La nouvelle Amérique de Joe Biden : The United « Shades» of America

 

En dépit des allégations de fraude électorale invoquées par le Président sortant Donald Trump, après sa défaite à l’élection du 3 novembre 2020 contre son concurrent Joe Biden et en dépit des rumeurs selon lesquelles d’autres émeutes que celle du Capitole du 6 janvier dernier auront lieu dans les 50 Etats des Etats-Unis entre le 16 et le 20 janvier, l’investiture du nouveau Président Joe Biden est bel et bien prévue aujourd’hui 20 janvier.

Par Arezki Ighemat*


Pour assurer que cette investiture — qui habituellement se fait en grande pompe (feux d’artifices, concerts de musique, invitation de célébrités, notamment d’anciens présidents), mais qui, en raison de la pandémie de la Covid-19 a été réduite au strict minimum — ait lieu sans incidents majeurs, les autorités fédérales et étatiques ont pris des mesures exceptionnelles de sécurité, à Washington D.C, mais aussi dans tous les Etats du pays. Les Américains et le monde entier ont le regard fixé sur cet évènement qui symbolise le transfert pacifique et constitutionnel du pouvoir dans le pays qu’ils considèrent comme étant le phare de la démocratie et de la bonne gouvernance.

En dépit également des nombreux obstacles de différentes sortes placés par le président sortant Donald Trump pour empêcher cette transition pacifique, le nouveau président et sa vice-présidente Kamala Harris ont déjà établi un plan pour faire oublier la gouvernance intempestive et catastrophique de Trump et aider le pays à sortir des nombreuses crises graves qu’il laisse au nouveau président en « héritage». En particulier, le nouveau président a choisi les principaux membres de son équipe gouvernementale qui comprend, pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, des personnalités de différentes origines ethniques et géographiques et aussi un nombre impressionnant de femmes.

Cependant, compte tenu de l’héritage catastrophique que lui aura laissé le président sortant — une pandémie mal gérée qui a fait et continue de faire des dégâts humains sans précédent, une économie en pleine récession et, surtout, une société fracturée ethniquement, idéologiquement et moralement —, le nouveau président aura à élaborer et à mettre en œuvre un véritable « Plan Marshall» pour désamorcer ces crises. Le présent article se propose, dans un premier temps, de faire connaître la nouvelle équipe gouvernementale de Joe Biden, notamment sa grande diversité. Dans un deuxième temps, nous parlerons des trois défis majeurs que le nouveau président aura à affronter, la pandémie, l’économie et la division sociale.

Le gouvernement Biden : diversité ethnique et parité sexuelle
L’équipe gouvernementale de Biden compte, à ce jour — mais les nominations ne sont pas encore terminées — 14 femmes sur les 34 membres nommés jusqu’à présent. Parmi les 14 femmes, 8 sont soit des Afro-Américaines, soit des Asiatiques, ou une combinaison des deux, comme c’est le cas de Kamala Harris, la vice-présidente, qui a une double origine, Afro-Américaine et Indienne. Par ailleurs, plusieurs de ces femmes occupent des postes stratégiques, à commencer par Kamala Harris, qui est la première femme de l’histoire des Etats-Unis à briguer le poste de vice-présidente, Janet Yellen, secrétaire au Trésor, Gina McCarthy, directrice du Climat à la Maison-Blanche,

Deb Haaland, une native-Américaine, occupe le poste de secrétaire à l’Intérieur, Gina Raimando, d’origine italienne, secrétaire d’Etat au Commerce, Jennifer Granholm, secrétaire d’Etat à l’Energie, Linda Thomas-Greenfield, une Afro-Américaine, ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU, Avril Haines occupe le poste hyper stratégique de directrice de l’Intelligence nationale, Neera Tanden, d’origine indienne, nommée chef du Bureau de gestion et du budget (OMB), Jennifer Psaki, secrétaire d’Etat à la Presse, Katherine Tai (d’origine taiwanaise), nommée comme représentante au Commerce, Susan Rice (Afro-Américaine), Directrice du Council of National Policy, Marci Fudge (Afro-Américaine), secrétaire d’Etat à l’Habitat et au Développement urbain, Rochelle Walensky, directrice du Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

La plupart des analystes politiques et des historiens disent que le gouvernement Biden est le gouvernement le plus diversifié de l’histoire des Etats-Unis sur les plans ethnique et paritaire (femmes/hommes). Ils disent aussi que c’est un gouvernement composé de membres très qualifiés et ayant une grande expérience dans leurs domaines respectifs. Il faut souligner, en particulier, que le poste de secrétaire à la Défense — sans aucun doute le poste le plus stratégique du gouvernement — est occupé par un Afro-Américain, Loyd Austin. Il est aussi à remarquer qu’un grand nombre des membres du nouveau Cabinet ont déjà occupé des postes dans l’administration de Barack Obama pendant que Biden était vice-président. Il est intéressant de comparer ce gouvernement très diversifié avec celui de Donald Trump, qui comprenait un seul Afro-Américain occupant un poste non stratégique, et très peu de femmes.

Ceci n’avait pas manqué d’irriter les communautés américaines de couleur — Afro-Américains, Hispaniques, Asiatiques — et a contribué à accentuer la division de la société américaine et le racisme, qui étaient déjà latents, mais que le président Trump a accentués. Par conséquent, et étant donné la fracture sociale laissée par l’administration Trump — dont le paroxysme a été atteint le 6 janvier dernier lors de l’attaque par les supporters de Trump du Capitole à Washington D.C — la diversité du nouveau gouvernement ne pourra que participer à ressouder la société américaine. Nous développerons ce point plus en détail dans la deuxième partie de cet article. Il faut souligner aussi que ce besoin de diversité ne fait que refléter la nouvelle démographie américaine.

Nous savons tous que les Blancs constituent la majorité de la population américaine (environ 61%), la population hispanique est le deuxième groupe le plus important (environ 18%), le troisième groupe est constitué par les Afro-Américains (environ 13,4%), le quatrième groupe est constitué par les Asiatiques (environ 5,9%). Joe Biden, en choisissant les membres de son équipe gouvernementale, tente donc de refléter la carte démographique actuelle des Etats-Unis, ce qu’aucun autre Président avant lui — y compris Barack Obama, un Afro-Américain — n’a réussi à faire. On sait que le choix de Biden est aussi dicté dans une large mesure par le contexte de division sociale créé, ou tout au moins aggravé, par le Président Trump, qui a dressé un groupe contre un autre et créé un climat de tensions sociales jamais égalé auparavant et qui a donné naissance à des mouvements comme celui des « Black Lives Matter» qui lutte contre le racisme et les injustices raciales et sociales sous toutes leurs formes.

Certains ont commencé à critiquer cette politique de diversité arguant que ce qui doit être le critère majeur de la sélection des membres du Cabinet, c’est la méritocratie. Cependant, lorsqu’on regarde le parcours de tous les nouveaux membres de l’équipe Biden — qui, comme nous l’avons vu, ont des origines ethniques et géographiques diverses, mais aussi une large expérience (certains dans l’administration Obama) — on remarquera que ces critiques ne sont pas fondées. Biden a choisi son équipe sur la base des deux critères en même temps, la diversité et le mérite/expérience. Le même raisonnement a été utilisé par Biden pour le choix des femmes nommées dans son gouvernement.

Trois exemples suffisent pour confirmer cela. Le premier exemple est la vice-présidente Kamala Harris, qui est une ancienne juge, ancien procureur, ancienne Sénatrice représentant l’Etat de Californie. Le deuxième exemple est Janet Yellen, ancienne professeure de la prestigieuse Yale University, ancien membre du Federal Reserve Board of Governors, ancienne présidente du Council of Economic Advisers », ancienne présidente de la Federal Reserve et, enfin, Secrétaire d’Etat au Trésor dans le gouvernement de Biden. Le troisième exemple est celui de Deb Haaland, une native indienne, représentant l’Etat du New Mexico au Congrès, qui sera la première femme indigène à occuper un poste aussi stratégique que le Secrétariat à l’Intérieur (correspondant au ministère de l’Intérieur dans le système européen).

En tant que ministre de l’Intérieur, Haaland dirigera le « Bureau of Indian Education » qui a été jusque-là négligé par les administrations précédentes ainsi que le « Bureau of Indian Affairs » qui gère quelque 55 millions d’acres de terre tribale appartenant aux indigènes américains. Après sa nomination par le président Biden, Haaland a déclaré : « We have to get back to a place where [indigenous people] have a seat at the table. I trust that will happen under Biden administration » (Nous devons retourner à l’endroit où les indigènes américains auront un siège à la table. Je suis presque certaine que cela se fera sous l’administration Biden).

Cette double diversité, à la fois ethnique et paritaire, va, sans aucun doute, aider l’administration Biden à affronter les défis à court terme auxquels elle aura à faire — la pandémie du Covid-19 sans précédent et la grave récession économique que connaît le pays depuis l’avènement de la crise sanitaire — mais aussi le défi d’unifier la société américaine qui a été complètement déchirée ainsi que nous le verrons plus en détail dans la seconde partie de cet article.

Les défis majeurs qu’aura à affronter le gouvernement Biden
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’héritage que laissera Donald Trump au nouveau président est catastrophique sur trois plans : une pandémie mal gérée — certains disent pas gérée du tout — qui ne cesse de s’aggraver et qui fait des Etats-Unis le plus grand pays en termes de cas et de décès, une économie en pleine récession dont les effets sur les entreprises et sur les individus sont énormes et la division de la société américaine sur plusieurs plans, ethnique, idéologique, religieux, etc.

Le premier défi auquel aura à faire face Joe Biden et son équipe dès les premiers jours de son inauguration est la pandémie de la Covid-19. A la date du 15 janvier 2021, le nombre de cas d’infection dans le pays dans son ensemble était de plus de 23 millions d’individus et le nombre de décès dus à la Covid-19 était de plus de 389 000. Les Etats-Unis sont le pays qui a battu le record des cas et des décès dans le monde comme le montre le tableau suivant :

Le gouvernement Trump avait promis de vacciner environ 20 millions d’individus d’ici la fin janvier, mais cette promesse est loin d’avoir été tenue puisque le nombre d’Américains vaccinés à ce jour n’est que de 12 millions. Le nouveau gouvernement a promis, de son côté, d’accroître substantiellement ce nombre pour atteindre l’objectif de 100 millions de vaccinations dans les 100 premiers jours de son inauguration. Pour réaliser cet objectif, Biden a constitué une nouvelle équipe de suivi de la Covid-19 réunissant les plus grands épidémiologistes du pays, dont le Dr. Anthony Fauci, le Directeur du fameux National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID).

Le second défi majeur qu’aura à affronter l’administration Biden est l’économie. Donald Trump — qui a fait de l’économie son cheval de bataille lors de sa campagne électorale en 2016 et qui a prétendu être le « Job President » (le Président « Emplois »), c’est-à-dire le plus grand président créateur d’emplois — aura laissé, au contraire, une économie en pleine récession. Il y a bien sûr le rôle attribué à la pandémie de la Covid-19 dans cette récession, mais beaucoup d’économistes sont unanimes pour dire qu’il y a aussi un « mis-management » de l’économie par Trump et son gouvernement. Pour quelqu’un qui se vantait d’être à la fois un « manager », un « leader » et un « deal broker », Trump n’aura pas réalisé sa promesse de « Make America Great Again » (rendre l’Amérique grande à nouveau). Plus de 4 000 entreprises ont dû fermer leurs portes et le chômage a atteint un niveau rappelant celui des années de la Grande dépression de 1929-31. Au 8 janvier dernier, ce taux était de 6,7% selon l’US Bureau of Labor Statistics. Même s’il a baissé par rapport au niveau de 32% atteint en mars 2020 — au sommet de la crise économique — ce taux reste plus élevé (presque le double) du niveau de 3,5% atteint à la fin de l’administration Obama en 2016.

Le gouvernement Biden a donc pour tâche gigantesque — certains disent quasi impossible — de remettre l’économie sur les rails de la croissance. Biden a, pour cela, établi un programme de prêts et de subventions aux entreprises dans le but de leur permettre de rouvrir ou de retrouver leur rythme normal d’activité. Il prévoit aussi d’accorder aux citoyens à faible revenu une indemnité de 2 000 dollars pour leur permettre de faire face aux arriérés de leurs loyers et aux factures de consommation.

Le troisième défi — qui est encore plus « challenging » que les deux précédents et qui ne peut se réaliser que dans le moyen/long terme — est celui d’unifier la société américaine qui était déjà divisée par les idéologies politiques, religieuses et raciales remontant loin dans le temps et qui a été davantage fracturée par les théories conspiratrices et ségrégationnistes du président sortant. Trump a, en particulier, créé un schisme profond entre les Démocrates et les Républicains, dont il se réclame au point que son fils aîné, Don Jr., a déclaré que « The Republican Party does no longer belong to the Republicans. It is the Trump’s Party » (Le Parti Républicain n’appartient plus aux Républicains. Il est désormais le Parti de Trump).

Trump prétend aussi être le champion de « Law and Order » (du Droit et de l’Ordre), mais il a encouragé, le 6 janvier dernier, ses supporters à attaquer le Capitole à Washington D.C, symbole de la démocratie américaine, pour motif non avéré que l’élection présidentielle du 3 novembre 2020 était truquée en faveur de son concurrent Joe Biden. Par ailleurs, des rapports du FBI, de la CIA et des Services d’Intelligence américains indiquent que des émeutes ciblant les Capitoles des 50 Etats des Etats-Unis sont prévues entre le 16 et le 20 janvier, jour de l’investiture du nouveau Président. C’est dans ce contexte d’extrême tension et de division de la société américaine que Joe Biden va entrer à la Maison-Blanche le 20 janvier. Dans un de ses tweets, mais aussi dans plusieurs de ses interventions publiques, et pour rassurer le peuple américain qu’il veut être un unificateur et un guérisseur, Biden a déclaré : « The work ahead of us will be hard, but I promise you this : I will be a President for all Americans —whether you voted for me or not » (La tâche qui nous attend sera difficile, mais je vous promets une chose, je serai un président pour tous les Américains, que vous ayez voté pour moi ou non). Il a ajouté : « It’s time for America to unite and to heal. We are the United States of America » (Le moment est arrivé pour l’Amérique de s’unir. Nous sommes les Etats-Unis d’Amérique).

Biden a aussi l’intention de réduire la division entre les « Blancs » et les « minorités de couleurs » qui constituent l’Amérique d’aujourd’hui. Il dira à ce propos : « My administration is going to look like America, not just my staff, the administration from the Vice-President straight down through Cabinet members to major players within the White House and the Courts » (Mon administration va ressembler à l’Amérique, non seulement mon staff, mais de la Vice-Présidente jusqu’aux membres de mon Cabinet et aux acteurs au sein de la Maison-Blanche et de la Justice).

Conclusion
Le 20 janvier, l’Amérique espère tourner la page Trump et passer de la gouvernance par un enfant gâté et gâteux, imprévisible et autocratique, orientée vers la satisfaction de ses intérêts personnels et ceux de sa famille et alliés politiques, à une gouvernance par des adultes raisonnés et raisonnables, planificateurs et démocratiques tournée vers la satisfaction des besoins et revendications des citoyens.

Pour faire oublier l’ouragan Trump, le nouveau Président et sa Vice-Présidente ont nommé un gouvernement qui reflète l’Amérique d’aujourd’hui — une Amérique « arc-en-ciel » composée aussi bien de « Blancs », d’Afro-Américains, d’Hispaniques et d’Asiatiques. Le nouveau gouvernement comprend aussi une partie importante de la société américaine, les femmes, avec à leur tête, la Vice-Présidente Kamala Harris, elle-même d’origine afro-américaine et indienne. Ce faisant, Joe Biden veut créer une nouvelle Amérique que l’on pourrait appeler « The United Shades of America », c’est-à-dire une Amérique qui reflète sa démographie ethnique d’aujourd’hui.

Ce changement dans la composition du gouvernement ne doit cependant pas faire oublier les dégâts économiques, politiques et surtout humains créés par le gouvernement Trump. En particulier, le nouveau gouvernement aura trois défis importants à affronter, la grave crise pandémique de la Covid-19 qui a provoqué et continue de provoquer une hémorragie humaine sans précédent, une récession économique des plus désastreuses qui n’a d’égale que la Grande dépression des années 1929 et, « last but not least, «  une crise sociétale caractérisée par une division profonde de la société américaine qui n’est pas totalement nouvelle, mais qui a été largement aggravée par la gouvernance Trump.

Joe Biden a promis d’être le Président de l’Union américaine. Une des manières de réaliser cet objectif a été de former un gouvernement d’union nationale reflétant l’arc-en-ciel que constitue la société américaine aujourd’hui. Outre les trois défis évoqués ci-dessus, Biden aura aussi à superviser « l’impeachment » de Donald Trump prévu de commencer la semaine qui suit l’inauguration. Il aura aussi à faire face aux menaces prévues par les supporters de Trump avant l’inauguration et peut-être après. Compte tenu de tous ces « challenges », Biden sera-t-il en mesure de réaliser ses promesses ? « That is the big question. »


* Ph. D en économie, Master of Francophone Literature (Purdue University, USA)


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Nous devons détruire les centres de pouvoir qui, tels le joueur de flûte de Hamelin nous leurrent, nous attirant nous et nos enfants, vers un désastre certain.

(Illustration originale pour ScheerPost par M. Fish)

 

Joe Biden et les stratèges des systèmes de l’État profond et de l’empire reviennent au pouvoir. Moroses, le président Donald Trump et sa coterie de bouffons, de racistes, d’escrocs et de fascistes chrétiens se préparent à quitter leurs fonctions. Les laboratoires pharmaceutiques américains commencent à distribuer des vaccins pour atténuer la pire épidémie de Covid-19 au monde, qui a fait plus de 2 600 morts par jour. L’Amérique, comme le dit Biden, est de retour, prête à présider la table.

Dans la bataille pour l’âme de l’Amérique, nous assure-t-il, la démocratie a prévalu. Le progrès, la prospérité, la civilité et la réaffirmation du prestige et de la puissance des États-Unis sont, nous promet-on, à quelques semaines seulement.

Mais la véritable leçon que nous devrions tirer de la montée d’un démagogue tel que Trump, qui a remporté 74 millions de voix, et d’une pandémie que notre système de santé à but lucratif s’est révélée incapable de maîtriser, est que nous perdons le contrôle en tant que nation et en tant qu’espèce.

Les politiques impériales et néolibérales que l’administration Biden adoptera engendreront des démagogues bien plus dangereux. Des pandémies bien pires balaieront la planète avec des taux d’infection et de mortalité plus élevés, résultat inévitable de la poursuite de notre consommation de viande et de produits animaux, et de la destruction aveugle de l’écosystème dont nous et d’autres espèces dépendons pour vivre.

« L’un des aspects les plus pathétiques de l’histoire humaine, a écrit Reinhold Niebuhr, est que chaque civilisation s’exprime de la manière la plus prétentieuse, conjugue ses valeurs particulières et universelles de la manière la plus convaincante, et revendique l’immortalité pour son existence limitée au moment même où la décadence conduisant à la mort a déjà commencé. »

Les nominations de Biden concernent presque exclusivement des membres des cercles du Parti démocrate et de l’élite des entreprises, ceux-là même qui sont responsables des inégalités sociales massives, des accords commerciaux, de la désindustrialisation, de la militarisation de la police, du plus grand système carcéral au monde, des programmes d’austérité qui ont mis fin à des programmes sociaux tels que l’aide sociale, de la relance de la Guerre froide avec la Russie, de la surveillance gouvernementale à grande échelle, des guerres interminables au Moyen-Orient et de la privation de droits et de l’appauvrissement de la classe ouvrière.

Le Washington Post écrit que « sur les CV d’environ 80 % des fonctionnaires de la Maison Blanche et des agences qu’il a nommés figure le nom « Obama », suite à de précédents emplois à la Maison Blanche ou pendant la campagne d’Obama. »

Bernie Sanders, écarté semble-t-il en dépit de ses efforts pour devenir secrétaire du Travail au sein de l’administration Biden, a exprimé sa grande déception concernant les choix de Biden. La députée Alexandria Ocasio-Cortez s’est vue refuser un siège au sein de la commission de l’Energie et du Commerce par les Démocrates de la Chambre des représentants à cause de son soutien au Green New Deal.

Le message de l’administration Biden aux progressistes et aux populistes de gauche est très clair : « Laissez tomber. »

La liste des entrants

Des hélicoptères Seahawk lancent des fusées éclairantes dans l’Atlantique alors qu’ils approchent de l’USS Abraham Lincoln en 2012. (US Navy, Matelot Zachary A. Anderson)

Dans la liste des nouveaux fonctionnaires de l’administration on trouve le général à la retraite Lloyd J. Austin III, qui est nommé au poste de secrétaire à la Défense. Austin fait partie du conseil d’administration de Raytheon Technologies. C’est un associé de Pine Island Capital, une société qui investit dans les industries de la défense. On y trouve aussi Antony Blinken, nommé par Biden au poste de secrétaire d’État.

Blinken, qui a été conseiller adjoint à la Sécurité nationale et secrétaire d’État adjoint, est un fervent partisan d’Israël, État ségrégationniste. Il a été l’un des planificateurs de l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, et un partisan du renversement de Mouammar Kadhafi en Libye, ce qui a entraîné la chute d’un autre État au Moyen-Orient.

De gauche à droite : l’ambassadeur des États-Unis en Irak James Jeffrey, le vice-président Joe Biden, le général Lloyd J. Austin III en Irak, novembre 2011. (DoD, Caleb Barrieau, Wikimedia Commons)

Janet Yellen, ancienne présidente de la Réserve fédérale sous Barack Obama, devrait devenir secrétaire au Trésor. En tant que présidente des Conseillers du conseil économique (CEA) de Bill Clinton et plus tard en tant que membre du conseil d’administration de la Réserve fédérale, Yellen a soutenu l’abrogation de la loi Glass-Steagall, ce qui a conduit à la crise bancaire de 2008. Elle s’est prononcée en faveur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Elle a également fait pression pour l’introduction d’une nouvelle mesure statistique visant à réduire les paiements aux personnes âgées au titre de la sécurité sociale.

Yellen a soutenu « l’assouplissement quantitatif » qui a permis de fournir à Wall Street des milliards de prêts pratiquement sans intérêt, prêts utilisés pour renflouer les banques et les multinationales et procéder à des rachats massifs d’actions alors que les victimes de la fraude financière étaient ignorées.

L’ancien secrétaire d’État John Kerry va devenir envoyé spécial pour le climat. Kerry s’est fait le champion du développement à grande échelle de la production nationale de pétrole et de gaz, en grande partie grâce à la fracturation, et, selon les mémoires d’Obama, il a travaillé sans relâche pour convaincre les personnes soucieuses de la crise climatique de « faire des concessions quant aux subventions à l’industrie nucléaire et l’ouverture de nouvelles zones côtières américaines au forage pétrolier offshore. »

Avril Haines, ancienne chef adjointe de la CIA du président Obama, va devenir la directrice du Renseignement national de Biden. Haines a supervisé le programme généralisé de drones meurtriers d’Obama à l’étranger et a soutenu la candidature de Gina Haspel à la tête de la CIA, en dépit de l’implication directe de Haspel dans le programme de torture de la CIA mené dans les sites secrets du monde entier. Haines a qualifié Haspel « d’intelligente, compassionnelle et juste. »

Brian Deese, le dirigeant qui était en charge du « portefeuille climatique » chez BlackRock, entreprise qui investit massivement dans les combustibles fossiles, dont le charbon, et qui a été un des anciens conseillers économiques d’Obama et qui, à ce titre, a préconisé des mesures d’austérité, a été choisi pour diriger la politique économique de la Maison Blanche.

Neera Tanden, ancienne assistante d’Hillary Clinton, a été choisie pour être directrice de l’Office of Management and Budget. Tanden, en tant que cheffe du groupe de réflexion du Parti démocrate, le Center for American Progress, a collecté des millions de dollars en argent sale dans la Silicon Valley et à Wall Street. Parmi ses donateurs figurent Bain Capital, Blackstone, Evercore, Walmart et l’entreprise du secteur de la défense Northrop Grumman.

Les Emirats arabes unis, proches alliés de l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen, ont également donné au think-tank entre 1,5 et 3 millions de dollars. Sur les chaînes d’informations du câble et les médias sociaux, elle tourne implacablement en ridicule Sanders et ses partisans. Parmi ses propositions pour la plate-forme démocrate figure également un appel au bombardement de l’Iran.

Guerres impopulaires et diabolisation de la Russie

L’interrupteur Ocullar à longue portée produit un effet d’avertissement à une distance de 3000 mètres et augmente la brillance du faisceau à une distance allant jusqu’à 2000 mètres pour assurer l’éblouissement de ce qui menace la cible. (DoD, Todd Getz)

La poursuite de guerres profondément impopulaires et de politiques néolibérales onéreuses par l’administration Biden s’accompagnera d’une diabolisation fébrile de la Russie, très récemment accusée de cyberattaques.

Une nouvelle Guerre froide avec la Russie sera utilisée par les entreprises démocrates pour discréditer les critiques nationales et étrangères, et détourner l’attention de la stagnation politique et du pillage du pays par les entreprises. Elle permettra à MSNBC [MSNBC est une chaîne d’information en continu du câble diffusée aux États-Unis et au Canada. Son nom est la combinaison de MSN et de NBC, NdT] et au New York Times, qui ont passé deux ans à tramer des conspirations vides de sens sur la Russie, à diffuser un flux quotidien de rumeurs emplies d’émotion et d’accusations mensongères sur la Russie.

Des célébrités du câble comme Rachel Maddow vont brasser de l’air, nuit après nuit, à force d’exagérations à propos de la Russie, tout en ignorant la corruption de l’administration Biden. La seule raison pour laquelle la Russie n’est pas accusée par le Parti démocrate d’avoir truqué les élections en 2020, à la différence de celles de 2016, est que Trump a été battu.

Biden, après sa défaite au Caucus du Parti démocrate au Nevada face à Bernie Sanders, où ce dernier a obtenu plus de deux fois son score, a immédiatement joué la carte russe, en disant à CBS News que « les Russes ne veulent pas que je sois le candidat, ils aiment Bernie. » Hillary Clinton est celle qui a démarré ce sale jeu lorsqu’en 2016 elle a attaqué Jill Stein, candidate à la présidence pour le Parti vert, la qualifiant « d’atout russe » et en 2020 a porté la même accusation à l’encontre de la représentante à la Chambre, Tulsi Gabbard.

Les Démocrates ont besoin d’un ennemi, fût-il réel ou fictif, et tant la Silicon Valley que les grands industriels ne leur permettront de cibler la Chine.

Continuer dans la même direction n’est pas synonyme de davantage de désastres. Si nous voulons reconquérir notre société ouverte et sauver l’écosystème, nous devons abolir la mainmise des entreprises sur le pouvoir économique et politique mondial.

Si nous voulons éviter les zoonoses [Les zoonoses sont des maladies ou infections qui se transmettent des animaux vertébrés à l’homme, et vice versa. Les pathogènes en cause peuvent être des bactéries, des virus ou des parasites, NdT] telles que la Covid-19, la grippe porcine, la grippe aviaire, l’encéphalopathie spongiforme bovine (maladie de la vache folle), le virus Ebola et le SRAS, nous devons arrêter de consommer de la viande et les sécrétions corporelles animales. Nous devons abolir l’élevage industriel et adopter un régime alimentaire végétarien. Et nous devons maintenir les combustibles fossiles dans le sol.

« Des célébrités du câble comme Rachel Maddow vont brasser de l’air nuit après nuit, à force d’exagérations à propos de la Russie tout en ignorant la corruption de l’administration Biden. »

La déforestation des zones tropicales à des fins de pâturage pour le bétail et les vastes étendues de terres agricoles consacrées à des monocultures pour nourrir les animaux destinés à la consommation humaine sont responsables de près de 91 % de la destruction de la forêt tropicale amazonienne depuis 1970. La perte des forêts est l’un des principaux facteurs du changement climatique.

L’élevage est la principale cause des zones décimées des océans. Les océans pourraient être vidés de leurs poissons d’ici 2048. Chaque minute, plus de 3 millions de kilos d’excréments sont produits par les animaux élevés pour l’alimentation humaine rien qu’aux États-Unis. La destruction continue de l’habitat naturel, associée aux vastes fermes industrielles utilisant 80 % des antibiotiques aux États-Unis et favorisant des agents pathogènes résistant aux médicaments se transmettant à l’homme, laisse présager de nouvelles formes de peste noire.

Illustration de la « Chronique de Nuremberg » par Hartmann Schedel. Inspirée de la Peste noire, « La danse de la mort » ou « Danse macabre » est une allégorie de l’universalisme de la mort. (Wikimedia Commons)

Cette conviction qui nous anime selon laquelle nous pourrions maintenir les niveaux actuels de consommation, en particulier de produits d’origine animale, l’expansion capitaliste, les guerres impériales, la dépendance aux combustibles fossiles et l’abjecte soumission à un pouvoir sans entraves des entreprises, ce qui a renforcé la pire inégalité de revenus de l’histoire de l’humanité, cette conviction donc, n’est pas une forme d’espoir mais bien une auto-illusion suicidaire.

La politique de l’administration Biden et de l’élite dirigeante mondiale ne nous conduira pas vers les vastes horizons ensoleillés d’un avenir prometteur et glorieux, mais plutôt vers la misère économique, les importantes migrations climatiques, les vagues de nouvelles pandémies plus virulentes, dont la Covid-19 n’est qu’un gentil précurseur, ainsi que vers l’effondrement irréversible des systèmes écologiques et les formes effrayantes de désintégration de la société, l’autoritarisme et le néofascisme.

On ne peut que freiner le réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est inévitable. Il ne peut être arrêté. Au mieux, il peut être ralenti. Au cours des 50 prochaines années, la Terre va très probablement se réchauffer à des niveaux qui rendront inhabitables des régions entières de la planète. Des dizaines de millions, voire des centaines de millions de personnes seront déplacées. Des millions d’espèces s’éteindront. Des villes côtières ou situées à proximité du littoral, y compris New York et Londres, seront submergées.

Les océans absorbent une grande partie de l’excès de CO2 et de chaleur de l’atmosphère. Cette absorption réchauffe et acidifie rapidement les eaux océaniques, ce qui entraîne la désoxygénation des océans. Chacune des cinq extinctions de masse connues de la Terre a été précédée par au moins l’un des facteurs de ce que les climatologues appellent le « trio mortel » : réchauffement, acidification et désoxygénation des océans.

La prochaine extinction de masse de la vie marine est déjà en cours, la première depuis quelque 55 millions d’années.

Il ne s’agit pas ici de défaitisme. C’est tout simplement du réalisme. Il semble qu’avec l’élection de Biden, nous ayons gagné quatre ans, mais si nous n’utilisons pas cela à bon escient – et il n’y a rien dans les nominations de Biden qui nous soit d’un quelconque encouragement – nous ne faisons que reconstruire un village Potemkine minable qui sera bientôt anéanti par les ouragans politiques et environnementaux qui se rassemblent autour de nous.

Les systèmes politiques, économiques et culturels qui sont érigés par toute société sont très fragiles, c’est là une des leçons que j’ai apprises en couvrant les guerres et les révolutions en tant que correspondant à l’étranger. La façade du pouvoir reste en place, bien après que la pourriture finale en ait sapé les fondations, voilà ce que j’ai vu en Europe de l’Est lors des révolutions de 1989 et plus tard en Yougoslavie.

Personnes appréhendées après le 22 décembre 1989 à Timisoara, en Roumanie. (Urbán Tamás, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Cette façade berne une société, lui faisant croire que les structures de l’autorité restent solides, résistantes à l’effondrement. Ainsi, lorsque l’effondrement se produit, alors qu’il aurait dû être anticipé depuis longtemps, il nous paraît soudain et incompréhensible. Le chaos qui s’ensuit nous désoriente, nous effraie. La dissonance cognitive entre la perception du pouvoir et sa dissolution rapide alimente l’auto-illusion.

Elle crée, et c’est de cela dont j’ai été témoin en ex-Yougoslavie, ce que les anthropologues appellent des sectes de crise, ainsi que de bizarres théories complotistes, engendre le fascisme et le recours à la violence larvée pour purger la société des démons responsables de la débâcle nationale.

La haine devient l’ultime forme du patriotisme.

Les personnes vulnérables deviennent des boucs émissaires. Les intellectuels, les journalistes et les scientifiques enracinés dans un monde basé sur les faits sont méprisés. Les élites et les structures dirigeantes perdent toute crédibilité. Cet effondrement est souvent le prélude à un monde de nihilisme et de fantasmes sanguinaires.

Après avoir pendant quatre années menti, attisé la violence raciste, proféré des inepties stupéfiantes, couvert une corruption rampante et avoir échoué lamentablement face à une crise sanitaire nationale, Trump a élargi sa base de 11 millions de voix. Voilà qui devrait être un gigantesque feu rouge clignotant.

Pire encore, 70 % des électeurs de Trump, soit 51 millions d’Américains, estiment que les « Démocrates radicaux de gauche » et l’État profond ont truqué les élections via des « fraudes électorales », notamment par l’importation de logiciels de vote vénézuéliens, des bulletins de vote par correspondance illégitimes et la destruction massive des bulletins de vote de Trump par les responsables des élections.

Cent vingt-six membres républicains de la Chambre se sont joints à un procès intenté par 18 procureurs généraux républicains de l’État, demandant à la Cour suprême d’annuler la victoire de Biden. La grande majorité des sénateurs républicains ont refusé de reconnaître les résultats de l’élection après le vote de novembre.

Dans plusieurs États, les grands électeurs du Collège électoral ont été obligés d’être sous bonne garde pour remettre leurs votes aux législatures des États. Plus d’une vingtaine de manifestants armés portant des drapeaux américains et scandant « Arrêtez le vol » se sont rendus au domicile de Jocelyn Benson, secrétaire d’État démocrate du Michigan.

Sept cents membres du groupe nationaliste blanc les Proud Boys (Fiers garçons) ont envahi les rues de Washington le week-end dernier pour manifester contre le prétendu vol de l’élection, ce qui a conduit à plus de trois douzaines d’arrestations, quatre attaques au couteau, la vandalisation de quatre églises noires, l’incendie de banderoles et des panneaux Black Lives Matter arrachés.

Trump sera peut-être bientôt parti, mais il laisse derrière lui un parti ouvertement autoritaire, méprisant les normes démocratiques, ennemi de la science et des discours basés sur les faits et qui a tenté un coup d’État. La prochaine fois, ils seront plus organisés et plus efficaces.

Ce rejet hostile de la démocratie par l’un des deux partis au pouvoir, soutenu par des millions d’Américains, dont beaucoup ont été trahis par Biden et les dirigeants du Parti démocrate, ne se calmera pas mais ira grandissant, d’autant plus que le marteau de la dislocation économique, y compris les expulsions imminentes de millions d’Américains, frappe le pays.

Depuis des décennies, les attaques des grandes entreprises contre la culture, le journalisme, l’éducation, les arts, les universités et la pensée critique, ont marginalisé et méprisé ceux qui disent cette vérité. Ces Cassandre, exclus du débat national, sont rejetés comme étant perturbateurs et tenants d’une pensée apocalyptique déprimante. Le pays est consumé par une manie de l’espérance, que nos dirigeants d’entreprise prodiguent généreusement, au détriment de la vérité. C’est cette espérance chimérique qui nous condamnera.

Feux d’artifice au-dessus de la Maison Blanche lors du « Salute to America » le 4 juillet 2020. (Maison Blanche, Stephanie Chasez)

L’écrivain autrichien Stefan Zweig qui, avec une poignée d’autres écrivains et artistes, a désespérément tenté de mettre en garde contre la folie suicidaire de la Première Guerre mondiale, a écrit sur ce qu’il a appelé « la supériorité mentale des vaincus ». Sa pièce anti-guerre Jérémie, basée sur le prophète biblique Jérémie qui a lancé des avertissements en vain, a montré que ceux qui acceptent la réalité, si amère soit-elle, sont capables de la supporter et de la sublimer.

« Réveille-toi, ville maudite, pour que tu sois sauvée », s’écrie le prophète dans la pièce de Zweig. « Réveille-toi de ton pesant sommeil, de ton sommeil insouciant, de peur d’être tuée dans ton sommeil ; réveille-toi, les murs s’écroulent, et tu seras écrasée ; réveille-toi. »

Mais les avertissements de Jérémie, surnommé « le prophète en pleurs », ont été ignorés, ridiculisés. Pour avoir démoralisé le peuple, on l’a attaqué. Des complots ont été fomentés contre sa vie. Lorsque l’armée babylonienne a conquis Jérusalem, Jérémie, tout comme Julian Assange, était en prison.

« Montrer comment toute forme de pouvoir peut endurcir le cœur d’un être humain m’a toujours intéressé. Comment la victoire peut apporter une rigidité mentale à des nations entières, en opposition avec la force émotionnelle de la défaite qui déchire cruellement et douloureusement l’âme », écrit Zweig dans ses mémoires,The World of Yesterday. « En pleine guerre, et alors que d’autres, célébrant trop tôt leur triomphe, se prouvaient mutuellement que la victoire était inévitable, quant à moi, je plongeais dans les profondeurs de la catastrophe et cherchais un moyen d’en sortir. »

Nous ne pouvons pas utiliser le mot espérance si nous refusons de nous confronter à la vérité. Tout espoir ancré dans un sentiment d’auto-illusion est un fantasme. Nous devons enlever le filtre qui est devant nos yeux si nous voulons voir le danger qui nous guette. Nous devons tenir compte des mises en garde de nos propres prophètes.

Nous devons détruire les centres de pouvoir qui, tels le joueur de flûte de Hamelin, nous leurrent, nous attirant, nous et nos enfants, vers un désastre certain. Les murs, chaque jour, se referment autour de nous. Le mal radical auquel nous sommes confrontés est aussi réel sous Trump qu’il le sera sous Biden. Et si ce mal radical n’est pas éradiqué, le monde à venir sera un monde de tourments et de massacres.

Chris Hedges, lauréat du prix Pulitzer, a été pendant 15 ans correspondant à l’étranger pour le New York Times, pour lequel il a occupé les fonctions de chef du bureau du Moyen-Orient et de chef du bureau des Balkans. Auparavant, il a travaillé à l’étranger pour le Dallas Morning News, le Christian Science Monitor et la National Public Radio. Il est l’animateur de l’émission On Contact de Russia Today America, nominée pour les Emmy Awards.

Source : Consortium News, Chris Hedges, 22-12-2020  Traduit par les lecteurs du site Les-Crises


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