Comment obtenir la paix entre patrons et ouvriers?

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Cours d’Anti-néolibéralisme (11) 

Dans ce onzième cours «d’Anti-néolibéralisme», Omar Aktouf explique à Sputnik la démarche de Frederick Taylor, basée sur quatre principes, pour arriver à une gestion du travail permettant d’asseoir la paix et la justice entre patrons et ouvriers. Après des résultats éclatants, le patronat a détourné cette façon de faire à son profit.

Dans le sillage du développement de la manufacture et de la Révolution industrielle au XVIIIe et XIXe siècle, est apparue dans les usines la nécessité d’une organisation de plus en plus efficace du travail, afin d’augmenter la production et les profits des patrons. Néanmoins, les changements politiques qui ont secoué les sociétés européennes et nord-américaines, en particulier avec l’avènement des Républiques, ont rendu la tâche des gestionnaires d’entreprises plus ardue. En effet, les luttes syndicales et les lois sociales votées par les différents parlements ont fait que les coûts de production augmentaient, causant la chute des profits du patronat.

À cette époque, depuis la Révolution industrielle, l’ampleur du fossé qui séparait le monde des ouvriers de celui des patrons prenait de plus en plus d’ampleur. Selon plusieurs auteurs, une des idées dominantes dans les milieux industriels et même intellectuels de la fin du XIXe «siècle était que l’ouvrier n’est rien d’autre qu’une sorte de machine particulière dont il faut tirer le plus de rendement possible, tout en évitant de le gâter, entre autres par des excès de salaire qui le rendraient excentrique, capricieux et indiscipliné».

L’un des principaux penseurs à se pencher sur ce problème est l’ingénieur américain de l’industrie de l’acier Frederick Winslow Taylor qui reconnaissait l’existence d’un état de guerre permanent entre patrons et ouvriers. Ainsi, il s’est fixé comme objectif principal de ses travaux de rétablir la paix en levant ce qu’il appelle un «malentendu». Selon lui, ce dernier est dû à la non-connaissance objective, scientifique, aussi bien de la part de l’employeur que de la part de l’employé, de ce qu’est une journée loyale de travail. C’est-à-dire la journée que le dirigeant est réellement en droit d’exiger et que le travailleur a l’obligation de fournir pour le salaire qui lui est attribué, salaire qui doit également être juste et loyal.

Ainsi, comment va-t-il s’y prendre? Quels sont les principes qu’il avance en termes d’organisation du travail afin d’atteindre cet objectif?

Dans ce onzième cours d’«Anti-néolibéralisme», Omar Aktouf, professeur titulaire à HEC Montréal et membre du conseil scientifique d’ATTAC Québec, explique auprès de Sputnik que Frederick Taylor, «en tant qu’ingénieux observateur, a mis à profit son expérience parmi les ouvriers, avant qu’il soit nommé contremaître à l’entreprise Midvale».

«En guerre contre « la flânerie systématique »»

Ayant lui-même travaillé comme ouvrier à la Midvale, Taylor «considère comme la cause des pertes en efficacité, qui empêche d’accroître la rentabilité: « la flânerie » des travailleurs», informe le professeur Aktouf, précisant qu’il «estime qu’elle est de deux sortes».

Et d’indiquer: «la première est la « flânerie naturelle », résultant de ce qu’il dénomme comme « l’instinct naturel, c’est-à-dire la tendance de tous les hommes à la paresse et à se la couler douce ». La seconde est la « flânerie systématique », découlant du fait que les ouvriers travaillent de la façon qui leur permet de mieux défendre leurs intérêts, c’est-à-dire produire moins pour le même salaire».

Ainsi, aussitôt nommé contremaître à l’entreprise Midvale, «Frederick Taylor part en guerre contre « la flânerie systématique » de ses ex-compagnons de travail, dans le but d’obtenir d’eux une journée loyale de travail, du fait qu’il savait comment ils s’y prenaient pour en faire moins que leur capacité réelle», soutient-il.

Quatre principes

Pour y parvenir, Frederick Taylor avance quatre principes. «Que ce soit à la Midvale ou à la Bethlehem Steel où il a mis en œuvre ces principes, «Taylor est toujours arrivé à augmenter de façon spectaculaire les rendements tout en obtenant des augmentations de salaire substantielles pour les ouvriers», avance Omar Aktouf.

Mais plus tard, Taylor dénonça le fait que «les dirigeants d’entreprises ont profité de son système pour obtenir le maximum possible des ouvriers, sans pour autant améliorer leur sort, leur travail, les payer mieux ou encore les former et leur attribuer des promotions».


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