Sétif, berceau de l’homme habile

Voilà une trouvaille qui remet les pendules à l’heure ! La terre d’Algérie recèle de très anciens outils en calcaire et en silex, vieux d’au moins 2.4 millions d’années, avec lesquels les aïeux de l’Homo sapiens ont pu conquérir l’espace et dominer toutes les créatures de leur époque. Cette importante découverte faite récemment à Sétif par une équipe internationale d’anthropologues et publiée dans la célèbre revue américaine Science, ébauche de nouvelles hypothèses sur l’odyssée humaine et sa transhumance depuis l’Afrique de l’Est qui serait – jusqu’à preuve du contraire – le berceau de l’Homme. Donc l’intelligence et l’habileté ont, bel et bien, existé dans cette région, dès l’aube de l’humanité, du temps de l’Homo habilis. Mais elles n’y sont plus perceptibles aujourd’hui. La raison est toute simple – dit-on ! – : ce pays a toujours poussé au large les meilleurs d’entre les siens et ceux qui se résignent à y rester se font formater le «logiciel neuronique». 

Cette réalité est attestée par la réussite de la «matière grise» expatriée en Occident et qui trouve sans grande difficulté les conditions indispensables à la créativité, contrairement à celle qui n’a pas eu l’opportunité de s’émanciper de la crétinisation programmée dans l’embryogenèse et contrainte par la réalité du milieu. Cependant, rien ne serait irréversible et insurmontable. Une information nous est parvenue cette semaine d’un chercheur chinois, He Jiankui, qui a déclaré en marge du sommet international sur «l’édition génomique humaine», qui s’est tenu à Hongkong, avoir donné naissance aux deux premiers bébés génétiquement corrigés. Concrètement : il aurait modifié les gènes de deux filles jumelles lorsqu’elles ne formaient qu’un seul embryon en introduisant des séquences d’ADN qui les protégeraient contre le -HIV- virus du sida. 

L’espoir est là, devant nous ! Il nous vient de Chine qui inonde le monde de chinoiseries – ce n’est plus réducteur – et demain elle corrigera peut-être nos tares physiques et cérébrales. Qui sait ! Il y a juste un demi-siècle, les Chinois vivaient dans un repli total et dans des conditions de misère absolue. Puis vint en décembre 1978 Deng Xiaoping, un leader éclairé, pour tracer la trajectoire qui a mené la Chine vers sa grandeur après le lancement de son plan d’ouverture et de modernisation de l’économie. Il réussit son pari et se retira en 1992 – après seulement 14 ans de présidence. Aujourd’hui, la modernité chinoise est en train d’effacer les séquelles de 2200 ans de servitude durant lesquels les Chinois vivaient sous l’emprise des dynasties impériales qui les avaient réduits à des sujets frêles à l’échine courbée. Mais où en est l’Homo-algérianus dans la marche de l’Histoire ? 

Ami de longue date de la Chine populaire dans ses moments difficiles, il la suivra dans sa grandeur. Elle lui a construit et envoyé dans l’espace son premier satellite d’observation. Elle participe dans la réalisation de ses infrastructures. Elle lui a offert un joli opéra. Et demain, elle lui refilera son intelligence artificielle et ses nano-robots pour corriger le bug du logiciel qui fait de l’Algérien ce paresseux feignant et faignant, cet hooligan dans les stades, ce rechignant coupeur de routes et brûleur de pneus, ce harrag cherchant l’éden au Nord, ce boucher importateur de Coca-Cola, ce ministre ami des scorpions, ce ministre n’aimant pas le Nobel, ce ministre promoteur de RHB, ce ministre anti-yaourt pour le petit peuple, ce ministre briseur du monopole sur la banane, ce fraudeur de fisc, ce faux constructeur de voitures, ce «cadenasseur» de portes qui ne sont pas les siennes, ce toubib mythomane et amuseur de galerie, ce consommateur excessif d’eau teintée à la poudre de lait, cet habitué de conteneurs qui entrent et qui ne sortent jamais, ce grand pollueur d’environnement, ce bâtisseur de bidon-villas, cet hypocondriaque grand consommateur de médicaments, ce renfermé dans ses certitudes, cet islamiste, cet arabiste, ce berbériste,… Alors pour ce faire, il faudrait qu’il se fasse muter en homme bionique réparable et modulable à volonté. Mais le doute persiste à savoir qu’il est possible de le transformer et de le refaçonner. 

Ahmed Farrah / Le Quotidien d’Oran 06.12.2018

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