Décès de Mgr Teissier : l’Algérie perd un grand homme de foi attaché au dialogue interreligieux

Photo by Nacerdine ZEBAR/Gamma-Rapho via Getty Images)

     L’Algérie a perdu en la personne de l’ancien archevêque d’Alger, Monseigneur Henri Teissier, décédé mardi, un « grand homme de foi », profondément attaché à l’Algérie et au dialogue interreligieux », ont affirmé dans des témoignages à l’APS des personnalités politiques et religieuses.

« Mgr Teissier faisait partie de ces grands hommes de foi qui respectent l’autre, qui se sont mis à l’école des peuples et de leur pensée, ne cherchant pas à les détourner de leur foi originelle », a indiqué Pr Mustapha Cherif, ancien ministre et lauréat du prix Unesco du Dialogue des cultures, rappelant que « l’Algérie, avec sa riche Histoire, de Saint-Augustin à l’Emir Abdelkader, à la pointe du sens de l’hospitalité et de la fraternité, avait rendu hommage appuyé à l’Algérien Henri Teissier de son vivant, en 2012 quand il avait pris sa retraite ».

« Il a aimé l’Algérie et le pays du 1er Novembre l’a fait sien, en lui accordant notamment  la nationalité en 1966. Digne héritier de Monseigneur Duval qui s’est engagé aux côtés du peuple algérien durant la glorieuse Révolution, Mgr Henri Teissier représentait la figure de ces prêtres catholiques profondément humains », a relevé Pr Cherif.

Le qualifiant d' »ardent défenseur de l’amitié islamo-chrétienne », il a noté que Mgr Tessier, passeur entre les deux rives, a « toujours œuvré pour le vivre ensemble et en paix ».

Il a en outre affirmé avoir fait la connaissance de « ce passeur entre les deux Rives » à Cordoue (Espagne) en 1974, lors d’un colloque international islamo-chrétien. A ce propos, Pr Mustapha Cherif a fait savoir que « sur intervention de Mgr Teissier auprès de l’évêque de Cordoue, le groupe de participants musulmans a été autorisé à célébrer la prière du vendredi au sein de la célèbre Mosquée de Cordoue », ce qu’il a qualifié d »événement unique ».

Evoquant la période du terrorisme, Pr Cherif n’a pas manqué de rappeler que « durant les temps sombres, Mgr Teissier est resté en Algérie, témoignant ainsi sa solidaire avec le peuple algérien ».

« Il disait que +l’un des motifs déterminants de notre présence en Algérie, c’est la possibilité de vivre une relation humaine et spirituelle avec des partenaires musulmans. A travers nos rencontres, c’est l’Eglise et le Monde musulman qui communiquent et, parfois même, qui communient au nom de Dieu+ », a encore témoigné l’ancien ministre.

De son côté, le secrétaire général au Haut Conseil islamique (HCI), M. Bouzid Boumediene, a qualifié Mgr Teissier d' »Algérien nationaliste ayant œuvré durant toute sa vie pour la promotion des valeurs humaines ».

« Mgr Teissier a su contribuer profondément à instaurer un climat de tolérance et de dialogue entre les différentes communautés », a ajouté M. Boumediene, insistant sur le fait que « cette grande personnalité religieuse a choisi de rester en Algérie durant la décennie noire ».

Pour le SG du HCI, Mgr Teissier était aussi « le symbole des nationalistes chrétiens ayant défendu la cause algérienne durant la Guerre de libération », rappelant aussi que le défunt n’a jamais raté l’occasion d’exprimer son « profond attachement au dialogue interreligieux, lors de séminaires traitant notamment des questions religieuses communes à l’Islam et au christianisme. »

L’ancien archevêque d’Alger est décédé mardi à Lyon (France) à l’âge de 91 ans.


    Il sera inhumé aujourd’hui à la basilique notre-dame d’afrique : Arrivée hier en Algérie de la dépouille de Mgr Henri Teissier

La dépouille de l’ancien archevêque d’Alger, Mgr Henri Teissier, est arrivée hier en début d’après-midi à l’aéroport international Houari Boumediène, à bord d’un appareil de la compagnie aérienne nationale Air Algérie.

Selon le diocèse d’Alger, Mgr Teissier, décédé le 1er décembre à Lyon (France), sera inhumé aujourd’hui dans l’intimité, dans la chapelle Sainte Monique de la basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger, à côté du cardinal Duval.

Une cérémonie religieuse est prévue dans la basilique de Notre-Dame d’Afrique, laquelle sera diffusée sur sa page Facebook, et sera retransmise à la cour de la basilique par haut-parleurs. Ces mesures ont été prises en raison des places limitées du fait de la situation pandémique.

Décédé à l’âge de 91 ans, Mgr Henri Teissier est connu pour son attachement à l’Algérie, dont il obtient la nationalité en 1966.

Fervent défenseur du dialogue interreligieux, l’évêque catholique franco-algérien est né le 21 juillet 1929 à Lyon. Ordonné prêtre pour le diocèse d’Alger en 1955, il est nommé évêque d’Oran par le pape Paul VI en 1972, avant de devenir par la suite archevêque d’Alger en 1988.


        Henri Teissier: Un grand homme tire sa révérence

                       par Rahal Redouane*

     Il a aimé l’Algérie sa patrie d’adoption depuis son arrivée en 1947 et dès l’Indépendance reconquise il en a acquis la nationalité, lui, le Lyonnais de naissance.

C’était Mgr Henri Teissier, décédé à Lyon, le 1er décembre 2020 où il était parti pour des spins médicaux.

Dès qu’il a décidé d’être Prêtre il a entamé des études d’arabe approfondies couronnées, à la fin par une licence de langue et de littérature arabes classiques, en suivant des cours successivement dans les Facultés d’Alger de Rabat et du Caire. Ses études terminées, il a entamé des recherches sur l’histoire, dans sa globalité, de l’Algérie depuis son origine tout en assumant ses fonctions de prêtre.

Alors qu’il se trouvait en France, après l’Indépendance, il découvre un manuscrit autobiographique de l’Emir Abdelkader, chez la famille Chevallier. Après études et analyses de son contenu dans diverses publications, il le fait offrir par cette famille, dont un descendant a été maire d’Alger, à la Bibliothèque nationale d’Alger. Pour Mgr Teissier l’Emir tout en défendant son pays contre l’agression étrangère a été un grand humaniste cherchant le triomphe de la tolérance, l’amour du prochain pour la paix sociale de l’homme, d’abord envers lui-même puis avec ses semblables en évitant l’aveuglement religieux. Il répétait souvent agresser au nom de Dieu c’est trahir Dieu. Il cite souvent l’exemple de l’Emir Abdelkader alors en exil qui défend avec les Algériens de son entourage, les chrétiens de Damas (Syrie) lors d’une insurrection contre ces derniers. C’était un Pasteur authentique mais aussi un passeur d’idées se référant, à la fois aussi bien aux Sages chrétiens à l’instar de Saint Augustin l’Algérien que des mystiques musulmans tel Ibn El Arabi l’Andalou qui enseignait que tout être humain doit aimer ses semblables quelles que soient ses convictions religieuses ou ses opinions philosophiques, il faut l’aimer en tant que création divine. Evêque d’Oran pendant une dizaine d’années, il rendait souvent visite à feu Cheikh Mehdi Bouabdalli de Béthioua, l’historien et Cheikh de zaouia ou aux allaouiyines de Mostaganem.

Lui-même était un mystique atypique

Lors d’un passage dans une zaouia de la région de Nédroma, la visite terminée il a voulu remettre au Cheikh local une certaine somme d’argent. Devant la réticence de ce dernier Mgr Teissier lui dit cet argent n’est pas pour vous c’est pour l’achat du sucre et du thé pour vos visiteurs. Le cheikh lui répond nous sommes sur la même ligne pour le rapprochement des humains et la purification des cœurs.

Evêque d’Oran, il a noué de nombreux contacts et présidait avec feu Maître Abdelhamid Benchehida ou feu Pr Abdelmadjid Meziane, une réunion périodique du GRIC (Groupe de recherche islamo-chrétienne) pour mettre en valeur tout ce qui peut épanouir l’homme et éviter les polémiques d’un autre âge. Pour lui, l’homme est la solution de défi dans le monde si agité d’aujourd’hui, pour cela il doit se réconcilier avec lui-même pour qu’il ne soit plus un loup pour autrui : apanage de l’ignorance et de l’intolérance. Pour lui, le temps où chacun vivait dans sa bulle est révolu. Il faut se rapprocher pour se connaître et s’aimer. Il agissait comme relais entre les bonnes volontés. Mgr Teissier a bien rempli sa mission au service de l’Algérie, de ses habitants mais aussi des causes justes. C’est ainsi qu’il a défendu les prêtres de l’Amérique du Sud qui prônaient la théologie de la libération en utilisant dans leurs prêches des arguments marxistes contre l’impérialisme et le capitalisme sauvages. Il agissait également pour les Palestiniens et les Sahraouis en leur apportant une aide matérielle via la Caritas. Mgr Teissier est mort mais son œuvre, sa vision de l’homme ses écrits, dont plusieurs livres sont là pour témoigner de sa grandeur d’âme. Quelle belle réussite que d’être une page dans l’écriture de l’histoire. Adieu cher ami apôtre du dialogue des cultures et des civilisations. Espérons, surtout, que ton message soit entendu et appliqué avec amour et sincérité pour la paix individuelle et collective. C’était un savant doublé d’un grand croyant préoccupé par le devenir des humains pour leur éviter toute catastrophe. C’était un juste.

*Avocat – Oran


       Mgr Henri Teissier sera inhumé le 9 décembre à la basilique de Notre Dame d’Afrique

                 par Amine Bouali

   Mgr Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger et évêque d’Oran de 1973 à 1980, qui vient de décéder le 1er décembre dernier à Lyon, suite à un accident vasculaire cérébral (AVC), sera inhumé dans la basilique de Notre Dame d’Afrique à Alger, le mercredi 9 décembre prochain, où il reposera aux côtés de son illustre prédécesseur, le cardinal Léon-Étienne Duval. Mgr Henri Teissier a été pendant plus de cinquante ans, un grand acteur du dialogue des cultures et des religions et un Algérien de cœur et de passion. Des registres de condoléances seront ouverts à cette occasion notamment dans les cathédrales d’Alger et d’Oran, qui seront ensuite remis à la famille du défunt (dont ses neveux et nièces) dont la présence aux funérailles est cependant tributaire de la disponibilité d’un vol sur Alger. Rappelons que le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a adressé à la famille de l’ancien archevêque un message de condoléances dans lequel il a affirmé que le défunt « était profondément attaché à l’Algérie et avait une grande estime pour les Algériens ».


Retour sur la présence de Henri Teissier à Tlemcen : Le président de « Dar Es-Salam » de Birouana n’est plus

                par Allal Bekkaï

    Dès l’achèvement de sa mission en tant qu’archevêque d’Alger en 2008, après vingt ans à la tête du diocèse d’Alger, Mgr Henri Teissier rentre à Tlemcen pour s’installer au monastère St Benoit situé au quartier résidentiel de Birouana(sud) où il crée une association culturelle qu’il baptisa «Dar Es Salam». «Il a confié à des amis qu’il a préféré s’éloigner un temps de la capitale afin de ne pas faire de l’ombre à son successeur, à l’évêché, en l’occurrence le Jordanien le père Ghaleb Bader du Patriarcat latin.

L’ex-archevêque émérite d’Alger troquera la soutane de prêtre contre un habit «civil» d’homme de culture en paraissant à l’occasion d’évènements culturels comme invité d’honneur ou à titre de conférencier. «Octogénaire, l’homme avait gardé une grande agilité physique et intellectuelle. On l’apercevait parfois, à la fin de la journée, au volant d’une voiture cabossée par les aléas de la route, emprunter la petite voie sinueuse qui grimpait jusqu’au monastère, au quartier de Birouana, ou bien au centre-ville, marcher d’un pas alerte, un cartable d’instituteur à la main… Au cours de son séjour à Tlemcen, Mgr Teissier s’est volontairement forcé à l’anonymat, n’attira l’attention d’aucune autorité, mais il ne refusa jamais une main tendue et encouragea les jeunes qui voulaient construire leur pays…», selon notre confrère Amine Bouali. «Régulièrement, il rejoignait la petite assemblée studieuse qui se tenait, chaque vendredi, qui avait accueilli, à la fin du 15ème siècle, la retraite spirituelle du grand savant mystique Cheikh Senouci.

Lorsque l’Adhan de l’Asr le surprenait dans ce lieu béni, il se retirait provisoirement, tandis que ses hôtes accomplissaient leur prière commune, et plongeait de son côté dans une méditation émaillée de questions décisives. Mgr Teissier maîtrisait la langue arabe à la perfection et n’hésitait pas à citer à l’occasion un verset du Coran, notamment la sourate El Kaf qu’il appréciait particulièrement», une sourate par laquelle s’ouvre invariablement la séance académique animée par Si Mohammed Baghli. Dans ce sillage, un débat s’enclencha en sa présence à la suite de la découverte en Turquie en février 2012, d’une Bible vielle de 1500 ans, en l’occurrence l’Evangile de Barnabé qui annoncerait la venue du Prophète Ahmed (QSSL)…

Mgr Henri Teissier avait été un vendredi 28 mai2010 l’hôte de la khalwa Cheïkh Senouci, ermitage sis à derb el Moqbi, voisine de la demeure du non moins illustre Sid Ahmed Tidjani, lovée au sein de la vieille médina.Il assista à cette occasion à une séance de lecture d’un extrait des « Foutouhat el mekkia » d’Ibn Arabi proposée par le Pr Baghli Mohammed, chercheur en legs universel. L’ecclésiastique évoqua à cette occasion un curé du nom de Père Poggi qui fut le prédécesseur de l’abbé Alfred Bérenger, militant et ami de l’Algérie, enterré dans le cimetière chrétien d’El Kalaâ inférieure(Tlemcen) où il repose en paix(depuis novembre 1996). Rappelons qu’une conférence sur la vie de ce dernier avait été donnée en octobre 2009 au siège de l’association Dar Es-Salem par son ami, M. Ahmed Benchouk, ancien membre du MALG, ex-wali de Béjaïa et ancien directeur de l’Ecole nationale d’administration d’Oran, au siège de l’association Dar Es-Salem.

Après la khalwa, Mgr Tessier était l’invité d’honneur le lendemain(samedi 29 mai 2010) de la section locale de l’association Cheïkh Alaoui pour l’éducation et la culture sise à derb el haddadine(rue des forgerons), voisine de la mosquée Ibn Merzouk dite Djama’ el kerma, à l’occasion de la journée d’étude sur le soufisme à Tlemcen organisée par cette dernière à la maison de la culture Abdelkader Alloula.

«Les dimanches, il rejoignait tranquillement le presbytère attenant à l’ex-église Saint-Michel(aujourd’hui bibliothèque de lecture publique) sise à la place Kairouan, pour présider la messe avec des étudiants africains de confession chrétienne qui poursuivaient leurs études à l’université. Une fois, pendant son séjour à Tlemcen, il se rendit à Montréal pour donner une conférence sur l’Emir Abdelkader…», d’après un article de Bouali. Dans ce contexte, un incident survint en décembre 2008 à Maghnia, évoqué dans une interview de Mohamed Mehdi Cheriet avec Mgr Henri Tessier, paru en 2009 sur «Les cahiers de l’Orient», dont nous vous livrons un passage y afférent :

MMC : Le 30 janvier 2008, le Père Pierre Wallez, du diocèse d’Oran, a été condamné à un an de prison avec sursis par le tribunal de Maghnia, pour avoir prié, un mois plus tôt, avec des immigrants camerounais «hors d’un lieu de culte». Un médecin algérien a été condamné à deux ans de prison ferme pour «avoir utilisé des médicaments du dispensaire public», des médicaments que l’Eglise affirme avoir payés. Nonobstant la question religieuse n’y a-t-il pas en toile de fond le problème des migrants sub-sahariens ?

Mgr H.T :L’exemple que vous citez nous prouve bien qu’il y avait, quelque part, la volonté de porter tort à l’Eglise catholique. Les visites que certains d’entre nous faisaient à ces migrants existaient depuis plus de trente ans. Le Wali de Tlemcen en avait été informé, dès le début, par l’évêque du lieu, ainsi que la gendarmerie. Il suffisait de nous prévenir que de telles visites n’étaient plus possibles pour que nous soyons amenés à revoir notre attitude avec les autorités responsables. Au lieu de cela le choix a été fait d’arrêter le prêtre qui faisait ces visites humanitaires et pastorales, de le garder pendant trente heures en interrogatoire dans la gendarmerie de Maghnia, puis de lui faire un procès à lui et au médecin algérien musulman et bénévole qui l’accompagnait. Et le motif du procès n’était pas qu’il s’agissait d’une visite à des migrants, mais d’un culte non autorisé par l’ordonnance du 26 février. En réalité il n’y avait pas eu, d’ailleurs, de culte, mais une simple visite avec une prière au lendemain de Noël. Il est clair que certains milieux voulaient prendre en faute l’Eglise catholique d’Algérie.

Lors du colloque qui s’était tenu les 30 et 31 mars 2011 sous l’égide de l’UABT au sein de l’auditorium de la faculté de médecine Dr Benaouda Benzerdjeb de Tlemcen autour de «L’Islam, l’orientalisme et le dialogue des cultures», Mgr Teissier présenta une communication intitulée «Mohammed Bencheneb entre authenticité et orientalisme», à travers laquelle il exhumera toute la biographie de l’illustre érudit algérien :«La communication entre les cultures et les civilisations passe à travers des médiateurs capables de représenter l’héritage culturel et humain de leur peuple au-delà des frontières de leur univers civilisationel. A la fin du XIX ème siècle et au début du XXè siècle, Mohammed Bencheneb, originaire de Médéa, a été l’un de ces»passeurs»», dira l’homme de culte. Et de souligner. «A travers lui, c’est la culture maghrébine originelle(asila) qui faisait signe dans le cercle fermé de l’orientalisme (istichrâq) européen et délivrait un message…».

Bénéficiant d’une double culture celle, arabo musulmane, de ses origines et , française, de sa formation, il a pu proposer une soixantaine d’œuvres ou d’études qui faisaient connaître, en français et en arabe, le patrimoine arabo musulman. Les spécialistes de son époque (René Basset, Alfred Bel, William Marçais, Levy Provençal…) ont reconnu sa compétence en l’accueillant comme premier algérien titulaire de la chaire de littérature arabe à la faculté des Lettres de l’université d’Alger, succédant à son maître René Basset(1924). Ses collègues l’ont aussi délégué pour les représenter au congrès international des orientalistes de son époque(Alger-1905). Cet érudit était polyglotte puisqu’il maîtrisait outre l’arabe, le latin, le français, l’allemand, l’espagnol et l’italien. Mohammed Bencheneb, qui sera le gendre l’imam Kaddour Ben Mostefa, est né le 26 octobre 1869 à Takbou (Médéa) et décédé le 5 février 1929 (à l’âge de 60 ans) à Alger où il repose aux côtés de Sidi Abderrahmane Taâlibi…Par ailleurs, l’ouvrage « Anthologie des Mawaqifs de l’Emir Abdelkader le soufi de l’Ecriture» du Dr Hikmet Sari Ali,président du club de culture soufie de Tlemcen, a été préfacé par Mgr Henri-Teissier ex-archevêque émérite d’Alger (éditions AGM Pub, Tlemcen 2011).

Il parait aux côtés de l’ambassadeur de France à Alger, M. Xavier Driencourt et le directeur de l’IFT David Queinnec , à l’occasion de la tenue des journées culturelles françaises organisées en octobre 2011 dans le cadre de la manifestation de 2011 «Tlemcen, capitale de la Culture islamique».

Le défunt était parmi les invités de marque à l’occasion de l’ouverture du nouveau centre des études andalouses d’Imama en juin 2012, à la faveur d’une grande exposition en 3 parties : «L’âge d’or des sciences en pays d’Islam», «Sur les traces des Andalous» et «Les manuscrits scientifiques du Maghreb». D’autre part, on le voit sur une photo dans la revue Djazaïr 2003 à El Mouradia, en compagnie de Kamel Malti, un spécialiste de St Augustin et Mahmoud Bouayed, conseiller à la présidence.

Le défunt aurait été même vu un vendredi au lieudit Blass lors d’une marche du hirak. Sympathie, curiosité ou simple coïncidence ?

Il convient de signaler qu’une communauté ecclésiastique restreinte est installée à Tlemcen, outre l’ex-archevêque émérite d’Alger, Mgr Henri Teissier, le père Gérard du presbytère de Ghazaouet, les trois sœurs missionnaires de Notre-Dame-des Apôtres, en Algérie, Bernadette Laengy et Marie Claude Sohier (Françaises) et Flora Ferrario (Italienne) résidant à Hennaya, (ex-Eugène Etienne)…La culture du vivre-ensemble qui est bien ancrée à Tlemcen n’est pas un vain mot ni une vue de l’esprit. A souligner que l’abbé Alfred Berrenguer, l’Algérien humaniste, l’ami de la Révolution algérienne, repose en paix au cimetière chrétien d’El Qalaâ inférieure (Tlemcen) où il fut enterré en 1996 suivant son vœu.

Profondément attaché à l’Algérie, Mgr Henri Teissier qui est né le21 juillet 1929 à Lyon habitait à Alger depuis 1947 ;il avait obtenu la nationalité algérienne en 1965. Rappelons que l’ancien archevêque d’Alger est décédé ce mardi(1er décembre 2020) à Lyon (France) à l’âge de 91 ans. Il sera enterré, comme il l’avait voulu, en Algérie, sa terre adoptive, selon Mgr Paul Desfarges, archevêque émérite d’Alger, l’actuel archevêque d’Alger.


Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, au «Le Quotidien d’Oran»: «Pour Henri Teissier, il n’y avait ni grands ni petits»

               Entretien réalisé par Amine Bouali

  Mgr Henri Teissier, l’ancien archevêque d’Alger, et évêque d’Oran de 1973 à 1980, décédé le 1er décembre dernier à Lyon, a été inhumé ce mercredi à la basilique Notre Dame d’Afrique à Alger. Né le 21 juillet 1929, il était profondément attaché à l’Algérie où il a résidé de façon presque continue depuis 1947. Il avait obtenu la nationalité algérienne en 1965, en même temps qu’une vingtaine d’autres prélats (dont le cardinal Léon Etienne Duval). Malgré les épreuves et les drames (notamment durant la terrible décennie noire algérienne des années 1990), il est toujours resté fidèle à l’Algérie et à son peuple, lui l’infatigable apôtre du vivre-ensemble et du dialogue islamo-chrétien. Auteur de plusieurs ouvrages dont un titre consacré à l’Emir Abdelkader, Mgr Teissier maîtrisait la langue arabe à la perfection et n’hésitait pas à citer à l’occasion un verset du Coran, notamment la sourate « El Kahf » qu’il appréciait particulièrement. Il disait aussi que le terme « Salam » (Paix en arabe) constituait l’un des fondements de sa foi chrétienne. L’Algérie par la voix notamment de son Premier ministre, Abdelaziz Djerad, lui a rendu un vibrant hommage. Ce dernier a adressé à la famille de l’ancien archevêque un message de condoléances dans lequel il a rappelé que le défunt « était profondément attaché à l’Algérie et avait une grande estime pour les Algériens ». Nous avons demandé à l’évêque d’Oran, Mgr Jean-Paul Vesco, de nous livrer ses sentiments à l’occasion de la disparition de l’illustre homme de Dieu.

Le Quotidien d’Oran : Mgr Jean-Paul Vesco, vous venez d’assister, mercredi, aux funérailles de feu Mgr Henri Teissier à la basilique Notre Dame d’Afrique à Alger. Tout le long de sa dense et féconde vie, émaillée d’épreuves et de drames mais aussi riche de dons et de joies, le défunt a suscité l’estime, l’admiration, l’affection de tous ses compatriotes algériens qui l’ont connu ou approché. Il a vécu sa foi chrétienne avec le souci bienveillant de l’autre et la fraternité en partage. Que vous inspire un tel destin hors du commun ?Mgr Jean-Paul Vesco : Henri Teissier était doté d’une immense érudition, et en même temps d’une très belle humanité et d’une grande humilité. Le cours de sa vie l’a amené à vivre sa vocation de prêtre en Algérie, et il a absolument épousé ce peuple et ce pays. C’est une grande chance dans une vie d’être exactement à sa place et de pouvoir donner tout ce que l’on a à donner. Ça a été sa chance, et notre chance à nous tous qui l’avons connu.

Le Quotidien d’Oran : Henri Teissier avait un lien très fort avec l’Algérie et les Algériens. Comme le soulignait un de ses proches, il a été « un homme grand dans son humilité et sa capacité incroyable à tisser des liens »…

Mgr Jean-Paul Vesco : Henri Teissier avait la passion de la relation. Personne ne croisait son regard sans qu’il tente de rentrer en relation d’une façon ou d’une autre, et chaque relation était réelle au sens où il était vraiment présent à la vie de la personne à laquelle il s’adressait. Il n’y avait pour lui ni grands ni petits, toute personne était importante à ses yeux.

Le Quotidien d’Oran : A l’occasion de sa disparition, vous avez rappelé vous-même que Mgr Teissier était « un grand acteur du dialogue des cultures et des religions ». Il avait notamment une affection particulière pour la figure de l’Emir Abdelkader auquel il avait consacré un livre…

Mgr Jean-Paul Vesco : La rencontre de la personnalité extraordinaire de l’Emir a été déterminante dans la vie de Mgr Teissier. Il s’est pleinement retrouvé dans la grandeur d’âme et l’ouverture d’esprit de cet homme immense qui a fait la preuve de son respect pour toute personne humaine, y compris celle qui l’avait combattu et qui était son prisonnier, ou celle qui était d’une autre religion, tels les milliers de chrétiens syriens qu’il a sauvés à Damas. Mgr Teissier s’est pleinement retrouvé dans la haute spiritualité de l’Emir, lequel non seulement n’avait pas peur de la différence religieuse mais la respectait et y voyait même une richesse. L’un et l’autre, chacun à sa manière et à son niveau, sont des lumières pour notre temps.

Le Quotidien d’Oran : Que signifie, selon-vous, l’ultime vœu de Mgr Henri Teissier d’être inhumé en Algérie ?

Mgr Jean-Paul Vesco : Henri Teissier avait naturellement exprimé le vœu d’être enterré en Algérie, sa terre d’adoption où il a vécu l’essentiel de sa vie. Il est décédé à Lyon où il était bloqué depuis des mois. Ce qui nous a touchés, c’est le souhait des autorités de procéder au rapatriement de son corps. Ce fut une décision généreuse de sa famille de consentir à ce qu’il ne rejoigne pas le caveau familial où reposent notamment ses parents, ses frères et ses soeurs. Nous avons été touchés par l’accueil officiel de son cercueil recouvert du drapeau algérien à l’aéroport d’Alger en présence d’un membre de la Présidence de la République et de Monsieur le Ministre des Affaires religieuses. L’hommage rendu à la vie d’Henri, le 5 décembre à la cathédrale de Lyon par l’ambassadeur d’Algérie en France, renforce aussi ce témoignage d’une fraternité, envers et contre tout, que nous voulons donner ensemble, chrétiens et musulmans. Et nous sommes heureux qu’Henri repose désormais à l’intérieur de la basilique de Notre Dame d’Afrique, aux côtés du cardinal Duval dont il a été un digne successeur.

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