Vivre ensemble : la Nouvelle-Calédonie entre paix et guerre

     Dans ce nouvel épisode de La Source, Alain Juillet décrypte les enjeux des accords de Nouméa et des référendums pour l’indépendance en Nouvelle-Calédonie. A travers un rappel historique, l’ancien haut responsable à l’intelligence économique revient sur le passé colonial de l’archipel et sur la raison des disparités communautaires que l’on retrouve aujourd’hui sur ce territoire très riche, notamment en minerais. Après deux référendums où le «non» à l’indépendance l’a emporté, avec un résultat plus serré lors du deuxième vote, les Calédoniens doivent trancher une troisième fois la question en 2022. 

Pour Alain Juillet, il est clair que «l’attente d’un autre référendum risque de nous faire assister à un durcissement des positions des uns et des autres dans un pays coupé en deux» et que «le maintien dans la France ou l’indépendance déboucheront forcément sur des troubles importants créés par les perdants». Il ajoute qu’il est primordial «de dépasser l’histoire coloniale de l’archipel français, et construire ensemble la Nouvelle-Calédonie de demain».


        RT France · LA SOURCE_Vivre ensemble : la Nouvelle-Calédonie entre paix et guerre.

 


      Nouvelle-Calédonie : “la guerre du nickel risque de coûter cher au contribuable français !”

Les contribuables français pourraient être ponctionnés de quelques dizaines de milliards d’euros en raison de la “guerre du nickel” actuellement en cours en Nouvelle-Calédonie, juge notre chroniqueur Georges Nurdin, économiste, consultant et écrivain.

Nickel et Dîme… Au moment où nous sommes empêtrés dans la Covid 19, masqués, assignés à résidence, peut-être bientôt isolés, cantonnés de force, sous perfusion des fonds de l’Etat, qui a soudain ressuscité Nicolas Flamel et trouvé l’alchimie de l’argent magique (celui même qui n’existait pas pour les gilets jaunes et les blouses blanches), il y a un endroit en France, où, sans être masqués, ni confinés, une autre guerre fait rage. Cette France-là, elle se trouve à 18.000 km de Paris, et la guerre en cours c’est celle du Nickel.

La Nouvelle-Calédonie, c’est 300.000 Français (en gros, l’équivalent de deux arrondissements parisiens), sur une île, dernier vestige du Gondwana primordial, qui se trouve être la deuxième réserve de Nickel au monde (et aussi la deuxième biodiversité). Et comme le Nickel c’est le ”carburant” de la transformation énergétique et de la révolution écologique et digitale en cours (les batteries, les éoliennes, les smartphones, les smart cities, l’Intelligence Artificielle, 5 G, etc…), forcément ça excite les convoitises. Et là, on ne parle pas de Nickel and Dime, comme nos alliés américains le disent pour désigner la menue monnaie (le Nickel étant la pièce de 5 cents et la dime étant celle de 10 cents)… Mais plutôt de milliards.

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Et bien sûr, pour compliquer le tout et “tendre” la situation, cette guerre du Nickel se joue sur fond de troisième et ultime référendum d’indépendance, qui doit prendre place en 2022. Le deuxième, tenu en 2020, s’étant soldé par une préférence du peuple calédonien (enfin pour ceux qui ont eu accès aux urnes) pour rester dans la République, mais avec une relativement faible marge 53% contre 47%.

De quoi s’agit-il ?

De manière très schématique, il existe sur l’île 3 usines d’extraction et de traitement de Nickel. L’une historique, aujourd’hui la plus petite, appartient à la SLN, dont l’usine principale de transformation se trouve à Nouméa, la capitale. Une autre usine, se situe dans le Nord de l’île et exploite principalement le gisement de Koniambo, dans la région de Koné, Voh. Cette usine est relativement récente et est le fruit d’un montage complexe entre la Province Nord, des intérêts privés et fonctionne en partenariat avec des intérêts coréens. La troisième usine, se situe au Sud de l’ île, vers Prony, Goro et a été créée par le géant minier brésilien Vale. Cette dernière utilise un procédé de raffinage chimique, source d’une menace de pollution intense. Or les 3 opérateurs font des pertes et portent un fardeau de dettes abyssales (que l’Etat français, absorbe, consolide, éponge ou garantit à intervalle régulier : la paix sociale, etc…).

Il y a beaucoup de raisons à ces pertes, mais la principale est qu’aucun de ces opérateurs n’a intégré, valorisé, verticalisé la chaîne de valeur. Tous se sont contentés d’extraire et de raffiner, a minima, le nickel, pour le vendre comme matière première brute, s’exposant ainsi à 100 % aux aléas des fluctuations des cours à la bourse des métaux, dont on sait que ce sont des marchés très cycliques sujets à de violentes variations. De même, pour des raisons assez obscures, la Nouvelle Calédonie n’a jamais constitué de “fonds Nickel” ce qui aurait permis de jouer un rôle d’amortisseur afin d’absorber et lisser ces fluctuations, à l’instar de ce qu’on fait les Norvégiens avec leur pétrole ou l’Arabie Saoudite, et bien d’autres encore.

Or, Vale vient de jeter l’éponge, pour se reconcentrer sur d’autres segments d’activités stratégiques, et cherche un repreneur pour son usine, faute de quoi, l’usine du sud (Goro) sera mise en sommeil, voire à l’arrêt.

Et c’est là où tout se complique et où le sujet industriel et managérial devient un enjeu politique.

Depuis quelques mois, tous les repreneurs potentiels pressentis se sont récusés. L’incertitude croissante quant au destin et la stabilité de la Nouvelle Calédonie n’étant pas particulièrement propice à investir quelques dizaines, voire centaines (si on y inclut les dettes à reprendre) de milliards d’euros.

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L’opérateur de l’usine du Nord fait une offre de manifestation d’intérêt, d’intention. Elle est classée sans suite. Or l’usine du Nord, via sa holding, et associée à un opérateur industriel de Nickel coréen, est contrôlée par la Province Nord, quasiment à 100 % indépendantiste. Et la reprise de l’usine du Sud permettrait aux indépendantistes du Nord de posséder directement ou indirectement toute la ressource minière du Territoire. Une belle prise industrielle, et surtout un positionnement politique majeur, décisif peut-être, en vue du 3ème et dernier référendum.

C’est alors qu’un projet présenté comme celui de la “dernière chance”, combinaison d’un (L ?)MBO (ou management buy out, rachat d’une entreprise par ses dirigeants ou par ses salariés, NDLR), d’un tour de table local et d’un partenariat avec un négociant de matières premières basé en Suisse voit le jour, activement supporté par la Province Sud (il faut savoir que la ressource minière n’appartient pas à l’Etat Français, mais, au regard du statut très particulier de la Nouvelle Calédonie, relève de la compétence des Provinces – le fameux code minier, résultant de la loi organique -). Or, la province Sud étant dans son immense majorité “loyaliste”, il s’agit de ne pas laisser filer le Nickel : le “nerf de la guerre”. S’en suit une situation de heurts et de blocages et d’invectives. Pendant ce temps la montre tourne, et Vale va fermer son usine vers la fin de l’année.

Et maintenant ? En quoi cela nous concerne-t-il ?

Jusqu’à présent, rien de nouveau sous le soleil, on a vu ces scénarios se dérouler, en Afrique, en Asie, en Amérique Latine. Ce qui est particulier ici, c’est que les deux opérateurs, l’Usine du Nord ET l’Usine du Sud, celle qui est à vendre et dont Vale veut se débarrasser, sont des machines à pertes (dues essentiellement à des business models obsolètes) et chargées de dettes. Dettes plus ou moins directement, couvertes, reprises, garanties par… L’ Etat français….

Et, comme de juste, il est à parier qu’à nouveau, l’Etat français, c’est à dire le contribuable métropolitain, sera “sollicité”, in fine, pour mettre un peu d’huile dans les engrenages, ”faciliter” les process, et le “dialogue” à l’aide de quelques dizaines de milliards (supplémentaires), sous une forme ou sous une autre, de manière plus ou moins opaque… comme à chaque fois.

Et là ce n’est plus de “Nickel and Dime”, c’est à dire de “petite monnaie” que l’on parle mais de “Nickel and Dîme” , c’est à dire de Nickel et… d’impôt (la dîme ancienne)… toujours et encore. Or, en ces temps de Covid-19, d’augmentation violente de la dette et des déficits qui vont obérer, pour longtemps, les générations futures, il conviendra d’être extrêmement vigilant quant aux deniers publics consentis ou engagés ou même gagés. Et un débat public transparent ne serait pas de trop, sur ce sujet, certes loin des yeux de la métropole, mais si proche du porte-monnaie.

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes).


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