ONU / Michel Aoun réitère le droit du Liban à se défendre face à Israël par tous les moyens disponibles

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Le président de la République du Liban, Michel Aoun, a prononcé mercredi un discours à la tribune de la 74ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU.

Ci-dessous le texte intégral du discours:

Le président de la République du Liban, Michel Aoun

« Je voudrai tout d’abord féliciter Monsieur le Président pour son élection à la tête de la soixante- quatorzième session de l’Assemblée générale des Nations Unies en lui souhaitant un total succès dans cette mission.

Je voudrai également congratuler Mme Maria Fernanda Espinosa Garces pour le bon déroulement de la session précédente et rendre hommage à M Guterres, pour les efforts accomplis, notamment ceux concernant la réforme de l’Organisation des Nations Unies dans ses différentes composantes. Sans oublier de le remercier pour l’attention qu’il porte à notre région et notamment au Liban.

Le 16 septembre dernier, l’Assemblée générale a voté la résolution 344 en faveur de la création au Liban de « l’Académie de l’Homme pour la Rencontre et le Dialogue ». Au nom de mon pays, je tiens à remercier l’Assemblée générale des Nations Unies et les Etats membres qui ont parrainé et voté pour ce projet que je vous ai présenté, ici, il y a deux ans.

Je suivrai attentivement la mise en place de cette Académie, car la paix véritable reste celle qui unit les humains et non pas celle inscrite sur le papier. En effet, je crois fermement dans le rôle et la mission du Liban, terre de convergence et de dialogue. L’expérience acquise par son peuple, de par sa société pluraliste, l’ont amené à rejeter l’extrémisme intellectuel et religieux pour lui apprendre la tolérance et l’acceptation des différences.

L’importance de cette Académie réside dans l’incarnation d’un projet international visant à promouvoir la rencontre des cultures, des religions et des ethnies afin de consolider l’esprit de coexistence. Elle permettra de cultiver l’art du vivre ensemble afin de créer des sociétés qui acceptent le droit à la différence en concordance avec les objectifs de l’ONU et la déontologie de la diplomatie préventive des conflits.

Nous nous sentons aussi concernés par le combat pour le climat. Il y a deux jours, le Secrétaire Général des Nations unies a organisé ici un sommet « Action Climat « . A cet effet, le Liban a rejoint le groupe des pays soutenant l’initiative lancée par son Excellence le Président de l’Autriche « Pour plus d’ambition face à la crise climatique » après avoir été à l’avant-garde des pays qui ont signé l’Accord de Paris de 2015.

Un autre dossier nous tient à coeur, celui du renforcement du rôle de la femme dans la société. Pour cela, le gouvernement libanais a approuvé et lancé un plan d’action national complet pour l’exécution de la résolution 1325 qui concerne la femme, la paix et la sécurité. Nous avons également achevé toutes les étapes qui mènent à l’activation des travaux de la Commission nationale des droits de l’homme et ceux d’un Comité pour la prévention de la torture.

Retour des réfugiés

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs

La violence des conflits qui ont sévi dans de nombreux pays du Moyen-Orient au cours de la dernière décennie s’est quelque peu apaisée, mais ses effets et ses conséquences sur nos pays et nos sociétés se sont exacerbés et se sont généralisés, en particulier dans les domaines économique et social.

Cette année, les débats de l’Assemblée générale de l’Onu ont pour thème « Faire progresser les efforts multilatéraux pour l’éradication de la pauvreté, la promotion d’une éducation de qualité, l’action pour le climat et la valorisation de l’inclusion ». L’occasion de rappeler, une fois de plus, l’impact négatif que représente la crise des déplacés sur notre territoire au niveau politique, social, économique et environnemental. Son poids sur l’infrastructure, la croissance et le taux de chômage menace de façon grave tout programme de développement durable au Liban et exacerbe la crise économique.

Nous essayons par tous les moyens de faire face à cette crise en mettant en place les mesures et les réformes nécessaires aux niveaux économique et monétaire en coordination avec les instances internationales concernées.

Cependant, pour assainir cette situation critique, je lance un appel à tous les dirigeants du monde afin qu’ils contribuent au retour en toute sécurité en Syrie des personnes déplacées. En effet le Liban, seul, ne peut pas faire face à un problème d’une telle ampleur et toutes les conséquences économiques qu’il implique. Pour cela, nous devons tous coopérer et trouver des solutions de toute urgence. La communauté internationale ne peut pas se contenter de fournir une assistance minimale aux personnes déplacées dans la terre refuge, nier tout programme de retour sûr et digne et le lier à des solutions politiques hypothétiques qui se font attendre.

Aujourd’hui, les conditions d’un retour sont devenues possibles car selon les rapports internationaux, la situation sécuritaire dans la majeure partie de la Syrie s’est stabilisée et les affrontements militaires se sont cantonnés à la région d’Idlib. Quant à l’Etat syrien, il a officiellement annoncé et salué, à plusieurs reprises, le retour des populations déplacées au pays. D’ailleurs, 370000 personnes ont quitté le Liban dont plus de 250000 sont rentrées en Syrie et aucune information concernant des persécutions ou des mauvais traitements n’a été signalée.

En revanche, beaucoup de questions se posent quant à la position de certains pays et des organisations internationales concernées face à ce retour. Pourquoi cherche-t-on à l’entraver en lançant des allégations faisant état d’une situation sécuritaire incontrôlée en Syrie et susciter des craintes chez les personnes déplacées ? Comme si on voulait les transformer en otages pour un éventuel troc lors d’une solution politique internationale à venir. Cette attitude pourrait pousser de facto le Liban à encourager le processus de retour en accord avec l’Etat syrien afin de résoudre cette problématique qui menace l’existence même du pays. En effet, nous sommes les mieux placés pour savoir ô combien le problème des personnes déplacées en attente de solutions politiques est sans fin.

Notre pays a connu deux expériences instructives à cet égard. La première, en 1974, après le déclenchement de la guerre à Chypre avec l’arrivée d’une grande partie de la population au Liban. Un retour rapide au pays fut décidé dés le cessez-le-feu, sans attendre une solution politique, toujours introuvable. L’autre expérience, en 1948, concerne les vagues de déplacement du peuple palestinien vers les pays environnants et notamment au Liban. Aujourd’hui, ils vivent encore dans des camps en attendant une solution politique et l’application de la résolution 194… Une situation qui dure depuis soixante et onze ans !

Dans ce contexte, je voudrai mettre en garde contre la réduction des services fournis par l’UNRWA aux réfugiés palestiniens qui engendre une pression sociale et financière accrue dont les effets se répercutent sur le Liban. Quant à la jeunesse palestinienne, au lieu de d’être demandeuse d’enseignement, elle n’a plus soif que de revanche. Reste à affirmer, une fois de plus, notre rejet catégorique de toute tentative visant à éliminer ou à modifier le mandat de l’UNRWA et appeler les pays contributeurs à doubler leurs contributions pour permettre à cette institution de maintenir son rôle vital.

La crise au Moyen Orient

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

La crise du Moyen-Orient sévit depuis plusieurs décennies et ne fait que se compliquer car toutes les approches de solutions et toutes les pratiques israéliennes sont en contradiction avec les principes sur lesquels ont été fondés les Nations Unies.

La judaïsation de Jérusalem AlQuds, la politique systématique de colonisation, la législation contraire aux droits de l’homme, la reconnaissance de l’annexion des territoires occupés par la force – comme ce fut le cas pour les hauteurs du Golan- les promesses d’annexions de nouveaux territoires, pour des visées électorales… Mais aussi l’annonce de l’accord du siècle qui prévoit la suppression des frontières de certains Etats en menaçant leur intégrité territoriale, le maintien des Palestiniens là où ils se trouvent mettant en péril le Liban qui en accueille une grande partie… Tout cela compromet les tentatives de paix au Moyen-Orient et laisse présager un avenir certes incertain mais sombre surement ! Cependant les droits des peuples demeurent même si le temps passe.

Défense face à Israël

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Les violations par Israël de la résolution 1701 n’ont jamais cessé tout comme l’agression de la souveraineté libanaise par air, terre et mer. L’acte offensif qui a eu lieu le mois dernier dans une zone résidentielle au coeur de Beyrouth constitue la violation la plus grave de cette résolution. Quant aux incendies qui ont persisté pendant des jours dans les fermes occupées de Chebaa, occasionnés par des tirs israéliens, ils sont sans conteste un crime international condamnable contre l’environnement.

De cette tribune, je réitère que le Liban est un pays qui aime la paix et qui fait tout ce qui est dans son possible pour respecter la résolution 1701 (treve entre le Liban et ‘Israël’), or cet engagement n’enlève rien à notre droit naturel et incessible à la légitime défense pour protéger notre terre et notre peuple par tous les moyens disponibles.

Je réaffirme également que le Liban est fortement attaché à ses droits territoriaux sur les fermes de Chebaa, les collines de Kfarchouba et le nord du Ghajar, occupés par Israël. Nous ne laisserons passer aucune occasion pour fixer nos frontières terrestres internationalement reconnues ainsi qu’établir et délimiter nos frontières maritimes sous les auspices des Nations Unies. Toute contribution dans ce sens est la bienvenue d’autant que le Liban va commencer les opérations de forage du pétrole et du gaz dans ses eaux territoriales d’ici la fin de l’année, conformément aux lois reconnues internationalement.

Réforme de l’ONU

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Dans un mois, nous célébrons le 75e anniversaire des Nations Unies qui furent constituées le 24 octobre 1945. Depuis lors, le monde a été témoin de nombreuses guerres et conflits, en particulier au Moyen-Orient, point chaud permanent de la planète qui s’apaise puis s’amplifie sans jamais s’éteindre ! Nos peuples continuent à payer le prix fort, sacrifiant leur sécurité, leur stabilité, leur paix, leur économie et même la démographie de leurs territoires. En effet, le coeur du problème ne varie pas et reste celui de la défense des intérêts des puissants au détriment des faibles. Un concept qui met en péril tout principe, toute logique, toute justice et toute solution.

Ce principe pervers qui mène aujourd’hui les stratégies politiques a fait perdre au monde sa stabilité. En effet, tous les paramètres ont été minés et il n’existe plus aucune norme permettant de régler les différends ou de les contrôler conformément à des règles justes. Les peuples ne se rencontrant plus, ils ne peuvent plus coopérer ensemble afin de trouver des solutions politiques au-delà de leurs frontières. Toutes les opportunités pour résoudre les conflits se sont perdues, cédant la place au chaos.

L’Organisation des Nations Unies a pris de nombreuses initiatives pour faire entendre la voix de la paix et du développement. Certaines ont été couronnées de succès, d’autres n’ont pas apporté les résultats souhaités. On attend aujourd’hui qu’elle puisse renforcer les principes généraux qui fondent sa charte et le droit international qui en découle. Elle seule étant notre recours pour garantir les droits.

Aucune justice ne pourra être établie, aucun droit ne sera préservé, aucune paix ne sera trouvée tant que le principe qui prévaut dans le monde restera : Je suis fort donc j’ai raison !

Je vous remercie pour votre écoute.

Fin du texte.

Source: Avec ANI


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