Réappropriation identitaire de l’Algérie : 70 Ans de combat…

    Aujourd’hui, tamazight est langue nationale et officielle, Yennayer est consacré journée chômée et l’Algérie renoue avec son histoire millénaire.

De toutes les luttes politiques menées en Algérie après l’indépendance, c’est incontestablement le combat identitaire qui a été le plus abouti. Pacifiquement, une génération d’Algériens a mené un noble combat. Point culminant de cette lutte, le mouvement berbère d’avril 1980 a eu cette particularité de naître sur les bancs de l’université avant d’irradier toute la société. Les graines, semées au Printemps amazigh, ont fini par germer. Malgré les embûches, les convulsions et les déceptions, il a été le prélude à d’autres expressions populaires en 1982, 1986, 1988, 2001 et 2011 pour aboutir au formidable bouleversement de février 2019.

Depuis le début du Mouvement national au milieu des années 1920, une tendance lourde, orientée vers l’Orient, pour des raisons idéologiques et historiques, a voulu insérer l’Algérie dans un moule identitaire sommaire: la oumma arabo-islamique. Le greffon n’a jamais pris tant il lui manquait la racine principale: le caractère amazigh de l’Algérie et c’est la cause même de la crise au sein du PPA-Mtld, dite crise berbériste de 1949. Pour autant, le coeur identitaire de l’Algérie millénaire n’a jamais cessé de battre. Plus de 30 ans après cette crise dite «berbériste», on assiste, le 20 avril 1980 en Kabylie, à l’acte inaugural de la réappropriation identitaire.
Qui oserait, sous la chape du parti unique, aborder la question identitaire en Algérie?

De jeunes militants ont confronté leurs convictions avec le totalitarisme de l’époque. Ainsi, pour faire admettre que la réalité sociolinguistique dans notre pays est plurielle, il a fallu un combat de toute une génération au péril de sa carrière professionnelle, de sa réputation et souvent même de sa vie. Que de manipulations, que de quolibets, que d’accusations n’a-t-on pas lus et entendus à propos des défenseurs de la langue, de l’histoire et de la culture amazighes. Des manipulés de l’étranger au service de la CIA, des brûleurs de l’emblème national et du Coran…etc. Pour assister ensuite en direct à la télévision aux harangues endiablées de ces députés, gardiens du temple vociférant en guise de rappel à l’ordre des «égarés» du RCD, du FFS ou du PT qui s’exprimaient en tamazight au sein de l’Assemblée.

On mesure, aujourd’hui, le chemin parcouru durant plus de 70 ans de lutte ininterrompue et pacifique. Le combat clairement affiché pour l’amazighité de l’Algérie remonte en effet à 1949. Aujourd’hui, tamazight est langue nationale et officielle, Yennayer, coïncidant avec le 12 janvier de chaque année est consacré journée chômée et l’Algérie renoue avec son histoire millénaire.

Brahim TAKHEROUBT

     Tlemcen: Si Ennayer m’était conté

       par Allal Bekkaï 

    Jadis, Ennayer donnait lieu à Tlemcen à trois rites célébrés successivement.

Soit trois jours de festivités dédiés à Ennayer ou Jour de l’An du calendrier solaire traditionnel, selon M. Mohammed Baghli, chercheur en legs immatériel ; il s’agit de Nafqat Al-Lham (don en viande du 12 janvier), de Nafqat Al-Qarmous (don en figues du 13 janvier) et Ras Al-‘Äm ( Ennayer, c’est-à-dire jour de l’An amazigh, du 14 janvier).Pendant ces trois jours, ni bain, ni coiffeur, ni nettoyage à la maison. Sur les terrasses des maisons on étalait des feuilles des plantes suivantes à l’air libre: quelques touffes de palmier-nain (doum), des rameaux d’oliviers (awrâq zeitoun), du romarin (iklîl), des asphodèles (berwaq), des scilles (fer’oun), des lentisques (draou), du caroubier (kharoub) ainsi que de la férule (klakh) et des fenouilles (sanoudj).

La chasse au lièvre ou à la perdrix et la préparation d’un mouton ou d’un bouc pour la journée du lendemain (Nafqat al-Lham) était au menu de cette première journée.

Nafqat al’lham s’illustrait par la fermeture des moulins et du four banal (ferrane), la préparation de Sfendj et Thrîd ainsi que le plateau de fruits secs (shifat qachqcha), la préparation de petits pains avec un œuf au milieu (guerisa biwladjadj), la préparation de la levure d’en-Nayer (khmirat en-nayer), la préparation de soupe spéciale Harira bil-kerwiya ou Cherchem (qamh, foul, djelban). Les petites filles paraient leur poupée de nouveaux habits (qach blîsa); le conte aux petits enfants de Ajouzat Ennayer était au programme de toutes les grands-mères. On échangeait aussi à cette occasion des cadeaux entre les familles de fiancés (taf’qida). Sur le plan agraire, on procédait symboliquement à la mise sur le premier sillon de labour de la levure (khmira), fève (foul), figue (kermous), et grenade (rommâna). Le soir, on échangeait de vœux de fin d’année : «Allah yadakhlouh ‘alikoum bil mahanna war–rahma» (Que Dieu vous l’annonce sous de bons auspices, empreints de générosité et de miséricorde).

A la nouvelle année du calendrier solaire traditionnel va correspondre le 14 janvier. Au sein des familles tlemceniennes, la cérémonie était marquée par un repas ou plutôt une collation offerte le soir, composée de fruits secs principalement. C’est le traditionnel mais non moins copieux plateau de vannerie appelé «shifat» ou «t’baq» garni de «qar’chqcha» (l’origine de ce mot est vraisemblablement liée à «l’onomatopée» produite par le choc des fruits lorsqu’on procède au rituel mélange, à l’instar du mot«qarqouch», cette croustillante «galette» gisant au fond du « tadjine» (plat en terre cuite), de seffa que les enfants adoraient racler avec leur cuillère en bois lors du s’hour du Ramadhan, ainsi que le mot «couscous» qui tire son nom du roulement «sonore» de la semoule). A cette occasion, les mères de famille préparaient pour leurs enfants les succulentes «guerissa bi wladjad» (une sorte de galette ronde, ornée d’un œuf cuit «scellé» avec de la pâte «croisée», badigeonnée de jaune d’œuf et décorée de petits morceaux de sucre ou de cacahuètes, une coutume culinaire qu’on retrouve même en… Grèce.

Celle qui porte les deux attaches en croix était désignée par «grissate el lihoud» et celle qui en était dépourvue «grissate el arab». Une représentation liée à des mythes et des croyances ancrés dans la mémoire populaire locale. Une fois cuite dans le four banal du quartier, chaque enfant mettait sa «grissa» dans un sac en tissu, soigneusement confectionné à l’avance par les mamans ou à défaut un petit panier en osier «slila» acheté pour la circonstance chez Abbès de la Souika… Pour «inhiber» les excès alimentaires (boulimie) de leurs enfants, les parents évoquaient, à cet effet, la méchante et énigmatique croquemitaine «Adjouzat Ennayer», l’alter ego de «Tergou» (cette femme surnaturelle qui se raccourcit et s’allonge, et que l’imagination berbère a ajouté à la démonologie déjà riche de l’Arabie antéislamique et de l’Islam classique), qui leur ouvrirait le ventre en le bourrant de paille. Par ailleurs, les fiancés devaient envoyer à cette occasion des cadeaux à leurs fiancées, en l’occurrence un «t’ifour» (petite table ronde) garni de figues sèches, de fruits divers et de gâteaux traditionnels ( samsa, kâ’bouzel, maq’rout, griouèche…); la dulcinée devait pour sa part retourner à son prince charmant le plateau traditionnel chargé de «sfendj» (beignets) et une marmite de miel…pur. Côté gastronomique proprement dit, on préparait à cette occasion un ragoût à base de poulet décoré de «trid» (pâte cuite en feuilles très minces à l’aide d’un fourneau en terre cuite dite «terra’da»).

A Nédroma, on mangeait du «zelif» (tête de mouton au four ou en sauce): «Celui qui mange un «rass» (zelif) à l’occasion de Ennayer, restera un «rass» (une personnalité), disait l’adage dans la cité de Abdelmoumen Ben Ali. A Maghnia, « Ennayer, pour nous, enfants, était d’abord les petits pains ronds que les mères ou grands-mères s’appliquent à façonner pour chacun de nous, et à décorer d’amandes et de bonbons avec un œuf au milieu et que nous portons fièrement au four du coin, pour les faire cuire. Ennayer, c’est également le plat spécifique pour l’occasion « Cherchem » (une sorte de soupe au blé et fève) que nous consommons qu’en cette occasion. Ennayer c’est aussi la veillée familiale autour du « Tbag », un contenant souple en alfa, plein de figues sèches, caroube, oranges, grenades que les mères cachent en prévision de cette fête, dattes sèches, amandes, œufs durs et des inévitables cacahuètes. Après que chacun ait reçu sa part de la main de la plus aînée de la famille, grands et petits s’adonnent à un jeu qui reflète bien la simplicité d’autrefois, et qui anime la soirée chacun faisant deviner à l’autre la parité du nombre de pièces de friandises qu’il cache dans sa main. Si celle-ci est devinée, il perd ce qu’il avait dans la main au profit de l’autre joueur sinon, c’est l’autre qui lui remet l’équivalent. C’était le bon vieux temps », se souvient un vieux Maghnaoui qui n’oublie pas de souligner très particulièrement le saff (2 rangées de femmes munies de Bendir et disposées face à face et qui chantent Ennayer ) que les femmes organisent dans l’une des maisons, voire dehors, des habitudes et expressions orales qui, se perdent malheureusement…». A Tlemcen, on consommait également ce jour-là du «berkoukess bel’hlib»(on faisait bouillir de la semoule granulée dans du lait de vache). Au menu aussi la fameuse «h’rira» (soupe à la levure boulanger ou pâte domestique, tirant vraisemblablement son nom de «bouillie épicée» avec une «coloration» hypocoristique, dont Tlemcen et Oujda se disputent jalousement la «signature» culinaire, d’ailleurs très prisée chez les familles koulouglies de la cité des Zianides, notamment , saupoudrée de «karwi’ya» (carvis): «chah’di ya’l karwiya, ma ‘tmouch’yhoudia» (O carvis, prononce la profession de foi si tu ne veux pas mourir en juif), une parole «incantatoire», rituelle, qu’on prononçait au moment de la préparation de ce plat de luxe. C’est aussi à la faveur de cette fête qu’on renouvelait la «k’hmira’t ennayer» (levain) pour le pain de maison ou la «h’rira» de Ramadhan. En outre, le «cher’chem» concocté à base de blé, de fèves et de pois verts était à l’honneur à cette occasion : «qoul cher’chem l’a t’ah’chem» (Mange du cher’chem à ta guise), invitait-on son hôte. Au titre du cérémonial agraire, on accomplissait un rituel qui consistait à déposer au premier soc un «paquet» contenant du levain, des fèves, des figues et une grenade:« kha’lli zitou’neq l’i ennayer, ya’dma’neq l’akhassair» (Conserve tes olives pour Ennayer pour compenser tes pertes), disait un autre adage.

Lors de la soirée de Ennayer, les fillettes confectionnaient des poupées artisanales pour jouer à «qa’ch blissa»(les vêtements de la fée) en fredonnant un «haoufi».

Au cours de la fête de l’Ennayer, des masques divers interviennent, réclamant de l’argent ou des mets destinés à la célébration collective. On citera dans ce cadre «Bu Bnani» à Tlemcen, «l’âne aux figues» à Nédroma, «Ayrad» à Béni Snous…

Au titre des actions de bienfaisance, un groupe de «tolba» ( étudiants du Coran, à Djamaâ Echorfa, en l’occurrence), dirigé par un jeune «taleb» portant une «kabouya bsi’bsi» (citrouille évidée) en guise de masque et une barbe postiche préparée avec du gypse, passait dans les maisons pour collecter les dons (en fruits) destinés aux pauvres à qui leur était offerte une collation au sein de la mosquée (la charité avait) ses règles et la philanthropie sa pédagogie).

Lors de leur tournée caritative rituelle, les jeunes bénévoles chantaient en chœur: «Bouménani, (le détenteur de la manne ou Bu Bnani), ha !ha !»(une sorte de «père Noël», version locale) qu’ils répétaient dix fois (remarquez au passage cette similitude dans la consonance entre «Bu Bnani» et «Bounani», notre «Bonne année» dialectal… «Avec quoi tu vas contribuer, ô Bouménani ?».

Aussitôt, s’instaurait pour la circonstance un dialogue «tacite» : «Je donnerai chriha, el kermouss, el djaouz el farouqi, erroumane el mech’qouq…had dar, dar Allah, oua tolba a’bed Allah, am’mar ha oua tam’mar ‘ha, bi jaheq ya rassoul Allal (Q.S.S.L)», leur promettait le «virtuel» Bouménani…Au cas où une famille ne faisait pas le geste (par égoïsme ou indigence, c’est selon), elle recevait ce message «codé» (chanté):«el mas’mar fel louh, moul eddar med’bouh, chabria m’alqa, moula’t eddar m’talqa !» ; on jetait ainsi un «mauvais sort» au mari (l’accident par blessure, en l’occurrence) et à sa femme (le divorce)… Cette fête, version «zerda» ou plutôt «touiza» était également célébrée «extra-muros» jusqu’à une date récente, dans certaines localités comme Khémis, Kef, Béni Boussaïd…On organise toujours à Béni Snous, dans un cadre typiquement folklorique, un carnaval libellé «Ayrad» où un fellah se travestit en la circonstance en lion ou en personnage masqué , pour recueillir les offrandes, en l’occurrence les fruits secs, qui seront, par la suite, distribués aux pauvres gens, dans un esprit de solidarité et de concorde.

Cette manifestation culturelle sécu laire se tient chaque année à l’initiative de l’Association «Edhakira Essanoucia». D’ailleurs, c’est Beni Snous qui abrita en janvier 2018, les festivités officielles de Ennayer qui venait d’être institutionnalisée comme fête nationale. Mais qu’en est-il aujourd’hui de cette coutume ? Force est de constater que la fête d’Ennayer, celle du «partage», est réduite à sa plus simple expression, «individualisée», à savoir l’indétrônable mais non moins onéreux plateau «tba’q qa’qcha» (ou shifet m’khelta) qui a survécu à l’érosion culturelle du temps, voire celle du pouvoir d’achat. En effet, plusieurs jours avant la célébration de Ennayer, on pourra assister du côté du marché couvert, à un commerce intense de fruits de toutes sortes. Les magasins, notamment ceux spécialisés dans les fruits de saison dont l’alléchant kiosque de Bab El Djiad en tête, améliorent leurs étals en les garnissant ostensiblement de fruits secs très prisés à cette occasion (marché couvert, medress, mawqaf…) parallèlement aux étals occasionnels installés à Abou Tachfine, Chetouane… Même les vendeurs à la sauvette sont de la partie, pardon de la fête.

On aura remarqué une cohabitation «festive» des dattes de Biskra et les cacahuètes d’El Oued avec les noix du Mexique, les noisettes d’Espagne ou du Pakistan et les pistaches d’Iran, des figues sèches de Béni Snous ou Zelboun avec celles du Maroc…

Quant aux fruits exotiques, les bananes de l’Equateur côtoient les ananas d’Australie et les mangues de l’Inde «s’affichent» avec le kiwi de la Nouvelle-Zélande…Ennayer semble bien s’accommoder ou plutôt s’adapter au «vent» de la mondialisation agraire. C’est le prix à payer si l’on veut offrir à sa petite famille la rituelle mais non moins onéreuse «qachqcha», ce cocktail de fruits secs qui flattera les pupilles gustatives aussi bien des enfants que celle des adultes qui imputent sournoisement et à chaque occasion ces «saignées» récurrentes (des diverses fêtes) à leur progéniture en occultant leurs propres envies (mouton, gâteaux, fruits secs) ou leurs «fantasmes» d’enfance (pétards, feux d’artifices)… Quant à la «slila» ou «q’fifa» (petit panier en osier ou en alfa pour recevoir sa quotepart de «qachqcha», il faudrait faire un petit tour du côté du foundouq Rostane de Tafrata.

Pour les «grissates», version «améliorée» dite «Mona», il faudra repasser car ces pittoresques galettes semblent avoir subi le même sort que la «bûche» de Noël. Et pour cause, les Zine de Blass El Khadem , Yahouni de la place Emir Abdelkader, Bekhchi de Bab El Djiad, entre autres n’en fabriquent plus, au grand dam des parents qui tenaient à cette tradition culinaire. Hormis, Hadjadj et Dali de Chetouane qui semblent perpétuer la tradition .Jadis, c’était au four banal («ferrane») du quartier qu’on allait faire cuire cette galette traditionnelle. Les fours de Rhiba, Sid El Djebbar, Sidi El Halloui, Rbat, Agadir, Sidi Yacoub, entre autres, ont pratiquement disparu du paysage «immatériel» de la ville.

Pour notre part, nous ne manquerons pas de rendre au passage, un vibrant hommage à tous ces chaleureux enfourneurs «terrahine» (préposés aux fours banals) qui ont marqué de leurs «empreintes» expertes, indélébiles, la mémoire populaire de la vieille Médina et d’autres quartiers de Tlemcen, et qui ne sont plus de ce monde.

Nous citerons les feu Si Boumédiène (Salhi) de Sid El Djebbar, El Mokhtar de Bab El Qorrane, Boumédiène «La’mèche» de Bab Ali, Dali Ali de Hart R’ma, Ghermoul de Derb El Kadi (ex- rue des forgerons, à ne pas confondre avec l’autre ruelle de Bab El Djiad), Bendahma de derb El Hadjamine, Boufeldja de Rhiba, Kherris de Bab El Djiad, Benselka de derb Béni Djemla, Semmoud de derb Sid El Yeddoune, Mir d’ El Kaâla inférieure,Dib de Feddane Sebaâ, Boumédiène «El H’chaïchi» de Sid El Halloui, Chekroune de Bab Zir, Grine et Bouguima d’El Eubbad, Hmimed de Sidi Chaker, Benaïssa de Bab El Hdid, El Abd’ de Beau Séjour, Kouider de Sidi Yacoub, El Moukhfi d’Agadir, Moussa et Bénali de R’bat, Bahbah de derb El Y’houd, Chérif de derb Bensekkine, Kalaïdji de derb Sidi Amrane…).


                 TRIBUNE

         Rassemblement pour la Kabylie : Déclaration politique à l’occasion de la nouvelle année 2021

Hamou Boumedine

Le Rassemblement pour la Kabylie a rendu publique la déclaration politique suivante à l’occasion du nouvel an.

L’année 2020 restera, sans doute, dans les annales celle qui a bouleversé nos vies dans le monde suite à la pandémie de la Covid 19. Le deuil a frappé plusieurs milliers de familles et beaucoup de visages qui nous sont familiers ne sont plus de ce monde. Le corps soignant a été celui qui a payé le plus lourd tribut, qu’il trouve ici notre reconnaissance et l’expression de notre hommage à la mémoire de toutes les victimes.

Par ailleurs, la baisse draconienne de l’activité économique a accentué la pauvreté et beaucoup d’entreprises et commerces ont fait faillite. Nombre de tragédies sociales ont été heureusement en partie atténuées par l’esprit de solidarité ancestrale qui a prévalu à cet effet.

C’est dans ce contexte très difficile que le pouvoir s’est surtout attelé à la sauvegarde du système alors que le peuple n’a pas cessé d’exprimer depuis février 2019 un besoin de changement radical en engageant une dynamique populaire unitaire et pacifique pour une « Algérie libre et démocratique ». Afin de parvenir à cet objectif, toutes les voix de la contestation se sont accordées sur la nécessité d’aller vers une véritable Transition Démocratique.

En réponse, le pouvoir miné par une terrible lutte de clans, dans un déni total des réalités et un cynisme politique rare, a décidé d’exploiter la suspension du mouvement populaire pour mener une politique de répression d’une ampleur inédite contre les militants et les journalistes par une instrumentalisation éhontée de l’appareil judiciaire  en violation de toutes les lois de protection des droits humains, qu’elles soient nationales ou internationales ratifiées par l’Algérie.

Même si le discours haineux et brutal de l’ex-chef d’état-major, Ahmed Gaid Salah, a disparu, même si l’inquisition contre les porteurs du drapeau amazigh n’est pas à l’ordre du jour, même si les voyous engagés dans l’opération  » zéro kabyle » ont été mis en veilleuse, le pouvoir algérien est resté sur la même ligne : l’exercice du pouvoir ne relève pas pour lui de la souveraineté populaire mais d’une gestion patrimoniale du pays.

Le déni de l’héritage du congrès de la Soummam avec la primauté du politique sur le militaire reste le nœud gordien de la crise qu’aucune élection ne peut régler. Les “élections présidentielles ” du 12 décembre 2019 et “le référendum constitutionnel” du 01er novembre 2020 en sont deux exemples édifiants.

Toutes les forces politiques et sociales de l’opposition se doivent de converger vers la construction d’une alternative au système et non rechercher une alternative dans le système. Il y va de la sauvegarde du mouvement populaire mais aussi de l’intégrité du pays au vu des considérations géopolitiques actuelles.

Prisonnier de ses propres contradictions et son obstination à se maintenir, au risque même de mettre la Nation en danger, le pouvoir s’avère sans cap et sans riposte face aux manœuvres de certains Etats et monarchies érigés en puissances régionales grâce aux pétro dollars. Et, plus grave, au lieu de prendre acte de ces intrigues et de se projeter dans notre espace naturel africain et méditerranéen il continue de s’accrocher pitoyablement à une Ligue arabe factice et sans intérêt de laquelle il faut immédiatement se retirer.

Il devient donc légitime de considérer que toute participation aux élections, telles que fixées dans l’agenda du pouvoir, constitue, comme celles qui l’ont précédées, une abdication politique et une participation à la légitimation et “normalisation “ du système.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est la classe politique adhérente à cette démarche qui perdra en premier lieu le peu de crédibilité qu’elle a pu sauvegarder, pour une partie d’entre elle, jusqu’à aujourd’hui.

Pour le RPK, porteur du projet autonomiste kabyle, le refus de cette démarche électorale est double: pas d’élection sans Transition démocratique et pas d’élection sans refondation de l’Etat-national. La démocratie majoritaire, dans une société traversée par une forte diversité communautaire, n’est pour les minorités qu’un système de domination et toute élection à l’ombre d’un système autoritaire militarisé n’est qu’une illusion.

Le projet d’un statut politique particulier de la Kabylie, exposé pour la première fois, en décembre 2014, sous forme d’un Manifeste est en train de gagner l’adhésion du plus grand nombre en Kabylie. Le travail pédagogique que nous avons engagé a apporté ses fruits, et aujourd’hui personne ne peut soutenir qu’il est possible d’envisager une perspective viable dans le cadre d’un système centralisé-jacobin.

La question de la diversité ethnoculturelle et linguistique en Algérie, comme dans toutes les nations multiculturelles, ne peut être, en effet, prise en charge qu’en adoptant un système régionalisé ou un système fédéral. La première des priorités pour le RPK reste la prise en main d’une gestion souveraine de l’école en Kabylie car c’est à travers l’école que nous pouvons assurer la pérennité et le développement de notre identité et de notre langue et permettre aussi la transmission d’un savoir résolument orienté vers la modernité.

En mettant chaque Algérien devant ses choix librement exprimés, l’appropriation de ce droit collectif nous éloignera, à coup sur, de certaines questions idéologiques insolubles. Hormis les missions régaliennes de l’État- la défense, la monnaie et la diplomatie-, si nous, en tant que Kabyles, nous n’avons rien à imposer aux autres Algériens, rien ne doit nous être imposé en retour. Le vivre ensemble se conjugue toujours dans l’acceptation et le respect de l’altérité.

Sur le plan économique, le RPK tire la sonnette d’alarme sur le niveau de désinvestissement en Kabylie. Même les assemblées de wilaya de la région ont tourné le dos aux préoccupations des citoyens en votant des budgets qui frisent le ridicule.

Ce qui se passe à l’ENIEM de Tizi-Ouzou et la briqueterie de Seddouk n’est que la conséquence d’une politique de désindustrialisation programmée.

Ces constats alarmants sur les droits politiques, sanitaires et socio-économiques montrent, plus que jamais, la nécessité de la tenue d’une Conférence Régionale de Kabylie. 2021 sera, si les conditions sanitaires évoluent comme nous le souhaitons, l’année de la concrétisation de la Conférence Régionale de Kabylie qui se fera sur la base du texte collectif du 26 octobre 2020, signé par plusieurs personnalités de la région. Ce rendez-vous sera certainement l’occasion de réaffirmer et de développer les axes politiques de cet appel pour lui donner un prolongement effectif sur le terrain des luttes.

Nous espérons que cette rencontre dans cette nouvelle année permettra de rétablir le débat démocratique loin de toutes les polémiques stériles, les anathèmes et les sujets qui veulent porter un coup malsain à l’unité du corps social en Kabylie.

La Conférence Régionale de Kabylie sera certainement le lieu de convergence de toutes les bonnes volontés et l’éveil d’une nouvelle dynamique tant sur le plan politique qu’organisationnel en mettant à profit le capital expérience accumulé par la Kabylie dans les différentes luttes qu’elle a engagées depuis 1962. Le RPK s’engage à y participer et à concourir à la réussite de cet événement.

  • Protéger-vous du Covid-19 !

  • Yennayer Ameggaz!

  • Hommage à tous ceux et à toutes celles qui se sont sacrifiés pour Tamazight !

P/Le bureau du RPK, réuni le 11/01/2021

Le Coordinateur, Hamou Boumedine


Déclaration en tamazight 

Ulɣu asertan i lmend useggas amaynut 2021

Aseggas n 2020 ad yeqqim, war anezgum, deg tlufa yesɛerqqen lğerra i tudert-nneɣ deg umaḍal xarsum mi d-yegla s unfafad n covid-19. Leḥzen d win yewten aṭas n luluf n twaculin, tuget gar wudmawen d twaculin yettwassennen gar-anneɣ muten ğğan-d ala lwaḥc deffir. Tafekka n tujya, d win ixelsen suma s tnefsit-is, ad  asen-nerr tajmilt muqren arnu ad nsuter reḥma ɣef tnefsiyin yemmuten gar-asen.

Tin akin, aɣelluy n leqdic deg uḥric n tdamsa d ayen yesṭuqten igellilen ɣef waya aṭas n tkebaniyin d tenzutin mendlen tiwura-nsen. Amḍan n tlufa tinmettiyin deg tama nsant s ruḥ n twizi d tdukli gar iɛeggalen akken tella d ansay ɣer leğdud.

Deg taluft-a waɛren nezzeh wid yeṭfen tamurt fursen tagnit iwakken ad seḥbiberren ɣef udabu, ɣas ulama agdud d win yebɣan abeddel deg furar 2019 ar ass-a, ifud tigduda d tlelli, yebɣa abeddel ɣef waẓar, imi d-yesuffeɣ ambawel aɣerfan yedduklen s talwit ɣef yiwen yeswi “Lezzayer tilelli tagdudant”. Iwakken ad sawḍen ɣer waya, akk leswat n yetsuɣun llan-d ɣef yiwen n rray, win n rḥil ɣer tedwilt n leɛḍil tagdudant. Tiririt ɣef waya, adabu d win yudin s umennuɣ muqren gar-asen, deg temḥqranit amatun n tidet deg taluft tasertant qlillen, yegzem-itt di rray ad ttyer ɣer yiɣil iwakken ad yessens taftilt n umussu aɣerfan, yewwi abrid n temḥqranit s wudem uzzig mgal imeɣnasen akked ineɣmasen s uselḥu n teɣdemt ɣer tama-nsen s utεeddi ɣef akk isuḍaf yeseḥbibiren ɣef izerfan n umdan , ama d tid n tɣelnawt neɣ tigraɣlannin yettwasinyin sɣur Lezzayer.

ɣas ulama asarag uqḥiḍ n win yellan d ixef ɣef tsudut n iserdasen, A.Gayd Salaḥ, d win iruḥen, ɣas ulama asexlaɛ d uḥebbus n wid irefden annay amaziɣ ur yelli deg tegnatin n yal ass, ɣas ulama tiruxsa id yellan deg temhalt n “ ulac aqbayli” d wid i wumi sensen taftilt, adabu n lezzayer d win yeqqimen deg yiwen ujerriḍ : aslḥu n tlufa n dula, ɣur-s netta d win ur nesɛi ara asseɣ d tmunnent taɣerfant d acu yesɛa-t d uselḥu n tgemmi n tmurt. tamḥeqranit n lwart n usqamu n Summam s usizwer asertan ɣef usedan ad yeqqim d tamukrist n tezɣent , ula yiwet n tefrant ma tezmer ad fru. “Tifranin n tselwit” n “12 duğember 2019” akked “ uferniman amendawi” n 01 wunbir  d sin imedyaten id yesebgannen aya.

Akked iɣallen isartannen d iɣermannen n tenmegla ilaq ad duklent ɣef lebni n tifrat berra i udabu maci d tin ubeddel sdaxel udabu. Anect-a yerza aseḥbiber n umussu aɣerfan arnu ɣur-s tadukli n tmurt s umuqqel ɣef tluft tagersartant tamirant. Tettwakref s iɛewiqqen-is d lebɣi-ines ad tkemmel, tezmer ulama ad teglu s tmurt ɣer umahi d yehwah, adabu d win ileḥun ur yeẓri sani , ur yesɛi tiririt mgal kra n tmura n tgeldiwin id yulin s lğehd n tamiwin s tawil n petro-dollars. Arnu ɣur-s, tin yetεeddan akk tilisa, gar ad dmen tigawt deg umhaz n isenfaren di reḥbat n tefriqt d yillel agrakal, simmel ttkemmillen lesqen iman-nsen ar Usqamu aεrab ur nesεi la lmaεna la lfayda seg ilaq a d-neffeɣ  selɛjlan.

ɣef waya attekki deg tefranin id yesewjed udabu akken yebɣa netta, yettuɣal d tanmegla i yiman s timad-is ur nesɛi azal di tsertit, d utteki ɣef usteɛref  s wudem “am waken kra ur d-yelli” gar ugdud d udabu.

Timental yecban aya, ttakkent-d yiwen unamek, wid yellan deg wanar aserti ma ttekkan ad sruḥen cwiṭ n liman d leqdar sɛan i sawḍen sḥbabren ar tura. I Ugraw i Tmurt Iqbayliyen “RPK”, win yettnaḍaḥen ɣef usenfar n “timanit taqbaylit” aɣunzu n tefranin yebḍa ɣef sin yeḥricen : ulac tifranin war tadwilt n leɛḍil tagdudant, arnu ulac tifranin ma ur tɛawed ara lebni n tmurt ɣef waẓar. Tagduda n tuget, deg tmetti anida tella tuget tadelsant d tmezrayant, tella ɣef tama tameẓyant ala d adabu n temheqranit id yeɣlin fell-as, arnu ɣur-s akk tifranin n ṭlam gar ifasen udabu aḥeqqar aserdasan d ayen yecban tikerkas.

Amekkan n teqbayli d win id yettwaseknen i tikkelt tamenzut deg useggas n 2014, s wudem n usenfar anida tuget n iqbayliyen kecmen-d s ṭaqa ɣur-s. leqdic n usensgmi i nexdem yewwi-d lɣella-s. ass-a yiwen ur yezmir ad yeddu akked udabu neɣ ad as-yefk laman imi netta yebna-tt ɣef  ukatar n udabu n wammas (Jacobin). Tamsalt n tuget n rasadelsan akked tesnalest di Lezzayer, am waṭas n tmura tugtdlsannin, ur yezmir ad yelhu deg yal yiwet ala ma yexdem tasartit n tamwin neɣ win n fidiral. Tamenzut n tmezwura n RPK d tin n uselḥu amunnan n iɣerbazen deg tama n leqbayel, s uɣarbez i nezmer ad nesḥbiber ɣef uzekka n tmagit d umhaz n tutlay-nneɣ, tin daɣ ara yesurfen s usɛeddi n tussna ara iruḥen ɣer umhaz akken yedda umaḍal. S waya ad nessers yal azzayri deg lextyar-is, anect-a d aqader n tikti n yal yiwen arnu ɣur-s ad yesbɛed ɣef kra n tlufa n tnektiwin, d acu taluft n useḥbiber, tadrimt akked tsertit n lberrani, ma yella nekni s yiman-nneɣ d iqbayliyen ur nesɛi ara ayen ara neḥres izzayriyen-nniḍen akken d aɣ deg tama-nsen ur sɛin acu ad aɣ-ḥettmen. Tudert n ugraw yettwasefti dima s uqader uqebbul n yal yiwen.

Deg uḥric n tdamsa, RPK d win yewten ağewwaq n tugdi ɣef uswir n tkebaniyin deg tama n leqbayel, ulama d tijumaɛ n waɣiren n tamiwin d wid i dewweren aɛrur i wayen yettidir uneɣriman, s tefrant n texriḍt ur nesɛi azal. Ayen yuɣen ENIEM deg Tizi Wezzu d tkebanit n Lyağur di Sedduq (Bgayet) d lberhan n tsartit n uqceɛ n tkebaniyin yettwaheyyan acḥal aya.

Tilufa-ya iǧerḥen ɣef izerfan n tezdeg d tmentti-delsant id yettalin, yewweḍ-d lawan ad yili usarag n tamiwin n Teqbaylit. Aseggas 2021 ad yili, ma yella taswiɛt n unfafad d tin iwenɛen, ad yili d aseggas n lebni n usarag n tamiwin n leqbayel ara yettwaxdmen s uqadar n uḍris n ugraw n 26 tuber 2020, yettwastenyan s waṭas n yemdanen yettwasnen deg tama-ya. Ttiɛad-a ad yili d tagnit ad nesbgen amhaz n tneqḍin tisartanin iwakken ad as-nefk imal deg wanar n umennuɣ. Nettmenni d akken timlilit-a deg useggas-a amaynut ad t-surref ad yuɣal uskasi asertan agdudan ibeɛden ɣef akk timeslayin tiɛiqarin, imeslayen d isenfaren yebɣan ad efken tiɣrit ur nesɛi tezdeg i tdukli n tfekka tanmettit taqbaylit.

Asarag n tama taqbaylit, ad yili d amekkan n tdukli n akk tibɣessin d tenkra n umbawel amaynut ama deg uḥric asertan neɣ n tudsa s usrusu n wayen nesεa d tirmit deg wanar id yettwagemren sɣur taqbaylit deg waṭas n yimenuɣen i texdem deg useggas n 1962 ar ass-a. RPK d win iwejden ad yili di ttiɛad d lmendad n uwenneɛ n temlilit-a.

Seḥbibrem ɣef yiman-nwen deg Covid-19!

Yennayer Ameggaz !

Tajemilt i widak yak yenḥaffen ɣef Tmaziɣt!

Lbiru yenejmeε ass: 11/01/2021

 Amessiwel s yisem n RPK

Ḥemmu At Wumdin.


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