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Max Abrams, Le «terrorisme»: Des acteurs non étatiques qui utilisent la violence contre les civils pour un but politique et qui ne sont pas soutenus par les États-Unis», Max Abrams, universitaire américain, professeur spécialiste du terrorisme. Une telle définition exclut les Talibans et Al Qaida dans leur version afghane anti soviétique, ainsi que les «Vetted Syrian Opposition-VSO», autrement dit l’opposition syrienne agréée par l’OTAN.
1 – Georges Habache et Wadih Haddad, des jumeaux. Le témoignage de Bassam Abou Charif
La relation entre Georges Habache et Wadih Haddad était fondée sur une très grande convergence intellectuelle au point que les deux dirigeants du FPLP fonctionnaient de manière parfaitement synchrone, dans une parfaite répartition des rôles.
Georges Habache faisait office de «Grand Manitou», fixant les grandes orientations, et Wadih Haddad assumant les fonctions de chef d’état-major opérationnel, chargé de la planification des opérations, du recrutement des commandos, de leur entraînement, de leur encadrement, de leur armement, du choix des objectifs et du convoiement du commando vers sa cible.
Wadih Haddad passe ainsi pour avoir été le maître d’œuvre de l’assaut contre l’aéroport de Lod Tel Aviv, par l’Armée Rouge Japonaise. Les deux hommes étaient convaincus de l’impérieuse nécessité de recourir à la lutte armée pour libérer la Palestine et le Monde arabe de l’emprise coloniale occidentale. Outre le sud Yémen et le Dhofar (Sultanat d’Oman), Bassam Abou Chérif, leur fidèle lieutenant, précise que le Mouvement Nationaliste Arabe (MNA), de même que son rival idéologique pan arabe, le Parti Baas de Syrie, s’est engagé aux côtés du FLN algérien dans sa guerre d’indépendance contre le colonialisme français et le coup d’état anti monarchique en Irak mené par le Général Abdel Karim Kassem, en 1958.
Après la défaite de 1967 et en concertation avec le président égyptien Gamal Abdel Nasser, la décision a été prise d’engager une lutte armée totale en soutien à la guerre d’usure engagée sur le front de Suez en vue de récupérer le Sinaï et les autres territoires arabes occupés (Jérusalem Est, Cisjordanie, plateau syrien du Golan). Wadih Haddad a consacré de nombreuses semaines à faire la navette entre Le Caire et Damas pour la formation des cadres et le transfert des armes.
La coordination entre le FPLP et l’Égypte était assurée conjointement par le commandement de l’armée et les services de renseignements égyptiens dont certains cadres dirigeants ne nourrissaient pas de grande sympathie à l’égard du FPLP.
Ce qui a donné lieu à des incidents répétitifs qui étaient toujours réglés au plus haut niveau lors d’un tête à tête entre Nasser et Habache, pour lequel le président égyptien éprouvait un grand respect.
Un des gros clashs est intervenu lors de la publication du «rapport d’Août» 1968, préludant à la scission du FDLP sous la conduite de Nayef Hawatmeh. L’auteur du rapport, un futur dissident, avait disqualifié les «régimes nationaux» (Égypte, Syrie, Irak, Libye, Algérie) du caractère révolutionnaire, les plaçant hors du camp révolutionnaire. Ce passage a provoqué la colère de Nasser, l’incitant à rompre toute collaboration de l’Egypte avec le FPLP. Simultanément, les services de renseignements syriens procédaient à l’arrestation de Georges Habache, qu’ils accusaient de fomenter un coup d’état contre la Syrie. L’interrogatoire du dirigeant palestinien avait été confié au chef des services de renseignements syriens, Abdel Karim Al Joundi, qui se suicidera par la suite.
Durant cette séquence, qui déboucha en 1969 sur la dissidence de Nayef Hawatmeh et la formation d’une organisation rivale, le Front Démocratique Pour la Libération de la Palestine (FDLP), Wadih Haddad s’était replié sur Amman vivant dans un modeste logis du camp de Wahadate, dissimulant son visage sous une barbe touffue, travaillant sans relâche à la mise au point d’un plan d’évasion de son alter ego des geôles syriennes. Wahadate, campement palestinien de la banlieue d’Amman, avait été édifié par l’UNRWA, (Office de Secours des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens) en vue de reloger les Palestiniens du camp de Loueibda, situé sur le flanc d’une colline d’Amman où devait s’édifier l’ambassade des États Unis en Jordanie, à proximité des palais royaux. Wahadate tire son nom par référence aux unités d’habitation qui constituaient ce camp. Il sera le quartier du FPLP lors du triple détournement d’avion de 1970 vers «Zarka Airport Revolution».
Dans son modeste logis, sommairement meublé, –un lit de camp, une couverture, une petite table de travail en bois, une chaise– Wadih Haddad convoquait individuellement les membres du commando qu’il avait sélectionné, leur assignant à chacun une mission précise, pour la libération de son alter ego, dont il vivait la captivité en Syrie comme une amputation de lui soi. Pour messager auprès de Georges Habache, il avait choisi deux dames de l’entourage familial du chef palestinien, les chargeant d’un message sibyllin au prisonnier dont elles ignoraient la signification, mais dont le sens n’échappait pas au prisonnier. Pour ne pas éveiller les soupçons, le jour choisi pour cette mission était celui fixé pour les visites familiales, de sorte que l’entretien s’est déroulé sous la surveillance des services syriens.
Pour son interrogatoire, Georges Habache se déplaçait en convoi militaire composé de trois véhicules, le sien propre et deux voitures d’accompagnement qui le conduisait de la prison Cheikh Hussein au quartier général des services syriens. Alors qu’il retournait vers la prison, son convoi a été intercepté par un véhicule de la Police Militaire syrienne. Terrorisé, le chauffeur leva les bras et annonça haut et fort sa mission «transport d’un prisonnier politique sur le chemin du retour vers la prison». Le chef du commando, Abou Tala’at, membre du FPLP, déguisé en militaire syrien, lui ordonna de se taire, dégageant de son fourgon Georges Habache, alors que les autres membres de son commando dirigeaient leurs armes contre le reste du convoi syrien.
Le chauffeur Abou Daoud Ali Talha, démarra alors en toute vitesse en direction de la frontière libanaise. Arrivé à proximité du poste-frontière libanais, il bifurqua vers une route secondaire par où transitaient Fédayine et armes vers le sud Liban avant de prendre la direction de Beyrouth.
Dans la capitale libanaise, Georges Habache sera l’hôte de son ancien camarade de l’Université Américaine, Najib Abou Haidar, futur ministre de l’éducation sous le mandat du président Soleimane Frangieh.
Nasser, informé de tous les détails de l’évasion, donna instruction à l’ambassadeur d’Égypte au Liban d’assurer la venue au Caire du dirigeant Palestinien dans les meilleurs délais.
Le chef des services de renseignements syriens, Abdel Karim Al Joundi, a lancé plusieurs patrouilles vers la Bekaa, plaine centrale du Liban, à la chasse du fugitif. Une des patrouilles syriennes a été interceptée par le FPLP qui remit au chauffeur un message de Wadih Haddad à son supérieur, portant menaces de mort à son endroit, s’il ne cessait ses poursuites. Sanction de son échec, Abdel Karim Al Joundi se suicidera à la suite de la fuite de Georges Habache.
Stratège hors pair, Wadih Haddad passera la majeure partie de sa vie militante dans la clandestinité la plus totale, se déplaçant entre Beyrouth le Caire, puis après le décès de Nasser, à Bagdad, les capitales des pays de l’ancien pacte de Varsovie, s’abstenant de la moindre déclaration et de la moindre apparition publique. L’homme qui aura tenu en haleine le monde occidental et bon nombre de pays arabes pendant deux décennies est décédé à Berlin Est le 28 mars 1978, des suites d’une leucémie.
Le placement sous tutelle israélienne de l’Autorité Palestinienne à Ramallah, la transformation de la Cisjordanie en un vaste camp de concentration à ciel ouvert justifient a posteriori la position intransigeante du tandem Georges Habache-Wadih Haddad sur l’ardente obligation pour une guérilla de mener son combat armé jusqu’à la réalisation de ses objectifs stratégiques.
- Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien
- Ci-joint pour le lectorat arabophone l’intégralité du témoignage de Bassam Abou Chérif paru dans Ar Rai Al Yom Dimanche 28 juillet 2019.
2 – Azmi Bishara, le transfuge communiste palestinien, l’homme des hautes et des basses œuvres du Qatar et sa tentative de hold up sur le patrimoine intellectuel de Georges Habache.
Crésus des temps modernes, le Qatar ne dispose pas d’un glorieux passé historique. A l’abri de deux bases étrangères, l’une américaine pour le protéger contre l’Iran, l’autre turque pour le protéger contre l’Arabie saoudite, ce minuscule état pétrolier est passé du protectorat britannique à la tutelle américaine, sans le moindre espace de liberté. Il se distinguera lors de la séquence dite «du printemps arabe» (2011-2020) en lançant ses hordes mercenaires terroristes islamistes, sous encadrement de la confrérie des Frères Musulmans, à l’assaut des régimes arabes de type républicain, la Libye et la Syrie, déstabilisant via Ansar Eddine, le Mali, l’un des plus anciens alliés de la France, partenaire du Qatar dans cette folle équipée destructrice.
Pour faire bonne contenance, se targuant de belles lettres, le Qatar a caressé le projet de s’emparer, à la manière des flibustiers de la Côte des Pirates dont il fut longtemps membre, du patrimoine intellectuel du plus prestigieux dirigeant palestinien. Il confia cette besogne à Azmi Bishara, l’homme des hautes et des basses œuvres de cette principauté.
Membre du parti communiste arabo israélien, cet ancien membre de la Knesset, le parlement israélien, passera dans les annales politiques arabes comme l’un des plus célèbres transfuges politiques du cénacle progressiste arabe, au même titre que le vice-président syrien, le baasiste Abdel Halim Khaddam, le chef féodal druze du parti socialiste libanais, Walid Joumblatt, et le chef de file de l’opposition démocratique tunisienne Mouncef Marzouki.
A la manière d’une rapine, l’opération se fera en deux temps: Le Qatar, via son homme de main, mettra la main sur le prestigieux journal «Al Qods Al Arabi», propriété alors de l’influent journaliste arabe, Abdel Bari Atwane, un palestinien compatriote d’Azmi Bishara.
Puis, dans une opération oblique de déstabilisation ce journal dirigé désormais par San’a Alloul, l’ancienne plus proche collaboratrice d’Abdel Bari Atwane, palestinienne comme les deux autres protagonistes de cette déplorable affaire, fait fuiter une information attribuée à Mme Hilda Habache selon laquelle la veuve de Georges Habache serait mécontente de la gestion du «Centre des Etudes Arabes», accusant cette institution et son directeur Saïf Dah’ia de pirater les mémoires du chef du FPLP. Une tentative évidente de porter atteinte à la réputation tant du centre que de son directeur.
Azmi Bishara avait tenté auparavant de trouver un arrangement avec Mme Habache en lui promettant une subvention financière subordonnant son aide à une modification de l’organigramme de la direction de l‘établissement et au positionnement du centre en faveur du Qatar dans son conflit avec l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis.
L’homme du Qatar se proposait de rétablir dans ses fonctions l’ancien directeur du centre, Kheireddine Hassib, un ancien dirigeant baasiste irakien, ancien gouverneur de la Banque Centrale d’Irak. L’opération fit long feu.
Dépité Azmi Bishara se résolut à édifier au Qatar un «Centre de Doha pour la définition des politiques» dont l’objectif était d’attirer les intellectuels et
chercheurs du monde arabe à des prix attractifs en vue d’assécher la concurrence.
Nullement découragé par ses échecs répétitifs, Azmi Bishara a fondé à Paris, en 2019, le CAREP, Centre Arabe d’Études et de Recherches Politiques de Paris, dont l’un des plus récents colloques, le 28 novembre 2019, a porté sur la thématique suivante: «Des démocraties en devenir? Les pays arabes comme laboratoires de nouvelles transformations».
Avec au titre du comité scientifique les personnalités suivantes: Azmi Bishara, Henry Laurens, l’inévitable François Burgat, patron de la thèse doctorale du qatarologue Nabil Ennasri, réputé pour sa thèse sur le Mufti de l’Otan, le milliardaire égypto-qatari Youssef Qaradawi, qui passera à la postérité pour avoir imploré l’Otan de bombarder la Syrie, dans une tragique illustration de son extrême servilité à l’égard de ses anciens colonisateurs. «Des démocraties en devenir»? Pas évident tant qu’existeront pareils cabotins du calibre d’Azmi Bishara et de son alter ego à l’égo si altéré François Burgat, l’arme de destruction massive de la crédibilité de l’islamologie française.
Une question fondamentale demeure. Comment expliquer qu’un communiste palestinien accepte de servir de conseiller au prince d’un pays, le Qatar, parrain des Frères Musulmans, les fossoyeurs de la cause palestinienne. Ah les effets corrosifs du dollar. Et dans le cas d’espèce des pétro dollars.
René Naba
- https://www.carep-paris.org/evenements/colloques/colloque-2019/
- Pour aller plus loin à propos d’Azmi Bishara, de chef de file de la contestation arabe à la grande imposture des démocrates arabes https://www.madaniya.info/2019/02/22/de-la-regression-de-lidee-de-la-democratie-dans-le-monde-arabe-huit-ans-apres-le-printemps-arabe/
- Pour aller plus loin à propos de François Burgat; https://www.madaniya.info/2017/01/06/les-islamophilistes-francais-idiots-utiles-du-terrorisme-islamiste/
- Pour le locuteur arabophone, le récit de cette tentative de Holp up, avec des documents à l’appui du mode opératoire d’Azmi Bishara
Azmi Bishara tente de piller l’héritage de Georges Habache en s’employant à mettre la main sur le prestigieux du Centre des Études Arabes (Ma’had ad Dirassat al Arabiya) – Al Akhbar lundi 8 juillet 2019
Illustration : https://www.deviantart.com/marcospal/art/Wadie-Haddad-136587252
La source originale de cet article est madaniya.info
LIRE :
Georges Habache, figure de légende du combat national palestinien 1/2
«En ces temps là, mourir pour la Palestine faisait sens. La reptation collective monarchique envers Israël, un contre sens. Une forfaiture indélébile»
Ce papier est publié à l’occasion du 13 me anniversaire de la mort de Georges Habache, le 26 janvier 2008, à 82 ans, à Amman.
Il est dédié à AHMAD SAADATE. Successeur de Georges Habache à la tête du FPLP (Front Populaire pour la Libération de la Palestine), Ahmad Saadate a été emprisonné le 15 Janvier 2002 par l’Autorité Palestinienne à la prison de Jéricho (Cisjordanie), soupçonné d’avoir commandité le meurtre de Rehavam Zeevi, ministre israélien du tourisme. Un accord conclu sous l’égide des États Unis et du Royaume-Uni entre Israël et l’Autorité palestinienne, prévoyait l’incarcération d’Ahmad Saadate dans la prison palestinienne de Jéricho et la responsabilité de sa surveillance confiée aux Américains et aux Britanniques. Le 8 mars 2006, les gardiens américains et britanniques quittent leur poste rompant de facto l’engagement de Londres et de Washington d’assurer la surveillance de la prison de Jéricho. Une semaine plus tard, le 14 Mars 2006, l’armée israélienne lançait un assaut contre la prison de Jéricho. Cet assaut a fait deux morts et 20 blessés tous palestiniens (gardiens et prisonniers). Vers la fin du mois d’Avril 2006, le procureur israélien annonçait qu’Ahmad Saadate ne sera pas poursuivi pour l’assassinat du ministre Rehavam Zeevi, mais jugé pour «atteintes à la sécurité d’Israël», tandis que ses quatre compagnons, capturés en même temps que lui, seront jugés pour le meurtre. En décembre 2008, un tribunal militaire israélien a condamné Ahmad Saadate à 30 ans de prison pour être à la tête d’une « organisation terroriste illégale » et pour sa responsabilité dans toutes les actions terroristes menées par son organisation.
Dans cette affaire, M. Mahoumd Abbas, chef de l’Autorité Palestinienne, aura fait la preuve d’un parfait garde chiourme, justifiant le verdict du grand orateur de la Révolution française, le Comte Honoré Gabriel Mirabeau, selon lequel «Il existe quelqu’un de pire qu’un bourreau, son valet».
1 – Au commencement, le Mouvement Nationaliste Arabe MNA
Si Yasser Arafat, chef du Fatah, est l’artisan de la renaissance du combat palestinien, Georges Habache, fondateur du Mouvement Nationaliste Arabe (MNA), puis du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), en sera sa figure de légende.
Sa voix de stentor, loin de toute théâtralité, la précision de son verbe d’une haute tenue, sa sobriété ascétique, loin de toute extravagance, feront de ce médecin chrétien palestinien diplômé de l’Université Américaine de Beyrouth, l’idole absolue des Palestiniens et de leurs nombreux partisans à travers le monde; une vénération amplifiée par les actions d’exploit de son organisation.
Une popularité comparable à celle du discret N0 2 du mouvement palestinien, Khalil Al Wazir, alias Abou Jihad, le chef militaire de la guérilla palestinienne, qui en fera le Numéro Un BIS du mouvement national palestinien.
Discret et modeste, ce pédiatre, fils d’une famille aisée de Palestine, disposait de deux cliniques à Amman, l’une pour la clientèle huppée dont il tarifait les prestations à taux plein, l’autre dans le camp de réfugiés de Wahadate, à la périphérie d’Amman, pour les démunis, qu’il traitait à titre gracieux. A son engagement dans le militantisme, il renoncera à sa vocation médicale pour se consacrer exclusivement au combat anti-impérialiste, mais gardera son titre «Al Hakim», qui deviendra son nom de guerre.
Tout au long de sa vie, il se contentera de son salaire modique de l’ordre de 300 dollars par mois pour subvenir à ses besoins de première nécessité. Une vie d’une grande frugalité, à l’opposé des ripailles pétro monarchiques.
Un exemple rarissime dans le Monde arabe. Une règle que seule la nouvelle figure emblématique arabe Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah Libanais, observera par la suite et auparavant l’égyptien Gamal Abdel Nasser.
Fer de lance du combat contre le colonialisme européen au lendemain de la II me guerre mondiale (1939-1945), le Mouvement Nationaliste arabe (Harakat al-Qawmiyyin al-Arab) a longtemps constitué la «bête noire de l’Occident» et son cauchemar.
Au point que les tenants d’une idéologie pan-arabe, compensatoire d’une balkanisation excessive de l’espace arabe étaient criminalisés d’un terme qui se voulait infamant «nationaliste» en suggérant un relent de chauvinisme xénophobe.
Un des plus illustres de ces délateurs de l’ombre n’est autre que Jean Yves Camus, membre de la Fondation Jean Jaurès, un organe satellite du Parti socialiste français désespéré par les analyses en contrechamps du signataire de ce texte, n’hésitera pas à la qualifier de «nationaliste arabe» comme si la recherche d’un seuil critique du Monde Arabe à l’effet de faire contre poids aux grands ensembles régionaux induits par la Mondialisation, tel l’Union Européenne ou le Mercosur, constituait une tâche infamante ; ou la défense de la cause palestinienne, une souillure morale indélébile.
Ci joint la réponse de l’auteur de ce texte à Jean Yves Camus à propos du nationalisme arabe, intitulé «délation subliminale» pour fustiger cette pratique hideuse de jeter en pâture toute pensée dissidente, une fonction reprise de nos jours par le terme «complotiste» pour dénoncer les manœuvres en coulisses de déstabilisation des pays contestataires à l’hégémonie atlantiste et en dévaluer les arguments. https://www.liberation.fr/tribune/2007/05/28/delation-subliminale_94244 et sur ce lien l’infaillibilité des éditocrates et l’accusation de complotisme: https://www.madaniya.info/2020/01/07/de-linfaillibilite-des-editocrates-et-son-corollaire-laccusation-de-complotisme-dans-le-debat-francais/
Parti politique professant une idéologie pan-arabe, mais laïque, le Mouvement Nationaliste Arabe, paradoxalement, a trouvé ses origines à l’Université américaine de Beyrouth, un des hauts lieux de la contestation politique dans la décennie 1950-1960, période marquée par le traumatisme de la défaite de la Palestine et la déconfiture des régimes arabes.
A l’instigation d’un universitaire palestinien chrétien, Constantin Zreik, le MNA fédérera un groupe d’étudiants nationalistes dont les plus illustres seront Georges Habache, qui sera dans la décennie 1970 un mythique chef de la guérilla palestinienne et son adjoint et alter ego, Wadih Haddad.
Farouches adversaires de l’impérialisme occidental, de la colonisation de même que de l’État d’Israël, le MNA, mouvement socialiste, nationaliste et séculier, adoptera une idéologie révolutionnaire et pan arabe. Il mettra l’accent sur la formation d’une élite intellectuelle nationaliste, suffisamment à même de pouvoir réaliser l’unité arabe.
A son lancement officiel en 1958, le MNA se heurtera très vite à l’opposition de la Syrie et de l’Irak en ce que ses deux pays dirigés à partir de la décennie 1960 par le Baas, une idéologie pan-arabe concurrente du nassérisme, interdiront les activités sur leur territoire du MNA, proche du courant nassérien.
A – Péninsule arabique
En dépit de ses entraves, le MNA jouera un rôle de premier plan dans la libération du Monde arabe du joug colonial. A son palmarès, deux faits d’armes glorieux: Le protectorat britannique d’Aden, le verrou anglais sur la route des Indes, dont il a été le tombeur par son encadrement du FLOSY (Front de Libération du Sud Yémen Occupé) du nassérien Abdel Kawi Makkawi. De même que sa contribution au déclenchement du soulèvement marxiste du Dhofar en Oman, sous protectorat britannique, dont il a constitué la matrice fondatrice.
Dès 1964, la branche omanaise du MNA participera à la formation du Front de libération du Dhofar (FLD). Ce parti de gauche soutenu par l’URSS et par la Chine, décidera d’élargir ses ambitions. Il sera donc rebaptisé «Front populaire de libération du Golfe Arabique Occupé» (FPLGAO).
En 1972, le parti changera encore de nom pour «Front Populaire de Libération d’Oman et du Golfe arabe» (FLOGA) pour rechanger encore une fois de nom, en 1974, devenant le «Front Populaire de Libération d’Oman (FPLO).
Le but de ce mouvement était de renverser le sultan Saïd Ibn Taymour, jugé tyrannique, conservateur et rétrograde par les membres de la rébellion.
La rébellion du Dhofar sera toutefois mâtée par une action conjointe des Britanniques, maître des lieux, qui occupaient la base aéronavale de Msassirah et le Chah d’Iran, qui faisaient office à l’époque de gendarme du golfe après le retrait britannique de l’ESt de Suez. Pour prévenir toute rechute, le Royaume Uni, fomentera un coup de force contre le sultan Said pour lui substituer son fils.
- Pour aller plus loin sur ce sujet, cf: https://www.madaniya.info/2020/01/13/mascate-le-geneve-du-moyen-orient/
B – En Irak
Le MNA a joué un rôle important dans la scène politique irakienne. En compagnie des Nassériens, il participera au gouvernement d’Abdel Rahman Aref, post monarchique.
C – En Syrie
En 1962, après l’échec de la République Arabe Inie, (fusion de l’Égypte et de la Syrie 1958-1962), un groupe d’intellectuels fondera un parti demandant la réunification immédiate de la Syrie avec l’Égypte. Les adhésions au parti augmenteront sensiblement au point de participer au gouvernement baasiste établi après le coup d’État du 8 mars 1963. Toutefois, en 1964, en Irak comme en Égypte, le MNA fusionnera avec le courant nassérien au sein de l’Union socialiste arabe dans ses deux pays.
2 – Le virage marxisme après la défaite de juin 1967.
La défaite de Juin 1967 porte un coup fatal au leadership de Gamal Abdel Nasser et au crédit du nassérisme.
Le MNA cesse alors d’exister comme force politique régionale dans la décennie 1970 alors que ses principaux dirigeants Georges Habache et Nayef Hawatmeh se rapprochaient du marxisme
A – Liban
Après la défaite de 1967, au Liban, le Mouvement nationaliste arabe participe à la fondation de l’Organisation de l’action communiste au Liban dirigée par Mohsen Ibrahim; une organisation liant marxisme et nationalisme arabe.
B – Palestine: Le Front Populaire de libération de la Palestine
Les éléments marxistes du mouvement qui avaient reconstitué une branche palestinienne dans la décennie 1960, créeront le Front National de Libération de la Palestine (FNLP). En décembre 1967, le FNLP forme un groupe indépendant avec deux autres organisations palestiniennes: «Héros du Retour» (Abtal al-Awda) et le Front de libération de la Palestine d’Ahmed Jibril. Ensemble ils créeront le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) dirigé par Georges Habache. Autour du FPLP, Georges Habache formera le Parti d’action socialiste arabe qui développa des branches dans différents pays.
C – Front Démocratique de Libération de la Palestine
En 1968 Nayef Hawatmeh de tendance maoïste, s’éloigne du FPLP pour créer son propre parti, le Front Démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP).
D – Koweït
Au Koweït, la branche locale du MNA formera le parti du Rassemblement démocratique koweïtien, en guise d’aile modérée du MNA, ce qui lui vaudra les reproches des omanais du FPLO.
Sous la direction du député koweïtien Ahmad Al Khatib, ce parti d’opposition sera très critique vis-à-vis du gouvernement koweïtien, dénonçant notamment la politique pétrolière, les problèmes de la société koweïtienne, et la défense de la démocratie.
E – Arabie saoudite
La branche saoudienne a été formée au début des années 1950, elle était d’abord nassérienne avant de s’orienter vers le marxisme-léninisme. Elle formera le Parti communiste d’Arabie saoudite et le Parti socialiste arabe d’action.
3 – Beyrouth, foyer de la contestation pan arabe
La jonction, via l’Université américaine et le FPLP, de Georges Habache, Leila Khaled, Rafic Hariri, Georges Ibrahim Abdallah.
Beyrouth, plate-forme révolutionnaire de la double décennie 1960-1970, sera le lieu de convergence de tous les opposants arabes, révolutionnaires ou non, pourchassés par les autorités de leur pays. Ils cohabiteront pêle-mêle aux côtés des maquisards de la Méditerranée au Golfe –Arméniens, Kurdes, Somaliens, Érythréens etc– et des guérilleros d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine.
C’est là aussi que sunnites libanais en rupture de bourgeoisie, chrétiens en délicatesse avec l’idéologie phalangiste et «dépossédés» chiites venus du sud-Liban en quête d’instruction, donneront le ton à toutes les manifestations de protestation dans le Monde arabe, comme ce fut le cas en septembre 1970 contre le massacre des Palestiniens en Jordanie, en 1972 contre le massacre des communistes au Soudan ou encore contre la «trahison» du président égyptien Sadate en 1977.
Dans Beyrouth, enfin, jadis un des hauts lieux du cosmopolitisme, la prestigieuse Université américaine (AUB), c’est là le moindre de ses paradoxes, donnera au FPLP certains de ses principaux dirigeants en favorisant la jonction autour de l’universitaire Constantin Zreik, de Georges Habache, chef du FPLP et Docteur en médecine, son alter ego, Wadih Haddad, ainsi que Leila Khaled, ancienne élève de la mission évangéliste de Saida, et Bassam Abou Charif, porte parole du FPLP.
- Pour aller plus loin sur ce sujet, cf ce lien https://www.renenaba.com/beyrouth-ouest-le-dernier-carre-de-la-contestation-arabe/
Transcendant les clivages ethnico religieux, le MNA puis le FPLP fédéreront, autour du combat pour la libération de la Palestine, chrétiens et musulmans, des personnages aussi antinomiques que Rafic Hariri, du temps de sa jeunesse militante à Saida (sud-Liban), avant d’être happé par le mirage des pétrodollars saoudiens; Nabih Berry, chef du mouvement chiite Amal et président de la chambre des députés du Liban, qui opère désormais en tandem avec le Hezbollah, ainsi que Georges Ibrabim Abdallah, communiste chrétien libanais pro palestinien, charismatique chef du combat palestinien et doyen des prisonniers politiques en Europe.
Abdel Fattah Ismail, ancien Président de la République marxiste du sud Yémen; le ténor de l’opposition koweïtienne Ahmad Al Khatib, le chrétien marxiste jordanien Nayef Hawatmeh, fondateur du FDLP; Abou Ali Moustapha, le chef militaire du FPLP et successeur de Georges Habache à la tête de l’organisation marxiste; Ghassane Kanafani, écrivain et premier porte-parole du FPLP, tué par l’explosion d’un colis piégé à Beyrouth; le caricaturiste palestinien Naji al-Ali, tué par l’explosion d’un colis piégé à Londres; Yasser Abd Rabbo, ancien porte parole du Front Démocratique pour la Libération de la Palestine, enfin Mohsen Ibrahim (chiite libanais), dirigeant de l’Organisation de l’action communiste au Liban et un des animateurs de la coalition palestino-progressiste durant la guerre civile libanaise (1975-1990)
- Pour aller plus loin sur Georges Ibrahim Abdallah, https://www.madaniya.info/2019/10/24/proces-georges-ibrahim-abdallah-contre-l-etat-francais/
- Pour aller plus loin sur la fonction de Beyrouth dans la décennie 1970, cf ce lien: https://www.renenaba.com/beyrouth-ouest-le-dernier-carre-de-la-contestation-arabe/
- Pour aller plus loin sur la force propulsive du nationalisme arabe, cf ce lien: https://www.renenaba.com/aux-temps-benis-du-nationalisme-arabe/
4 – 1970 Le FPLP au zénith de la popularité avec Leila Khaled auteure d’un double détournement d’avion et le raid commando contre l’aéroport de Lod Tel Aviv.
Tombeur du protectorat britannique d’Aden, auréolé de sa victoire contre le colonialisme britannique, –le parrain de la «promesse Balfour» portant création du «Foyer National Juif» en Palestine, noyau du futur état israélien–, le FPLP sera propulsé qu firmament de sa popularité en 1969 1970 avec le double détournement d’avion de Leila Khaled, fait unique dans les annales de la guérilla du tiers monde.
La photo de Leila Khaled en tailleur blanc, chapeau blanc, lunettes de soleil, dans la grande salle d’attente de l’aéroport de Rome quelques instants avant son embarquement dans l’avion qu’elle se proposait de détourner vers Damas, en 1969, aura un effet d’autant plus libératoire et galvaniseur que Leila Khaled contraindra le vol TWA assurant la liaison Los Angeles-Tel Aviv à survoler en un geste symbolique, Haifa, en hommage à sa ville natale, qu’elle avait quitté en 1948, avant son atterrissage à Damas.
Méconnaissable par suite d’une chirurgie esthétique, Leila Khaled récidivera en 1970, en s’attaquant à la compagnie aérienne israélienne El Al, symbole de la supériorité israélienne, assurant la liaison Amsterdam-New York. La militante palestinienne sera neutralisée, mais l’avion d’El Al sera dérouté vers l’aéroport de Londres-Heathrow.

Au siège du FPLP au camp de Wahadate, banlieue d’Amman, lors d’une conférence de presse de Ghassane Kanafani porte-parole de l’organisation marxiste, en septembre 1970, lors du triple détournement d’avion vers «Zarka Airport Revolution».
Fait unique dans les annales du transport aérien, le FPLP organisera alors un triple détournement d’avion (Suisse, Royaume Uni et États Unis), en septembre 1970, pour obtenir la libération de sa militante. Ce triple détournement aura pour théâtre le désert jordanien où le FPLP avait érigé, pour la circonstance, un aéroport révolutionnaire «Zarka Airport Révolution», en fait une ancienne piste britannique à une trentaine de km au nord est d’Amman que la presse internationale désignera à l’époque de «Dawson’s Field Hijacking». Le FPLP y délivrera des visas d’entrée frappée du sceau de «Zarka Airport Revolution» aux cinq cents journalistes, chiffre record à l’époque, venus couvrir l’événement. Le FPLP exigera la libération de Leila Khaled et l’obtiendra, remettant alors en liberté les passagers des trois avions, avant de dynamiter les appareils pour éliminer toute trace des auteurs du détournement.
Le signataire de ce texte a été témoin de cet événement couvrant pour le compte de l’Agence France Presse, la totalité de la séquence dite du «Septembre Noir» Jordanien.
Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien : https://www.renenaba.com/jordanie-septembre-noir/
Bafouant spectaculairement l’autorité du pouvoir royal jordanien, ce triple détournement précipitera la Jordanie dans une guerre civile, un épisode connu sous le vocable de «septembre noir», le massacre des Palestiniens par les troupes bédouines du Roi Hussein de Jordanie.
Trois mille palestiniens seront tués en un mois dans ces combats, au cours desquels le roi hachémite ordonnera le bombardement de sa capitale, lâchant la bride de ses bédouins de la Légion Arabe à l’assaut des Palestiniens.
Septembre Noir a provoqué la perte du sanctuaire jordanien des Fedayins et leur premier repli vers Beyrouth, qui sera leur plate forme révolutionnaire pendant une décennie…. jusqu’au siège de la capitale libanaise par l’armée israélienne en 1982 et le nouvel exode des Palestiniens vers Tunis.
A – La riposte palestinienne en deux temps: Wasfi Tall et Les Jeux Olympiques de Munich en 1972
Les Palestiniens riposteront en deux temps au trône hachémite: Le boucher d’Amman, le premier ministre Wasfi Tall, agent attiré des Anglais dans la zone, au même titre que l’irakien Noury Said, sera assassiné au Caire l’année suivante et l’organisation clandestine «Septembre Noir» procédera, en 1972, à une spectaculaire prise d’otage lors des Jeux Olympiques de Munich, les 5-9 septembre 1972, contre l’équipe israélienne, dont onze membres seront assassinés, en plus d’un policier ouest-allemand et cinq des huit membres du commando palestinien tués, les trois autres capturés.
B – Le mariage de la Reine Dina de Jordanie avec un dirigeant du FPLP, Salah Salah.
En dépit de la perte stratégique d’Amman, capitale d’un royaume dont le tiers de la population est d’origine palestinienne, et le repli vers Beyrouth, l’audace du FPLP suscitera un engouement sans pareille pour la cause palestinienne. Au point que la Reine Dina, première épouse du Roi Hussein de Jordanie et sa cousine, diplômée de la prestigieuse Université de Cambridge, convolera en seconde noce avec un dirigeant du FPLP Salah Salah. Ce mariage, célébré en 1970, a été perçu comme une prise de guerre de grande portée psychologique en ce que cet affront à l’amour propre royal a retenti comme une revanche symbolique des Palestiniens sur leur bourreau jordanien.
C – La coordination du FPLP avec l’Armée Rouge Japonaise et l’attaque de l’aéroport de Lod Tel Aviv
A Beyrouth, promue désormais à la fonction de plate-forme opérationnelle des révolutionnaires du tiers monde, le FPLP s’emploiera à mettre sur pied une «Internationale révolutionnaire» nouant notamment alliance avec l’Armée Rouge Japonaise en vue de déjouer la vigilance des services israéliens et occidentaux et mener des actions concertées contre leurs ennemis communs.
Si le détournement d’El Al a été mené par Leila Khaled en collaboration avec un militant nicaraguayen, sympathisant de la cause palestinienne, l’attaque de l’Aéroport de Lod Tel Aviv, a été sous traitée à l’Armée Rouge Japonaise. Le raid mené le 30 Mai 1972 sera particulièrement sanglant: 26 tués 20 blessés, en plus des trois des assaillants tués et un membre du commando, Közô Okomoto, capturé.
D- Carlos et Le FPLP
Fait rarissime pour un mouvement de libération nationale, le FPLP confiera la responsabilité de ses opérations extérieures, en 1973, à Ilich Ramírez Sánchez, un militant communiste vénézuélien, une décision visant à démontrer le caractère internationaliste du mouvement palestinien.
A la tête du Front populaire de libération de la Palestine-Opérations externes (FPLP-OE), Ilich Ramirez, formé auparavant dans un camp du FPLP en Jordanie, prend alors le surnom de Carlos.
- Le 30 décembre 1973 à Londres, Carlos tente d’assassiner Joseph Sieff, PDG de Marks & Spencer et vice-président de la Fédération sioniste de Grande-Bretagne. Le mois suivant, en Janvier 1974, toujours à Londres, il est responsable d’un attentat à la bombe contre la Hapoalim Bank.
- En 1974, il revendique une série d’attentats à Paris notamment contre le Drugstore Saint-Germain (Drugstore Publicis), propriété de Marcel Bleustein Blanchet, attentat qui fait deux morts et trente-quatre blessés dont 4 enfants. En 1975, il tente une attaque au lance-roquettes dans l’aéroport d’Orly contre un Boeing 707 de la compagnie El AL.
- Le 27 juin 1975, il abat Raymond Dous et Jean Donatini, deux inspecteurs de la DST, et Michel Moukarbal, un informateur libanais à Paris.
- Le point d’orgue de cet activisme sera atteint le 21 décembre 1975, avec la prise d’otage de 11 ministres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) à Vienne.
A la suite de cette spectaculaire opération, Carlos sera écarté par Wadih Haddad, le N° 2 du FPLP, de la responsabilité des opérations extérieures sur fond de soupçons de rétention de la rançon de la prise d’otages de l’OPEP.
E- La gestion des symboles à forte charge symbolique
Composé majoritairement des diplômés de l’Université Américaine de Beyrouth (AUB), les cadres supérieurs du FPLP feront preuve d’habilité dans la gestion des symboles à forte charge psychologique, des cibles à l’effet mobilisateur.
Si Leila Khaled a fait survoler l’avion de la TWA détourné sur Damas au dessus de sa ville natale de Haïfa, l’attaque de l’aéroport de Lod visait la ville natale de Georges Habache, natif de Lydda, avant que les Israéliens ne décident son hébraïsation en Lod.
Thérèse Halsa et le détournement de la Sabena en 1972
Une troisième opération, le détournement le 8 mai 1972 du vol 751 Bruxelles-Tel-Aviv de la Sabena, pris d’assaut en plein vol, juste après l’escale à Vienne, marquera l’engagement d’une jeune fille palestinienne chrétienne, Thérésa Halsa, dans le combat national palestinien. Le détournement de la Sabena visait à obtenir la libération de près de 350 prisonniers palestiniens. Native de Saint Jean d’Acre, ancienne infirmière, Thérésa Halsa sera la seule survivante du commando, tué par les israéliens déguisés en secouristes et techniciens. Elle retrouvera la liberté en 1983 dans le cadre d’un échange de prisonniers. Mère de trois enfants, elle décédera le 29 mars 2020 à Amman des suites d’un cancer du poumon.
Pour aller plus loin sur thérésa Halsa, ce lien
Spectaculaires, ces opérations auront un effet mobilisateur sur le plan militant, et libératoire sur le plan des coutumes familiales. La passivité traditionnelle des femmes à l’égard des membres mâles de leur famille volera en éclat. En pionnière, Leila Khaled servira d’exemple et d’aiguillon.
Dalal Moughrabi
En 1978, une autre militante palestinienne, Dalal Moughrabi, prendra la relève en se lançant dans une opération d’une grande hardiesse à l’intérieur même du territoire israélien, sur la route côtière menant de Tel Aviv à Yafa, la ville natale de son père. Native du camp de réfugiés palestiniens de Sabra, un camp de sud est de Beyrouth, dont la population sera massacrée par les milices phalangistes sous la bienveillance des Israéliens quatre ans plus tard, en 1982, Dalal Moughrabi se proposait de se lancer à l’assaut du siège du ministère israélien de la Défense à Tel Aviv, en signe de protestation contre les négociations qui se déroulaient alors entre le président égyptien Anouar El Sadate et le premier ministre israélien Menahim Begin, qui devaient déboucher sur le traité de paix de 1979. Démasquée en cours de trajet, Dalal Moughrabi fera usage de sa mitrailleuse, fauchant 38 personnes dont 13 enfants.
Tuée lors de l’assaut, sa dépouille sera restituée au Liban lors d’un échange de prisonniers effectué entre Israël et le Hezbollah, en 2007, soit 29 ans après sa mort. Promue au rang d’icône révolutionnaire, une place de Ramallah, siège de l’autorité palestinienne, lui a été dédiée et porte désormais son nom.
Quant à la pionnière en la matière, Leila Khaled, loin de vivre sa notoriété en rente de situation, elle assumera depuis lors dans la plus grande discrétion ses fonctions de représentant du peuple palestinien au sein du Conseil National Palestinien, le parlement palestinien en exil.
Fuyant les projecteurs de la célébrité, Leila Khaled intégrera le Conseil National palestinien, le parlement en exil, se mariera et fondera une famille. Mais, en parfaite incarnation d’une révolutionnaire intégrale, elle refusera une offre mirobolante d’une agence de photo journalisme, qui lui proposait la somme de 500.000 dollars pour poser en photo avec sa robe de mariée.
Son unique apparition publique depuis lors aura été la visite qu’elle effectua au sud-Liban dans la région frontalière israélo-libanaise, en compagnie d’une autre icône révolutionnaire, l’algérienne Djamila Bouhired, sur le champs de bataille où le Hezbollah libanais fit mordre la poussière, en 2006, à leur ennemi commun, Israël.
La perte du sanctuaire de Beyrouth, en 1982, a conduit les Palestiniens à un nouvel exode vers la Tunisie, à des milliers de km du champ de bataille. Et à une nouvelle dispersion.
Si Bassam Abou Charif, le porte parole du FPLP, le lieutenant de Georges Habache, ralliera le chef de l’OLP Yasser Arafat, chef du Fatah à Tunis, le chef du FPLP se refusera, lui, à un tel transfert.
Il retournera en Jordanie en ce que le Royaume constituait une parcelle du territoire de la Palestine, dont la Trans-jordanie en a été détachée par les Anglais de la Cisjordanie pour en faire un Émirat de Trans-jordanie, prélude à la fondation du Royaume Hachémite de Jordanie; Ensuite en raison du fait que sa capitale Amman, la ville de repli du chef palestinien, constituait «la ville la plus proche de la Palestine de par sa composition démographique», selon son expression.
Par réaction psychosomatique, il sera frappé d’hémiplégie à l’implosion de l’Union Soviétique, la grande alliée des Arabes au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine et l’entrée en scène des groupements néo islamistes, bras armés de la stratégie islamo-atlantiste dans la zone, de la guerre d’Afghanistan, à la Bosnie à la Tchétchénie, à la Libye, enfin la Syrie.
Figure de légende du combat palestinien et du combat national arabe, Georges Habache décédera d’une crise cardiaque le 26 janvier 2008 à 82 ans.
Quatre des principaux protagonistes de ce drame, –le Roi Faysal d’Arabie saoudite, le premier ministre israélien Itzhack Rabin, le premier ministre de Jordanie Wasfi Tall et le président Anouar El Sadate– tous alliés de premier plan des États Unis, dont deux prix Nobel de la Paix (Rabin et Sadate) auront été assassinés, alors que la République Islamique d’Iran se muait en chef de file du combat pour la libération de la Palestine et de la libération du Moyen orient de la tutelle israélo-américaine.
En ces temps là, mourir pour la Palestine faisait sens. La reptation collective monarchique envers Israël, un contre sens. Une forfaiture indélébile.