« Occident collectif » ou bloc impérialiste ?

        Depuis peu est apparue l’expression « Occident collectif ». En cherchant à comprendre ce qu’elle désigne réellement, le résultat est très vague, au point que son emploi nécessite toujours une clarification qui mentionne les nations qui comprennent cette étiquette.

Voilà déjà très longtemps que Confucius exigeait, pour tout examen destiné à comprendre une réalité, à commencer par la bonne définition des termes ; après lui, Boileau déclarait la nécessité du juste emploi des mots, en parlant de chat quand il s’agit de chat, et de fripon quand il s’agit de fripon.

Alors, examinons cet « Occident collectif ».

Le premier terme indique un espace géographique. Or, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, qui font partie de cet « Occident collectif », ne se trouvent pas en « Occident » mais en Extrême-Orient. En outre, l’immense espace de la Russie est constitué par une partie ouest qui fait partie de l’Occident géographique, mais pas de celui indiqué comme « Occident collectif ».

Si, alors, par « Occident », on entend une forme générale de « culture », de « civilisation » ou d’idéologie politico-économique, par conséquent des pays géographiquement d’Extrême-Orient, font partie idéologiquement de cet « Occident », par exemple les nations australiennes et néo-zélandaises, en ce qui concerne la culture et la civilisation, et le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, pour ce qui est de l’idéologie.

Venons à l’adjectif « collectif ».

En général, ce mot suggère un groupe de partenaires associés de manière libre, volontaire et  égalitaire. Or, on sait que dans ce « collectif », référé à l’ « Occident », existe en réalité un Chef (le gouvernement états-unien) et des vassaux (nations de l’Union européenne et autres nations).

L’expression « Occident collectif est donc une confuse, non opératoire. Et, pourtant, elle est utilisée par des intellectuels qui, normalement, devraient veiller à la qualité de leur vocabulaire.

À qui profite cette confusion des mots ?… Certainement pas à la vérité des faits, ci-dessus mentionnés, ni aux auteurs qui s’opposent à cet « Occident collectif ».

Approfondissons. En examinant les nations qui composent ce groupement, on constate que le Chef de file et les principaux vassaux sont des nations :

  1. de colonies de peuplement, au prix d’un génocide du peuple autochtone : États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande,
  2. de nations coloniales, au prix de massacres et spoliations des peuples autochtones : Angleterre, France, Belgique, Italie et autres pays européens,
  3. de nations néo-coloniales : celles dont les gouvernements imposent, depuis les indépendances politiques de certaines nations ex-colonisées, les chefs d’État de ces nations, afin de maintenir la domination-exploitation des ressources naturelles de ces dernières par les ex-nations coloniales.

Existe-t-il un terme pour définir correctement, c’est-à-dire sur la bases des faits réels, ces nations de colonies de peuplement, ces nations coloniales et ces nations néo-coloniales ?… Oui ! Impérialistes et néo-impérialistes.

Les premières interviennent directement par des agressions de leurs armées contre d’autres nations,  tandis que les secondes agissent indirectement par des actions de leurs services secrets et de guerre de propagande pour imposer les dirigeants étatiques à d’autres nations, dans le but de mettre la main sur leurs ressources naturelles. Ainsi, on reconnaît le chef de file des nations impérialistes (les Etas-Unis), les nations vassales principales (européennes, en premier lieu Angleterre et Allemagne) et les autres nations vassales dans le monde, parmi lesquels Israël.

On objecterait : l’Union Soviétique fut impérialiste dans ses interventions armées, de celle de 1953 en Allemagne de l’Est à la dernière en Afghanistan. Réponse : aujourd’hui, l’Union Soviétique n’existe plus, mais la Fédération de Russie.

On ajouterait que l’intervention russe actuelle en Ukraine est une intervention armée impérialiste. Les faits objectifs montrent qu’il s’agit d’autre chose : une réaction « militaire spéciale » de défense nationale, pour empêcher l’objectif publiquement exprimé par l’idéologue impérialiste Zbigniew Brzeziński : faire de l’Ukraine la nation vassale des États-Unis, dans le but de détruire la Russie, pour s’emparer de ses ressources naturelles, et pouvoir affronter l’unique adversaire qui resterait, la Chine.

Approfondissons encore. L’expression « Occident collectif » ne présente intrinsèquement rien de négatif. Elle pourrait même constituer une invention des services de propagande d’une nation impérialiste ou néo-impérialiste pour se présenter de manière acceptable et même alléchante. En effet, « Occident » a toujours été une expression privilégiée des nations impérialistes (à l’exception du Japon impérialiste), et l’adjectif « collectif » suggère une association de partenaires libres, volontaires et égalitaires. Or, espérons avoir montré, que les nations impérialistes et néo-impérialistes, d’une part, ne sont pas toutes « occidentales », ni géographiquement ni culturellement, et, d’autre part, ne sont pas un « collectif », mais une organisation constituée d’une nation dominante et de nations vassales, même si ces nations se présentent « partenaires » d’un « monde libre », « démocratique ». Certes, ce « monde » là se considère libre d’imposer ses « règles » à toutes les nations de la planète, règles caractérisées, en réalité, par la domination-exploitation.

Dès lors, n’est-il pas correct de renoncer à l’expression « Occident collectif » pour parler de bloc impérialiste et néo-impérialiste ? Et si l’on veut préciser davantage :  bloc impérialiste et néo-impérialiste dirigé par l’oligarchie états-unienne ? Ces expressions ne permettent-elles pas de clarifier la réalité en la désignant par les termes adéquats ?

Alors, les nations qui s’opposent à ce bloc pourraient être correctement désignées comme bloc anti-impérialiste.

On objecterait : ce bloc est constitué par des nations dirigées par des autocrates. Réponse : même dans ce cas, l’important est que ces nations veulent mettre fin à un impérialisme dominateur.

On objecterait encore : la Russie et la Chine ne visent-elles pas à agir, à leur tour, comme impérialistes envers les nations dont elles ambitionnent d’exploiter les ressources naturelles ?

Réponse : la Russie et la Chine n’interviennent pas militairement contre d’autres nations (répétons que l’intervention russe actuelle en Ukraine est une opération de défense de sa sécurité territoriale), n’organisent pas clandestinement de changements de gouvernement et des « révolutions colorées », que la Russie intervient en Syrie en solidarité contre l’agression impérialiste dont cette dernière nation est victime, que les relations entre d’une part la Russie et la Chine, et, d’autre part, les autres nations se réalisent selon le principe « gagnant gagnant » et sans intervention dans les affaires internes des nations. Toutes ces caractéristiques d’action sont à l’opposé de celles des nations impérialistes et néo-impérlalistes.

Dès lors, n’est-il pas utile, en parlant du conflit mondial actuel, de désigner ainsi les deux adversaires : d’une part, une position unipolaire impérialiste et néo-impérialiste, et, d’autre part, une position multipolaire anti-impérialiste et solidaire ?… Comme on le sait depuis que l’humanité emploie le langage des mots, ces derniers sont d’une importance capitale, d’où la nécessité de bien les choisir.

Kadour Naïmi

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