de l’Algérie par la France en 1830 et la rébellion de Mehmet Ali Pacha s’y sont ajoutées, l’intervention à Tripoli a été retardée. En fait, avec l’édit de réforme [Tanzimat] déclaré en 1839, la province était reliée au centre. Les ambitions impérialistes de la France pour la Tunisie et la Libye, comme en Algérie, étaient connues. Par conséquent, des relations chaleureuses ont été établies avec les tribus Gat, Touareg, Ezgar et Hoggar sur la route du Fezzan et de l’Afrique centrale. Des mesures ont été prises pour assurer la sécurité des routes commerciales pour les caravanes Soudan-Sénégal, Soudan-Maroc. Cependant, après l’occupation britannique de l’Égypte puis du Soudan en 1882, l’environnement de stabilité et de sécurité établi par les Ottomans a reçu un coup dur. Ainsi, l’État a subi une perte de revenus importante et dépendait de l’aide de l’État central.

Fondé en 1877, le Parlement ottoman a accueilli trois députés de Tripoli. En 1908, lorsque la deuxième monarchie constitutionnelle a été proclamée, huit députés au total représentaient la Libye au Parlement, un de Hums, deux de Benghazi, trois de Tripoli, un de Fezzan et un de la région Jabali Gharb [à ne pas confondre avec Jabal al Gharbi].- La politique libyenne d’Abdulhamid II

Des régiments de Hamidiye ont été créés, composés des enfants des élites des tribus libyennes et des Kouloughlis, et des efforts ont été faits pour préparer le peuple à toute occupation. Afin de repousser les attaques depuis la côte, des dépôts d’armes ont été établis aux points de défense stratégiques le long du long littoral de la Tunisie jusqu’à la frontière égyptienne. D’autre part, des médailles et des insignes ont été remis aux cheikhs religieux et aux chefs de tribus, qui étaient des leaders d’opinion à Tripoli, Fezan et Benghazi, et des titres soulignant la loyauté envers l’État ottoman ont été créés. Dans ce contexte, Cheikh Zafir Efendi, le chef de la confrérie Medeniyya, qui est une branche de la confrérie Chaazeliyya, a eu une influence sur les tribus de la région. À l’invitation d’Abdulhamid II, il est venu à Istanbul et a reçu le titre de conseiller privé. Sous le règne du sultan Abdulaziz, le soutien apporté aux zawiya de Senoussi s’est accru.

La confrérie Soussiyyah était influente dans la vie économique, politique et sociale de la région avec ses zawiya sur la route commerciale connue sous le nom de Bilati-Soudan, qui s’étend par Benghazi et par le Tchad, de la Méditerranée, au sud du Sahara et de là au Soudan, et par l’autre extrémité au Sénégal et au Maroc. De ce fait, les Senoussis ont montré une résistance très stable et forte contre l’expansion impérialiste française et italienne.- Ataturk et la Libye

Le Sandjak du Fezzan était un endroit où l’Empire ottoman exilait les Jeunes Turcs. Mais face aux attaques colonialistes des Italiens, les Jeunes Turcs, alors exilés à Fezzan, étaient employés dans différentes régions de la province. Ainsi, ils ont commencé à servir les Libyens en tant que médecins, enseignants et agents administratifs de la province. La présence de ces personnes, qui sont fusionnées avec le peuple de la Libye, a renforcé plutôt que d’affaiblir l’engagement des communautés locales envers le calife ottoman. À tel point qu’en 1908, lorsque la deuxième Monarchie constitutionnelle a été proclamée, les Jeunes Turcs de Libye n’ont pas participé aux grandes manifestations joyeuses à Tripoli, et certains ont même réagi. Ensuite, les dirigeants de l’Union et du progrès, ont envoyé Mustafa Kemal en Libye, pour expliquer ce que signifie les concepts de monarchie constitutionnelle, d’État de droit, d’égalité, de justice et de liberté.

Mustafa Kemal, qui était actif en Libye contre les colonialistes, dans le domaine intellectuel, y a semé les graines de la liberté. En 1911, résistant avec seulement 5 500 soldats face à une centaine de milliers de soldats de l’Italie tentant d’envahir la Libye, Mustafa Kemal, pour augmenter le nombre de soldats locaux, a appelé le public à rejoindre la résistance. Avec le travail réussi des noms importants tels que le commandant de Tripoli, le colonel d’état-major Neşet Bey, le commandant d’état-major Ali Fethi (Okyar) Bey, le capitaine Nuri (Conker) Bey, le commandant de Benghazi Enver (Pasha) Bey, le chef d’escadron Mustafa Kemal (Ataturk) Bey, Suleyman Askerî Bey et Kuscubasi Esref Bey, les Italiens ont été cloisonnés dans les régions côtières et n’ont pas pu entrer dans les régions intérieures de la Libye.

Au début des guerres balkaniques, au nom de la situation en Libye, l’État ottoman a appelé à une solution immédiate. Le 18 octobre 1912, le Le traité de Lausanne [à ne pas confondre avec le traité ultérieurement signé portant le même nom, ndlr]. Alors que la souveraineté des Italiens étaient reconnue en Libye, un fonctionnaire intitulé « le représentant du Sultan » [Nâibu’s sultan] a été nommé pour représenter les musulmans. Lorsque la Première Guerre mondiale a commencé, l’État ottoman a pris grand soin de ne pas violer les dispositions de ce traité, qui n’ont jamais été pleinement mises en œuvre, dans le cadre des politiques visant à empêcher l’Italie d’entrer dans l’alliance anglo-russe-française. Ahmed Chérif al-Sanoussi (1873-1933), qui a combattu les Italiens avec grand courage, a dû être transféré à Istanbul le 30 août 1918 avec un sous-marin après le traité que Sayyid Idris, de la famille d’Al-Sanoussi, a signé avec les Britanniques et les Italiens. À la Mosquée Eyup Sultan lors de la cérémonie d’intronisation de Mehmed VI (Vahdettin), Al-Sanoussi la tâche de la ceinture de l’épée. Ce devoir est la preuve la plus claire du haut niveau de confiance qui était accordé à Ahmed Chérif à Istanbul.

Ahmed Chérif al-Sanoussi est arrivé à Ankara le 15 novembre 1920 et a rencontré Mustafa Kemal lors d’un dîner le 25 novembre. Le président de la Grande Assemblée nationale turque et le commandant en chef, Mustafa Kemal lui a offert une épée avec une incrustation de bijoux et une ceinture ornée de vers et de hadiths. Il était aux côtés d’Ataturk pendant la guerre d’indépendance. En établissant que « sans l’indépendance de la Turquie, le monde musulman ne peut pas se débarrasser du colonialisme » et que « pour l’indépendance de la Libye, nous devons d’abord gagner l’indépendance de la Turquie », il a, de toutes ses forces, apporté son soutien à la Guerre d’indépendance turque. Ahmed Chérif al-Sanoussi, avec la nomination de Mustafa Kemal, s’est engagé dans des activités pour unifier les tribus arabes en Irak contre l’Empire britannique.- Du colonialisme italien à la Libye indépendante

L’occupation italienne en Libye a duré de 1911 à 1943. Lorsque les troupes italo-allemandes ont été vaincues et ont quitté la Libye en 1943, Tripoli et Benghazi ont été occupées par des soldats britanniques et Fezzan a été occupée par des soldats français. Durant le processus de décision au sein des Nations unies (ONU) sur l’avenir de la Libye, les relations entre la Libye et la Turquie ont repris. Une structuration étatique temporaire a été mise en place dans la ville de Berka. Cheikh Idris al-Senoussi a fait appel à la Turquie lui demandant des experts pour être nommés cadres supérieurs [du nouvel État libyen, ndlr]. Dans ce contexte, beaucoup de hauts fonctionnaires, notamment le président du gouvernement libyen, Sadullah Kologlu, proviennent de la Turquie.

Le 24 décembre 1951, lorsque le roi Idriss al-Senoussi Ier a fondé l’État de Libye, il était le roi du pays le plus pauvre du monde. La Libye a donné des bases militaires aux États-Unis en 1953 et au Royaume-Uni en 1954. Cela a fourni une contribution financière au budget du pays avec le loyer et les compensations reçues de ces pays en retour. Lorsque les riches gisements de pétrole ont été découverts en Libye au début des années 1960, le destin du pays a changé. Il est devenu candidat à devenir l’un des pays les plus riches du monde après en avoir été le plus pauvre. Après cela, en 1969, un coup d’État a pris place en Libye. Bien que les relations avec la Turquie soient restées gelées pendant un certain temps, le leader de la révolution, Kadhafi a réaffirmé les relations bilatérales d’amitié avec la Turquie en apportant son soutien à l’opération de paix à Chypre.

– Pourquoi la Libye est importante pour la Turquie?

En conclusion, il est important de noter les liens culturels historiques existant entre la Turquie et la Libye, mais également, sur le plan géographique, l’importance des relations de bon voisinage. Connaître les responsabilités de ce pays lui provenant de son histoire ne signifie pas qu’il passe des accords bilatéraux afin de protéger ses droits dans les eaux marines et défie ou combatte d’autres forces.

Déclarer sa volonté de protéger ses droits et intérêts à tout prix et faire preuve de fidélité dans ses relations bilatérales expriment le pouvoir et le pouvoir de dissuasion de cet État. Au cœur de l’ordre du jour des relations de la Turquie avec la Libye, il y a un arrière-plan qui remonte à 500 ans. Dans cet immense passé historique, il y a des souvenirs allant de Soliman le Législateur à Abdulhamid en passant par Mustafa Kemal et par le gouvernement de [coalition] Bulent Ecevit-Necmettin Erbakan [qui a lancé l’opération de Paix à Chypre, ndlr].

En outre, les tombeaux des grands commandants et amiraux tels que Murad Agha, Turgut Reis et les œuvres architecturales qu’ils ont établies en Libye, qui renforcent aujourd’hui l’identité religieuse, politique et culturelle de la Libye, continuent leur existence dans toute leur splendeur. Ces œuvres, qui n’ont pas pu être détruites par les chevaliers espagnols et maltais, ont même résisté aux bombes de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, malgré les attaques de fanatiques qui définissent ces tombes comme des lieux de chirk [profanation] au lieu de les voir comme patrimoine historique, le tombeau de Turgut Reis, un monument de l’histoire commune et de l’amitié turco-libyennes, est toujours présent.

D’autre part, l’État libyen a apporté un soutien militaire aux soldats turcs qui sont venus au secours des Chypriotes turcs en 1974 malgré la réaction des puissances occidentales. Après que les soldats turcs ont perdu pour la première fois une terre habitée par les Turcs musulmans, ce qui a abouti à l’accord de Kucuk Kaynarca de 1774, la Libye a, bien qu’indirectement, pris part dans la première victoire d’une expédition militaire dans une zone où vivaient des Turcs musulmans. Avant que Mustafa Kemal Pacha ne déclenche la guerre d’indépendance en Anatolie et n’organise la nation contre les envahisseurs impérialistes, le fait qu’il ait préparé le peuple libyen à la résistance en 1911 est un fait à souligner. Après cette expérience à ses 30 ans, Mustafa Kemal est devenu le héros d’Anafartalar à l’âge de 34 ans et a commencé la guerre d’indépendance depuis Samsun à l’âge de 38 ans.

Malgré sa blessure à l’œil lorsqu’il a couru à la rescousse de la Libye au risque de sa vie, il n’a pas abandonné. Lorsque Mustafa Kemal a, de toute son énergie, lancé la lutte du peuple anatolien contre ceux qui tentaient d’occuper le cœur géographique de la patrie, son ami Ahmed Chérif al-Sanoussi était avec lui. L’amitié Turquie-Libye, avec ces expériences à l’esprit, encore une fois, sera déterminante pour établir la paix dans la région.

On peut dire à la lumière de toutes ces informations que si la Turquie reste indifférente à ce qui se passe en Libye et en Méditerranée orientale, quel que soit le gouvernement au pouvoir, cela aura une incidence défavorable sur la situation géopolitique et géostratégique d’Ankara directement. L’un des facteurs qui ont affecté l’effondrement de l’État ottoman est qu’il ait progressivement perdu sa souveraineté en Méditerranée, et n’a pas pu trouver de solution contre cela. Aujourd’hui, la présence de la Turquie en Libye, signifie l’échec du « projet d’enfermement [de la Turquie en Méditerranée] au Golfe d’Iskenderun ». Ainsi, si la Turquie ne réussit pas à préserver sa présence en Méditerranée, les navires turcs et les avions en Méditerranée orientale ne pourront pas se déplacer sans autorisation.

Dans ce sens, la question la plus fondamentale à se poser, n’est pas de savoir ce que fait en Libye la Turquie, qui a cinq, voire douze siècles de liens historiques et culturels avec la Libye, mais celle-ci : « Que font les pays impérialistes comme les États-Unis, la Russie, la France et l’Italie en Libye? »

En outre, la présence des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite en Libye, qui agissent de concert avec les pays impérialistes, mais ne font pas un pas vers les problèmes du monde arabe et islamique, devrait être remise en question.

L’État libyen a apporté un soutien militaire aux soldats turcs qui sont venus au secours des Chypriotes turcs en 1974 malgré la réaction des puissances occidentales. Après que les soldats turcs ont perdu pour la première fois une terre habitée par les Turcs musulmans, ce qui a abouti à l’accord de Kucuk Kaynarca de 1774, la Libye a, bien qu’indirectement, pris part dans la première victoire d’une expédition militaire dans une zone où vivaient des Turcs musulmans.

Il est certain que la présence de la Turquie en Libye vise à assurer la survie du gouvernement légitime libyen reconnu par l’ONU, et en même temps à préserver l’unité et l’intégrité du peuple libyen contre les puissances impérialistes, ainsi qu’à garantir l’indépendance du pays et sa paix intérieure. Comme on le sait, un État a des frontières géopolitiques et géoculturelles ainsi que des frontières politiques. Dans cette perspective, pour pouvoir protéger sa présence et ses intérêts en Méditerranée, dire que les frontières géopolitiques et géostratégiques de la Turquie commencent en Libye, n’est pas une exagération.

C’est une réalité évidente que pour que la Turquie puisse devenir une puissance régionale et mondiale, l’une des étapes les plus importantes et d’avoir une forte capacité navale comme ce fut le cas sous le règne de Soliman le Législateur.

En prenant en considération le déploiement en Sicile pour le contrôle de la Méditerranée, de la 6ème Flotte, l’une des plus grandes flottes américaines, le contrôle des bases de Tartous à Lattaquié en Syrie par la Russie, on ne peut pas attendre de la Turquie, en tant que pays avec la plus longue côte en Méditerranée orientale, qu’elle observe ce qui se passe en Méditerranée et en Libye en croisant les bras. Les actions de la Turquie, afin de protéger les intérêts du pays et la paix dans la région, sont très importantes et revêtent une importance historique.

[Prof. Dr. Süleyman Kızıltoprak est membre du corps professoral de l’Université des Beaux-arts Mimar Sinan]


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