Algérie / Le débat en mode «Hirak»

28.06.2020

par Salah Lakoues

Le livre de A. Bensaâda, «Qui sont ces ténors autoproclamés du Hirak algérien ?» commence à faire des vagues, certes, mais il interpelle surtout nos consciences. Notre conscience patriotique d’abord, puis celle des citoyens aspirant à une totale liberté individuelle. Le fait de savoir que certaines organisations très impliquées dans les mouvances du Hirak soient financées par l’étranger afin de «remettre de l’ordre» dans notre pays nous est insupportable. Le Hirak n’a pas besoin de tuteurs étrangers -en tout cas cela n’a jamais été une revendication, que je sache. Ce large mouvement consensuel qui a réuni, grands et petits, autour de l’aspiration à une gestion démocratique de la cité et des libertés individuelles et collectives ne peut se laisser dérouter, sans en témoigner son agacement. Et de ce point de vue là, nous sommes tous des Bensaâda.

Notre désir d’émancipation citoyenne a émergé des pores mêmes de la société algérienne, au centre, au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest du pays. Cette menace d’un 5e mandat du Président Bouteflika nous a tous poussé au rejet quasiment par réflexe. Mais si la mayonnaise a pu prendre, c’est parce que des signes forts de l’armée sont venus nous réconforter et encourager la lame de fond à s’emballer. Les premières semaines du mouvement ont pu donner au monde entier une image formidable d’une révolution démocratique pacifique ; son impact a fait écho, y compris aux Etats-Unis, ces dernières semaines. Ce qui a fait dérouter cette lame, c’est une sorte de surenchère politicienne, par trop «algéro-centrée», convoyée par des revendications «pan-berbéristes», d’une part, et par une alliance «contre nature» avec des islamistes qui vivent au crochet de monarchies arabes, d’autre part. Dans le reste du pays un repli de réserve s’est instauré chez les exaltés des premiers soubresauts du Hirak. Des porte-parole de fait se sont imposés – avec le soutien militant d’organes d’information sous contrôle – et de proche en proche se sont octroyés le droit d’imposer leur agenda. A partir de là une dérive idéologique s’est emparée de ce qui restait du Hirak : la seule vision politique qui se dégageait était la mise à l’écart de l’armée et la prise du pouvoir par des procédures non électives, une sorte de «directorat de la transition» avec à sa tête des individualités «acceptables» par le Hirak. De là, tout une attitude de refus hystérisant a caractérisé la scène publique : «non» à tout ce que le pouvoir propose- y compris le Covid- 19, lui a été attribué comme prétexte de démobilisation. Du côté du pouvoir, l’armée a joué son rôle de force assurant la transition politique, jusqu‘à l’élection de M. Tebboune. Ce dernier promet de mettre en œuvre les revendications du Hirak initial et comme signe de bonne volonté entreprend une révision de la Constitution allant dans ce sens, en vue de la faire débattre puis la soumettre à référendum.

Les raidissements politiciens d’un Hirak «algéro-centré» sont réitérés, de semaine en semaine, sans qu’une issue politique sérieuse apparaisse. Le Hirak ne pouvant plus être efficace sous sa forme de «rébellion permanente», il fallait parvenir à l’organiser. Les nombreuses tentatives ont quasiment toutes échoué. Un mouvement sans programme et dont la seule vision est le refus de la seule force qui a mis en échec l’une des plus grandes armées au monde afin d’arracher l’indépendance nationale ne peut déboucher sur une forme d’organisation saine. Il y a même lieu de constater que cette impossible organisation sous une forme institutionnelle connue, du moins, arrange les tenants du «tout ou rien» qui deviennent menaçants et qui font prendre des risques forts de déstabilisation au pays. Pourtant le calendrier du pouvoir est simple et il suffit d’un réel engagement pour en prendre le contrôle : débats sur l’enrichissement de la constitution et sa légitimation, préparation des élections des instances représentatives nationales (Assemblée nationale, Sénat) puis les municipales. Voilà de quoi faire pour occuper le terrain sur la base de programmes politiques clairs et mobilisateurs. Les prochaines chambres peuvent réunir une majorité de représentants du peuple issus, pour une large part, du mouvement hirakiste. Pourquoi essayer d’en dissuader les compatriotes ? D’autant plus qu’il n’y a pas de démarche plus démocratique.

C’est à tenter de démêler tout cela que le livre de M. Bensaâda apporte des pistes de réflexion basées sur des faits tangibles et vérifiables par tous. Si ces faits sont avérés, alors l’argument du pouvoir consistant à aiguiser la vigilance patriotique contre les menaces d’immixtion étrangères pesant sur notre destin national deviennent claires et décodables. On conspire contre notre pays et des compatriotes aveuglés par le pouvoir facilitent le travail de nos «anges gardiens». Quel Hirak a demandé cela ?

Une seule voie s’offre à nous, par amour pour notre patrie soyons vigilants et œuvrons pour que l’avenir nous appartienne. Comment y arriver ? Tout simplement, comme tous les pays démocratiques au monde en passant par des élections (à la transparence garantie et surveillée), suivant un calendrier clair et transparent. L’actuel président s’y engage, prenons-le au mot.


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