Syrie: les gagnants et les perdants après 10 ans de conflit armé

Si à l’époque, en mars 2011, quelqu’un m’avait dit que dans dix ans la guerre civile en Syrie ne serait toujours pas terminée, je ne l’aurais probablement pas cru. La guerre civile américaine au milieu du XIXe siècle a duré quatre ans, les guerres civiles en Russie et en Espagne au XXe siècle ont duré respectivement cinq et trois ans. Mais pas dix ans!

Cependant, comme nous avons pu le voir, les conflits au XXIe siècle ont leur propre logique et dynamique. Ils peuvent durer pendant des décennies en s’apaisant puis en éclatant de nouveau, sans jamais se solder par une victoire définitive de l’un des camps. En ce sens, la Syrie ne fait pas exception, c’est plutôt une confirmation de la règle déjà confirmée en Afghanistan, en Somalie, en Colombie et ailleurs.

Le triste anniversaire des événements tragiques de mars 2011 représente une occasion pour faire un bilan préliminaire du conflit armé syrien. Qui sont les gagnants et les perdants de cette guerre qui dure depuis dix ans?

La première perdante est avant tout la Syrie elle-même. Près de 500.000 tués. Plus de 7 millions de réfugiés et de déplacés internes. Une destruction presque totale de l’économie et de l’infrastructure de base. La Syrie, autrefois une puissance régionale, s’est transformée en un centre d’attraction pour les extrémistes politiques et les terroristes internationaux, en plateforme universelle pour les querelles entre les Iraniens et les Israéliens, les Turcs et les Kurdes, les chiites et les sunnites, les Russes et les Américains.

L’Occident a également perdu. Les tentatives de renverser le gouvernement de Damas et de maintenir l’orientation libéralo-démocratique de l’opposition syrienne ont échoué. Dix ans après le début du conflit, les Etats-Unis maintiennent leur présence militaire, au fond symbolique, au Nord-Est du pays, alors que l’UE n’est même pas capable de se décider quant à sa nouvelle stratégie en Syrie.

Faut-il considérer la Russie comme un vainqueur? D’un point de vue tactique, oui. L’opération réussie et relativement bon marché des militaires russes a rapidement transformé Moscou en l’un des principaux acteurs extérieurs en Syrie. Mais, autant que l’on puisse en juger, en cinq ans de participation directe au conflit syrien, Moscou n’a toujours pas développé une stratégie de sortie du conflit syrien. Le niveau d’influence de la Russie sur le gouvernement à Damas reste également flou.

Peut-être que la Turquie en est le principal bénéficiaire? La création de zones-tampons à Idlib et au Nord est un exploit incontestable de Recep Erdogan. Mais dans quelle mesure Ankara contrôle-t-il la situation à Idlib? Cet abcès qui ne guérit pas directement à la frontière turque pourrait percer à tout moment, inondant les régions turques voisines.

Il existe probablement davantage de raisons d’attribuer des lauriers de vainqueur à l’Iran. La présence iranienne en Syrie est stratégique et à long terme, et au cours du conflit elle est passée au niveau supérieur. Mais aucune présence iranienne en Syrie ne changera le fait évident que la Syrie était et demeure un pays principalement sunnite, où les capacités de l’Iran chiite resteront forcément limitées.

Quelle Syrie nous pourrions et voudrions voir en mars 2031?

L’objectif minimum consiste à empêcher une nouvelle escalade du conflit, les morts et la destruction du pays. Cela nécessitera non seulement le maintien, mais également le renforcement du processus de paix d’Astana. Non pas parce que ce processus est parfait, mais parce que la communauté internationale ne dispose de rien d’autre.

L’objectif maximum consiste à motiver Damas à lancer des réformes prudentes, même purement économiques pour l’instant. Les conditions favorables pour une telle pression pourraient s’établir après la présidentielle syrienne de cet été.


Andreï Kortounov, politologue, expert américaniste


    Syrie : la solution ne sera pas militaire, affirment conjointement Moscou, Ankara et Doha 

Réunis à Doha, les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de la Turquie et du Qatar ont exprimé leur conviction «qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit syrien» qui dure depuis maintenant dix ans.

Les ministres des Affaires étrangères turc, qatari et russe à Doha, le 11 mars 2021. © Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Source: Reuters

Le 11 mars, les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de la Turquie et du Qatar se sont réunis à Doha afin de discuter de la crise syrienne et des moyens d’y mettre fin grâce une solution politique durable, la solution militaire étant pour eux une voie sans issue. Dans une déclaration commune, les participants ont «souligné leur engagement à préserver la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territorial» de la Syrie, et ont «exprimé leur conviction qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit syrien». Moscou, Ankara et Doha souhaitent donc une «solution politique» à l’issu d’un processus «facilité par les Nations unies». A cet égard, ils ont rappelé leur soutien à la réforme constitutionnelle, qu’ils souhaitent «sans ingérence étrangère».

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Les diplomates ont également souligné leur «détermination à combattre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations», ainsi que leur opposition «aux agendas séparatistes portant atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Syrie». Le communiqué fait en outre part de la «grave préoccupation» des trois pays quant à la situation humanitaire en Syrie et à l’impact de la pandémie de Covid-19. A cet égard, ils appellent les Nations unies «à donner la priorité à la vaccination en Syrie» et demandent une augmentation de l’aide humanitaire «à tous les Syriens, dans tout le pays, sans discrimination». Moscou, Ankara et Doha ont par ailleurs souhaité «faciliter le retour sûr et volontaire [en Syrie] des réfugiés et des personnes déplacées».

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré que les trois pays ne cherchaient pas à remplacer les efforts que la Russie, la Turquie et l’Iran déploient conjointement depuis 2017 pour faire cesser les combats en Syrie et discuter d’une solution politique. «Je ne peux que saluer le souhait du Qatar d’apporter sa contribution à la mise en place des conditions permettant de surmonter la situation tragique actuelle en Syrie», a-t-il commenté. Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a annoncé que la Turquie accueillerait le prochain cycle de négociations. La réunion de Doha s’est tenue alors que le 15 mars marquera les dix ans du début de la guerre civile syrienne. Dans ce conflit qui a fait plus de 100 000 morts et des millions de déplacés, la Turquie et le Qatar ont soutenu les combattants qui cherchaient à renverser le président Bachar el-Assad, tandis celui-ci était allié de Moscou.

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          Révolution syrienne – Dix années de manipulations américaines et européennes

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par Louis Doutrebente.

Révolution sous perfusion, soutien aux rebelles extrémistes, dénonciations sans preuves de crimes abjects : malgré de nombreuses manœuvres politiques dans l’ombre depuis dix ans, les gouvernements occidentaux ont échoué en Syrie. Mais contrairement à leurs alliés arabes, Washington et Bruxelles s’obstinent dans leurs erreurs.

Dans une nouvelle résolution adoptée ce 11 mars 2021, les parlementaires européens ont exprimé leur opposition à toute normalisation avec la Syrie.

 

 

Une déclaration qui s’inscrit dans la ligne politique des pays occidentaux depuis le début des troubles dans ce pays, mi-mars 2011. Cependant, leurs alliés dans ce conflit, et en premier lieu l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, semblent vouloir renouer avec Damas.Retour dans ce nouveau Lignes Rouges en bref sur des années de faux pas qui ont conduit les Occidentaux à un échec en Syrie.

source : https://fr.sputniknews.com/international/


 

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