Livre / « La face cachée des révolutions arabes »

Date de sortie: 4 décembre 2012 Éditeur: Ellipses (Paris)

Ouvrage collectif sous la direction d’Éric Denécé

Plusieurs spécialistes y ont contribué sous la direction du professeur Eric Denécé (CF2R). Son titre, « La face cachée des « révolutions » arabes », aux éditions Ellipses. Un titre qui nous rappelle « La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque », l’ouvrage précurseur du philosophe tunisien Mezri Haddad. Nous avons été à l’époque les tous premiers à le présenter à nos lecteurs, en mettant en relief son aspect prospectif et politiquement incorrect. L’ancien Ambassadeur de la Tunisie auprès de l’UNESCO est d’ailleurs co-auteur de l’ouvrage que nous présentons aujourd’hui en exclusivité. Ce livre décapant de 550 pages sera dans les librairies dès le 4 décembre 2012. Dans nos prochaines éditions, nous en publierons les bonnes feuilles.

Quatrième de couverture

Depuis le milieu de l’hiver 2011, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, des mouvements de contestation populaire ont pris forme, incarnant les aspirations démocratiques et le ras-le-bol des citoyens à l’égard des régimes tyranniques et corrompus qui les gouvernaient. Ils sont parvenus à provoquer leur chute, mettant fin à des situations qui n’étaient plus acceptables au XXIe siècle.

Telle apparaît la merveilleuse épopée du « printemps » arabe et de ses « révolutions » aux yeux de la majorité de l’opinion publique internationale. Toutefois, derrière ce conte au dénouement heureux se cache une réalité bien différente. Alors que la très grande majorité des médias et des observateurs internationaux a fait de ces « révolutions » arabes, le symbole de l’émancipation des peuples d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, il est apparu indispensable à de nombreux experts d’en donner une lecture plus objective.

En effet, plus de dix-huit mois après que se soit levé le vent de révolte qui a balayé le monde arabo-musulman, il est possible de discerner plus distinctement le fil des événements et les jeux d’acteurs qui les ont impulsés.

Ce livre s’attache successivement à étudier et déconstruire les événements ayant eu lieu au Maghreb et au Proche-Orient ; à mettre en lumière le rôle essentiel des acteurs extérieurs à ces « révolutions », dont l’action a été déterminante ; et à évaluer les conséquences du printemps arabe, lesquelles ne semblent pas être à la hauteur des espérances suscitées. Il réunit les contributions de vingt-quatre auteurs de neuf nationalités différentes – Algérie, Belgique, Bulgarie, Côte d’Ivoire, Egypte, France, Mali, Tunisie, Syrie – et d’horizons très divers – femmes et hommes politiques, officiers de renseignement, journalistes, universitaires, etc. Ensemble, ils dénoncent la pensée dominante qui tend à faire du printemps arabe un événement spontané et positif pour les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient et démystifie les « révolutions » arabes en mettant en lumière leurs mécanismes, leur manipulation et leurs retombées négatives.

Présentation

PREMIERE PARTIE : Analyse et déconstruction des révolutions nationales

« Genèse et finalité de la révolution du jasmin. Essai de démystification politique », Mezri Haddad

« La Tunisie, un laboratoire de la réislamisation », Laurent Arthur du Plessis

« Libye : un avenir incertain », Saïda Benhabylès, Roumiana Ougartchinska, Yves Bonnet, Dirk Borgers, André Le Meignen et Eric Denécé

« Libye ; l’alliance improvisée Occident/islamisme », Alexandre Ifi

«Les vraies raisons de la liquidation de Kadhafi », Lydie Boka

« Origines et réalités du printemps égyptien », Samir Amin

« Syrie : une libanisation fabriquée », Saïda Benhabylès, Anne-Marie Lizin

« Iran : l’oublié du printemps », Yves Bonnet

DEUXIEME PARTIE : Le rôle majeur des acteurs étrangers

« Les Etats-Unis, les pétromonarchies et les révoltes arabes », Taoufik Bourgou

« Le rôle des Etats-Unis dans le printemps arabe », Ahmed Bensaada

« L’influence des ONG américaines sur le printemps arabe : l’exemple de la National Endowment for Democracy », Olivier Guilmain

« ONG et réseaux sociaux au cœur des révolutions arabes », Alain Charret et Yves-Marie Peyry

« L’arc de crise internationale et les médias : une lecture médiatique du printemps arabe », Gérald Arboit

TROISIEME PARTIE : Les conséquences internationales du printemps arabe

« L’impact de la crise libyenne sur la situation sécuritaire du Nord-Mali », Soumeylou Boubeye Maïga

« Le retour de la problématique identitaire au Sahara : un effet secondaire du printemps arabe », Laurence Aïda-Ammour

« Sortie de crise au Sahel : plaidoyer pour une refondation de la relation franco-algérienne », Richard Labévière

« Al-Qaïda, grand gagnant des révolutions arabes ?», Alain Rodier

« Les chrétiens d’Orient et le printemps arabe », Yves Bonnet

« Du printemps arabe à l’hiver islamiste », Alain Chouet.


Liste par ordre alphabétique des auteurs :

Laurence Aïda-Ammour (France/Algérie)

Consultante en sécurité internationale et défense chezGéopoliSudconsultance, chercheure associée au Laboratoire Les Afriques dans le Monde(ex-CEAN) et au CIDOB (Barcelone). Ancienne du collège de l’OTAN de Rome. Dernier ouvrage paru : Algéries en dialogue (avec Lucie Pruvost)Karthala, Paris, 2009.

Samir Amin (Egypte/France)

Économiste et auteur de nombreux ouvrages. Président du forum Mondial des alternatives (FMA), un réseau mondial de Think Tanks créé en 1997, acteur des Forum sociaux mondiaux. Dernier ouvrage paru : Le monde arabe dans la longue durée, le printemps arabe ?, le Temps des Cerises, Paris, 2011.

Gérald Arboit (France)

Docteur en Histoire et directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Dernier ouvrage paru : Saint-John Philby contre Lawrence d’Arabie, collection Espionnage, Ouest France, Rennes, 2012.

Laurent Artur du Plessis (France)

Journaliste et essayiste spécialisé dans les problèmes de géopolitique et auteur de nombreux ouvrages. Animateur du blog troisième-guerre-mondiale.com. Dernier ouvrage paru : De la crise à la guerre : La faillite des élites, Jean-Cyrille Godefroy éditeur, Paris, 2011.

Saida Benhabylès (Algérie)

Ancienne ministre de la Solidarité, ancien Sénateur, membre fondateur du CIRET-AVT, Prix des Nations Unies pour la société civile.

Ahmed Bensaada (Algérie)

Docteur en physique, enseignant, pédagogue, auteur et essayiste. Lauréat de nombreux prix dont celui du Premier ministre du Canada pour l’excellence dans l’enseignement. Dernier ouvrage paru : Arabesque Américaine : Le rôle des États-Unis dans les révoltes de la rue arabe, éditions Michel Brûlé, Montréal, 2011; éditions Synergie, Alger, 2012.

Lydie Boka (France/Côte d’Ivoire)

Directrice de StrategiCo, société spécialisée dans l’analyse politique, économique et financière et la prévision risques en Afrique. Auteure de monographies sur les pays africains. Dernier ouvrage paru : Le Bénin, L’Harmattan, Paris, 2009.

Yves Bonnet (France)

Préfet honoraire, ancien député, ancien directeur de la Surveillance du territoire (DST), président du CIRET-AVT.Dernier ouvrage paru : Le grand complot, Jean-Claude Gawsewitch éditeur, Paris, 2012.

Dirk Borgers (Belgique)

Expert indépendant, spécialiste des questions pétrolières. A participé à la mission CIRET-AVT/CF2R en Libye.

Soumeylou Boubèye Maïga (Mali)

Ancien Conseiller spécial du Chef de l’Etat malien, puis chef de cabinet du Président de la République. Directeur général de la Sécurité d’Etat (le service de renseignement malien), ministre des Forces armées et des Anciens combattants, puis ministre des Affaires étrangères (2011-2012). Il est aujourd’hui Vice-président de l’ADEMA/PASJ (Alliance pour la démocratie au Mali/Parti africain pour la solidarité et la justice), Président de l’association humanitaire AMMA-Source de Vie et Président de l’Observatoire Sahélo-Saharien de Géopolitique et de Stratégie (OSGS).

Taoufik Bourgou (Tunisie)

Maître de Conférences HDR en Science Politique, Directeur du Centre d’Etudes de la Politique et des Institutions Américaines (CEPIA), Faculté de Droit, Université Jean Moulin, Lyon 3. Dernier ouvrage paru : Terrorisme. Regards croisés dans l’après-11 septembre , L’Harmattan, Paris, 2011.

Alain Charret (France)

Ancien cadre des services de renseignement, rédacteur en chef deRENSEIGNOR. Chercheur associé au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Dernier ouvrage paru : Terreur à Monaco, éditions In Livro Veritas, 2010.

Alain Chouet (France)

Ancien chef du Service de renseignement de sécurité de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Dernier ouvrage paru : Au cœur des services spéciaux. Menace islamiste : fausses pistes et vrais dangers, entretiens avec Jean Guisnel, La Découverte, Paris, 2011.

Eric Denécé (France)

Ancien analyste du renseignement, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Dernier ouvrage paru : Les services secrets français sont-ils nuls ?, Ellipses, Paris, 2012.

Olivier Guilmain (Belgique)

Politologue, diplômé de l’Université libre de Bruxelles et chercheur au Centre d’études comparatives des élections (CECE). Dernier ouvrage paru : Co auteur de La société civile, un cheval de Troie ? (dir. Bernard Owen), Studyrama, Paris, 2012.

Mezri Haddad (Tunisie)

Journaliste, écrivain, philosophe et diplomate. Ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’UNESCO. Docteur en philosophie morale et politique (Sorbonne), maître de conférences en théologie catholique, ancien co-directeur de Daedalos Institute of Geopolitics (Chypre). Auteur de plusieurs essais politiques et académiques, dont Non Delenda Carthago. Carthage ne sera pas détruite, éditions du Rocher, Paris 2002.
Dernier ouvrage paru : La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident, une alliance à haut risque, éditions Apopsix, Paris, 2011, déjà publié en Tunisie.

Alexandre Ifi (France)

Journaliste. Ancien envoyé spécial du groupe Canal Plus à l’étranger (Irak, Côte d’Ivoire, Etats-Unis), il produit aujourd’hui à Berlin reportages et documentaires. Depuis le début de l’année 2012, il travaille sur la question de l’intervention occidentale en Libye.

Richard Labévière (France)

Grand reporter à la télévision suisse romande (TSR), rédacteur en chef d’[email protected], collaborateur du mensuel Afrique-Asie et consultant en relations internationales. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Dernier ouvrage paru : Quand la Syrie s’éveillera, avec Talal el-Atrache, Perrin, Paris, 2011.

André Le Meignen (France)

Expert indépendant, vice-président du CIRET-AVT. A participé à la mission CIRET-AVT/CF2R en Libye.

Anne-Marie Lizin (Belgique)

Présidente honoraire du Sénat de Belgique et vice-présidente de l’Assemblée plénière de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Elle a été députée européenne, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, députée, sénatrice et présidente du Sénat belge.

Majed Nehmé (Syrie/France)

Directeur de la rédaction du magazine Afrique/Asie. Auteur de nombreux ouvrages en arabe, il a notamment dirigé la publication de l’Encyclopédie politique Beyrouth, 7 volumes, 1980-1986 (en arabe).

Roumiana Ougartchinska (France/Bulgarie)

Journaliste d’investigation et essayiste. Chargée de cours au Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines de l’Institut de criminologie de Paris (Université Paris II – Panthéon Assas). Dernier ouvrage paru, Guerre du gaz, la menace russe, éditions du Rocher, Paris 2008.

Yves-Marie-Peyry (France)

Chercheur associé au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Alain Rodier (France)

Ancien officier supérieur des Services de renseignement, directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), en charge du terrorisme et de la criminalité organisée. Dernier ouvrage paru : Iran, la prochaine guerre ? Ellipses, Paris 2007

 


Lire aussi :

 >>   Grandeur et décadence de la notion d’arabité

 

« Le monde est du côté de celui qui est debout » est, paraît-il, un proverbe arabe. Il date probablement du temps où le Monde Arabe était lui-même debout et pendant lequel la notion d’arabité était synonyme de modernité, de savoir et de progrès.

La littérature contemporaine, les médias et les assemblées savantes n’ont de cesse de nous ressasser cette époque glorieuse, unique phare lumineux de notre histoire. Il est vrai que l’être humain -même l’Arabe- a besoin d’un passé glorieux et des héros à profusion pour entretenir aussi bien son ego que son appartenance sociale. Les manuels scolaires d’histoire de tous les pays foisonnent de personnages plus grands que nature et de récits épiques quasi-mythologiques. Cependant, l’être humain -surtout l’Arabe- a singulièrement besoin d’un présent plus serein et d’un futur tangiblement radieux. Est-ce le cas en ce qui nous concerne? Non. Le monde arabe est à genoux. Que dis-je? À plat ventre serait plus juste.

Savez-vous, par exemple, que chacune des langues des pays scandinaves (suédois, danois, norvégien, finnois) publie autant que la vingtaine de pays arabes réunis ou qu’un Québécois francophone publie proportionnellement 30 fois plus de volumes qu’un arabophone [1]? Que la Grèce traduit cinq fois plus de livres que tous les pays arabes réunis ou que dans le monde arabe l’analphabétisme atteint 50% des femmes? Que les pays arabes ont les niveaux de financement de la recherche les plus faibles au monde [2]?

Au « désert culturel » [3] s’ajoute un désert économique, politique et social. Un désert aride qui fait fuir aussi bien les lettrés via les visas d’immigration que les simples citoyens via de frêles barques, vidant ainsi les pays arabes de leur substance vitale: l’Homme.

À l’exil géographique s’ajoute, de surcroît, un exil identitaire. Ainsi, bon nombre d’immigrants arabes musulmans donnent des prénoms chrétiens occidentaux à leurs enfants comme si l’appartenance à la Nation Arabe était une maladie qu’il fallait honteusement cacher. « C’est pour mieux les intégrer dans la société d’accueil », semble-t-il (sic).

Même les Arabes chrétiens vivant en Occident, s’acharnent pour prénommer leur progéniture avec des noms typiquement occidentaux. Je me rappelle ma stupeur lorsqu’un de mes élèves, syrien chrétien, m’a demandé s’il m’était possible de l’appeler Joseph au lieu Youssef, son réel prénom comme si le seul fait de s’affranchir de la « tare arabe » audible à la prononciation de son prénom le rendait heureux. Quand on pense que les Arabes chrétiens ont été historiquement les plus grands promoteurs de l’arabité!

L’exemple le plus flagrant de cette aversion de la notion d’arabité m’a été donné à plusieurs reprises par certains citoyens algériens d’origine berbère. En se présentant aux Québécois, ils se disent Algériens, mais ajoutent toujours, à brûle-pourpoint, « mais pas arabe, berbère! ». Ils se sentent l’obligation de faire cette précision comme s’ils allaient en tirer un profit quelconque, un statut plus enviable que celui d’un Algérien «arabe». Un Québécois ne lui dira jamais son origine française, irlandaise ou autre. Quelle qu’elle soit, il est fier d’appartenir à sa nation et à sa culture québécoises actuelles.

Pourtant, les Berbères et les Arabes ont vécu ensemble, au Maghreb, des siècles avant même que Jacques Cartier n’accoste sur les rives du Saint-Laurent.

On peut aussi citer le cas de ce jeune étudiant de prénom arabe, qui, à la fin d’un show estudiantin a tenu à « clarifier » qu’il était iranien et non arabe; de ce jeune adolescent turc qui a demandé qu’on l’appelle Alexandre au lieu d’Iskander; de ces jeunes libanais chrétiens qui se disent phéniciens et non arabes… Les exemples de cette volonté d’affranchissement maladive de la notion d’arabité sont nombreux et révélateurs d’une inimitié profonde. Cette situation est d’autant plus déplorable qu’elle touche de jeunes étudiants, qui, naturellement, sont plus ouverts aux autres cultures et ne s’évertuent pas à gommer des pans de leur histoire.

On est loin du temps où l’arabe était la langue du savoir et où les chrétiens et les juifs se donnaient des noms arabes. Citons, à ce titre, quelques exemples. Surnommé « maître des traducteurs de l’Islam » Hunayn ibn Ishaq (809-873) était médecin et scientifique arabe chrétien important, surtout connu pour avoir traduit des ouvrages grecs en arabe. L’évêque Johannès de Cordoue s’appelait aussi Asbag Ibn Abdallah [4]. Les mozarabes, chrétiens ayant conservé leur religion sous la domination musulmane en Andalousie, parlaient l’arabe et beaucoup adoptèrent des noms et des coutumes arabo-musulmans. Leur liturgie était dite en arabe et leurs femmes avaient l’habitude de sortir voilées [5]. Frédéric II de Hohenstaufen (1194-1250), roi de Sicile, de Germanie, de Jérusalem et empereur du Saint Empire était un fin connaisseur de la langue et de la culture arabe [6]. Il avait été éduqué par un juge musulman de Palerme et aimait s’habiller à l’orientale. Il fut excommunié pour, entre autres, son admiration de la civilisation arabo-musulmane [7]. Des croisés célèbres comme Renaud de Châtillon ou Baudouin d’Ibelin ont appris l’arabe et adoptèrent les habitudes de vie orientales [8]. Dans l’Espagne musulmane, des philosophes de confession juive comme Yehuda Halevy ou Maïmonide écrivaient en arabe. Ce dernier était connu sous le nom de Mussa bin Maimun ibn Abdallah al-Kurtubi al-Israili [9]. Avenzoar (1091-1162).

Faut-il aussi rappeler que le célèbre scientifique Ibn Sina (Avicennes) était ouzbek? Que l’illustre médecin Al Razi (Rhases) était iranien ? Ou que le mathématicien Thabit Ibn Qurra (Thebit) était turc?

Cette conception de l’arabité comme synonyme de décadence et de médiocrité n’est pas un phénomène récent. Il n’y a qu’à se rappeler les « réformes occidentalisantes » de Mustafa Kemal Atatürk qui remplaça l’alphabet arabe par l’alphabet latin. Le « père des Turcs » ne saura malheureusement jamais que, 69 ans après son décès, l’occidentalisation de la Turquie et son adhésion à l’Union Européenne ne sont, plus que jamais, que des chimères.

Un second exemple nous parvient de Malte dont la langue, à forte consonance arabe, ressemble étrangement à l’arabe dialectal maghrébin. En maltais, le poulet se dit «fellus», la pastèque « dulliegha », l’eau « ilma » et le marché « is-suq ». De 1860 à 1940, la scène politique maltaise a été dominée par un farouche débat linguistique. L’origine arabe du maltais posait problème à ce peuple catholique. Elle était fortement associée à la religion musulmane ce qui était inacceptable pour les élites qui préférait l’utilisation de l’italien. L’invention d’une origine phénicienne à cette langue a été un argument prôné par les partisans de l’adoption du maltais comme langue nationale. Cela était plus acceptable que «l’odieuse» origine arabe.

Finalement, le maltais et l’anglais ont été adoptés comme langues nationales de l’île. Comme le turc, le maltais s’est conçu un alphabet latin adéquat. Ce débat centenaire n’est, de nos jours, pas encore clos car bon nombre de citoyens continuent de souhaiter l’abandon du maltais au profit de l’anglais : cela ferait d’eux des européens et non des orientaux [10].

Ce n’est malheureusement pas en optant pour un prénom chrétien occidental que l’on s’intègre dans une société d’accueil ou en effaçant à tout prix, de la mémoire collective, une appartenance culturelle à l’arabité. C’est plutôt en montrant, en tant qu’être humain, notre capacité à jouer un rôle actif, positif et concret dans cette société que l’acceptation sera effective.

En ce qui me concerne, ma fierté d’être algérien, arabe et musulman n’a d’égale que celle de la non négligeable proportion de sang berbère qui, comme tous les Algériens, coule probablement dans mes veines.

Le soleil d’Allah brille sur l’Occident écrivait Sigrid Hunke [11]. Faudrait-il qu’il brille d’abord dans nos cœurs.


Références:

1. Trésor de la langue française au Québec. (Page consultée le 12 juin 2007). L’expansion des langues, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/Langue…_expansion.htm

2. Rapport arabe sur le développement humain 2002. « Créer des opportunités pour les générations futures ». Programme des Nations Unies pour le Développement.

3. Expression utilisée par Abdelwahab Meddeb dans « La période la plus noire de l’histoire des Arabes », L’Histoire, N° 272, janvier 2003, p. 76-77.

4. Institut du Monde Arabe. (Page consultée le 11 juin 2007). L’apport des arabes à la civilisation, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.imarabe.org/portail/monde…e/docs/45.html

5. Wikipedia. (Page consultée le 12 juin 2007). Les mozarabes, [En Ligne]. Adresse URL: http://fr.wikipedia.org/wiki/Mozarabe

6. Français et Monde Arabe. (Page consultée le 12 juin 2007). L’Orient dans mon assiette ou le dialogue des cultures, [En Ligne]. Adresse URL: http://www.francais-mondearabe.net/spip.php?article568

7. Hadj Habib Hireche. 2007. « Rapport entre foi et raison dans les traditions chrétienne et islamique (2ème partie)». Le Quotidien d’Oran, 11 juin, p. 8.

8. Marie-Adelaïde Nielen. (Page consultée le 12 juin 2007). Ensemble_mais chacun chez soi, [En Ligne]. Adresse URL: http://nonnobisdominenonnobissednomi…iam.unblog.fr/
2007/05/10/ensemble…mais chacun chez soi/

9. Wikipedia. (Page consultée le 12 juin 2007). Maïmonide, [En Ligne]. Adresse URL: http://fr.wikipedia.org/wiki/Maïmonide

10. Wikipedia. (Page consultée le 13 juin 2007). Maltais, [En Ligne]. Adresse URL: http://fr.wikipedia.org/wiki/Maltais

11. Hunke, Sigrid. Le soleil d’Allah brille sur l’occident : notre héritage arabe, Paris, Albin Michel, 1963, 414 p.


Autres suggestions de lecture :

« La problématique de la laïcité à travers l’expérience du parti Baath en Syrie »  (thèse de Zakaria Taha)

« La face cachée des révoltes arabes (article de Marc Lavergne)


Voir aussi :  L’utilisation des ONGs Occidentales pour le pillage des ressources de l’Afrique

https://www.youtube.com/watch/?v=dz5sOeD53Rc


 

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